thumb|300px|Une famille étendue dans la province de Chagcharan Ghowr, en Afghanistan.
La parenté est la relation sociale privilégiée qui unit les membres d'une même famille. Elle est fondée sur l'existence supposée d'une filiation commune ou d'une alliance. Dans le cas de la filiation, elle peut être biologique (filiation légitime ou naturelle) ou découler d'une adoption (filiation adoptive). Selon les sociétés, elle est le fondement de droits et d'obligations particulières, dans la branche du droit de la famille. Il existe un système de notation de la parenté.
Un lien commun Tous les individus d'une société donnée entretiennent avec d'autres individus des relations de parenté. Cependant, le rôle des parents sera différent selon les sociétés : dans les sociétés dites industrialisées, à côté des parents, un grand nombre de relations s'établissent en dehors de la parentèle (et ce dès le plus jeune âge, à la crèche et ensuite à l'école et au travail, dans un club de sport, etc.), ainsi la parenté a moins d'importance que dans des sociétés claniques où la parenté règle pratiquement toutes les relations.
La parenté articule des fonctions intégrantes et discriminantes qui vont au-delà des proches parents ou de la famille, que l'on donne à ce terme un sens étroit ou étendu. La filiation, par exemple, peut définir l'appartenance à des groupes pérennes qui s'étendent sur un réseau généalogique qui va bien au-delà des parents proches qu'un individu est amené à connaître ou à fréquenter au cours de sa propre existence, ses géniteurs, les oncles, ou les neveux, etc. À ce titre, un lignage, un clan, voire une caste, sont des extensions généralisatrices du principe de filiation. Dans une société donnée, on dira ainsi que les X sont les descendants du castor mythique ; dans telle autre, qu'ils sont les descendants de tel héros. Enfin, dans des sociétés stratifiées, la pérennité des échelons qui la composent repose aussi sur la filiation. L'aristocratie de l'Ancien Régime affirmait, entre autres, se distinguer de la roture par le « sang bleu » qui l'unissait de façon exclusive, et l'appartenance à l'aristocratie se transmettait par filiation. Ces exemples divers montrent que l'étude de la parenté, entendue d'une façon générale, permet de s'interroger sur des questions aussi centrales que « qui sommes-nous ? » et « qui sont les autres ? ».
La parenté a été analysée par les anthropologues de bien des manières, et selon des optiques parfois contradictoires. À défaut d'aborder l'histoire de cette sous-discipline de l'anthropologie, nous examinerons quelques concepts clés des études de parenté, en nous fondant sur les sources indiquées en bibliographie.
Évolution de la parenté La parenté humaine connait des similarités avec celle des collectifs de primates supérieurs.
La genèse évolutive de la parenté humaine reste à ce jour un domaine hautement conjectural. Christian Ghasarian évoque l'hypothèse d'une naissance conjointe de la parenté et du langage, et en tire une série de conséquences de type psychanalytiqueChristian Ghasarian, Introduction à l'étude de la parenté, Le Seuil, , 276 p.. La constitution d'une représentation de la filiation aurait ainsi donné plus d'importance au père qui, dès lors, aurait pu « s'interposer » dans la relation entre la mère et ses enfants, une nouveauté à son tour non dépourvue de conséquences sur le développement psychique de ces derniers. Toutefois, si la parenté humaine apparaît en même temps que le langage, on ne saurait montrer trop de prudence au moment d'en tirer des conséquences.
Lévi-Strauss se refuse à produire une genèse conjecturale de la parenté, mais admet pour sa part que pour qu'une parenté humaine puisse exister, trois conditions a priori sont nécessaires : l'existence de la règle comme règle ; la réciprocité comme forme d'intégration de soi et autrui ; le caractère synthétique du don.
Cette réunion d'éléments permet l'avènement d'une prohibition de l'inceste « humain » qui est au fondement du « contrat social » original et originel que constitue pour lui la parenté. Lévi-Strauss l'a parfois exprimé dans les termes classiques du passage de la nature à la culture. L'aliénation minimale de la prohibition – je ne peux pas épouser qui je veux – permet l'établissement d'un ordre collectif minimal – je peux épouser la femme que tu ne peux pas épouser. Il reste que le statut des trois conditions a priori de la parenté, pose un problème d'un point de vue évolutif, et dans son rapport avec le développement du langage articulé, puisque l'on ne saurait les aborder autrement que comme des « propriétés invariantes » d'un « esprit humain » dont la conception est par définition soustraite à tout processus évolutif. S'il y a selon Lévi-Strauss un « esprit humain » il ne semble pas y avoir un « esprit animal », et par conséquent le problème de leur continuité ne peut même pas être posé. Résoudre la question de la parenté humaine, et sa continuité ou sa rupture avec l'organisation d'une « pré-parenté » chez les hominidés anciens, nécessite de répondre à la question épineuse de l'origine du langage.
Liens de parenté
Types de parenté 400px|thumb|Tableau sommaire de parenté. Parmi la parenté en général, on peut distinguer trois types de liens : la filiation ; l'alliance ; la germanité.
Les liens de parenté, bien qu'on ait tendance à les considérer comme « naturels » ou biologiques, ne le sont que dans la tradition occidentale : c'est ainsi que la « consanguinité » est considérée comme biologique. Mais dans cette tradition aussi, des liens de parenté peuvent être créés par un processus juridique, comme dans le cas de l'adoption ou de la fraternité symbolique (amitié par exemple). La parenté ne peut pas reposer exclusivement sur des liens consanguins, car ces liens impliqueraient la parenté de tous, surtout dans les petites sociétés. L'organisation sociale sur cette base serait impossible. Des liens de parenté sont donc généralement sélectionnés dans la généalogie, les autres n'étant pas pris en compte. Il apparaît donc que la consanguinité est surtout définie culturellement. La filiation définit ces liens.
Dénominations
Degré de parenté en droit
Droit civil français Le droit civil français définit le degré de parenté dans le titre relatif aux successions. Depuis le début du , le degré de parenté y est défini comme le nombre total de générations qui séparent deux individusLivre III Des différentes manières dont on acquiert la propriété, Titre : Des successions, Chapitre III : Des héritiers, Section 1 : Des droits des parents en l'absence de conjoint successible, Paragraphe 2: Des degrésArticle 741 : La proximité de parenté s'établit par le nombre de générations ; chaque génération s'appelle un degré.Article 742 : La suite des degrés forme la ligne ; on appelle ligne directe la suite des degrés entre personnes qui descendent l'une de l'autre ; ligne collatérale, la suite des degrés entre personnes qui ne descendent pas les unes des autres, mais qui descendent d'un auteur commun…. Autrement dit, c'est la longueur du chemin qui va, dans leur arbre généalogique, de l'un à l'autre en passant par leur ascendant commun (qui peut être l'un d'eux)Article 743 : En ligne directe, on compte autant de degrés qu'il y a de générations entre les personnes… En ligne collatérale, les degrés se comptent par génération, depuis l'un des parents jusques et non compris l'auteur commun, et depuis celui-ci jusqu'à l'autre parent.. Un enfant et son père sont parents au premier degré. Deux sœurs sont parentes au deuxième degré : une « génération » de l'une des sœurs à leurs parents, plus une « génération » des parents à l'autre sœur ; un individu et son grand-père sont également parents au deuxième degré : une génération de l'individu à ses parents, plus une génération des parents au grand-père ; dans les deux cas, il y a un intermédiaire : le couple des parents (ou le parent commun). Un oncle et sa nièce sont parents au troisième degré. Des cousins germains sont parents au quatrième degré.
Droit civil belge Le droit belge des successions, comme le droit civil français, définit le degré de parenté comme le nombre total de générations qui séparent deux individusSource: notaire.be. Droit civil suisse Le droit civil suisse appréhende la parenté selon sa ligne et sa proximité. La ligne est directe entre les personnes physiques qui descendent l'une de l'autre (par exemple, une mère et son fils, ou un grand-père et sa petite-fille) ; elle est collatérale pour les personnes qui descendent d'un auteur commun sans descendre l'un de l'autre (frères et sœurs, cousins, neveux, etc.). La proximité est, comme en droit français et en droit belge, définie selon le mode romain (par opposition au mode canonique ou allemand). Plus précisément, cela signifie que le degré de parenté est défini par le nombre de générations qui sépare les deux personnes : en remontant de la première jusqu’au parent commun, puis en redescendant vers la seconde. Ainsi, en ligne directe, le premier degré de parenté est le lien entre parents et enfants; le deuxième degré entre grands-parents et petits-enfants, etc. En ligne collatérale, le deuxième degré unit les frères et sœurs, le troisième degré les oncles et neveux, le quatrième les cousins (ou les grands oncles et petits-neveux), etc. Il n'existe pas de premier degré en ligne collatérale.
Droit canon Le droit canon de l'Église catholique définit, dans le texte relatif à la consanguinitéCode de droit canonique, Livre I : Normes générales, Titre VI : Les personnes physiques et juridiques, Chapitre I : La condition canonique des personnes physiquesCan. 108 - § 1. La consanguinité se compte par lignes et par degrés., le degré de parenté entre deux individus comme étant, en ligne directe, le nombre de générations entre euxCan. 108, § 2 : En ligne directe, il y autant de degrés que de générations, c'est-à-dire de personnes, la souche n'étant pas comptée. et, en ligne collatérale, comme le plus grand des degrés dans les deux lignes directesCan. 108, § 3 : En ligne collatérale, il y a autant de degrés que de personnes dans les deux lignes additionnées, la souche n'étant pas comptée..
Filiation
La filiation est, selon Ghasarian, « le principe gouvernant la transmission de la parenté. » La filiation permet de donner un statut social à un individu et de classer les hommes, ce qui est particulièrement important, par exemple pour les règles du mariage. La filiation ne repose généralement pas sur des critères biologiques et dépend plutôt de la conception reçue du lien de parenté.
Les anthropologues distinguent trois grands types de filiation(cf. Ghasarian, ) : filiation unilinéaire patrilinéaire ou matrilinéaire ; filiation bilinéaire ; filiation indifférenciée.
Note : ces organisations sont particulièrement complexes, et un exposé détaillé demanderait un grand nombre de schémas pour être intelligible. Nous nous en tiendrons donc à des généralités.
Filiation unilinéaire
C'est l'organisation la plus répandue. La filiation est imposée à chacun, du côté du père ou de la mère. Généralement, dans ces systèmes, on estime l'importance du rôle physique de l'homme ou de la femme dans la procréation d'après cette appartenance au père ou à la mère.
Dans la plupart des filiations unilinéaires les femmes sont dominées par les hommes. D'après Laburthe-Tolra, ce système est fondé par la force physique, plus grande chez l'homme, et donc aussi par la violence, malgré la rébellion des femmes dans beaucoup de sociétés traditionnelles.
Patrilinéaire (dite agnatique) : Dans cette filiation, l'individu appartient au groupe parental consanguin de son père. Les relations sociales à l'intérieur du groupe et le droit dépendent des hommes. La femme réside alors chez son mari et doit se soumettre à son autorité. Exemples : Birmanie, Chine ancienne, Grèce, Rome.