thumb|400px|Les formes et fonctions de la mémoire en sciences.
La mémoire désigne à la fois la capacité d'un individu ou d'un groupe humain de se souvenir de faits passés et se souvenir de lui-même.
Histoire Dans la mythologie grecque, entre autres d'après Hésiode, Mnémosyne est la déesse de la Mémoire.
Aristote, auteur du premier traité sur la mémoire (De la Mémoire et de la réminiscence), considère que le cœur est le siège de l'intelligence, du courage et de la mémoire., d'où l'expression « savoir par cœur » qui semble apparaître pour la première fois chez Rabelais au ..
La première méthode de mémoire, l'Art de mémoire (appelée aussi méthode des lieux) est inventée par le poète Simonide de Céos au , selon le récit quelque peu légendaire de Cicéron dans De oratore. Cette méthode est utilisée depuis l'Antiquité jusqu'au qui voit le développement de la mnémotechnique et aux praticiens modernes ou aux hypermnésiques, tel Solomon Cherechevski..
En 1553, le médecin italien Guglielmo Gratarolo publie le premier traité de médecine sur la mémoire, De Memoria Reparanda, Augenda, Conservanda..
La science de la mémoire débute surtout avec la neurologie et la publication notamment de Sergei Korsakoff à la fin du sur plusieurs observations de ses patients alcooliques (buveurs de vodka) atteints d'une amnésie particulière, le syndrome de Korsakoff, puis avec le développement des neurosciences cognitives.. Au milieu du , à la suite des avancées technologiques en cybernétique et informatique, se formalise le concept de l'architecture modulaire de la mémoire (mémoire sémantique, lexicale ; mémoire à court ou long terme)..
Mémoire en psychologie
Considérée comme l'une des principales facultés de l'esprit humain, la mémoire a fait l'objet des toutes premières investigations scientifiques. Les progrès dans la compréhension des mécanismes de la mémoire tiennent d'une part à l'étude de cas exceptionnels (patients amnésiques ou au contraire doués d'une capacité mnésique exceptionnelle, dite mémoire éidétique) et d'autre part, à l'application des méthodes de la psychologie expérimentale. Depuis le début du , de nombreux modèles ont été proposés pour rendre compte des observations expérimentales. Et à partir de la deuxième moitié du siècle, les neurosciences cognitives ont fourni de nouveaux éléments concernant les bases biologiques de la mémoire chez l'être humain qu'il partage avec les autres animaux.
Mémoire en biologie Les biologistes n'ont pas encore fait consensus sur le fonctionnement biologique de la mémoire, aussi cette partie présente trois hypothèses plausibles sur le sujet.
Selon certains chercheurs, la potentialisation à long terme déterminerait certaines des dimensions de la mémoire. Dans des synapses de l’hippocampe, la transmission s’améliore (potentialisation) pendant des heures ou des semaines après une brève période de stimulations à haute fréquence. Ainsi après un certain laps de temps, des influx nerveux provenant de potentialisations antérieures surviendraient et formeraient, ainsi, les souvenirs, donc la mémoire...
Selon une seconde théorie, les souvenirs seraient produits par des réseaux réverbérants : un influx nerveux stimulerait un premier neurone, qui en stimulerait un deuxième, qui en stimulerait un troisième et ainsi de suite. Les ramifications des deuxièmes et troisièmes neurones font synapse (connexion) avec le premier, de sorte que l’influx nerveux circule à répétition dans le réseau. Ainsi, tel un cycle, l’influx nerveux se poursuivrait et serait responsable de cette mémorisation. Une fois émis, le signal pourrait durer de quelques secondes à plusieurs heures selon la disposition des neurones dans ledit réseau. C’est ainsi qu’une pensée pourrait persister dans l’encéphale, même après la disparition du stimulus initial. Autrement dit, la durée de rétention d’une pensée correspondrait à la durée de réverbération (Comparaison avec amphithéâtre).
Finalement, l’information pourrait suivre ce trajet : lorsqu’une perception sensorielle se formerait dans le cortex sensitif (pariétal), les neurones corticaux distribueraient les influx dans deux réseaux parallèles destinés à l’hippocampe et au corps amygdaloïde, qui ont chacun des connexions avec le diencéphale (thalamus et hypothalamus), le télencéphale ventral et le cortex préfrontal. Le télencéphale ventral fermerait ensuite la boucle de la mémoire en renvoyant les influx aux aires sensitives qui avaient initialement formé la perception. On pense que cette rétroaction transforme la perception en un souvenir relativement durable. Ainsi, des connexions neuronales s’établiraient entre les régions corticales où aurait lieu la mémoire à long terme au moyen d’un appel conférence et ce jusqu’à ce que les données puissent être consolidées. Le souvenir récent resurgira à l’occasion d’une stimulation des mêmes neurones corticaux.
Mémoire en philosophie René Descartes René Descartes s'est intéressé très tôt aux moyens d'accès à la connaissance, dans les Règles pour la direction de l'esprit (1629), règles qu'il emploiera dans la suite de sa carrière philosophique.
Il mentionne les relations de la mémoire avec l'intuition et la déduction dans la règle troisième : « la déduction n’a pas besoin d’une évidence présente comme l’intuition, mais […] elle emprunte en quelque sorte toute sa certitude de la mémoire. »
La règle septième insiste sur la fonction de la mémoire dans l'énumération : « Aussi j’en parcourrai la suite de manière que l’imagination à la fois en voie une [grandeur] et passe à une autre, jusqu’à ce que je puisse aller de la première à la dernière avec une telle rapidité que, presque sans le secours de la mémoire, je saisisse l’ensemble d’un coup d’œil. »
La règle huitième mentionne les avantages ou les inconvénients que les facultés de mémoire (ainsi que d'autres) peuvent apporter dans la méthode scientifique : « Et d’abord nous remarquerons qu’en nous l’intelligence seule est capable de connaître, mais qu’elle peut être ou empêchée ou aidée par trois autres facultés, c’est à savoir, l’imagination, les sens, et la "mémoire". Il faut donc voir successivement en quoi ces facultés peuvent nous nuire pour l’éviter, ou nous servir pour en profiter. »
La règle douzième indique les moyens qu'emploie l'intelligence : « Enfin il faut se servir de toutes les ressources de l’intelligence, de l’imagination, des sens, de la mémoire, pour avoir une intuition distincte des propositions simples, pour comparer convenablement ce qu’on cherche avec ce qu’on connoît, et pour trouver les choses qui doivent être ainsi comparées entre elles ; en un mot on ne doit négliger aucun des moyens dont l’homme est pourvu. »
Bergson Bergson (1851-1941) aborde la mémoire dans Matière et mémoire (1896), à travers le problème de la dualité corps-esprit.
Maurice Halbwachs Maurice Halbwachs (1877-1945) explique que le « processus de localisation d'un souvenir dans le passé (…) ne consiste pas du tout à plonger dans la masse de nos souvenirs comme dans un sac, pour en retirer des souvenirs de plus en plus rapprochés entre lesquels prendra place le souvenir à localiser. » L'utilisation de points de repères permet de faciliter l'expression de tel ou tel souvenir, sans pour autant que celui-ci soit en lien direct avec le référent. « Les points de repère sont des états de conscience qui, par leur intensité, luttent mieux que les autres contre l'oubli, ou par leur complexité, sont de nature à susciter beaucoup de rapports, à augmenter les chances de reviviscence. » Les principaux points d'appui, qu'ils participent à l'histoire personnelle ou nationale, s'avèrent nécessaires au bon fonctionnement psychique des individus. Théodule Ribot dit que : « Si, pour atteindre un souvenir lointain, il nous fallait suivre la série entière des termes qui nous en séparent, la mémoire serait impossible à cause de la longueur de l'opération. » La mémoire collective est l'ensemble des faits du passé qui peuvent avoir pour effet de structurer l'identité d'un groupe. P. Nora dit : « (…) il y a autant de mémoire que de groupes : elle est, par nature, multiple et démultipliée, collective, plurielle et individualisée. » La cohésion au sein d'un groupe peut alors être assurée par le partage de la mémoire, elle peut inspirer les actions présentes. Les évènements définissent à chaque fois les actions individuelles dans divers groupes. Cette localisation du souvenir en utilisant les points de repère de notre mémoire se fait car nous sommes des êtres sociaux. Les souvenirs relatifs aux groupes sociaux avec lesquels nous sommes en liens plus étroits et durables conservent la vivacité des souvenirs présents. Le phénomène de la mémoire semble n'exister qu'aux travers des relations sociales qui rassemblent et organisent les souvenirs. La localisation se produit par la présence d'une zone commune d'intérêt à laquelle se rapporte le souvenir. Halbwachs, offrant une relecture de la morphologie sociale de Durkheim, avance que la vie sociale repose sur un substrat matériel, le rapport à ce substrat matériel n'existant que sous forme socialisée. C'est de l'existence sociale que découle la logique sociale qui rend compte de la nécessité d'une forme de vie sociale. La mémoire met ainsi à jour les référents sociaux que sont le langage, l'espace et le temps qui peuvent situer et délimiter les pratiques sociales. Les familles reproduisent « des règles et des coutumes qui ne dépendant pas de nous, et qui existaient avant nous, qui fixent notre place. ». La famille structure la mémoire commune par les rôles des uns et des autres. Seule la « communauté » familiale peut engendrer cette transmission des origines qui constitue aujourd'hui une partie de son identité. La reproduction des règles et coutumes qui ne dépendent pas de chacun à titre individuel mais du groupe famille fixe la place de chacun. Pour Halbwachs : « On retient les évènements collectivement constitués qui le portent dans le flux d'une vie à la fois dans le sentiment de parenté et dans les occupations communes. »