Oradea ou Oradea Mare (en hongrois Nagyvárad, en allemand Großwardein, en yiddish גרױסװאַרדײן, en turc Varat) est une ville dans la province historique de la Crișana, en Roumanie. Elle est le chef-lieu du județ de Bihor, situé dans la région de développement Nord-Ouest. Oradea est une des villes les plus prospères de Roumanie.

Géographie Localisation La ville est située à une altitude de , dans l'Alföld, à l'est de la grande plaine de Pannonie, à une dizaine de kilomètres de la frontière hongroise, sur les bords de la rivière Crișul Repede (Sebes-Körös) qui la traverse d'est en ouest. La ville est construite sur les terrasses alluviales de la rivière, adossée aux premières collines des monts Apuseni, dans les Carpates occidentales roumaines. Au total, six ponts enjambent la « Criș Rapide » à Oradea. Une autre rivière plus petite coule dans la ville : la Peța (Pece en hongrois), également d'est en ouest. Le ruisseau Adona se jette dans la Peța au sud de la ville.

En 2005, a été instituée la région métropolitaine d'Oradea, composée de la ville d'Oradea et des onze communes adjacentes : Ineu, Toboliu, Girișu de Criș, Sântandrei, Sânmartin, Biharia, Borș, Cetariu, Nojorid, Oșorhei et Paleu Site de la région métropolitaine d'Oradea. L'ensemble occupe une superficie de et compte .

La ville se trouve à à l'est de Budapest, au nord-est de Békéscsaba, au sud-est de Debrecen, à l'ouest de Cluj-Napoca, au nord d'Arad, au sud de Satu Mare et au nord-ouest de Bucarest Distances routières.

Communes limitrophes

Climat thumb|upright|Éclairs lors d'un orage estival au-dessus de la ville

Histoire thumb|La Paix de Várad (1538) thumb|Várad en 1617 thumb|L'arrestation d'Imre Thököly en 1685, gravure contemporaine thumb|Le Café Royal vers 1914 thumb|La forteresse Vauban

On connaît l'existence d'un fort dès le , soit peu de temps après l'Honfoglalás, c'est-à-dire la sédentarisation des Magyars dans le Bassin des Carpates. Le roi Ladislas Ier de Hongrie y a fait construire un monastère entre 1083 et 1095. Le souverain est mort en 1095 mais comme la cathédrale n'était pas encore achevée, il a été enterré dans un premier temps à Somogyvár. C'est en 1106 que son corps a été rapatrié à Várad où il a été béatifié en 1192.

La première trace écrite de la ville remonte à l'an 1113 : il est alors question de l'episcopus Waradiensis et la ville est dénommée en latin Varadinum et Várad en hongrois.

Aux , Várad, qui faisait partie du royaume de Hongrie, fut peuplée de Magyars et de colons venus d'Italie du Nord ("Lombards") et de Wallons. Ces colons sont encore mentionnés lors de l'invasion mongole de 1241Derek Keene, Balázs Nagy, Katalin Szende, Segregation, Integration, Assimilation: Religious and Ethnic Groups in the Medieval Towns of Central and Eastern Europe, Ashgate Publishing, Ltd., 2009, p. .175. Roger de Varadin, chanoine de Várad et archevêque de Spalato a été témoin de l'invasion et a écrit un poème relatant les destructions des Mongols intitulé Carmen Miserabile (Chant malheureux). Un des quartiers de la ville porte d'ailleurs son nom, Rogerius / Rogériusz.

La citadelle, dont les ruines existent toujours, est mentionnée pour la première fois en 1241, lors des réparations et consolidations faites à la suite de l'attaque des Mongols. Le est une période florissante pour la ville qui est un des centres culturels du royaume hongrois, plusieurs rois y sont d'ailleurs enterrés ; elle s'enrichit de nombreuses œuvres d'art et notamment, en 1390, une statue équestre de St Ladislas, une des premières statues équestres élevées sur une place publique en Europe. L'évêque András Báthori reconstruit la cathédrale dans le style gothique. Celle-ci renferme le mausolée de St Ladislas, composé entre autres d'une statue d'Hermès contenant le crâne du roi, chef-d'œuvre de l'orfèvrerie hongroise, conservé de nos jours à Győr.

La ville sert de nécropole aux rois de Hongrie ainsi qu'à de nombreux membres de leur famille. Y sont inhumés : Ladislas de Hongrie en 1096 Étienne de Hongrie en 1131 André II de Hongrie en 1235 Fenenna de Cujavie, femme d'André III de Hongrie en 1295 Béatrice de Luxembourg, femme de Charles Robert de Hongrie en 1319 Elisabeth, fille de Basarab de Valachie en 1367 Sigismond du Saint-Empire en 1437

Au , Georg von Peuerbach travaille à l'observatoire de Várad, utilisant ses observations comme références, pour ses calculs ultérieurs des méridiens dans son ouvrage : Tabula Varadiensis. En 1474, la ville est dévastée par les Turcs.

Le voit une timide renaissance mais la défaite des armées hongroises devant Soliman le Magnifique en 1526 à Mohács entraîne la mort du roi Louis II et le désordre dans tout le royaume. La ville sert de cadre à la paix de Várad signée le entre Ferdinand de Habsbourg et János Szapolyai qui les reconnaît tous deux comme rois de Hongrie. Une nouvelle forteresse est cependant construite entre 1570 et 1596.

Le , la ville est prise par les Turcs et intègre l'Empire ottoman. Elle devient le chef-lieu de la province de Várad jusqu'en 1692 où elle est reprise par les Habsbourg.

Ce n'est qu'au , sous le régime autrichien, que la ville commence à s'étendre. Au , l'ingénieur autrichien Franz Anton Hillebrandt redessine la ville dans le style baroque. En 1752, beaucoup de constructions sont réalisées comme le palais de l’évêché et le musée Țării Crișurilor (« du pays des Criș »).

Pendant le , une communauté juive voit le jour. Cette communauté ne cessera de grandir pour devenir au début du l'une des plus actives culturellement et économiquement d'Autriche-Hongrie.

Várad joue le rôle important d'arsenal pendant la révolution de 1848 contre le pouvoir autrichien. ce n'est qu'à cette date que les quatre villes de Várad-Újváros, Várad-Olaszi, Várad-Velence et Várad-Váralya s'unissent et forment la ville de Nagyvárad (Grand Várad, Oradea Mare en roumain).

Au la ville est traversée par le chemin de fer reliant la Transylvanie à Budapest et elle connaît un important développement, elle est alors surnommée Paris sur la rivière Pece par le poète hongrois Endre Ady.

En 1918, elle est rattachée à la Roumanie (ce qui sera officialisé par le traité de Trianon en 1920) en application du principe de viabilité des frontières du géographe français Emmanuel de Martonne, qui la sépare de la Hongrie. Mais celle-ci ne renonce pas : en 1919, sous le gouvernement de Béla Kun, et de 1940 à 1945, sous celui de l'amiral Miklós Horthy, elle reprend la ville.

Au printemps 1944, les nazis et leurs collaborateurs hongrois installent le ghetto de Nagyvárad dans la ville et y enferment les juifs dans des conditions très difficileshttp://www.yadvashem.org/yv/en/exhibitions/wiesel/holocaust_in_northern_transylvania.pdf , source Mémorial de Yad Vashem. Il s'agit du plus grand ghetto du pays après celui de Budapest. Il est divisé en deux parties, la première regroupe et se situe dans le quartier proche de la synagogue et de la grande place. Le second regroupe , principalement des villages des environs. Il est surpeuplé, la communauté juive formait 30 % de la population et est entassée dans une zone représentant 1/15 de la surface totale de la commune. Une pièce pouvait abriter . Le ghetto est liquidé en 9 convois, de mai à , juifs sont envoyés au camp d'extermination d'Auschwitz.

En 1925, elle obtient le statut de municipalité et son nom est changé de Oradea Mare (Nagyvárad) en Oradea.

Le deuxième arbitrage de Vienne en 1940 permet à la Hongrie de récupérer le nord de la Transylvanie, y compris Oradea, les troupes hongroises sont accueillies en libérateurs. Le , Oradea est capturée par les troupes soviétiques et roumaine du front ukrainien au cours de la bataille de Debrecen et revient sous administration roumaine en . Après la Seconde Guerre mondiale, la Hongrie renonce à ses revendications en vertu du traité de Paris conclu le .

Le rétablissement de la démocratie, la réouverture de la frontière toute proche et l'intégration dans l'Union européenne ont ouvert, depuis 1990, de nouvelles perspectives de développement dont Oradea a pleinement profité, comme en témoignent la croissance et l'expansion de la ville.

Religions thumb|upright|La cathédrale catholique romaine thumb|Palais épiscopal de l'Église grecque-catholique.

Selon le recensement de 2011, la composition religieuse de la ville est la suivante : Orthodoxes, 55,79 % ; Réformés, 13,62 % ; Catholiques romains, 9,16 % ; Pentecôtistes, 4,72 % ; Baptistes, 3,49 % ; Gréco-Catholiques, 3,32 % ; Adventistes du septième jour, 0,27 % ; Évangéliques luthériens, 0,12 % ; Unitariens, 0,10 % ; Non-déclarée : 8,37 % ; Autres : 0,94 %.

Politique

+ Élections municipales de 2020PartiSièges Parti national libéral (PNL)20 Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR)4 Parti social-démocrate (PSD)3

Démographie

La composition ethnique de la ville d'Oradea a été profondément modifiée au cours du . La ville, qui avait une écrasante majorité de citoyens hongrois au début du siècle, a depuis le recensement de 1966 une majorité de population roumaine. D'autre part, l'importante communauté juive a été décimée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 1910, à l'époque austro-hongroise, la ville comptait Hongrois (91,34 %), Roumains (5,48 %), Allemands (2,10 %), 293 Slovaques (0,42 %), 59 Serbes (0,09 %) et 25 Ukrainiens (0,04 %).

En 1930, on dénombrait Hongrois (53,73 %), Roumains (26,27 %), Juifs (16,68 %), 966 Allemands (1,09 %), 575 Roms (0,65 %), 415 Ukrainiens (0,47 %), 243 Slovaques (0,27 %) et 75 Serbes (0,08 %).

En 1956, après la Seconde Guerre mondiale, Hongrois (59,27 %) côtoyaient Roumains (35,76 %), Juifs (3,62 %), 344 Allemands (0,35 %), 106 Slovaques (0,11 %), 28 Roms (0,03 %), 28 Serbes (0,03 %) et 14 Ukrainiens (0,01 %).

Selon le recensement de 2011, la population d'Oradea se composait de : Roumains, (67,59 %) ; Hongrois, (23,07 %) ; Roms, (1,09 %) ; 425 Slovaques, (0,22 %) ; 336 Allemands, (0,17 %) ; 140 Juifs, (0,07 %) ; 104 Italiens, (0,05 %) ; 40 Grecs, (0,02 %) ; 39 Ukrainiens, (0,02 %) ; 35 Turcs, (0,02 %) ; 23 Bulgares (0,01 %) ; 20 Serbes (0,01 %) ; 19 Russes (0,01 %) ; 10 Polonais (0,01 %) ; 6 Chinois ; 4 Csángós ; 3 Arméniens ;

Le roumain était en 2011 la langue maternelle de 67,84 % de la population et le hongrois l'était de 23,69 %.

Communauté juive 250px|vignette|gauche|Synagogue néologue d'Oradea. La communauté juive d'Oradea était autrefois la plus active commercialement et culturellement de l'empire austro-hongrois

Au début du , la communauté juive d'Oradea prend de l'importance dans la vie publique de la ville. Il y avait des artisans, des marchands, des avocats, des médecins et des fermiers juifs ; le chef de la police (en 1902) était juif ; et dans le conseil municipal, les citoyens de confession juive était proportionnellement représenté.

En 1944, pendant l'occupation de la Hongrie par l'Allemagne nazie, les autorités hongroises enferment les habitants juifs dans le ghetto d'Oradea avant de déporter personnes vers le camp de concentration d'Auschwitz. Les descendants du rabbinat hassidique de la ville avaient auparavant établi une synagogue dans le quartier de Willowbrook à Staten Island, New York, avant la Shoah.

À partir de 2021, il existe également un projet de construction d'un séminaire rabbinique dans la ville.

Quartiers thumb|Carte des quartiers de la ville thumb|Rue piétonnière du centre-ville

La ville est composée des 30 quartiers suivants :

Économie

Oradea est une des villes roumaines les plus prospères et les plus riches, bien que les dernières études aient montré que des villes comme Arad ou Timișoara étaient plus attractives pour les capitaux occidentaux. Elle profite de sa position géographique à proximité de la Hongrie pour être une des portes de la Roumanie vers l'Europe occidentale.

Oradea a un taux de chômage très bas (6 % environ) et produit 63 % du PNB du județ.