Élisabeth de Wittelsbach , née le à Munich (Bavière) et morte assassinée le à Genève (Suisse), est duchesse en Bavière puis, par son mariage, monarque d'Autriche-Hongrie, impératrice d'Autriche, reine apostolique de Hongrie, reine de Bohême et de Lombardie-Vénétie.
Mariée dès l'âge de seize ans, le , à l'empereur , son cousin au 1er degré, elle refuse régulièrement de se plier aux usages de la monarchie, ce qui provoque un conflit durable avec sa belle-mère, l'archiduchesse Sophie de Bavière. Elle passe alors une grande partie de son existence à voyager. Elle perd deux de ses enfants, ainsi que des membres de sa famille, parfois de façon tragique. Elle est en partie à l'origine du compromis austro-hongrois de 1867. Son assassinat, en 1898, fait la manchette de , car .
. Sa vie inspire des romans et des films. Elle est incarnée par Romy Schneider, ainsi révélée, dans les films d'Ernst Marischka et celui de Luchino Visconti, moins romancé .
Biographie Enfance Élisabeth Amélie Eugénie en Bavière, dite « Sissi » ou « Sisi » comme elle signe parfois, est née le dans le palais de la Ludwigstrasse à Munich, résidence hivernale de ses parents. L'enfant, à peine née, possède une dent sur la gencive..
Sissi est le quatrième enfant et la deuxième fille de Maximilien en Bavière, chef de la branche cadette de la maison de Bavière, et de Ludovica de Bavière, duchesse de Bavière, fille du roi et de la reine Caroline de Bade. Elle reçoit le prénom d'Élisabeth en l'honneur de sa tante maternelle, la reine de Prusse Élisabeth de Bavière, qui devient sa marraine. gauche|vignette|Elisabeth en Bavière en 1853. Élisabeth grandit l'hiver à Munich et l'été, dès que possible, à la campagne, au château de Possenhofen, situé sur les rives du lac de Starnberg. Malgré les ambitions matrimoniales de sa mère pour ses filles, Sissi, comme ses frères et sœurs, est élevée sans contraintes ni manières. Elle est passionnée d'équitation, de poésie et adore faire de longues promenades en forêt. Élisabeth porte en elle la mélancolie des Wittelsbach, plus tard incarnée par le non moins célèbre Louis II de Bavière, protecteur de Richard Wagner. Élisabeth est l'enfant préféré de son père. Cela s'explique par leurs caractères très proches : même goût pour les chevaux, l'indépendance, les voyages.
Duchesse À 14 ans, la jeune duchesse s'éprend d'un écuyer de son père nommé Richard et songe à l'épouser. Sa mère y rechigne, l'adolescent étant issu d'une famille comtale, et éloigne le jeune homme de sa fille. Il meurt quelque temps plus tard de la tuberculose. Sissi est désespérée et se confie à son journal dans un poème déchirant, in .. Sa mère, qui part en Autriche avec sa fille aînée, Hélène en Bavière, emmène alors Sissi avec elle.
Impératrice d’Autriche
Le 18 août 1853, Sissi accompagne sa sœur Hélène en Bavière à sa première rencontre avec le jeune empereur François-Joseph , auquel elle est promise. Mais c'est de Sissi qu'il s'éprend et il annonce le lendemain son intention de l'épouser.
Le mariage est célébré le à Vienne, en Autriche. Contrairement à la tradition, la nuit de noces n'est pas publique. La cour est surprise par cette jeune femme qui s'oppose aux volontés de l'empereur, à une époque où la souveraine est considérée comme soumise au devoir de donner le jour à l'héritier mâle au plus tôt. Plus tard, Élisabeth confiera à sa fille Marie-Valérie que « le mariage est une institution absurde. Enfant de 15 ans, j'ai été vendue… ». L'impératrice, habituée aux manières simples de son entourage provincial, supporte mal l'étiquette viennoise et s'enfonce dans une profonde dépression.
Le couple prend d'abord ses quartiers au château de Laxenbourg, aux environs de la capitale. Élisabeth se sent perdue et surveillée par sa belle-mère — une femme intelligente mais dirigiste et traumatisée par la révolution autrichienne de 1848 — et par son entourage. L'empereur est peu présent. La guerre de Crimée vient d'être déclarée, opposant la France de Napoléon III et le Royaume-Uni de la reine Victoria à la Russie du tsar , précieux allié de l'Autriche pendant la révolution de 1848 qui a permis aux Habsbourg-Lorraine de garder le royaume de Hongrie. Le jeune empereur est accaparé par les obligations de sa fonction et doit se rendre tous les jours à Vienne, au palais Hofburg ou au château de Schönbrunn, et n'en revient que très tard dans la soirée. Élisabeth se sent abandonnée.
Elle donne naissance à quatre enfants : Sophie Frédérique Dorothée Marie Josèphe (1855-1857), archiduchesse d'Autriche ; Gisèle Louise Marie (1856-1932), archiduchesse d'Autriche ; Rodolphe François Charles Joseph (1858-1889), archiduc d'Autriche et prince héritier de l'Empire austro-hongrois ; Marie-Valérie Mathilde Amélie (1868-1924), archiduchesse d'Autriche.
Relation avec l'archiduchesse Sophie
L'archiduchesse Sophie, belle-mère de Sissi, décide de prendre en charge l'éducation des trois premiers enfants du couple ; cela entraîne des conflits à répétition. De plus, si le décès de sa première fille affecte durablement Sissi, la naissance difficile de Rodolphe et la culpabilité qui continue à la ronger n'arrangent rien à ses relations avec sa belle-mère.
Bien au-delà du conflit familial traditionnel, il existe entre elles un fossé concernant leurs conceptions respectives des devoirs d'une souveraine.
Contrairement à la légende, l'archiduchesse Sophie n'est pas déçue du choix d'Élisabeth. Elle souhaitait une alliance avec la Bavière et l'a conclue. Sur le plan dynastique et diplomatique, une duchesse en Bavière en valait bien une autre : l'essentiel était de trouver des alliés au sein de la Confédération germanique pour contrer les ambitions du royaume de Prusse. Seulement, l'archiduchesse Sophie reproche à sa belle-fille, qui refuse de sacrifier sa vie privée et ses goûts à ses devoirs, un tempérament « puéril et égoïste ». Au regard de sa propre histoire, Sophie n'admet pas que la jeune impératrice ne consente pas aux mêmes sacrifices et aux mêmes devoirs qui lui ont incombé par le passé.
Élisabeth devient rapidement impopulaire tant à la ville qu'à la cour de Vienne. Mais elle est très populaire partout dans l'empire d'Autriche, surtout en Hongrie, pays qu'elle aime beaucoup.
Comprenant tout le parti qu'elle peut tirer de sa beauté, qu'elle entretient avec soin, elle dépense en toilettes, chevaux, équipages et voyages. François-Joseph paie toutes ses dépenses. En 1875, à la mort de l'empereur Ferdinand , qui a abdiqué en sa faveur en 1848, François-Joseph remet à Élisabeth des sommes importantes prélevées sur cet héritage considérable, car il a reçu la possession de tous les biens du défunt. Ils seront ensuite partagés entre les héritiers d'Élisabeth à sa mort.
Combattre la maladie En 1859, après la guerre contre la France et le royaume de Sardaigne, François-Joseph ne reconnaît plus Sissi et s'en éloigne. Il part retrouver les comtesses qu'il voyait avant son mariage, et on ne se gêne pas pour en parler à la cour, en espérant que cela arrive aux oreilles d'Élisabeth. L'impératrice, qui a 22 ans, se met à tousser et on la croit perdue comme sa belle-sœur et cousine, Marguerite de Saxe, décédée l'année précédente à l'âge de 18 ans. Les médecins diagnostiquent une tuberculose, mais il s'agit peut-être d'une conséquence de son anorexie et de la pression psychologique qu'elle subit depuis 5 ans. Sa maladie est concomitante d'une série d'événements qui l'affaiblissent. Il y a d'abord la mort de sa première fille : sa propre culpabilité et celle suscitée par sa belle-mère, qui l'accuse sans cesse d'avoir tué sa fille, la rongent. La naissance de Rodolphe l'a aussi affaiblie. Le peu de soutien qu'elle reçoit de son mari peut aussi avoir déçu la jeune souveraine, en difficulté au sein de la cour impériale.
Les médecins préconisent une cure dans une région ensoleillée. L'impératrice choisit l'île de Madère, une île portugaise au large de l'Afrique, qui est, pour l'époque, très exotique et surtout très lointaine, loin de Vienne.
C'est à cette époque que François-Joseph part faire la guerre contre Napoléon III et laisse son épouse seule à Vienne. Dans le même temps, Élisabeth combat son désœuvrement en inaugurant un hôpital au château de Franzensburg pour soigner les blessés qui reviennent vers la capitale. Elle y passe des journées entières et suscite l'admiration de sa belle-mère, qui reconnaît son courage. Elle part aussi parfois des journées entières à cheval. La nuit, elle écrit à son mari, l'implorant de revenir et détrempant le papier par ses larmes. Elle s'est mise à fumer et scandalise la cour. Beaucoup de jeunes filles se mettent à l'imiter, ce qui conduit à un drame. Une de ses jeunes cousines, l'archiduchesse Mathilde de Teschen, promise au prince héritier d'Italie, entendant son père arriver et voulant cacher sa cigarette dans un des pans de sa robe, meurt brûlée en 1867.
Pour célébrer le printemps, Élisabeth organise des bals privés dans ses appartements avec de jeunes couples de petite noblesse, mais se lasse très vite. Elle vit la nuit et le jour, épuise ses forces et mange très peu. De plus, à la cour, il y a maintenant une nouvelle rivale : sa belle-sœur Charlotte de Belgique, qui épouse en 1857 l'archiduc Maximilien, futur empereur du Mexique.
Pour soigner sa maladie, conformément aux préconisations des médecins, Elisabeth embarque vers l'île de Madère le , à bord d'un yacht prêté par la reine Victoria, afin d'y réaliser une cure qui durera cinq mois. Mais sa maladie réapparaît dès son retour à Vienne. On l'emmène à Corfou, croyant qu'elle n'en reviendra pas. Là-bas, les médecins cherchent à soigner son aversion pour Vienne et pour la cour, bien plus que son mal physique. C'est à Corfou qu'elle commence une collection de photos de femmes en tout genre, afin de l'aider à apprivoiser son image. Elle revient à Vienne après deux ans d'absence. Plus sereine, prête à accepter la cour et le palais, qu'elle appelle sa « prison dorée », elle a pourtant envie de voyager de par le monde, ce qu'elle fait très souvent, délaissant ses devoirs de représentation, son mari et ses enfants.
Pour éviter de prendre du poids, elle s'astreint à la pratique du « corsetage », qui consiste à enserrer l'abdomen dans un corset extrêmement serré et à consommer uniquement du lait, du bouillon de poulet et des substances très nourrissantes — par exemple le jus de six kilos de viande de bœuf en guise de déjeunerErika Bestenreiner, Jean-François Boutout, Sissi, ses frères et sœurs : Valse tragique en Bavière, Pygmalion, 2004, 286 p. . — mises au point pour combler les besoins alimentaires des ouvriers trop pauvres pour acheter la nourriture normale des marchés. Dans le même but, elle passe beaucoup de temps à la marche forcée, à cheval, une à deux heures chaque matin à la gymnastique, notamment dans des salles d'agrès aménagées dans tous ses appartements. Ainsi, dans le palais de la Hofburg, un portique en bois comporte onze agrès, des barres parallèles et deux anneauxAnneaux pendant à la porte du cabinet de toilette de Sissi encore visibles. L'impératrice est tellement obsédée par la peur de grossir — elle vise un poids maximum de pour — que certains la considèrent a posteriori comme souffrant d'anorexie mentale, (Les Maladies des Habsbourg), 1998, .
Souffrant de neurasthénie, elle drape ses pièces de noir et les orne de statues cadavériques et exige que ses domestiques portent une livrée noireJean des Cars, « Qui était vraiment Sissi ? », émission Au cœur de l'histoire, 9 novembre 2011. La bataille de Sadowa, le 3 juillet 1866, signe l'abdication de l'Autriche à la tête de la Confédération germanique et la fin d'une époque.
Reine de Hongrie
vignette|redresse|Photo prise par Emil Rabending le jour du couronnement de l'impératrice Élisabeth à Budapest le 8 juin 1867.