Johan Maurits van Nassau-Siegen, parfois francisé en Jean-Maurice de Nassau-Siegen, né le à Dillenburg et mort le à Bedburg-Hau, est gouverneur général des colonies hollandaises au Brésil de 1636 à 1644. On le surnomme « le Brésilien » pour le distinguer de Maurice de Nassau, son cousin, fils de Guillaume, prince d'Orange, son grand-oncle, surnommé « le Taciturne », père de l'indépendance des Pays-Bas.

Biographie L'origine familiale allemande Le comte Jean Maurice de Nassau-Siegen (en allemand Johann Moritz von Nassau-Siegen ; en néerlandais Johan Maurits van Nassau-Siegen) naît à Dillenburg près de Francfort-sur-le-Main et de Siegen (aujourd'hui en Allemagne, dans le Land de Hesse), le .

Sa famille est allemande, originaire de la région du Rhin, et non hollandaise. C'est en Allemagne que son titre lui sera accordé, et seulement en 1653, par l'Empereur allemand Ferdinand III.

Il est le fils de Jean VII de Nassau-Siegen (lui-même fils de Jean VI de Nassau-Dillenbourg) et de Margaretha de Sonderburg-Holstein.

Le stadhouder Maurits n'était que son parrain. Quand il avait trois ans, son père hérita du comté de Siegen, détenue par l'archevêché de Cologne. Johan Maurits y grandit avant d'étudier à Bâle et Genève, puis à la Ritterschule de Cassel dans la province allemande de Hesse.

Après quelques campagnes militaires, il entra au service de la compagnie des Indes occidentales, qui employait beaucoup de non-Hollandais.

Le Brésil thumb|upright|left|Johan Maurits van Nassau-Siegen. Au printemps et à l'été 1636, la WIC cherchait anxieusement une nouvelle forme de gouvernement pour sa colonie brésilienne sur fond de conflit constant entre commandements militaire et civil et le , Albert Coenraetsz Burgh, directeur de la chambre d'Amsterdam, le propose comme gouverneur alors qu'il n'a aucune expérience commerciale ou administrative , ce qui permet de récompenser la vigueur du stathouder Frederik Hendrik contre les prédicateurs calvinistes radicaux au début de la décennie

A 32 ans, il débarque en à Pernambouc comme gouverneur du Brésil hollandais, où vient d'avoir lieu la destruction d'une large partie des moulins à sucre des Portugais, dont un bon tiers se sont repliés dans le sud du Brésil, conservé par le Portugal., selon le constat du chef de l'armée hollandaise, le Polonais Christophe Arciszewski..

L'envoi de nobles à l'étranger était à l'époque et l'origine sociale élevée du gouverneur du Brésil a façonné cette via la mise en place d'une, avec son , en lien avec la construction physique de palais et de jardins .

De nombreuses études sur la cour, les artistes et scientifiques tandis que celles sur le Brésil hollandais soulignent au contraire les qui ont et fait du Brésil hollandais .

La reconquête portugaise de la colonie fut souvent présentée comme et Nassau-Siegen . La perception est mais pour la République néerlandaise, le Brésil a entraîné des .

Le gouverneur a tenté dès 1638 de relancer une partie des nombreuses sucreries construites et abandonnées par les Portugais, en les confisquant pour les revendre, mais très peu d'acquéreurs en provenance des Pays-Bas se sont présentés. Seuls quelques commerçants, médecins et techniciens en raffinage de sucre ont émigré, les soldats se montrant réticents à se recycler dans des cultures qu'ils ne connaissaient pas.

Il a fondé Mauritsstad, une ville juste en face de Recife, sur le site de celle d'Olinda, que l'aristocratie portugaise avait fui depuis 1630, en utilisant les pierres de leurs maisons. La compagnie néerlandaise des Indes occidentales étant alors en faillite pendant plusieurs années, il y fait bâtir un palais avec l'argent des commissions sur les ventes d'esclaves clandestines, dont il prélève une partie pour les revendre à des planteurs de sucre portugais.

Pour se ménager ces derniers, il réunit une sorte de parlement, qui leur permet d'exprimer leurs doléances, notamment une baisse de la fiscalité sur la production de sucre, qui n'est cependant jamais obtenue. En 1641, la Hollande conclut un traité de paix et de commerce avec le Portugal, sous l'insistance de ce dernier qui vient d'obtenir son indépendance de l'Espagne en , ce qui favorise le rapprochement du gouverneur du Brésil avec l'oligarchie portugaise à partir de 1641, quand il tente de relancer la traite négrière après l'invasion du port portugais de Luanda, en Angola.

Il constitua une équipe de scientifiques et d'artistes chargée de décrire le pays et ses richesses. Parmi eux, Georg Markgraf (1611-1644), qui s'occupait principalement de géographie mais aussi d'histoire naturelle, et Willem Piso (1611-1678), son médecin personnel, qui dirigeait cette équipePierre-Jacques Charliat, Le temps des grands voiliers, tome III de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, .

Une partie de la population des Indiens du Brésil passa au calvinisme, son administration interdisant de les réduire en esclavage. Les peintres hollandais arrivés dans la colonie Frans Post et Albert Eckhout ont pour mission de les peindre. Après qui lui enjoint en 1641 et 1642 de rentrer en Europe sous deux ans, la .

Le rappel aux Pays-Bas Par une lettre du , le gouverneur apprend qu’il devra revenir dans la métropole au printemps de 1643, et reçoit l'ordre de diminuer de nouveau les forces armées présentes au Brésil, à 18 compagnies, et de congédier la majeure partie des officiers, sauf les Allemands et Hollandais.

Dès le , il réagit en envoyant en Hollande son secrétaire Johan Carl Tolner, qui du 25 au dépeint du Brésil, causé par , dans un rapport accompagné de huit lettres de notables suppliant le gouverneur de ne pas quitter la colonie et proposant d’offrir un demi-patacque par caisse de sucre produite tant qu’il serait là.

Il relaie aussi le mécontentement des Portugais privés de leurs couvents et déplorant les places de plusieurs prêtres laissées vacantes, tout en évoquant le risque causé par l’énorme dette des mêmes Portugais envers la WIC : 5,7 millions de florins au total. L’envoyé du gouverneur prend par ailleurs sa défense au sujet de ses frais de table, en la justifiant par le coût des vivres alimentaires à Recife.

Détention d'esclaves à titre personnel Dans une déclaration du , Jacob Janzs van der Beets et Harman Matthijsz attestèrent au nom des propriétaires du navire "Vliegend Hardt" qu'un autre vaisseau en provenance de Norvège, et allant, via Hoorn, vers le Brésil avait été capturé en pleine mer en par un pirate opérant à partir du Maroc. Ce pirate est lui-même capturé à son tour par le "Vliegend Hardt" et son équipage emmené en captivité au Brésil, où il ne bénéficie plus du statut de travailleur engagé pour la WIC mais se voit quelques années après réduit en esclavage à la cour de Johan Maurits, lorsque ce dernier la met en place dans le Palais de Fribourg inauguré en 1643 à Mauritsstad.

Celle-ci était devenue en 1642 la première destination pour les engagés de la WIC au Brésil. Cette année-là, une cinquantaine d'entre eux travaillaient à la cour, réduits en esclavage. Le gouverneur possédait à titre personnel au moins 30 autres esclaves africains, car la liste de 1643 des personnes nourries à la cour mentionne 90 esclaves africains. Dans une longue lettre à Johan Maurits et au Conseil supérieur de Recife en , la direction de la WIC se plaignait, entre autres, des coûts élevés de construction du pont entre Mauritsstad et Recife, en évoquant également la question du trafic d'esclaves entre Recife et Cap-Vert, pour le compte personnel du gouverneur , mis en place par un de ses proches, le portugais Gaspar Dias Ferreira (1595-1659).

Celle-ci faisait aussi travailler illégalement le "Brésilien de Maranhão", qui selon le document de 1643, était un indigène tupi. Immédiatement après la conquête du Maranhão, la WIC avait permis brièvement l'esclavage des indigènes, mais seulement de ceux qui combattaient la WIC, puis recommandé en , que « tous les naturels du Maranhão soient considérés comme libres comme les autres « Brasilianos » de la colonie ».

Les navires Poortier, Groote Gerrit et Brack, arrivés de Luanda en , ont amené un total de 1096 esclaves à Recife, dont 196 morts durant la traversée. Les survivants, ainsi que 58 personnes précédemment déportées ont été vendus à Recife, où 4 dirigeants locaux de la WIC ont acheté 65 personnes, dont 60 vendus « à Son Excellence le gouverneur, pour le compte de la cour » et en fait destinés à la revente, compte tenu du départ imminent de Johan Maurits pour l'Europe, car son renvoi lui avait déjà été communiqué en .

Le droit de marquer ses esclaves avait été fortement restreint par la WIC pour le limiter à certaines formes de sanctions pénales, conditionnées à l'approbation d'un tribunal néerlandais, mais des marques apparaissent sur une aquarelle d'un cadre de la cour du gouverneur, Zacharias Wagener (1614-1668), considérée comme une des sources de la série de huit peintures d'Albert Eckhout représentant les habitants du Brésil hollandais, conservées au Musée national du Danemark.

Sur le tableau d'une femme africaine parée de perles et autres bijoux, ressemblant beaucoup à celui d'Albert Eckhout, sa poitrine est marquée d'un symbole créé par les lettres « I » et « M » se chevauchant sous la figure d'une couronne, ce qui n'apparait plus dans la peinture d'Albert Eckhout. Le sigle apparaît dans l'hagiographie de 1647 mais aussi sur une chaise en ivoire sculptée avec exactement le même motif, offerte en cadeau à l'électeur de Brandebourg en 1652 par l'ex-gouverneur et conservée aujourd'hui au palais de Sanssouci.

Hagiographie sur commande Après son retour en Europe en 1644, il chargea son familier Constantijn Huygens de faire écrire sa biographie par Caspar Barlæus"Rerum in Brasilia et alibi gestarum" par Caspar Barlæus en 1647, qui devint une hagiographie sur commande. À l'usage du public, le poète Franciscus Plante composa un poème à sa gloire, Mauritas, où il chante de façon emphatique ses aventures brésiliennes. Il demande aussi à des enseignants de l'université de Leyde de rendre hommage à son action, financée sur la fortune personnelle du gouverneur selon lui.

Malgré plusieurs récits de contemporains dénonçant la corruption de Jean-Maurice de Nassau-Siegen, cette hagiographie a inspiré une historiographie le vantant comme un mécène, bâtisseur, protecteur des minorités religieuses, des artistes et des entrepreneurs. Cette image a été brutalement contestée en 2020 par un projet lancé par des historiens de l'Université de Leyde aux Pays-Bas, en dénonçant le caractère esclavagiste de la Nouvelle-Hollande (Brésil).

Ils ont produit des documents inédits prouvant , sur fond de . Le gouverneur a considérablement augmenté son patrimoine en acquérant des nombreux esclaves, dont une grande partie a été revendue à l'oligarchie portugaise restée à Récife malgré l'arrivée des Hollandais"Slavery at the Court of the ‘Humanist Prince’ Reexamining Johan Maurits van Nassau-Siegen and his Role in Slavery, Slave Trade and Slave-smuggling in Dutch Brazil, par Carolina Monteiro et Erik Odegard, en septembre 2020, dans la revue Journal of Early American History .