Arlette Laguiller, née le à Paris, est une femme politique française d'extrême gauche.

Militante syndicale d'inspiration trotskiste, elle intègre la direction de Lutte ouvrière (LO), dont elle devient porte-parole en 1973.

En 1974, elle devient la première femme à se présenter à une élection présidentielle sous la Cinquième République. Six fois candidate entre 1974 et 2007 avec des scores allant de 1,3 à 5,7 % des voix, elle détient en le record du nombre de candidatures présidentielles en France.

Connue pour son adresse traditionnelle , elle représente son parti à de nombreuses autres élections. Elle est conseillère municipale des Lilas (Seine-Saint-Denis) de 1995 à 2001, conseillère régionale d'Île-de-France de 1998 à 2004 et députée européenne de 1999 à 2004.

Situation personnelle Famille et vie privée Arlette Yvonne Laguiller naît le dans le de Paris..

Elle est issue d’une famille modeste vivant aux Lilas (alors dans le département de la Seine, aujourd'hui Seine-Saint-Denis). Pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que sa fille est âgée de , sa mère part s'installer à Clermont-Ferrand afin de se rapprocher de son mari, qui sert dans l’armée française lorsqu’il est fait prisonnier, avant d’être libéré pour des raisons sanitaires en 1942. Arlette Laguiller passe deux ans chez sa famille maternelle, dans l’Oise. Après le conflit, elle retourne avec sa famille aux Lilas, où elle vit dans un pavillon d'une pièce cuisine..

Avant la guerre, son père, Louis Laguiller, est employé d'assurance. Après sa libération, alors que sa santé reste fragile, il travaille comme manœuvre dans différentes places de travail, mais est principalement au chômage. Séminariste avant de devenir athée, il se définit comme anarchiste et milite à l’Association républicaine des anciens combattants (proche de la SFIO et du Parti communiste français). À sa fille, il transmet son goût pour la lecture et la discussion politique. Sa mère, Suzanne Janin, est secrétaire puis sans emploi. C’est ainsi principalement grâce aux prestations sociales que vit le foyer..

Pendant son enfance, elle s'occupe de ses deux frères cadets, nés en 1947 et 1949, notamment en raison de la santé fragile de ses parents. Sous l'influence de sa mère, catholique, elle suit des cours de catéchisme et fait sa première communion, sans toutefois avoir de croyances religieuses.

Elle quitte le domicile familial à , part vivre dans le de Paris, puis revient habiter aux Lilas. Elle reste officiellement célibataire.

Formation et carrière En , à , après avoir obtenu le BEPC au collège d'enseignement général des Lilas, elle commence à travailler au Crédit lyonnais. Elle est stagiaire pendant trois mois comme dactylographe, avant de devenir mécanographe dans une agence située place Jules-Joffrin, dans le de Paris. Elle échoue peu après au concours d’entrée à l'école normale primaire.

vignette|Arlette Laguiller lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, en 2008. En 1957, alors qu'elle n'est pas encore en CDI, elle ne prend pas part à la grève (sur conseil de ses collègues) qui a lieu au sein du Crédit lyonnais. En 1963, elle obtient sa mutation au siège central, boulevard des Italiens (), où elle est affectée en tant qu'employée dactylographe au service des crédits immobiliers. Elle y crée une section syndicale et lance des publications au succès limité. En 1971, elle est détachée à la permanence syndicale de Force ouvrière de la banque et rattachée au service du personnel. Elle est fréquemment élue déléguée du personnel ainsi que membre du comité d’établissement et du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. En 1973, elle tente de passer son baccalauréat en candidat libre, mais échoue de peu.

Arlette Laguiller travaille à temps partiel à partir de 1996 et part en préretraite l’année suivante. Elle prend sa retraite en 2000.

Parcours politique Débuts militants Au milieu des , elle se crée ses premières convictions avec l'insurrection de Budapest , l'opération Mousquetaire et la guerre d'Algérie . Elle est principalement influencée par un employé du Crédit Lyonnais, syndicaliste et membre de la SFIO.

Lectrice de L'Humanité, elle est d'abord proche du Parti communiste français (PCF), dont elle déplore cependant un engagement trop timide en faveur de l'indépendance de l'Algérie. Elle effectue sa première action militante le , en prenant part à une manifestation anti-guerre d’Algérie organisée à Paris par l'UNEF et le Parti socialiste unifié (PSU).. Après la répression de la manifestation, qui avait été interdite par le préfet de la Seine, Arlette Laguiller adhère à la section des Lilas du PSU, dont elle prend rapidement la tête, et rejoint la tendance socialiste-révolutionnaire de Michel Lequenne. Elle fait alors du démarchage dans les HLM et distribue l’hebdomadaire du parti, Tribune socialiste. Elle participe à la manifestation de Charonne en 1962, dont la répression par la police fait neuf morts.

Développant à partir de 1961 des idées trotskistes (définies dans le Programme de transition), elle quitte le PSU l'année suivante pour rejoindre l'organisation trotskiste et titre de presse Voix ouvrière (VO). Toujours en 1961, elle intègre la Confédération générale du travail (CGT), où elle assure les tâches administratives et tente d’accroître les liens entre les différentes entités du Crédit lyonnais. Élue déléguée du personnel et membre du comité d’établissement en 1963, elle est cooptée au bureau et au secrétariat CGT du Crédit lyonnais. Mais elle finit par être écartée du mouvement en 1965, après qu'elle a réclamé une augmentation des salaires uniformes et en raison de son engagement trotskiste.

Le , avec vingt autres employés, Arlette Laguiller conduit la grève dans son établissement du Crédit lyonnais, dont elle participe à l’occupation le même jour. Le mouvement dure deux semaines, les salariés votant finalement pour la reprise du travail après avoir obtenu plusieurs avantages (hausse du SMIG, des droits syndicaux). Arlette Laguiller prend également part aux manifestations du Quartier latin. Elle intègre alors le syndicat Force ouvrière (FO), dont elle devient déléguée syndicale.

Premières campagnes Après Mai 68, Voix ouvrière et d’autres organisations d'extrême gauche sont dissoutes par décret présidentiel. Mais le mouvement se reconstitue aussitôt sous le nom de son journal, rebaptisé Lutte ouvrière (LO). Arlette Laguiller intègre en 1969 le comité central et le comité exécutif de la formation, qui gagne en militants et multiplie les bulletins d’entreprise.

Elle brigue son premier mandat électoral lors des élections municipales de 1971 : à la tête de la liste présentée par LO et le PSU dans le de Paris, elle réunit 2,5 % des suffrages. Dans le cadre de la campagne des élections législatives de 1973, elle est choisie, à , pour être porte-parole nationale de Lutte ouvrière, ce qui lui permet de réaliser ses premières interventions télévisées. Le parti présente au premier tour quelque , tous ouvriers ou employés ; Arlette Laguiller se présente dans une circonscription du de Paris. Ayant obtenu des scores modestes, le parti appelle à voter pour les candidats communistes ou socialistes au second tour.

Désignée en présidente d'un comité de grève au service « portefeuilles-banque » du Crédit lyonnais, elle parvient à étendre le mouvement de protestation à l'ensemble de l'établissement puis à tout le secteur bancaire. Elle devient porte-parole des différents comités de grève élus dans ce cadre. À l'issue d'une occupation des locaux de , la contestation prend fin le avec la satisfaction des demandes des grévistes.

vignette|redresse|François Mitterrand, auquel Arlette Laguiller apporte son soutien, avec des réserves, au second tour des élections présidentielles de 1974 et 1981, avant d'appeler à voter blanc. En , alors inconnue du grand public, elle devient la première femme à se présenter à une élection présidentielle en France. Pendant la campagne, elle dénonce le statut de la femme dans la société . Elle critique les grands partis de gauche, qu’elle voit comme opportunistes et trop timorés.. À l’issue du premier tour, avec 2,33 % des suffrages exprimés, elle arrive en cinquième position (sur douze candidats)Émission de l'ORTF du 27 avril 1974, sur le site l'Institut national de l'audiovisuel .. En vue du second tour, déclarant que , avec des réserves, elle soutient François Mitterrand face à Valéry Giscard d'Estaing.. Les sondages indiquent que deux tiers de ses électeurs soutiennent le candidat socialiste et un quart le candidat de droite..

Lors des élections législatives de 1978, elle fait partie des de LO, Arlette Laguiller se présentant dans la circonscription du Puy-de-Dôme (Thiers-Ambert), où elle obtient 8,4 % des suffrages. Aux élections européennes de l’année suivante, sa liste d’alliance avec la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) d’Alain Krivine réunit 3,1 % des suffrages. Étant parvenue à réunir les nouveaux requis pour se présenter l’élection présidentielle de 1981, elle recueille 2,30 %. Comme en 1974, elle appelle à voter pour François Mitterrand au second tourJournal télévisé de 20 heures de l'ORTF, sur le site l'Institut national de l'audiovisuel ..

À l’élection présidentielle de 1988, elle obtient son moins bon score depuis sa première candidature quatorze ans plus tôt : 1,99 % des suffrages exprimés, arrivant ainsi en avant-dernière position, devant Pierre Boussel du Mouvement pour un parti des travailleurs (0,38 %). Contrairement aux fois précédentes, elle ne donne pas de consigne de vote pour le second tour« Arlette Laguiller : « Je m'abstiendrai au deuxième tour » », ina.fr, 1988..

Ascension électorale Lors du référendum sur le traité de Maastricht (), Arlette Laguiller appelle à l'abstention.

Le Parti communiste français précise : "En 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht, Arlette Laguiller a choisi de s'abstenir, ce qui a fait passer le traité de Maastricht. Dans les moments compliqués, où il faut que le clivage gauche-droite s'affirme, il y a des hésitations chez les trotskistes. Ils sont assez à l'aise dans la protestation, ils séduisent certainement, et c'est tout à fait respectable ; mais quand il s'agit de passer au concret et de s'attaquer réellement au capital, ils hésitent."

Lors des élections municipales de 1995 aux Lilas, la liste qu’elle conduit rallie les suffrages de 15,6 % des électeurs s’étant exprimés, ce qui lui permet d’être élue au conseil municipal avec un colistier.

vignette|Arlette Laguiller tenant une réunion publique à Lyon pendant la campagne présidentielle . De nouveau candidate de Lutte ouvrière à l’Élysée, elle réunit 5,30 % en 1995, 5,72 % en 2002 et 1,33 % en 2007. En 1995, elle ne donne pas de consigne de vote au second tour pour « ne pas cautionner la politique des gouvernements de gauche », estimant que la politique de la gauche au gouvernement « avait suffisamment démontré que les travailleurs n'avaient rien à attendre du Parti socialiste au pouvoir ». En 2002, elle refuse d'appeler à voter pour Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen lors du second tour de l'élection présidentielleElle recommande à ses électeurs de ne pas voter pour Jean-Marie Le Pen et de s'abstenir de voter pour Jacques Chirac, estimant que « moins Chirac pourra se prévaloir de voix des travailleurs, mieux cela vaudra pour le monde du travail » (www.lutte-ouvriere-journal.org). Elle appelle à soutenir Ségolène Royal en 2007Déclaration du 22 avril 2007 (www.arlette-laguiller.org).

Arlette Laguiller détient le record du nombre de candidatures (six consécutives) à une élection présidentielle française..