(né vers 1040-1041 et mort le ), surnommé le Brave (el Bravo) ou le Vaillant (el Valiente), est roi de León (1065-1109), roi de Galice (1071-1109) et roi de Castille (1072-1109).

Il est l'artisan de la conquête de Tolède en 1085, qui constitue un événement central de la Reconquista. Cette conquête étend considérablement le territoire et l'influence du royaume de León et de Castille, mais provoque en riposte une invasion almoravide à laquelle Alphonse résiste jusqu'à la fin de son règne. Les armées léonaise et castillane subissent de lourdes défaites lors des batailles de Sagrajas (1086) et de Consuegra (1097). En 1108, son fils et unique héritier, Sancho Alfónsez, trouve la mort au cours de la bataille d'Uclès. Valence est abandonnée, mais Tolède est conservée au sein d'un vaste royaume qu'Alphonse lègue à sa fille en 1109.

Biographie Origine et jeunesse Fils de , roi de León, et de Sancha de León, Alphonse est un « infante léonais avec du sang navarrais et castillan ». Ses grands-parents paternels sont , roi de Pampelune, et Munia de Castille. Ses grands-parents maternels sont , roi de León, et sa première épouse Elvire Mendes.

L'année de naissance d'Alphonse n'est pas mentionnée dans les textes de l'époque. Selon l'un des auteurs des chroniques anonymes de Sahagún, qui rencontra le monarque et assista à sa mort, il meurt à l'âge de 62 ans après avoir régné durant 44 ans. Il serait donc né dans la seconde moitié de 1047 ou dans la première moitié de 1048. Selon Pélage de Oviedo, Alphonse serait mort à l'âge de 79 ans, mais cela placerait sa naissance vers 1030, avant le mariage de ses parents.

D'après l’Historia silense, le premier enfant de Ferdinand et de Sanche, une fille appelée Urraque, serait née alors que ses parents étaient encore comte et comtesse de Castille, en 1033 ou 1034. Le deuxième enfant et fils aîné, Sanche, naît probablement dans la seconde moitié de 1038 ou en 1039. Le troisième enfant, une fille appelée Elvire, naît en 1039 ou 1040. Elle est suivie d'Alphonse en 1040 ou 1041, puis de García, entre 1041 et le , date à laquelle le roi Ferdinand, dans une donation à l'abbaye San Andrés de Espinareda, mentionne ses cinq enfants. Tous, sauf Elvire, signent un document au monastère de San Juan Bautista de Corias le .

Tous les enfants de Ferdinand, selon l’Historia silense, sont formés aux arts libéraux. Les garçons sont également formés au maniement des armes, à l'équitation (à la manière espagnole) et à la chasse. Le clerc Raymond de Palencia est chargé de l'éducation d'Alphonse. Une fois roi, Alphonse le nomme évêque de Palencia et le désigne comme « magistro nostro, viro nobile et Deum timenti » (« notre maître, un homme noble qui craint Dieu »).

Ascension au pouvoir vignette|La péninsule ibérique en 1065, à la mort de Ferdinand. Le royaume de León (en jaune) est partagé entre les trois fils de Ferdinand : García (Galice), Alphonse (León) et Sanche (Castille). En tant que deuxième fils du roi de León, Alphonse n'est pas censé hériter du trône. À la fin de l'année 1063, probablement le , Ferdinand convoque une Curia Regia pour faire connaître ses dispositions testamentaires. Le roi profite du rassemblement de nombreux magnats à León, capitale du royaume, pour la consécration de la basilique Saint-Isidore de León. Il décide de distribuer son patrimoine entre ses enfants, une distribution qui ne deviendra effective qu'à sa mort afin d'éviter tout litige : Sanche, l'aîné, hérite du royaume de Castille, créé pour lui à cette occasion, ainsi que des tributs (parias) de la taïfa de Saragosse ; Alphonse, le deuxième, hérite du royaume de León, « la partie la plus étendue, la plus prisée et la plus emblématique : celle contenant les villes d'Oviedo et de León, berceaux de la monarchie asturienne et léonaise », comprenant les Asturies, les villes de León, Astorga, El Bierzo, Zamora et la Tierra de Campos ainsi que les tributs de la taïfa de Tolède ; García, le dernier, hérite de la Galice, « élevée au rang de royaume », qui s'étend au sud vers le fleuve Mondego, au Portugal, et comprend les tributs de la taïfa de Badajoz et de la taïfa de Séville ; Les sœurs, Urraque et Elvire, reçoivent toutes les deux l'« Infantazgo », c'est-à-dire « le patronage et les revenus de tous les monastères appartenant au patrimoine royal » à condition de rester célibataires.

Roi de León (1065-1072) Après son couronnement dans la ville de León en , doit s'opposer aux visées expansionnistes de son frère , qui, en tant que fils aîné, se considère comme le seul héritier légitime de tous les royaumes de son père. Le conflit entre les trois frères débute après la mort de leur mère, la reine Sancha, le , et se prolonge pendant sept ans. Sanche et Alphonse s'affrontent pour la première fois à Llantada, en , et conviennent que le vainqueur obtiendra le royaume du vaincu. Sanche, soutenu par le bras armé du Cid, est victorieux, mais Alphonse ne respecte pas l'accord. En dépit de leur conflit, les deux frères gardent des relations cordiales : Alphonse est présent au mariage de son frère aîné le . C'est à cette occasion que les deux frères forment une alliance contre leur frère cadet García afin de se partager le royaume de Galice. Avec la complicité d', envahit la Galice en 1071. Il soumet son frère , le capture à Santarém et le jette en prison à Burgos avant de l'exiler vers la taïfa de Séville, alors dirigée par Al Mutamid ibn Abbad. Après avoir éliminé leur frère, et s'autoproclament rois de Galice et signent une trêve.

La trêve est rompue l'année suivante et remporte une victoire décisive à Golpejera le . Alphonse est capturé, emprisonné à Burgos, puis tonsuré et envoyé au monastère de Sahagún. Grâce à l'intercession de leur sœur Urraque, Sanche et Alphonse parviennent à un accord en vertu duquel Alphonse trouve refuge dans la taïfa de Tolède sous la protection de son vassal Al-Mamun. Il est accompagné de son ami d'enfance, le fidèle Pedro Ansúrez.

Alphonse VI, exilé à Tolède, gagne le soutien de la noblesse léonaise et de sa sœur Urraque, maîtresse de la cité de Zamora. Cette dernière refuse d'échanger la forteresse de Zamora, « clé de la future expansion au sud du Douro », contre des compensations proposées par son frère Sanche. Alors que Sanche met le siège devant la ville, il est assassiné. Selon la tradition, un noble nommé Vellido Dolfos se serait présenté devant le roi pendant le siège, affirmant avoir abandonné Urraque pour servir le roi Sanche. Sous prétexte de lui montrer les points faibles des remparts de la ville, Dolfos aurait séparé le roi de sa garde et l'aurait tué d'un coup de lance. La mort de sans descendance permet à de récupérer son trône ainsi que les royaumes de Castille et de Galice.

Bien que Le Cid, porte-étendard et conseiller du roi , ait été présent au siège de Zamora, son rôle dans les événements est inconnu. La mort de ne peut pas non plus être imputée à , qui, au moment de la mort de son frère, était en exil. Malgré le manque de preuves, « ménestrels et ballades ont comblé ce vide avec de belles créations littéraires dénuées de toute réalité historique ». Les légendes sur cet assassinat feront plus tard partie de la Leyenda de Cardeña, un ensemble de documents narratifs légendaires concernant Le Cid publiés au .

Grâce à la mort de , peut reconquérir son trône de Galice. Cependant, l'année suivante, le , Alphonse convoque García et le jette en prison. García est maintenu en détention pendant dix-sept ans au château de Luna, où il meurt le . Après avoir évincé ses deux frères, Alphonse s'assure facilement la loyauté du haut clergé et de la noblesse de son royaume.

Expansion territoriale (1072-1086) vignette|La conquête léonaise de la taïfa de Tolède entre 1065 et 1085. Désormais établi sur le trône de León, et doté du titre d'« empereur », vestige de la tradition wisigothique, Alphonse passe les quatorze années suivantes de son règne à étendre son territoire par des conquêtes. En 1072, il s'autoproclame « rex Spanie ».

En 1074, allié avec Yahyâ al-Ma'mûn, souverain de la taïfa de Tolède, Alphonse lance une offensive contre Abd Allah, souverain ziride de la taïfa de Grenade, et s'empare de la forteresse stratégique d'Alcalá la Real.

À la suite de l'assassinat de en 1076, qui ne laisse que des fils mineurs, la noblesse navarraise se divise quant à la succession au trône de Navarre. Alphonse prend immédiatement possession de Calahorra et de Najera, et reçoit également le soutien de la noblesse de Biscaye-Álava et de La Rioja. Le parti opposé soutient et prend possession du reste du royaume. Après un accord entre les deux rois, Sanche est reconnu comme roi de Navarre tandis qu'Alphonse annexe les territoires d'Álava, de Biscaye, une partie du Guipúzcoa et La Bureba. Il adopte le titre de Imperator totius Hispaniae (« Empereur de toutes les Espagnes »).

Son expansion territoriale se fait au détriment des royaumes musulmans. Alphonse poursuit leur exploitation économique au moyen du système des parias (« tributs ») et réussit à garder la plupart des taïfas comme ses tributaires, sous la menace d'une intervention armée. En 1074, il soumet à tribut la taïfa de Tolède et, la même année, aidé par les troupes de cette ville, il ravage les terres de la taïfa de Grenade, qui devient alors son tributaire. En 1076, l'émir de Saragosse, qui désire s'emparer de Valence sans être inquiété par Alphonse, accepte de reprendre le paiement des parias. En 1079, Alphonse s'empare de Coria. En 1083, il est la victime d'une ruse, appelée la « trahison de Rueda ». Ayant appris que le gouverneur du château de Rueda de Jalón, qui dépend de la taïfa de Saragosse, a l'intention de la céder au roi de Léon, Alphonse gagne cette place forte. Les troupes du roi tombent dans une embuscade à leur entrée dans le château, et plusieurs magnats du royaume sont tués.

vignette|La prise de Tolède par en 1085. En 1074, Yahyâ al-Ma'mûn, vassal et ami d'Alphonse et roi de la taïfa de Tolède, meurt empoisonné à Cordoue. Son petit-fils Al-Qadir lui succède. Ce dernier demande l'aide du roi de León pour mettre fin à une révolte contre lui. profite de cette demande pour assiéger Tolède, qui tombe le . Après avoir perdu son trône, Al-Qadir est envoyé par comme roi de la taïfa de Valence, sous la protection du capitaine léonais Álvar Fáñez. Pour faciliter cette opération et récupérer le paiement des parias dus par la ville, impayés depuis l'année précédente, Alphonse assiège Saragosse au printemps 1086. Début mars, Valence se soumet au règne d'Al-Qádir ; la cité de Xàtiva sollicite, tardivement, l'aide militaire des souverains de Tortose et de Lérida. L'incursion de ces derniers dans la région échoue et ils se retirent, harcelés par les troupes de Fáñez.

Après cette importante conquête, Alphonse VI est nommé « Empereur des Deux Religions ». En signe de reconnaissance envers l'importante population musulmane de la ville, il leur promet, outre le respect de leurs biens, le droit d'utiliser la mosquée principale. Cette décision est ultérieurement révoquée par le nouvel archevêque de Tolède, Bernard de Sédirac, qui profite de l'absence du roi à Tolède et du soutien de la reine Constance de Bourgogne.

L'occupation de Tolède, qui permet à Alphonse d'intégrer à ses précédents titres celui de roi de Tolède, entraine la prise de villes comme Talavera de la Reina et de forteresses comme le château d'Aledo en Murcie. Il entre également dans Mayrit (aujourd'hui Madrid) sans résistance, probablement par capitulation. Le territoire situé entre le Système central et le Tage sert désormais de base d'opérations au royaume de León, d'où il peut lancer de nouvelles offensives contre les taïfas de Cordoue, Séville, Badajoz et Grenade.

Invasions almoravides (1086-1109) vignette|La riposte almoravide entre 1085 et 1115. vignette|La bataille de Sagrajas, remportée par les Almoravides en 1086.