Les (pluriel de , terme breton signifiant chiffonniers ou colporteurs) étaient des marchands itinérants qui échangeaient des articles manufacturés divers, en particulier de la vaisselle, de la quincaillerie ou des colifichets contre des chiffons, peaux de lapin, queues de cheval, soies de porcs ou métaux divers, etc. pour les revendre aux grossistes implantés dans les ports tels que celui de Morlaix. Ils réparaient également bols, assiettes ou parapluies. Acteurs de l'économie des monts d'Arrée, ils étaient porteurs des nouvelles, bonnes comme mauvaises et chantres des traditions populairesMonik Borowitch, « Le métier de pilhaouer en Cornouaille (paramètres d'un négoce axé sur l'itinérance et la communication du à sa disparition », mémoire de maîtrise d'ethnologie, CRBC Brest, 1994..
Orthographe Le nom (féminin: ) vient du mot « », « chiffon » en breton. Le pluriel est , le pluriel féminin .
Émile Souvestre utilise l'orthographe pillawer.
Origines La pauvreté des paysans de l'Arrée en raison de l'acidité des sols et de la rudesse du climat aggravée par l'altitude et la croissance démographique importante dans la première moitié du a rendu indispensable des revenus d'appoint pour permettre la survie de la population à une époque où l'exode rural était encore peu important. Les femmes maniaient la quenouille et pratiquaient le tissage, les hommes se firent pilhaouers (pilhaourien au pluriel), en particulier dans les communes de Botmeur, La Feuillée, Brennilis et Loqueffret. .
Le géographe Louis Gallouédec écrit en 1893 :
Ils récoltaient de vieux vêtements et des toiles de lin et chanvre qui, une fois découpés et mis à macérer, servaient à la fabrication du papier. Les peaux de lapins, de renards, de taupes leur étaient aussi vendues. Les « pilhoù » (en breton) ou la « chiffe » (en français) n'était jamais achetée, toujours échangée contre des rubans, des lacets, de la vaisselle, voire des fruits de saison.
Ainsi, en 1846, le territoire actuel de Loqueffret compte 32 ménages où le chef de famille est chiffonnier, pour un total communal de 89 chiffonniers, sans compter les habitants qui déclaraient « cultivateur » comme activité principaleCamille Clech et Michel Penven, Loqueffret, Association « Sur les traces de François Joncour », mai 1996.. Lors du recensement de 1856, on recense 68 pilhaouerien à Botmeur; lors de celui de 1905, 30 familles.
C'est la poursuite d'une tradition visiblement très ancienne :
Fonctionnement Les chiffonniers des Monts d'Arrée ne possédaient que quelques hectares d'une terre peu productive, ou étaient même pour certains de simples journaliers agricoles. Les enfants apprenaient très tôt le métier, partant avec leur père après la moisson pour la fin des vacances scolaires, et, dès 14 ans, prenaient la route. Certains se déplaçaient à pied, d'autres en char-à-bancs et même en voiture pour les derniers d'entre eux à pratiquer le métier, après la seconde guerre mondiale.
Chaque pilhaouer avait son secteur, parfois éloigné, qu'il avait hérité de son père ou à défaut d'un parrain. Il partait à l'automne, puis à nouveau pendant l'hiver, puis au printemps, revenant à sa ferme pour les périodes de gros travaux (labourage, semailles, fenaison, moisson…), son épouse assurant travaux agricoles et éducation des enfants le reste du temps. Certaines femmes étaient pilhaouerezed (chiffonières), accompagnant leur mari ou, plus rarement, exerçant seules le métier.
Émile Souvestre décrit ainsi la vie du pillawer :
Une ancienne chanson populaire, recueillie par Émile Souvestre dans son livre Les Derniers Bretons, décrit quelle était la vie, besogneuse et triste, du pilhaouerIci pilawer. : Il part, le pilawer, il descend la montagne, il va visiter les gens des pays. Il a dit adieu à sa femme et à ses enfants ; Il ne les reverra que dans un mois, s'il vit encore ! Car la vie du pilawer est rude ; Il va par les routes, sous la pluie qui tombe ou sous le soleil, Et il n'a pour s'abriter que les fossés du chemin. Il mange un morceau de pain noir, pendant que ses deux chevaux broutent dans les douves, Et il boit à la mare où chantent les grenouilles… Va, pauvre pilawer, le chemin du monde est dur sous tes pieds ; Mais Jésus-Christ ne juge pas, comme les hommes ; Si tu es honnête, tes peines te seront payées et tu te réveilleras dans la gloire…
C'était en effet une profession dure et décriée : , écrit le géographe L. Gallouedec à la fin du .
« Pilhoù d'ar pilhaouer ! Leizh e garr, ma'h ya d'ar gêr ! » (« des chiffons pour le chiffonnier ! Plein la charrette pour qu'il aille à la maison ! ») ou encore « Tamm pilhoù, tamm pilhoù, digorit ar gloued ! » (« n'avez-vous pas de chiffons, de chiffons, ouvrez la barrière! ») tels étaient les phrases hurlées par le pilhaouer pour annoncer son arrivée. L'exercice de ce métier aurait commencé au début du ; il consistait à récupérer un maximum de chiffons car c'était la matière première des moulins à papier dont les plus proches se situaient à Pleyber-Christ, Plourin-lès-Morlaix, Saint-Thégonnec ou encore Taulé.
Les pilhaouers gagnaient correctement leur vie le plus souvent. Leur réputation était parfois controversée ; selon la Chanson du pilhaouer, écrite par le curé de Loqueffret vers 1860, ils étaient flaerius (sentaient mauvais) et fréquentaient les cabarets. D'autres les considéraient comme « un peu voleurs » dans la mesure où les pesées de chiffons qu'ils effectuaient étaient difficilement contrôlées par les clients. Leur itinérance leur procurait un esprit d'entreprise qui frappa Cambry à la fin du : Ceci explique probablement l'indépendance d'esprit des « hommes de la montagne », région laïque et politiquement de tradition de gauche et une instruction plus vite développée que dans le Léon voisin, plus riche, mais resté plus conservateur. À l'annonce du décès de leur « recteur » (curé en Bretagne), les pilhaouerien de Brennilis s'exclament en 1891 :
Le café-épicerie Ti-Gwen à Pleyben, sur la route de Brasparts, fermé depuis longtemps, était dans la première moitié du un lieu de rendez-vous célèbre des pilhaouerien.
Cette activité fut importante jusqu'à la Seconde Guerre mondiale (, et a perduré au moins jusqu'à la décennie 1950 comme en témoigne ce récitLouis Oges - Témoignage datant de 1951. datant de 1951 :
S'exprimant avec aisance en français, vendant à l'occasion des bibles protestantes, les chiffonniers désenclavent intellectuellement et mentalement une paysannerie repliée sur elle-mêmeJean-Yves Michel, « L'anticléricalisme en Poher finistérien - 1870-1960 », revue Kreiz Breizh n° 11, trimestre 2004..
Les descendants des pilhaouers ont souvent bien réussi dans la vie, parfois mieux que les enfants des « terriens », des paysans, la profession permettait en effet de « voir du pays » et facilitait l’évolution des mentalitésMarie-Corentine Guen, Des échelles sous le soleil. Skeuliou dindan an heol, 1989..
Le conte Veig Richou, le pillaouer de Loqueffret, transcrit par René TrelluRené Trellu, « Contes des Monts d'Arrée et des Montagnes Noires », Mouez ar Menez n° 11, Association des Amis de l'écomusée des monts d'Arrée, 1992., illustre aussi les pilhaouers, ainsi qu'un roman pour enfants de Jacqueline Favreau et Jean-Louis Aquila, Pilhouer et Bonnet rouge dont l'action se situe à Botmeur.
Plus récemment on retrouve la figure du pilhaouer sous la plume de Daniel Cario dans son roman La Légende du pilhaoueréditions Grands caractères, ou dans la série Monstres et Merveilles de G. Foucheréditions Kleinzach. Cette dernière série d'ouvrages illustrés est tirée du spectacle de contes appelé lui aussi Monstres et MerveillesMonstres & merveilles, où se mêlent marionnettes, théâtre de papier et théâtre d'ombres, par la Cie Humpty-Dumpty. À travers cette série de livres fantastiques, c'est l'itinérance d'un pilhaouer anonyme à travers la bretagne et sa rencontre avec ses légendes, ses monstres et ses créatures de légende qui est explorée (Les écureuils de Kerham, La légende du Buguel Noz. Chaque livre propose un carnet de voyage illustré qui aurait été tenu au début du XIXe siècle.
Notes et références
Annexes Bibliographie .
Articles connexes Chiffonnier Monts d'Arrée Botmeur Loqueffret
Liens externes Yves Goulm, « Des pilhaouers aux papetiers » sur utlcob.e-monsite.com.
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