Auguste de Villiers de l'Isle-Adam, dit le « comte », puis (à partir de 1846) le « marquis » de Villiers de l'Isle-Adam, est un écrivain français d'origine bretonne., né le à Saint-Brieuc et mort le à Paris .. Appelé Mathias par sa famille, simplement Villiers par ses amis, il utilise le prénom d'Auguste sur la couverture de certains de ses livres imprimés.
Ses œuvres les plus connues aujourd'hui sont ses Contes cruels (1883), L'Ève future, roman de science-fiction paru en 1886, et le drame Axël, annonçant le théâtre symboliste, et publié en volume dans sa version intégrale, l'année suivant sa mort.
Biographie Famille
Auguste de Villiers de l'Isle-Adam. naît à Saint-Brieuc, au 2 de la rue Saint-Benoît, le . Il est le fils unique de Joseph-Toussaint-Charles (né le à Maël-Pestivien, décédé le ) et de Marie-Françoise Le Nepvou de Carfort-Daniel de Kérinou, mariés civilement le , puis religieusement le , dans l'Église catholique. La famille de l'écrivain est éteinte depuis 1901.
Après un long et pénible exil en Angleterre sous la Révolution et l'Empire, le grand-père de l'écrivain, Jean-Jérôme-CharlesNé le à Brest, décédé le à Locarn., dit Lily, fils de Charles-François -., passe sa jeunesse au manoir de Kerohou en Maël-Pestivien, avant de s'embarquer à vingt ans pour l'Orient. Après plusieurs années de navigation, il s'installe au manoir de Penanhoas en Lopérec, dont il a hérité, devient chouan, et se fait grièvement blesser près de Quintin.. Il doit quêter quelques subsides sous la Restauration, avant de recevoir de l'État en 1826, après le vote du milliard des émigrés en 1825.
De son côté, le marquis Joseph-Toussaint-Charles, père de l'écrivain, a l'idée de fonder une sorte d'agence de recherche généalogique pour aider certains héritiers à récupérer leurs biens, après les bouleversements de la Révolution et de l'Empire. Toutefois, emporté par ses lubies, il se livre à des spéculations financières ruineuses et, en 1843, sa femme est contrainte de demander une séparation de biens (qui lui est accordée en 1846) pour préserver son héritage.
Une généalogie problématique
Selon sa généalogie, Villiers de l'Isle-Adam appartient à l'ancienne et illustre famille des Villiers, seigneurs de l'Isle-Adam. Toutefois, cette généalogie présente quelques failles. qui, de son vivant déjà, ont provoqué des doutes, renforcés en 1928 par un article de Max Prinet paru au Mercure de France (v. ).. D'après lui, Villiers descendrait d'une famille de la noblesse de robe parisienneRené Botto, De Rhodes à Malte: le grand maître Philippe de Villiers de l'Isle-Adam, 1460-1534 et l'ordre de Malte, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, Somogy, 2004, 119 pages, .Auguste Villiers de L'Isle-Adam, Textes politiques inédits de Villiers de l'Isle-Adam, présentation d'Alain Néry, Légitimité, 1981, 63 pages, . et son premier ancêtre certain serait un Jean de Villiers, procureur des comptes au début du . Un autre Jean de Villiers, petit-fils du précédent, s'établit en Bretagne et devient le premier à ajouter à son nom le nom de la terre de « L'Isle-Adam » et à prétendre ainsi à une parenté supposée avec les seigneurs de l'Isle-Adam..
En réalité sa famille, non noble, n'a aucun lien avec l'illustre lignée médiévale de Villiers de L'Isle-Adam, ayant donné un grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem mais éteinte depuis 1534. C'est son arrière-arrière-arrière grand-père, l'enseigne de vaisseau Jean de Villiers (1667-1710), qui prit le nom « de Villiers de L'Isle-Adam » sans pour autant appartenir à l'illustre famille. Le premier ancêtre connu en ligne masculine des Villiers et Jean de Villiers, procureur des comptes au . Cette famille s'est éteinte en ligne masculine en 1901, à la mort de Victor (né Dantine) fils de l'écrivain..
Plus tard Auguste de Villiers passera pour « un inquiétant mythomane » en revendiquant le trône de Grèce, poursuivant des critiques pour diffamation, se prétendant « prince du Saint-Empire, unique héritier du grand maître de Rhodes, fondateur de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, grand d'Espagne depuis Charles Quint, 22 fois comte ».
Études En 1845, la famille s’installe à Lannion, chez la marraine et parente de la mère d'Auguste, . Entre 1847 et 1855, le jeune Villiers suit des études chaotiques dans diverses écoles de Bretagne ; dont le collège Saint-Charles de Saint-Brieuc, aujourd'hui également lycée et collège, puis il est interne au petit séminaire de Tréguier, puis à Rennes en 1848 (dans l’ancien collège Saint-Vincent de Paul), au lycée de Laval (1849-1850), de nouveau à Rennes, à Vannes (collège Saint-François-Xavier) en 1851, où il a pour condisciple le futur peintre James Tissot, et encore à Rennes. Dans ces intervalles, il aurait eu des précepteurs religieux à domicile. Toutefois, il se montre très doué pour le piano et découvre la poésie. En 1855, le marquis vend sa maison et ses terres, et emmène sa famille à Paris. Dans la capitale, Auguste fréquente quelques cafés d'artistes, quelques salons où son nom l'introduit, et y rencontre un certain succès. Il se lie ainsi avec Catulle Mendès et Jean Marras en 1860 et rencontre, à la Brasserie des Martyrs, François Coppée, Charles Baudelaire, Leconte de Lisle. Il commence à collaborer à quelques feuilles obscures. Toutefois, en 1856, son père est interné à la prison de Clichy pour dettes. En 1857, inquiets de ses fréquentations, les parents du jeune écrivain veulent l'envoyer faire une retraite à l'abbaye de Solesmes, dont le supérieur, Dom Guéranger, est un ami, ce qu'il refuse.
Premiers écrits Il publie son premier livre, Deux essais de poésie l'année suivante, puis commence une carrière de journaliste, en avec deux articles de critique musicale dans La Causerie de Victor Cochinat. Le même mois, il fait paraître, à compte d'auteur, ses Premières poésies chez N. Scheuring à Lyon, qui passent inaperçues. En , il publie à compte d'auteur et à cent exemplaires, chez Dentu à Paris, le premier volume d'Isis, un roman dont la suite ne paraîtra jamais. Le , ses parents l'obligent à faire un séjour à Solesmes, où il demeure jusqu'au . En 1863, il noue une liaison avec Louise Dyonnet, une demi-mondaine, mère de deux enfants, et accomplit un séjour de quinze jours, en août, à Solesmes, où il rencontre Louis Veuillot. En 1864, alors qu'il rompt avec Louise Dyonnet, il fait la connaissance de Flaubert et se lie d'amitié avec Mallarmé ; son père fait une nouvelle fois faillite. thumb|left|Gravure de Loÿs Delteil d'après la photographie de 1886 avec les armoiries et la signature de Villiers de l'Isle-Adam. En , il fait paraître chez Guyon Francisque à Saint-Brieuc Morgane, un drame en cinq actes qu'il destine au théâtre de la Gaîté, ainsi qu'une seconde édition dElën, drame de 1865. En mai, trois poèmes du premier fascicule du Parnasse contemporain sont de Villiers. De même, au printemps, il se fiance avec Estelle, la seconde fille de Théophile Gautier, dont l'aînée, Judith Gautier, vient d'épouser Catulle Mendès. Les fiançailles sont rompues en , les parents de Villiers refusent une telle mésalliance.
En , Villiers de l'Isle-Adam devient rédacteur en chef de la Revue des Lettres et des Arts, hebdomadaire que viennent de fonder les frères Thomas et Armand Gouzien. La revue paraît jusqu'en ; Villiers y publie une longue nouvelle, Claire Lenoir, et un conte, L'Intersigne. Parmi les collaborateurs de la revue, on compte Mallarmé, Verlaine, Banville, Mendès et les frères Goncourt. En naît à Paris Jules Émile Leroy (1869-1911), fils de l'actrice Mathilde Leroy et de père inconnu, peut-être le fils naturel de Villiers.
En , après un échec au théâtre du Gymnase, Alexandre Dumas fils parvient à faire accepter La Révolte de Villiers au Vaudeville, qui n'aura que cinq représentations en mai, et sera publiée chez Alphonse Lemerre, en juillet. Le même mois, Villiers joue un rôle important lors des manifestations insurrectionnelles qui suivent la mort du journaliste Victor Noir abattu par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte.
Wagner Accompagné de Catulle Mendès et Judith Gautier, Villiers part en voyage en Suisse et en Allemagne en . Partis pour rendre compte pour les journaux parisiens de l'Exposition universelle des Beaux-Arts à Munich, ils prévoient de voir les opéras de Richard Wagner et rencontrer le compositeur (ils séjournent chez lui, à Triebschen, près de Lucerne, à l'aller, puis au retour). Ils vont ensuite couvrir au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, la représentation en français de Lohengrin en , avant de se rendre en juin à Weimar, pour un festival de la musique de Wagner. De là, ils vont à Munich pour voir La Walkyrie et s'arrêtent en juillet à Triebschen. Toutefois, ils doivent rentrer en France, lors du déclenchement des hostilités.
Déchéance sociale De retour à Paris, après un séjour d'un mois chez Mallarmé, à Avignon, Villiers prend le commandement des éclaireurs du de la garde nationale. Pendant le siège de la capitale par les Allemands, il vit avec sa famille dans un dénuement complet. Lors du déclenchement de la Commune, il se montre enthousiaste, mais doit bientôt renier ses sympathies communardes. Durant l'été, en effet, il fait des démarches en vue d'être nommé attaché d'ambassade à Londres, qui échouent, ce qui complique la situation financière des Villiers, d'autant que, le , , soutien de la famille, meurt ; comme elle avait mis tous ses biens en viager, la situation de la famille devient particulièrement précaire. Pour y remédier, Villiers entre en contact, en 1873, avec Anna Eyre Powell, une riche héritière anglo-saxonne, qui refuse finalement de l'épouser.
Théâtre et journalisme En , il propose Morgane au théâtre de la Porte-Saint-Martin, puis décide de refondre le drame sous un nouveau titre, Le Prétendant. En , il proteste dans Le Figaro contre le mélodrame Perrinet Leclerc (1832), qu'on vient de reprendre au théâtre du Châtelet, où son ancêtre, le maréchal Jean de Villiers de L'Isle-Adam, apparaît sous un jour peu favorable, avant d'intenter un procès en août, contre Édouard Lockroy, le seul des deux auteurs qui soit encore en vie. Le , il est débouté de son procès et renonce à faire appel. Cependant, il apprend qu'un certain Georges de Villiers de L'Isle-Adam l'accuse d'usurper son nom ; il manque de le provoquer en duel quand il découvre que Louis XVIII, croyant à tort la branche des Villiers de L'Isle-Adam éteinte, avait autorisé un Villiers des Champs à « relever » le nom en 1815.
Pendant quelques semaines, au , paraît La Croix et l'Épée, un hebdomadaire légitimiste où Villiers joue un rôle important. Son drame Le Nouveau Monde paraît en librairie, chez Richard à Paris, au début de 1880, et son roman L'Ève future, auquel il travaille depuis 1877, est publié en feuilletons dans Le Gaulois en septembre. Mais, l'œuvre ne plaisant pas aux abonnés, le journal en interrompt bientôt la parution, et elle passe à L'Étoile française, un journal républicain, en décembre. Il en interrompt lui-même la publication juste avant la fin en .
Le , Villiers est candidat légitimiste dans le arrondissement aux élections pour le conseil municipal, mais il est battu avec contre au radical Severiano de Heredia et au collectiviste CouturatAuguste Villiers de L'Isle-Adam, Œuvres complètes, tome 2, édition établie par Alan Raitt et Pierre-Georges Castex avec la collaboration de Jean-Marie Bellefroid, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1986, .. Le lendemain naît à Paris Victor-Philippe-Auguste, fils naturel de Villiers et de Marie Brégeras, née Dantine, veuve illettrée d'un cocher belge. Désormais, Villiers vit avec elle et éloigne ses projets de mariage. Le , la mère de Villiers meurt.
Succès tardif