Le bas saxon (ou bas allemand occidental) est un groupe de dialectes germaniques occidentaux du groupe germano-néerlandais, très proche d'une part de l'allemand et d'autre part du néerlandais. Le bas saxon est historiquement une langue-sœur de l'anglais, à mi-chemin entre celui-ci et le néerlandais, avec lesquels il partage encore de grandes ressemblances.
Parlé en Allemagne et aux Pays-Bas orientaux, on distingue trois sous-groupes régionaux principaux du bas allemand occidental (le bas saxon au sens strict) : le westphalien (parlé en Westphalie et aux Pays-Bas orientaux), l'ostphalien (parlé en Basse-Saxe, Saxe-Anhalt) et le bas saxon septentrional (parlé en Groningue, en Frise orientale, en Basse-Saxe, à Brême, à Hambourg, et au -).
L'autre grand groupe de dialectes bas allemands est le bas allemand oriental, autrefois parlé en Poméranie et en Prusse, et qui ne subsiste plus aujourd'hui que dans une partie du Mecklembourg.
Les dialectes bas saxons sont les héritiers directs du moyen bas allemand, qui fut la langue véhiculaire de la Ligue hanséatique. Malgré les dispositions de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, et malgré un patrimoine littéraire respectable, leur usage recule irrémédiablement, essentiellement à cause de la pression économique (exode rural, brassage des populations, densification des échanges internationaux) et culturelle (les grands médias privilégient l'allemand ou néerlandais standard).
Alfred Lameli: Strukturen im Sprachraum. Analysen zur arealtypologischen Komplexität der Dialekte in Deutschland. De Gruyter, 2013, S. 188.
Dénomination et justification Variantes régionales La désignation courante pour le bas allemand en allemand moderne est « Plattdeutsch », généralement transcrite Plattdüütsch bien que d'anciennes formes subsistent : Plattdütsk, Plattdütsch. Plautdietsch désigne la langue d'origine bas-allemande des mennonites originaires des territoires bas-prussiens.
La graphie PlattdüütschCf. due au linguiste Sass, qui a cherché à promouvoir une orthographe conforme aux conventions et dialectes holsteinois est aujourd'hui la plus utilisée, parce que la Basse-Saxe et le Schleswig-Holstein sont les deux régions où l’on trouve le plus de locuteurs de ces dialectes. L'orthographie dite Sass (de Sass Schrievwies) est l'orthographie utilisée par la plupart des locuteurs du bas-allemand, c'est également celle utilisée sur le Wikipédia en langue bas-allemande. Plus à l'est, où le doublement des voyelles est moins familier (peut-être à cause de l'éloignement des Pays-Bas), la graphie Plattdütsch est plus communeD'après le vieux guide de conversation de H. Burmeister, Plattdütsch Leiderbauk för Schaul un Hus (Rutgeb’n von’n Plattdütschen Lands-Verband Meckelborg). Rostock (1910)., 1 vol. in-8° broché de 32 p..
En pays frison, on parle plus volontiers du PlattdütskElke Brückmann: Ostfriesisches Wörterbuch Plattdeutsch/Hochdeutsch. Ostfreesk Woordenbook Plattdütsk/Hoogdütsk. Leer 1992. Comme, en moyen allemand, on écrivait encore (« à la française ») c pour le son k, et sc comme graphème pour le son []Cf. la correspondance de Hildebrand Veckinchusen, on trouve encore écrit aujourd'hui dans certaines régions sk au lieu de sch ; et c'est pourquoi au lieu de Plattdütsk, on trouve des orthographes aussi différentes que Plattdütsch [], Plattdütschk [] ou encore [].
Les locuteurs mennonites originaires des territoires bas-prussiens, à savoir d'Europe de l'Est et d'Amérique, désignent leur langue comme PlautdietschIsaias McCaffery: Wi leahre Plautdietsch: A Beginner’s Guide to Mennonite Low German. Mennonite Heritage Museum, Goessel. 2008. Cette orthographe vient d'une prononciation (par ex. la diphtongaison du « a » en « au ») qu'on retrouve aussi en westphalien.
On parle aussi parfois de Nedderdüütsch (parfois écrit Nedderdütsch, Nedderdütsk ou encore Nedderdüütsk), voire, comme aux Pays-Bas, de Neddersass'sch (Nedersaksisch en néerlandais). Contrairement à l'expression Low Saxon utilisée indifféremment avec Low German par les anglophones, les Allemands réservent l'appellation « bas saxon » aux parlers de Basse-Saxe (c'est-à-dire du nord de l'ancienne RFA), qui sont les successeurs les plus directs du vieux saxon et se distinguent du bas allemand oriental, lequel est écho de la diffusion du bas-francique à l'époque de la colonisation germanique de l'Europe orientale.
Une terminologie subtile et variable Il n'y a pas de trace de la façon dont les Saxons désignaient leur propre langue, le vieux saxon ; les clercs francs la désignaient comme lingua SaxonicaCf. ..
Lorsqu'à l'époque des trouvères le Moyen bas allemand commença à prendre forme, le bas saxon était souvent désigné par ses locuteurs comme düdesch ou to düde, surtout pour le distinguer des parlers étrangers et l'opposer au latin. Et c'est ainsi que dans plusieurs grandes villes de la Hanse, il s’ouvrit au des düdeschen schrifscholen, distinctes des « écoles de latin. »
Lorsqu'un Allemand du Nord voulait distinguer sa langue du haut-allemand ou du néerlandais, il évoquait volontiers unse düdesch (notre allemand à nous), sassesch düdesch (l'allemand saxon) ou moderlike sprake (la langue maternelle). Le qualificatif sassesch (saxon) est particulièrement fréquent aux et s : on trouve ainsi sassesch, sassesche sprake, et même plus tard nedder-sassesch. Ce n'est qu'à partir du que l’on commence à rencontrer les termes nedderdüdesch et nedderlendesch.
Le terme de Plattdeutsch, emprunté au néerlandais, apparaît au : il marginalise l'emploie du mot sassesch et s'impose comme désignation du bas allemand. Le plus ancien témoignage de son emploi se trouve dans une version du Nouveau Testament imprimée en 1524 à Delft : frontispice et préface indiquent que la Bible est traduite in goede platten duytsche, c'est-à-dire dans une langue courante, à la fois bonne (grammaticalement) et simple (compréhensible), par opposition aux traductions savantes. L’adjectif néerlandais plat « lisse, sans relief » ne sert pas à opposer un allemand « du plat pays » à un allemand des pays de montagne, mais signifie « clair, compréhensible de tous„Zonder voorbehoud, beperking of uitzondering.“ In: Woordenboek der Nederlandsche Taal s. v. plat III B II 3 »
La qualification d'un patois local comme - n'est d'ailleurs pas propre à la plaine d'Allemagne du Nord : on la retrouve aussi pour différents dialectes du moyen-allemand occidentalCf. Atlas zur deutschen Alltagssprache (AdA).
Jusqu'au début du , on désignait le néerlandais comme la « langue bas allemande » (Niederdeutsche Sprache, Nederduitsche Taal), et l'église réformée des Pays-Bas s'appelait officiellement jusque dans les années 1950 Niederdeutsche reformierte Kirche (Nederduitsch Hervormde/Gereformeerde Kerk). Un des principaux mouvements protestants d’Afrique du Sud s'appelle encore aujourd'hui officiellement Nederduitsch Hervormde Kerk (cf. l'article Néerlandais).
Le mot Plattdeutsch est aujourd'hui synonyme de Niederdeutsch : le premier terme est celui de tous les jours, le second est préféré des chercheursCf. ..
Le statut du bas saxon vignette|Panneau bilingue à Emlichheim (Emmelkamp en bas saxon) Le statut linguistique du bas allemand fait toujours l'objet de vifs débats : ce n'est qu'un simple dialecte si l'on considère ses limitations fonctionnelles, dénoncées par les grammairiens Goossens, Sanders et StellmacherJan Goossens: Niederdeutsche Sprache: Versuch einer Definition. In: Jan Goossens (Hrsg.): Niederdeutsch: Sprache und Literatur. Karl Wachholtz, 2. Auflage, Neumünster 1983, S. 27; Willy Sanders: Sachsensprache, Hansesprache, Plattdeutsch: sprachgeschichtliche Grundzüge des Niederdeutschen. Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 1982, , S. 32 f.; Dieter Stellmacher: Niederdeutsche Sprache. 2. Auflage, Weidler, Berlin 2000, , S. 92., mais la richesse de ses formes lexicales, et l'attachement de ses très nombreux locuteurs sont de forts arguments pour le classer comme une authentique langueHubertus Menke: Een’ Spraak is man bloots een Dialekt, de sik to Wehr setten kann. Nachlese zur Diskussion um die Europäische Sprachenschutzcharta. In: Ursula Föllner (Hrsg.): Niederdeutsch. Sprache und Literatur der Region. Frankfurt am Main u. a. 2001, S. 27 f.; Hubertus Menke: Niederdeutsch: Eigenständige Sprache oder Varietät einer Sprache? In: Nina Hartel, Barbara Meurer, Eva Schmitsdorf (Hrsg.): Lingua Germanica. Studien zur deutschen Philologie. Jochen Splett zum 60. Geburtstag. Berlin u. a. 1998, S. 183.. Il faut dire que le bas-saxon est par lui-même hétérogène et se divise en une multitude de patois, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles il n'a jamais été codifié, bien qu'il existe à son sujet une abondante littérature et qui continue de s'enrichir (par ex. Klaus Groth etc.). Thomas Mann lui-même, dans Les Buddenbrook, fait s'exprimer ses personnages (et pas uniquement des petites gens) dans le parler bas saxon de sa patrie, Lübeck ; il n'est d'ailleurs pas inutile de signaler ici que ce parler bas saxon de Lübeck fut au Moyen Âge la lingua franca de la Hanse, c'est-à-dire la langue des affaires. Cette œuvre (et même la tétralogie romanesque d’Uwe Johnson, Une année dans la vie de Gesine Cresspahl) permet de se faire une bonne idée de la répartition historique de ces dialectes jusqu'à aujourd'hui.
D’après Heinz Kloss, le bas allemand serait une langue de distinction pseudo-dialectale, c'est-à-dire au fond une authentique langue (par ses différences significatives avec l'allemand standard et son autonomie historique), considérée pourtant aujourd'hui comme un dialecte de l'allemand, parce qu'elle n'emprunte ses fonctions linguistiques standard qu'à l'allemand moderne (« langue-toit ») né, lui, des structures du haut-allemandCf. ; et également .. Le point de vue selon lequel les différences entre le bas allemand et l'allemand standard seraient suffisantes pour justifier le statut de « langue » n'est pourtant pas admis de tous : ainsi Ulrich Ammon, qui considère le bas allemand comme un cas limite de divergence linguistique (les différences de jugement sur ce point provenant du flottement dans la définition des critères d'unité linguistique), met pourtant en garde contre l'hégémonie de l'allemand standard, due à son rôle de langue-toit et à l’appréciation qu'en font les germanophonesCf. l'article de ..
Dans le cadre de la Charte des langues régionales du Conseil de l'Europe, le bas saxon est reconnu et maintenu aux Pays-Bas (Nedersaksisch) comme en Allemagne. Dans ce dernier pays, les mesures correspondantes sont entrées en vigueur en 1999. Quelques Länder ont pris des mesures contre la discrimination des locuteurs du bas allemand : ainsi au Schleswig-Holstein, les autorités sont tenues de prendre en considération les requêtes et courriers rédigés en dialecte, et justifiées à répondre elles-mêmes en plattdeutsch. La Cour fédérale a jugé que les brevets et demande de droit exclusif adressées en dialecte à l’Office allemand des brevets et des marques de Munich sont recevables, quoiqu'ils ne soient pas considérés comme « rédigés en allemand », et que pour cette raison il faille les traduireArrêt de la cour fédérale BGHZ 153, 1 – Läägeünnerloage, consulté le 17 février 2012.. Contrairement au distinguo juridique avancé par la Cour fédérale dans ses attendus, d'autres juristes et tribunaux considèrent que l'expression « langue allemande » (Deutsche Sprache) recouvre aussi bien le « haut allemand » que le « bas allemand » ; que le « bas allemand » est tout autant langue officielle que le « haut allemand. » Ce point de vue est notamment celui du Schleswig-Holstein , note 16..