Maurice Renard, né le à Châlons-sur-Marne et mort le à Rochefort-sur-Mer, est un écrivain français, spécialisé dans la littérature merveilleuse-scientifique, fantastique et policière.
Issu d'un milieu favorisé, il se lance dans une carrière d'écrivain à l'âge de , et obtient rapidement un succès critique auprès de ses confrères pour ses écrits fantastiques et merveilleux-scientifiques. Néanmoins, après la Première Guerre mondiale, sa situation financière se dégrade au point qu’il est contraint de devoir vivre de son écriture. Il amorce alors une conversion en romancier populaire en adoptant, d'une part le format feuilletonesque, et d'autre part en s'ouvrant progressivement à des thèmes littéraires plus vendeurs (policier, sentimental, historique, aventures). Outre l'écriture de romans et de nouvelles, Maurice Renard écrit également de nombreux contes de presse, qui font de lui l'un des derniers grands contributeurs du genre en France.
En parallèle à ses activités littéraires, il entreprend à partir de 1909 de populariser le genre merveilleux-scientifique dont il se fait théoricien. Se situant dans la filiation d'Edgar Poe et de H. G. Wells, il fixe les objectifs et les cadres de cette littérature d'imagination scientifique, puis s'applique, tout au long de sa carrière, à la promouvoir à travers des articles théoriques, la création d'un prix littéraire à son nom et surtout avec ses propres récits.
Bien qu'il parvienne à s'imposer comme un représentant important de la vie littéraire parisienne de l'entre-deux-guerres, cet accueil favorable de la critique tarde à se convertir en succès populaire. Son œuvre littéraire, riche de dix-huit romans et de plusieurs centaines de nouvelles et contes de presse, a été principalement publiée en collaboration avec des quotidiens, dont L'Intransigeant puis Le Petit Parisien pour ses romans et Le Matin pour ses contes.
Malgré les rééditions régulières de quelques-uns de ses romans et nouvelles tout au long du et les nombreuses adaptations cinématographiques de l'un de ses succès romanesques, Les Mains d'Orlac, Maurice Renard reste une figure peu connue du grand public. Il a néanmoins acquis le statut de fondateur du genre merveilleux-scientifique et apparaît comme l'un des précurseurs de la science-fiction.
Biographie Une jeunesse au sein d'une famille de magistrats vignette|gauche|Durant son enfance, c'est à Hermonville, dans le château familial Saint-Rémy, que Maurice Renard passe ses vacances d'été.|alt=Carte postale en noir et blanc du château Saint-Rémy dans la commune d'Hermonville. Fils d'Achille Renard et de Marie Gamahut, Édouard Louis Victor Maurice Renard naît à Châlons-sur-Marne le au sein d'une famille bourgeoise de hauts magistrats. Son grand-père, Pierre Édouard Renard, est conseiller honoraire de la Cour d'Appel de Rouen, tandis que son père, Achille, exerce la charge de juge au tribunal de première instance de Châlons-sur-Marne. Alors qu'il est âgé de deux ans, la famille déménage à Reims, ville dans laquelle son père est nommé président du tribunal d'instance.
L'enfance de Maurice Renard est rythmée par des séjours d'été dans le château familial Saint-Rémy à Hermonville. C'est durant ces jeunes années qu'il découvre, fasciné, la littérature fantastique d'Edgar Allan Poe, ou encore celle des écrivains Hoffmann, Erckmann-Chatrian. Ainsi, alors qu'il est destiné par ses parents à une carrière de magistrat, le jeune Maurice Renard rêve une vie d'écrivain, et aurait commencé à écrire ses premières histoires vers l'âge de neuf ans..
En 1886, Maurice Renard commence ses études à l'École Monge à Paris, puis les poursuit six ans plus tard à Reims au Collège des Bons-Enfants. Bachelier, il fait son droit à Paris avant d'entrer, une fois sa licence obtenue, chez un avoué faire son stage d'avocat. Entre 1896 et 1899, il effectue trois années de service militaire à Reims dans l'infanterie montée. Passionné par les chevaux, il envisage un temps d'embrasser la carrière militaire avant de renoncer.
Des débuts littéraires : l'écrivain dilettante À la fin de son service militaire, Maurice Renard est également libéré de l'attente familiale pour une carrière de magistrat. En effet, sa famille ne s'opposant plus à sa vocation littéraire, il entreprend à côté de sa profession d'avocat à la Cour d'Appel Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de mariage cote 6M180 et grâce à de confortables rentes, l'écriture de poèmes et pièces de théâtre. Ainsi, jusqu'en 1914, l'auteur champenois aborde la littérature en écrivain dilettante, adepte de l'art pour l'art.
Son premier texte publié, Vox Sæculi, est une ode éditée par les éditions Lemerre pour célébrer le centenaire de la naissance de l'écrivain Victor Hugo. Cet hommage fut auparavant récité par une jeune fille en clôture d'un gala donné le à l'Athénée Saint-Germain, par les élèves de l'acteur Édouard Céalis. En outre, c'est au cours de cette séance que les élèves jouent une pièce en vers écrite par Maurice Renard, intitulée La Langouste, boutade pathologique en un acte et six hallucinations, qui met en scène les déboires nocturnes d'un poète victime de terribles hallucinations après s'être rassasié de langoustes..
En , il épouse Stéphanie Labatie, originaire de la région du Bugey, avec qui il a cinq enfants : Renaud en 1904Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance cote 16N 91_B, Rémi en 1905Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de décès cote 13D 486, Cyril en 1915Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance cote 6N 274_2, Daniel en 1918Archives départementales des Côtes d'Armor, commune de Trégastel, registres d'état civil de 1792 à 1922, lot 66 acte de décès et enfin Jean-Maurice en 1929..
Tandis qu'il compose, avec des amis, des pièces de théâtre d'ombres jusqu'en 1913, il écrit en parallèle des poèmes pour diverses revues, dont La Phalange. Rapidement, Maurice Renard délaisse cependant le théâtre et la poésie pour se consacrer principalement aux romans et aux nouvelles. Il publie en 1905 chez Plon et Nourrit son premier recueil de nouvelles fantastiques, Fantômes et Fantoches. Édité sous le pseudonyme de Vincent Saint-Vincent en référence au clos Saint-Vincent, une dépendance du château familial d'Hermonville où il s'est installé pour écrire ses nouvelles, l'ouvrage dévoile la forte influence qu'ont exercée les œuvres d'Edgar Poe sur Maurice Renard . Dès sa sortie, la publication vaut à son auteur un succès d'estime dans les cercles littéraires parisiens.
Littérature merveilleuse-scientifique et premiers succès littéraires vignette|gauche|alt=Caricature d'Alexis Carel représenté de face, présentant devant lui un plateau où sont posés différents animaux sur lesquels il a expérimenté ses greffes (poisson avec pates d’oiseau, cochon avec pates de grenouilles, coq avec queue de serpent). À gauche de la scène au-dessus d’un panneau représentant un arbre généalogique avec la mention greffes, flotte un drapeau français avec les lettres RF. Au premier plan, sur la table recouverte d’une nappe bleue, instruments de magicien.|Le chirurgien Alexis Carrel inspire le personnage du docteur Lerne en 1908, puis de manière explicite le chirurgien Cerral dans Les Mains d'Orlac en 1920. C'est sous son véritable nom que Maurice Renard publie son premier roman en 1908 : Le Docteur Lerne, sous-dieu. Véritable succès littéraire, cette anticipation scientifique s'inspire à la fois des travaux du chirurgien Alexis Carrel et de L'Île du docteur Moreau de l'écrivain H. G. Wells à qui il dédie d'ailleurs son roman. En effet, Maurice Renard reprend le sujet des expériences de greffes contre-nature, auparavant exploité par l'écrivain britannique, en extrapolant ces thèmes jusque dans le fantastique. Construit à la manière d'un roman policier mêlant horreur et érotisme, le récit met ainsi en scène le narrateur qui découvre progressivement la vérité sur les expériences spectaculaires de greffe mises au point par le docteur Lerne. Au début de sa carrière littéraire, Maurice Renard se fait le représentant de la classe bourgeoise. C’est, en effet, bien à un lectorat cultivé qu’il s’adresse, lorsqu’il cherche à écrire de la littérature d’imagination scientifique de qualité en mêlant le merveilleux et le fantastique dans un style érudit.
En , il est admis à la Société des gens de lettres, une influente association littéraire, grâce au parrainage d'Henry-D. Davray, d'Edmond Haraucourt, d'Henri de Régnier et d'Auguste Dorchain. Alors que la même année, il publie un nouveau recueil de nouvelles, Le Voyage immobile, suivi d'autres histoires singulières (1909), qui regroupe six nouvelles fantastiques, Maurice Renard fait paraître dans la revue Le Spectateur, dirigé par son neveu René Martin-Guelliot, son article fondateur du genre merveilleux-scientifique. En effet, dans un article intitulé « Du roman merveilleux-scientifique et de son action sur l’intelligence du progrès », l'écrivain champenois s'approprie l'expression « merveilleux scientifique » pour lui attribuer une définition précise. Après avoir retracé l'histoire de la littérature d'imagination scientifique, il propose des règles d'écriture destinées à institutionnaliser le genre afin de lui permettre de se constituer en une école littéraire.
Grâce à la publication de recueils de nouvelles et romans à succès, Maurice Renard se fait en quelques années une place reconnue dans le monde des lettres. En 1911, il publie ainsi Le Péril bleu, considéré comme son chef-d'œuvre et un grand classique du genre merveilleux-scientifique. Ce roman met en scène une civilisation invisible vivant au-dessus de l'atmosphère, les Sarvants, prélevant de la surface de la Terre toute sorte d'échantillons, dont objets, animaux et êtres humains. L'originalité du roman repose sur son traitement non-anthropomorphe du thème de l'existence d'une race extraterrestre à l'intelligence supérieure.
La même année, il participe à la création d'une revue poétique, La Vie française, dans laquelle il collabore avec Léo Larguier, Charles Derennes, Pierre Benoit, René Fauchois et André Dumas. Puis, il publie en 1913 Monsieur d'Outremort et autres histoires singulières, un nouveau recueil comprenant cinq nouvelles, oscillant entre le fantastique et la littérature merveilleuse-scientifique, parmi les plus célèbres de l'auteur. Entre 1912 et 1914, il collabore avec le quotidien Le Matin pour y publier une douzaine de contes.
En parallèle à son activité de conteur et romancier, il poursuit sa quête de légitimation du roman merveilleux-scientifique. Ainsi, son compte rendu « Le Merveilleux scientifique et La Force mystérieuse de J.-H. Rosny aîné », publié dans La Vie du , est l'occasion pour Maurice Renard non seulement de réaffirmer son ambition pour le genre, mais également de compléter son approche.
Cependant, sa carrière littéraire est provisoirement interrompue en 1914. Alors que la France décrète la mobilisation générale le , le lendemain, Maurice Renard part à la guerre pour servir comme officier de cavalerie.
Échec à fonder une école merveilleuse-scientifique malgré une notoriété grandissante vignette|En 1923, dans l’article « Depuis Sindbad », l'écrivain déplore l’échec des récits merveilleux-scientifiques à s’imposer auprès du grand public.|alt=Photographie en noir et blanc de Maurice Renard. De retour à la vie civile le , Maurice Renard amorce progressivement un tournant dans sa carrière littéraire. En effet, après la guerre, sa situation financière s'est considérablement dégradée, si bien que l'écriture devient une véritable nécessité alimentaire. Outre ses soucis financiers, son échec à fonder une école autour de la littérature merveilleuse-scientifique le métamorphose en auteur populaire, privilégiant une production abondante plutôt qu’une pratique véritablement artistique de la littérature.