La Gaule romaine () désigne à la fois un lieu et une époque précise de l'Antiquité, définis par les historiens.
Géographiquement, la Gaule romaine recouvre de futurs pays tels que la France, la Belgique, le Luxembourg et une partie des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la Suisse. La principale ville était Lugdunum (aujourd'hui Lyon), capitale des Gaules (Gaule lyonnaise, Gaule aquitaine et Gaule belgique).
La période couverte va de la conquête de la Gaule par Jules César () à la bataille de Soissons (), qui marque l'avènement des Francs de la dynastie mérovingienne.
La Gaule romanisée
thumb|left|Le théâtre antique de Lugdunum, sur la colline de Fourvière. Alors que les Celtes avaient envahi l'Italie et vaincu Rome, les Belges, les Gaulois et les Aquitains succombent sans grande résistance à l'avancée des légions romaines. Au cours des deux siècles qui suivent sa conquête, la Gaule connaît seulement deux révoltes, en 21 et en 68 Malgré des luttes de pouvoir stériles, les Gaulois cisalpins cherchent plus à imiter leurs vainqueurs qu'à cultiver leur originalité. Cet attrait facilite la tâche de Rome qui, en quelques décennies, dote le pays de nouvelles structures politiques et administratives, transforme les villes et les campagnes, multiplie les ouvrages spectaculaires comme le pont du Gard, et marque ainsi la Gaule cisalpine d'une empreinte profonde.
La romanisation des esprits S'étonnant que ses livres soient vendus dans la capitale des Trois Gaules, Pline le Jeune écrit : « Je ne pensais pas qu'il y eût des libraires à Lugdunum ! »
Cette boutade donne la mesure de la romanisation : il ne suffit pas de reconstituer le cadre de la vie publique, ni de recenser les vestiges de l'architecture romaine, pour apprécier la diffusion de ce qu'on appellerait aujourd'hui « mode de vie romain ».
Le temps des invasions En 162, alors qu'en Arménie les Parthes envahissent l'Empire romain, les Chattes, un peuple germanique, s'infiltrent dans le nord de la Belgique. En 166, deux siècles après que Jules César a repoussé Arioviste au-delà du Rhin, les Quades et les Marcomans franchissent le Danube et traversent les Alpes. En 172, d'autres tribus pénètrent en Alsace. Avec ces premières brèches dans la ligne de défense édifiée depuis deux siècles pour endiguer la menace germanique, la pression germanique s'accentue en Gaule romaine.
Les événements Après la conquête victorieuse de Jules César, des troubles éclatent, notamment dans la province d'Aquitanie (aujourd'hui Aquitaine), mais sont réprimés par Agrippa en et par Messalla en Histoire romaine de Mommsen..
La révolte de Sacrovir En 21 apr. J.-C., sous Tibère, des mesures fiscales poussent à la révolte plusieurs peuples gaulois du bassin inférieur de la Loire, dont les Andécaves et les Turones. D'autres peuples se joignent à la rébellion : les Trévires sous la conduite de Julius Florus en Ardenne, les Éduens et les Séquanes sous celle de Julius SacrovirPaul Petit dans son Histoire générale de l'Empire romain met en avant les ressorts personnels de Sacrovir et Florus, nobles gaulois lourdement endettés auprès des usuriers italiens près de Lyon. Mais la garnison romaine de Lyon, renforcée par des légions venues du Rhin, met rapidement fin au soulèvement. Vaincus, Sacrovir et Florus se donnent la mort.
La révolte de 69-70 Au de notre ère, l'Empire romain connaît lors de la succession de Néron une grave crise politique, avec l'affrontement entre Galba, Othon, Vitellius, et Vespasien.
En 69 , les Bataves sont alliés aux Romains. Le Batave Caius Julius Civilis, soupçonné de connivence avec les clans germains hostiles, est emprisonné, mais ensuite délivré par Galba à l'avènement de celui-ci. À la mort de Galba, une guerre fratricide oppose Vitellius à Othon, puis à Vespasien. Civilis refuse de soutenir Vitellius, qui commande les légions de Basse-Germanie, et assiège le camp romain de Vetera. La disparition de Vitellius et les hésitations de Vespasien, qui tarde à venir pacifier la région, créent une situation de guerre civile. Dans ce contexte, durant l'hiver 69-70, Civilis rencontre à Cologne (Colonia) trois chefs gaulois : le lingon Julius Sabinus et les trévires Julius Classicus et Julius Tutor. Ils forment le projet de constituer un empire gaulois autonome associé à un empire batavo-germanique, puis de négocier d'égal à égal avec l'empire romain.
Le général romain Vocula, qui tente de dégager le camp de Vetera, est assassiné. Classicus proclame l'Empire gauloisLe terme est utilisé pour décrire ce bref épisode aussi bien par Mommsen que par des historiens plus contemporains tels que Paul Petit ou Jean-Louis Brunaux. et Julius Sabinus prend le titre de césar des Gaules. Ce dernier disparaît cependant à l'issue d'un combat près de Vesoul, contre les Séquanes qui refusaient de rentrer dans la coalition.
Caius Julius Aupex, premier magistrat des Rèmes, propose alors à l'ensemble des cités gauloises une conférence impériale, qui se tient à Reims (Durocortorum) en . Aupex est partisan d'un accord avec Rome et rallie la majorité des délégués, contre l'avis de Valentin (Julius Valentinus), délégué des Trévires et des Lingons.
Vespasien nomme Quintus Petillius Cerialis légat de Basse-Germanie. Le général romain fait son entrée à Trèves, exploite intelligemment les dissensions gauloises : il soumet en décembre 70, après quelques affrontements, Civilis, Classicus et Tutor. Valentin, qui a poursuivi la résistance, est pris et exécuté. Quant à Julius Sabinus, il est pris à son tour après s'être caché durant neuf ans. Il est exécuté avec sa femme Éponine de Langres sur ordre de Vespasien.
Cet épisode, qui oppose des Gaulois entre eux – Julius Sabinus étant lui-même allié à des Germains – relève plus de troubles intérieurs que de la volonté de mettre fin à la domination romaine. La paix « en armes » qui s'instaure ensuite durera jusqu'au milieu du .
L'empire gaulois (260-273) Au , l'Empire romain connaît une grave crise, que l'on appelle l'Anarchie militaire. Il subit des raids barbares avec des conséquences durables : pillages et accaparement de richesses, prises d'otages ou d'esclaves. Ils s'ajoutent à une crise politique et économique, qui se traduit par une dévaluation importante de la monnaie (à valeur beaucoup plus fiduciaire que réelle, comme le bronze), à une grande instabilité politique, à des guerres civiles, à une multiplication des bagaudes (razzias paysannes) encore plus désastreuses que les incursions étrangères. Des généraux prennent le contrôle des Gaules pour assurer la défense du limes du Rhin et se proclament « empereurs des Gaules ».
Dans les années 270-275, les cités qui prennent part à des guerres locales, ou qui les craignent, se transforment pour se doter de remparts efficacesParfois les cités touchées par l'insécurité interne ambiante n'ont que très peu souffert d'entreprises guerrières externes ou étrangères, mais elles semblent céder à la panique ou à la mode sécuritaire ambiante.. Des villes comme Divodurum Mediomatricorum (Metz), Limonum (Poitiers), Avaricum (Bourges) s'entourent d'enceintes incluant respectivement 70, 50 et 40 hectares, sans forcément être pleinement remplies. Agendicum (Sens) s'étend sur , Tullum Leucorum (Toul) sur , alors que les antiques Lutèce (Paris) et Condate Riedonum (Rennes) ne couvrent pas . Tous ces aménagements, réalisés pour protéger et densifier leurs centres, créent les premiers faubourgs. Parfois réduits pour des raisons stratégiques, ils désorganisent les aménagements hydrauliques qui assuraient la qualité de vie et l'image festive de la ville.
Usurpations sous Probus Au cours des années 280-281, l'empereur Probus fait face à deux usurpations, celles de Proculus et de Bonosus à Cologne, qui sont vite répriméesEutrope, Abrégé de l'Histoire romaine, IX, 17Aurelius Victor, Césars, 37Histoire Auguste, Le quadrige des tyrans..
Carausius Marcus Aurelius Carausius, un officier romain ménapien, combat les Bagaudes aux côtés de Maximien Hercule. Celui-ci le charge de défendre le littoral nord et nord-ouest. Mais, en conflit avec Maximien, il se déclare Imperator, s'allie avec des clans de bagaudes et de Germains, et passe en Britannia romaine en 286. Il débarque ensuite à Boulogne, entre dans Rotomagus (Rouen) et en fait sa capitale. Un accord passé avec Maximien lui reconnaît la qualité d'Auguste en 289, mais il prend le titre d'« empereur de la mer » et non celui d'empereur des Gaules. En dehors de l'île Britannia, son autorité n'est reconnue que sur le littoral.
En 293, Constance Chlore est nommé par Dioclétien « césar des Gaules ». Il est chargé par Maximien d'en finir avec Carausius. Il investit Gesoriacum (Boulogne) et obtient la reddition des Morins. En Bretagne insulaire, Carausius est assassiné par un de ses lieutenants, Allectus, qui lui succède. Ce n'est qu'en 297 que Constance Chlore débarque sur l'île et met fin à l'empire de la mer. Allectus est à son tour assassiné.
En 297, Dioclétien décide de réorganiser administrativement la Gaule, résorbant les tensions politiques et réduisant les difficultés économiques (cf. ci-dessous)Marie Grivel, La Civilisation gallo-romaine dans le Jura, territoires et cultes, Lons le Saunier, Musée d’Archéologie du Jura, 2010, carte ..
Le
Le La décadence de l'Empire romain, les terribles ravages des guerres civiles entre cités malgré les restaurations d'autorité de Dioclétien à Constantin, créent un climat de troubles. La sécurité policière est assurée par les barbari (soldats) qui logent dans les centres-villes, prévenant les passages d'armées barbares en quête de ravitaillement ou avides de pillage. Les populations rurales, accablées d'impôts et de taxes, renouvellent leurs révoltes et leurs bagaudes sanglantes. Elles alimentent les courants migratoires, formant des flots de réfugiés vers des régions supposées plus prospères ou paisibles. Ainsi de petites cités sont abandonnées, laissant d'immenses territoires vides et des vestiges monumentaux. Les groupes ou tribus barbares, armés avec leurs troupeaux, ne sont pas tous agressifs et s'entendent parfois avec les derniers occupants. Ils sont fascinés par les fondements ou vestiges de pierres, qu'ils croient avoir été érigés par des dieux ou des géants. Ils admirent les voies de communication qui traversent les contrées à perte de vue, les bâtiments et villas à colonnades en ruines, les cités et agglomérations désertées, les vastes campagnes ouvertes et en friches.
En 435-437, Tibaton (ou Tibatto) est élu par ses troupes « empereur bagaude » mais meurt assassiné. Les généraux romains qui commandent les derniers territoires gallo-romains se font appeler patrices ou préfets du prétoire, voire rois des Romains, mais ils évitent le titre d'empereur. Il s'agit de : Aetius, administrateur militaire nommé par Rome, réorganisateur politique des Gaules et des Germanies après la victoire des Champs Catalauniques. Ægidius, général-patrice administrateur gallo-romain de Belgica prima, autoproclamé par ses soldats et auxiliaires barbares. Syagrius, successeur de ce dernier, au pouvoir limité à quelques forteresses de cités, défait par les troupes conduites par un roi, administrateur et chef de guerre franc salien, Clovis, fils d'un petit roi de guerre et simple chef auxiliaire franc.
Organisation administrative
Les provinces Après le recensement général de la Gaule en 27, une organisation administrative est mise en place par Auguste et comprend : La Gaule narbonnaise, province romaine directement administrée par un proconsul ; Les provinces alpestres, propriétés personnelles de l'empereur et gérées par des procurateurs ; La Gaule chevelue, sous l'autorité générale d'un légat des trois Gaules résidant à Lyon, divisée administrativement en trois provinces : la Gaule belgique, la Gaule aquitaine et la Gaule lyonnaise, celles-ci divisées en 60 (ou 64) cités ou civitates. Les civitates reprennent approximativement le territoire des anciennes tribus gauloises.