vignette|Évolution du territoire de la République et de l'Empire.
LEmpire romain () est le nom donné par les historiens occidentaux à l'État de la période de la Rome antique s'étendant entre et
L'année correspond à l'octroi par le Sénat à Octave du surnom d' (Auguste), date traditionnellement considérée comme le début du principat, qui mit fin à la dernière guerre civile de la République romaine, au cours de la toute fin de la République romaine.
Durant la période de cinq siècles allant de à , l'État romain s'est agrandi au point d'englober un territoire allant de la Maurétanie tingitane (Maroc actuel) en passant par la Mésopotamie, la Britannie (Angleterre et pays de Galles actuels) jusqu'à l'Égypte, créant ainsi l'une des plus grandes entités politiques de l'Histoire, qui influença profondément tous ses territoires, tant en Europe, en Afrique du Nord qu'en Asie de l'Ouest, sur le plan culturel, linguistique et finalement religieux, tout en assurant la conservation de la civilisation grecque antique reçue en héritage. La période impériale fut aussi un temps de développement des échanges économiques, facilité par la construction d'un important réseau routier, d'aqueducs et ponts parfois encore existants, et de nombreuses villes, devenues par la suite des métropoles d'Europe occidentale (Paris, Londres, Lyon, Strasbourg, Barcelone, etc.).
Contrairement à la République, qui était oligarchique, l'Empire fut une autocratie, tout en conservant durant le principat des apparences républicaines : le pouvoir politique était principalement détenu par un seul homme, l'empereur, qui s'appuyait sur une bureaucratie sans cesse plus développée, sur une administration territoriale importante et sur une puissante armée. De sa fondation par Auguste jusqu'à la déposition de son dernier empereur, Romulus Augustule, l'Empire eut une histoire intérieure et extérieure complexe, caractérisée, au départ, par une certaine stabilité politique (période du principat), puis, à partir du , par une instabilité de plus en plus importante : crise du troisième siècle et dominat. Les coups d'État et les guerres civiles se multiplient, et l'Empire devait affronter un nombre grandissant d'ennemis extérieurs.
En effet, à partir de la fin du , l'Empire est confronté à ce que l'historiographie ultérieure a appelé les invasions barbares. Il s'agissait, en réalité, de mouvements de populations de très grande ampleur, réalisés sur de longues durées. Les peuples dits « barbares », en se déplaçant vers l'ouest, finirent par se heurter à la frontière romaine, militairement gardée, et, poussés par d'autres peuples plus à l'est, tentèrent de la percer. Si l'Empire parvint, dans un premier temps, à repousser les envahisseurs, la crise du troisième siècle vit les frontières céder une première fois. En réaction aux périls extérieurs, le pouvoir romain, à partir de la tétrarchie, essaya de se renforcer : les centres de décision politique et militaire furent multipliés, l'administration développée et militarisée, et la taille de l'armée augmentée. Le fut l'époque des guerres civiles entre les successeurs des tétrarques, et il fut dominé par la personnalité de , qui rénova profondément l'Empire romain, en lui donnant ses caractéristiques définitives.
À cette époque, le pouvoir était devenu un régime absolu, avec une cour et un protocole de type oriental. La fin de la proscription du christianisme par Constantin, puis son établissement comme religion d'État par , est le fait le plus marquant de la civilisation romaine dans cette période, l'Antiquité tardive. Appuyée sur l'appareil administratif romain, extrêmement développé, l'Église acquit une place prépondérante dans tous les territoires romains avant d'être chassée, par l'expansion de l'islam, d'une partie de ceux-ci.
Après la division de l'Empire en deux entités, l'Empire romain d'Orient (pars orientalis) et l'Empire romain d'Occident (pars occidentalis), la partie occidentale est marquée, à partir du , par un délitement continu de l'autorité politique au profit des royaumes germaniques : la puissance militaire s'effondre, l'économie est exsangue et la domination territoriale se réduit, jusqu'à ne plus dépasser l'Italie. L'Empire s'effondre d'une manière progressive, et la déposition, par Odoacre, du dernier empereur Romulus Augustule, est finalement un événement mineur, surtout symbolique.
Éteint en Occident en 476, l'Empire romain persista en Orient, autour de sa capitale, Constantinople. À l'Est, il mêla, comme jadis à l'Ouest, des éléments de civilisation grecs et latins, mais la part grecque est devenue prépondérante. Dans la seconde moitié du , l'appellation « byzantin » (qui date du mais était peu utilisée) se généralise pour l'Empire romain d'Orient, mais il n'existe pas de fondation ou de début de l'Empire byzantin, qui n'est que la période médiévale et finale de l'Empire romain et prend fin en 1453Georg Ostrogorsky, Histoire de l’État byzantin, Paris, 1956, éd. Payot, (réimp. 1977).. En Europe de l'Ouest et centrale, l'Empire d'Occident (800-924) des rois carolingiens, puis le Saint-Empire romain germanique (962-1806), dont les souverains se faisaient encore appeler « empereur des Romains », se considéraient également comme les successeurs légitimes de l'Empire romain en Occident.
De l'Empire d'Auguste à la fin des Antonins ( à 192) thumb|left|Statue équestre (fragmentaire) d'Octavien Auguste en bronze, au musée national archéologique d'Athènes.
La période dite du « Haut-EmpireLes dates de début et de fin des périodes historiographiques de l'Empire romain sont discutées, et, comme tous les découpages historiques, celles-ci sont quelque peu artificielles. » couvre plus de deux siècles. Cette période, qui commence avec le principat d'Auguste et qui met fin à la République romaine, s'étend jusqu'à la crise du , incluant le règne idéalisé de la dynastie des Antonins. C'est une période d'extension et de consolidation de l'Empire, marquée par des périodes de stabilité intérieure et de prospérité économique.
Le Sénat confère à Octave le titre d'« Auguste ». Tout en maintenant le fonctionnement des anciennes magistratures et du Sénat, Auguste concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ses successeurs, les empereurs Julio-Claudiens, suivis par les Flaviens et les Antonins mènent l'Empire romain à son apogée. Au , la superficie de l'Empire romain est à son maximum, et compte entre 50 et 80 millions d'habitants. Rome est avec un million d'habitants la plus grande ville du monde méditerranéen.
Le règne d'Auguste ( à 14) Octave devient empereur thumb|Buste de Marcus Vipsanius Agrippa. Marbre, vers -, Musée du Louvre. Provenance : Gabies.
Après avoir vaincu Marc Antoine à la bataille navale d'Actium par l'intermédiaire de Vipsanius Agrippa en septembre .., Octave, fils adoptif et héritier de Jules César, devient seul détenteur du pouvoir et « maître incontesté de tout l'Empire ». S'ouvre alors une période nouvelle et décisive dans l'instauration du principat, un régime politique qui apparaît comme un retour aux institutions républicaines.. Cependant, un rétablissement de la République semble impossible après près d'un siècle de guerres civiles, où les chefs de guerres et hommes politiques prennent, en tant qu'individu, une place prééminente, et admise par tous. De plus, Octave est le premier à réussir à trouver le soutien du peuple et de la noblesse, le « »..
En , il reçoit le des tribuns, qui fait de lui le « protecteur de la plèbe ».. Le , les magistrats et le Sénat prêtent le serment de respecter les dispositions prises par l. En août, Octave célèbre trois triomphes puis dédicace le temple du divin César et inaugure la Curie Julia.
L'année suivante, avec Agrippa, il révise la liste des sénateurs () et recense la population () grâce à des pouvoirs détachés de la magistrature républicaine de censeur. Il revêt le consulat pour la sixième fois, avec Vipsanius Agrippa, cette magistrature étant de nouveau légalement partagée, et sera renouvelé dans cette fonction jusqu'en .
Le , au terme d'un long discours au Sénat, Octave rend au Sénat et au peuple romain ses pouvoirs et l'État, auquel il a rendu sa liberté et la paix. Les sénateurs refusent et, selon un scénario certainement préparé, ils lui attribuent le pouvoir proconsulaire pour dix ans. Les terres romaines sont divisées en provinces sénatoriales (pacifiées) et impériales (où se trouvent les forces armées). Le , il reçoit le titre sacré « d'Augustus » sur l'initiative du sénateur Munatius Plancus..
Par ce règlement constitutionnel, le régime personnel, régime d'exception jusque-là, entre dans sa période organique... Auguste, reconnu comme princeps, ce qui signifie le « Prince du Sénat », devient le chef officiel de l'État romain. Il prend le contrôle absolu de l'armée, 28 légions, dont il assure le financement et est protégé en permanence par la garde prétorienne, stationnée dans l'Urbs.. (jusqu'alors aucune troupe n'avait le droit de résider à Rome).
Par définition, le régime comporte un partage d'attribution entre le nouveau pouvoir — le — et les pouvoirs traditionnels — les comices (des assemblées législatives), les magistratures et le Sénat.
Les pouvoirs fondamentaux d'Auguste thumb|Auguste de Prima Porta, statue d'Auguste en tenue militaire de parade, au musée Chiaramonti, Vatican, Rome.
Jusqu'en , la situation institutionnelle n'évolue pas, avec le onzième consulat de l'empereur. Cette année-là, une grave crise secoue l'État due à plusieurs causes : une grande épidémie de « peste » ravage l'Italie, une conspiration vise à assassiner Auguste et ce dernier tombe régulièrement malade. L'empereur dépose le consulat., qu'il détient depuis sans interruption, et qu'il n'occupe plus que deux fois en et en En échange, le Sénat et le peuple de Rome lui octroient la puissance tribunitienne complète et à vie, base civile de son pouvoir, et un (plus grand que celui des proconsuls des provinces sénatoriales). À partir de ce moment, Auguste détient un pouvoir absolu.
Malgré un aspect civil et démocratique des pouvoirs de l'empereur, détenant légalement la puissance tribunitienne au lieu du consulat annuel, les troubles persistent à chaque absence d'Auguste ou d'Agrippa. Ces pouvoirs militaires et civils sont légitimes, et il refuse le consulat perpétuel ainsi que la censure et la dictature, ce qui permet sous les apparences de maintenir les institutions républicaines, et met fin aux troubles à son retour à Rome. En , il refuse une nouvelle fois la censure, reçoit les insignes consulaires à vie et partage le pouvoir pour cinq ans : Agrippa reçoit l'imperium proconsulaire majeur ainsi que la puissance tribunitienne.
La mort en de Lépide, depuis le second triumvirat, permet à Auguste de se faire élire à la plus haute charge religieuse... En , il reçoit le titre de « Père de la patrie », qui place sous sa protection l'ensemble du peuple romain..
Ainsi est fondé le principat, reposant sur trois bases : militaire — par l''' proconsulaire majeur —, civile — par la puissance tribunitienne —, et religieuse — par le grand-pontificat.
L'expansion et la consolidation des frontières
Auguste affermit la puissance romaine autour du bassin méditerranéen, cherchant à la fois à organiser et optimiser les frontières de l'Empire...
À la suite de l'ajout de l'Égypte en ., il annexe une partie des vassaux, clients et alliés de l'Empire, notamment en Syrie et en Anatolie., puis termine la conquête de l'Hispanie.. après avoir pacifié la Gaule.. Ensuite, c'est la Norique et la Rhétie qui deviennent romaines, grâce aux campagnes de Tibère et de son frère Drusus. La Dalmatie et la Pannonie se révoltent à l'orée d'une campagne contre les Marcomans menée par Tibère, qui se retourne contre les révoltés, qu'il bat difficilement, ayant eu besoin de dégarnir le Rhin pour en venir à bout... Les Marcomans n'ont pas rejoint la révolte et négocient alors de devenir .