Magdebourg (en allemand Magdeburg) est une ville d'Allemagne, capitale du Land de Saxe-Anhalt, sur les rives de l'Elbe.

Choisie par le premier empereur germanique Otton (Otto der Große, Othon le Grand) vers 936 pour être la nouvelle capitale de l'Empire, Magdebourg a toujours été une des villes majeures de la vallée de l'Elbe. Centre d'échanges agricoles et de commerce des Saxons, à proximité des riches terres lœssiques des Börde, au contact de la grande plaine du nord et des massifs hercyniens, port fluvial d'importance capitale sur l'Elbe, Magdebourg est la cité archi-épiscopale pivot de l'évangélisation chrétienne des peuples du nord et de l'est avant d'être pendant longtemps une des plus importantes cités du Saint-Empire romain germanique.

Devenue une place forte protestante stratégique, Magdebourg est prise d'assaut par des mercenaires impériaux catholiques, menés par le général Tilly, et complètement ravagée par un terrible incendie le pendant la guerre de Trente Ans (l'incendie aurait fait périr sur les qui peuplaient la ville). La cité protestante s'appliqua ensuite à reprendre avec brio sa place économique, au point de devenir synonyme de ville usine après la révolution industrielle, mais elle ne retrouva jamais son ancien rôle central en droit judiciaire et politique. Elle fut rapidement prise dans l'orbite de la Prusse et sa région était appelée « Saxe prussienne » au .

Cette ville est célèbre pour l'expérience des hémisphères de Magdebourg, montrant la force de la pression atmosphérique. Elle fut réalisée par Otto von Guericke, maire de Magdebourg à partir de 1654.

Géographie

Magdebourg, chef-lieu de district sur l'Elbe, se situe au contact des massifs hercyniens de l'Allemagne moyenne et de la grande plaine germanique et polonaise. Cette localisation explique son potentiel démographique et ses capacités d'ouvertures et d'échanges. La ville initialement construite sur une terrasse de la rive gauche dominant le fleuve à un passage facile n'a étendu ses faubourgs sur la plaine inondable en rive droite qu'au . Elle est pourtant une vieille étape de l'Hellweg, ce faisceau de chemins antiques puis de routes carolingiennes qui suit la bordure septentrionale de l'Allemagne moyenne.

Les Börde dévoilent des sols de lœss égrenés de la plaine jusqu'aux pieds du Harz. Ces riches campagnes et le commerce alimentaire sont à l'origine de la prospérité précoce des environs, probablement dès les temps laténiens (voir La Tène). La ville marchande et industrielle, un des premiers nœuds ferroviaires allemands, important port fluvial sur l'Elbe, au centre d'un excellent réseau de communication, est née des besoins de ce marché agricole, autrefois très prospère, produisant encore céréales, betteraves, pommes de terre et légumes. Les industries alimentaires, sucres et minoteries, jouxtent les industries chimiques, les gros équipements, le travail des métaux, les filatures…

Si l'Elbe a longtemps fait le lien entre le Nord et le Sud, entre Hambourg et Prague, le désenclavement s'est réalisé par des canaux vers le Rhin et l'Oder, puis le Mittellandkanal. Le réseau routier est aussi remarquable, rénové après la réunification. L'autoroute Berlin-Dortmund (voir Bundesautobahn 2) passe à proximité de la ville. Climat

Étymologie Magdeburgum en latin médiéval a été traduit ou transcrit en Parthénopolis ou Urbs Verginæ, que citent les documents latins. L'interprétation étymologique ancienne du proposait une triviale scission de Magdebourg, faisant apparaître une jeune fille (Magd) et une ville fortifiée (Burg), à l'origine antique forteresse. Si les dignitaires religieux ont proposé une miraculeuse apparition de la Vierge avant l'Annonciation, les artisans, en suivant le vœu populaire, ont souvent représenté sur les armes de la ville une victoire géante couronnée et dressée entre des tours urbaines. La taille colossale de la jeune fille transformée en Victoire a plus tard amené les érudits humanistes à commenter et à réfléchir sur une antique idole païenne.

La forme allemande actuelle Magdeburg est en effet attestée dès 941. Mais la ville apparue dans les cartulaires carolingiens au se nomme Magodaburg, Magadaburc, Magadoburc, voire Magathaburc en vieux-saxon avant d'évoluer vers Magdenbourg et enfin Magdeburg. On peut également proposer un étymon celte, Magetobriga (lieu d'une victoire d'Arioviste) ou Magetobriva, indiquant respectivement un lieu élevé dominant la grande plaine ou un pont vers la grande plaine. Les Saxons, un des plus vieux peuples germaniques connus avant le , ont repris le toponyme sans le modifier. Sans doute le comprenaient-ils encore.

Histoire Appartenances historiques 1180-1680 (Duché de Magdebourg) 1680–1701 (Duché de Magdebourg) 1701–1807 1807–1813 (Province de Saxe) 1815–1871 1871–1918 1918–1933 1933–1945 1945–1949 1949–1990 1990–présent

Moyen Âge Il serait illusoire de pérenniser les Saxons en peuple frère des Francs mérovingiens, tels qu'ils l'étaient au . Les anciennes alliances pacifiques sont restées, mais la slavisation intense au cours des a profondément transformé cette société germanique demeurée païenne. La conquête franque, minutieuse et cruelle pour imposer sa religion, provoque un cataclysme de violence et de dépossessions.

Une ville militaire et religieuse saxonne La légende rapporte l'existence d'une place forte saxonne au . Au cours des deux siècles suivants, elle parvient avec peine à résister à la pression slave qui modifie les terres environnantes et oblige à des alliances protectrices. En 784, l'embryon de ville prospère est dévasté par les Wendes.

Mentionnée en 805 dans le cartulaire de Thionville et sans doute plusieurs décennies avant cette date dans les archives de conquête carolingienne, Magdebourg apparaît d'emblée en place de commerce importante, poste avancé du monde chrétien vers les Slavonies, lieu de foires saisonnières. L'Elbe permet les relations avec Hambourg et les villes wendes qui jouent un rôle de carrefour entre Brandebourg slave et Saxe germano-slave. Les souverains carolingiens y affirment leur domination en constituant une vaste marche chrétienne essentiellement au nord de Magdebourg, l'Altmark qui allie commerce terrestre et mission d'évangélisationL'Altmark ou vieille marche est la terre de la dynastie des Billung..

Christianisé, conformiste et rentré dans le rang, le monde dirigeant saxon retrouve sa liberté après la décadence carolingienne et ses guerres intestines. La première tentation pacifique est celle de laisser les autres se battre tout seul. Mais comme les Saxons sont craints et respectés, ils sont bientôt appelés à jouer un rôle d'arbitre. Ainsi l'accession royale de Henri l'Oiseleur qui transmet à sa mort sa dignité à son fils Otton de 936 à 973 ouvre la voie à une hégémonie saxonne sur tout l'Empire.

Mais Magdebourg dévastée par un raid hongrois surprise en 923 et soumise à tribut doit d'abord organiser sa défense. Un autre saccage en 925 détruit ce lieu de commerce avec les Wendes. Relevée par les rois de Saxe, Henri et Otton, Magdebourg redevient une base de préparation des campagnes militaires, tout en s'affirmant en pôle de l'évangélisation de la marche vers les terres slaves. Partout à son voisinage, des éleveurs et cultivateurs sont installés. Ils sont aussi habiles à s'occuper des troupeaux, à mettre en culture les champs qu'à utiliser boucliers, épées et lances sur une ligne défensive . En 937, Otton se fait le protecteur de la nouvelle abbaye Saint-Maurice fondée sous l'autorité de son père pour évangéliser la population.

C'est tardivement en 955 par la bataille du Lechfeld face aux Hongrois et la bataille de Recknitz sur les rives de la rivière éponyme du Mecklembourg face à une coalition de Slaves de l'Elbe que s'ouvre la voie à la pacification diplomatique et chrétienne. Ces victoires qui attestent la naissance d'une suprématie technique et militaire justifient a posteriori les réformes royales, qui placent désormais les évêchés en acteurs fondamentaux de l'administration des terres et des hommes et nient toute relation contractuelle entre services et bénéfices pour les fonctions régaliennes ou de commandement. Magdebourg par la grâce impériale d'Otton le Grand, devenu protecteur du pape est promue en 962 siège d'archevêché consacré à l'évangélisation des Slaves et des Hommes du Nord : quelques années après sa fondation et son renforcement en 963 et 968 par la charge des missions lointaines, l'archevêché de Magdebourg regroupe grâce à son statut métropolitain en 976 les évêchés d'Olmütz en Moravie, de Prague en Bohême, de Mersebourg, Meissen, Brandebourg, Havelberg, Oldenbourg en pays slaves, de Posen en PologneIl s'agit bien sûr d'une extension maximale, avant les érections autonomes des archevêchés de Gniezno en Pologne et de Gutta en pays magyar, voire des évêchés de Aarhus et Ribe au Danemark ensuite affiliés à Hambourg. Magdebourg reste un lieu de départ de mission vers la Pologne et les confins germano-polonais. Notons une autre marche slave lancée par Othon, celles de Styrie et Carinthie afin de protéger l'Italie chère à son épouse Adélaïde.. Pour l'ensemble de ces contrées et même au-delà, le droit saxon et sa littérature, comme le Sachsenspiegel ou Miroir des Saxons d', apparue au constituent un socle culturel jusqu'au .

Une cité chrétienne de l'Empire romain germanique

La ville, tournée vers le fleuve, protégée, agrandie, reconstruite par Othon le Grand, gouvernée par ses archevêques, est toutefois entravée dans son essor et n'atteint nullement la plénitude urbaine d'autres cités ecclésiastiques plus anciennes et plus prestigieuses, Cologne, Mayence, Trèves, Augsbourg ou Ratisbonne. Elle est détruite en 983, puis menacée par de brutales insurrections slaves. La colonisation germanique, parfois autoritaire au profit des lignées guerrières saxonnes, se renforce sans que la précarité de la dynastie othonienne n'emporte pourtant les assises chrétiennes de la société. Les marches de Lusace, de Misnie, de Zeitz et de Nordgau se peuplent de paysans germaniques, amorçant un séculaire Drang nach Osten. Symbole de cette première avancée au sud de Magdebourg, l'Anhalt, en 1012, se constitue à partir de la principauté d’Ascanie. La pacification est réalisée définitivement sous Conrad II à partir de 1031.

Magdebourg, qui bat monnaie avec l'argent et le cuivre du Harz, connaît les vicissitudes de la concentration et du lieu de pouvoir : elle est ruinée par Boleslas en 1013, incendiée en 1180, saccagée en 1214 par Othon IV… mais, à chaque fois, elle se relève avec vigueur. La fertilité des Börde, terres à lœss, fait renaître la ville de ses cendres. Le sel du Lunebourg qui appelle un transport vers les denses régions rhénanes est à l'origine de la puissance de la batellerie de Magdebourg.

La christianisation des campagnes slaves atteint son apogée sous l'archiépiscopat de Norbert de Xanten, fondateur de l'ordre des prémontrés. Son œuvre d'importation d'une culture franco-flamande est d'abord mal reçue, mais elle modifie et rallie les intelligences. Ainsi, partout, s'opèrent aussi une fusion pacifique des populations. Le temps de la cathédrale est désormais venu. Magdebourg érige la sienne entre 1209 à l'emplacement de l'ancienne abbaye bénédictine de Magdebourg fondée par Othon le Grand au . Il s'agit de la première cathédrale gothique en Allemagne. Elle est terminée en 1520, sous le règne d'Albert de Brandebourg. Promotrice et aussi bénéficiaire de cette culture venue d'Occident, la classe des financiers-marchands gouverne désormais la ville au . Elle accroît son importance économique et administrative, et la fait entrer dans la Hanse.