Johan et Pirlouit est une série de bande dessinée jeunesse belge créée par Peyo, publiée pour la première fois dans le journal Spirou le avec Le Châtiment de Basenhau, une aventure éditée ensuite en album par les éditions Dupuis en . Après la mort de l'auteur, la série est reprise en 1994 aux Éditions du Lombard par Yvan Delporte (au scénario) et Alain Maury (au dessin) avec La Horde du corbeau.
Johan, l'intrépide écuyer, et son compagnon d'aventures, le nain Pirlouit (et sa fidèle Biquette), vivent dans un Moyen Âge de fantaisie, où ils font partie de la cour du roi.
Personnages Johan : jeune page aux longs cheveux noirs qui rêve de devenir chevalier. Courageux, gentil, sarcastique et intelligent, il vit au château du roi et est habile à l'épée ainsi qu'à l'arc. L'expression qu'il utilise le plus souvent est « bon sang ! ». Pirlouit : nain d'âge indéfinissable, à l'épaisse coiffure blonde, râleur et glouton, farceur, casse-pieds, superstitieux, roublard, catastrophique musicien et chanteur, petit et chenapan, froussard devant des bagatelles mais pouvant être intrépide dans les justes combats, fidèle en amitié, il vivait de rapines dans le Bois aux Roches avant que le Roi ne l'emploie comme bouffon. Il a un cri de guerre, « Piiirlouit ! », qui lui sert aussi de cri de victoireIl crie ainsi « Piiiirlouit ! » dans une case de la planche 34 du Sire de Montrésor.. Il apparaît dans la série à partir de l'album , Le lutin du Bois aux Roches. Il devient alors l’inséparable compagnon de Johan qu'il accompagne dans ses aventures. Biquette : la chèvre noire de Pirlouit, incapable de résister à un chou mais ayant un fort caractère. Ses coups de cornes sont redoutables et souvent salutaires… Elle apparaît dans la série à partir de l'album , Le Lutin du Bois aux Roches. le Roi : débonnaire mais ferme, le Roi est aimé de ses sujets et de ses vassaux. Il est cependant assez caractériel et semble parfois gâteux. Il a une nièce ravissante mais pas d'héritier direct. On ne connaît pas son nom. Il apparaît dans les albums Le Châtiment de Basenhau, Le Lutin du Bois aux Roches, La Pierre de Lune, La Flèche noire, Le Sire de Montrésor, La Flûte à six schtroumpfs, Le Pays maudit, Le Sortilège de Maltrochu, La Horde du corbeau, Les Troubadours de Roc-à-Pic et La Rose des Sables. Homnibus : enchanteur, astronome et magicien, il a le don de lire dans une boule de cristal. Il est également et herboriste. Il porte une grande barbe blanche, une robe bleue et, sur la tête, un calot bleu. Il est secondé par son apprenti, Olivier, un jeune garçon roux. Tous deux vivent dans une vaste chaumière flanquée d'une tour. Ils apparaissent à partir de l'album , La Pierre de Lune. Grand ami de Johan et Pirlouit, il leur vient en aide lors des situations qui requièrent quelque auxiliaire magique. Il apparaît également dans la série Les Schtroumpfs et aide ces derniers à plusieurs reprises. Rachel : vieille sorcière, à la réputation sulfureuse, elle a un bon fond et connaît la composition de divers philtres, dont celui qui fait mourir de rire (le "vin merveilleux"). Elle apparaît dans l'album , Le Maître de Roucybeuf et le , La Guerre des sept Fontaines. Le Comte de Tréville : fringant chevalier, il est un modèle pour Johan. Il est plus grand que lui, il apparaît dans les albums Le Châtiment de Basenhau, La Pierre de Lune et La Flèche Noire. Il a été mentionné par Johan au début de l'album Le Maître de Roucybeuf où il vivait dans son château. Dame Barbe : vieille femme toujours habillée d'une robe verte, c'est la langue de vipère du château. Elle apparaît dans l'album , La Flèche noire. Elle est surnommée "Dame Barbara" dans la série animée. Les Schtroumpfs : Ce sont des petits lutins bleus. Ils font des apparitions, la plupart du temps par le biais d'Homnibus, dans La Flûte à six schtroumpfs (volume 9), Le Pays maudit (vol. 12), Le Sortilège de Maltrochu (vol. 13), La Horde du Corbeau (vol. 14) et La Nuit des Sorciers (vol. 16). Ils font aussi une apparition dans La Guerre des sept Fontaines, où le Grand Schtroumpf rejoint Johan et Pirlouit chez Rachel.
Historique Création de la série Le , Peyo, un ancien gouacheur de dessin animé mis au chômage après la faillite de la Compagnie belge d'actualités, lance dans le quotidien bruxellois, La Dernière Heure, un personnage nommé Johan. Il se recycle dans la bande dessinée, un marché porteur après la seconde Guerre mondiale ; cette dernière ayant interrompu l'importation de séries américaines en Europe, les éditeurs belges sont obligés de se tourner vers des auteurs belges pour remplacer les séries absentes. Après quelques séries éphémères (Pied-Tendre dans Riquet et Une enquête de l'inspecteur Pik), il parvient à placer Johan dans le grand quotidien après avoir rencontré le responsable des pages « jeunesse » par l'intermédiaire d'une femme qui chante dans la même chorale que lui. La première apparition de Johan est modeste, il s'agit d'un gag en quatre cases, sans paroles, qui met en scène un page blond vivant au Moyen Âge. Le second gag paraît le et s'intitule Les Aventures de Johan. Le troisième, publié le , fait apparaître l'un des futurs personnages récurrents de Johan et Pirlouit : le Roi, qui a déjà sa barbe blanche, son manteau d'hermine et sa couronne. Au début de l'année 1947, la série devient « à suivre » et Peyo parvient à développer un peu son univers avec deux courtes histoires de quelques planches où il parvient à affiner le trait de son dessin. Il délaisse néanmoins la série et en crée d'autres comme Capitaine Coky et surtout Poussy dans le journal Le Soir.
Avec le petit succès de sa série Poussy, Peyo obtient en 1951 un plus grand espace pour placer ses planches. Il décide alors de reprendre le personnage de Johan abandonné quatre ans plus tôt. Sous le titre Johan, le petit page, il recycle le scénario d'une des histoires parues dans La Dernière Heure qui raconte l'enlèvement de la princesse par un vassal. Si l'histoire est très ressemblante, le découpage est différent et de meilleure qualité, ce qui permet de créer un suspense entre les épisodes. Le style graphique est également totalement modifié et ressemble à du semi-réalisme. La seconde histoire paraît du au et s'intitule L'Attaque du château. Il s'agit d'une histoire de sept planches (publiée au rythme d'une demi-planche par semaine) qui raconte la suite de l'histoire précédente. Le dessin s'améliore et Peyo n'hésite pas à jouer avec les contrastes du noir et du blanc.
Arrivée à Spirou En 1951, Peyo rencontre par hasard l'un de ses anciens collègues de la Compagnie belge d'actualités qu'il avait perdu de vue, André Franquin, devenu l'un des principaux dessinateurs du journal Spirou. De son côté, Peyo essuie plusieurs refus dans sa volonté d'entrer aux éditions Dupuis, propriétaires du journal Spirou. Il profite de ces retrouvailles pour intégrer Spirou, grâce à l'intervention d'André Franquin qui présente lui-même les dessins de Peyo à Charles Dupuis. Franquin sent que Peyo veut absolument faire de la bande dessinée et trouve naturel de lui donner un coup de main, bien que les dessins de Peyo ne soient pas encore parfaits. Après une troisième histoire parue dans Le Soir, il prépare son entrée à Spirou. L'aspect graphique de Johan est modifié, notamment sa couleur de cheveux qui passe du blond au noir, et Peyo passe à des histoires en quarante-quatre planches. André Franquin l'aide et lui conseille notamment de refaire les quatre premières planches de son histoire intitulée Le Châtiment de Basenhau en modifiant les expressions des personnages ou le cadrage de la scène d'ouverture du tournoi de joute.
La série commence sa publication dans le de Spirou, daté du . Dès le début, Peyo est victime de la censure française. Il lui est reproché une scène de torture à la planche dix où un bourreau fait boire des dizaines de litres d'eau à un troubadour pour qu'il révèle les plans de son maître. Charles Dupuis, qui craint plus que tout la censure de la commission, ne laissera pas la planche être publiée. Ainsi, la première histoire de Johan chez Dupuis compte quarante-trois planches et un mystère puisque sans cette planche, le troubadour attrape un gros ventre sans explication. Au rythme d'une planche par numéro, Le Châtiment de Basenhau termine sa publication dans le de Spirou du avec une grande et impressionnante bataille où le trait de Peyo commence à devenir de plus en plus ferme.
À peine deux mois plus tard, commence la publication de l'histoire Le Maître de Roucybeuf dans le du . Dès le début, l'histoire est marquée par l'évolution du personnage de Johan qui devient un jeune homme qui gagne en indépendance. Dans cette histoire au scénario peu original (le fils du baron de Roucybeuf recherche son père mystérieusement disparu), Peyo va démontrer son sens du découpage, inspiré directement d'Hergé qu'il admire comme narrateur, et son développement des personnages secondaires de l'histoire pour éviter de tomber dans les clichés des récits sur le Moyen Âge comme la sorcière Rachel, qui fait sa première apparition dans cette histoire, et qui derrière son apparence de méchante sorcière de conte va utiliser ses pouvoirs pour sauver le héros. Peyo démontre aussi sa manière de raconter une histoire sans pause. À la fin de l'histoire, il évite des discussions inutiles en révélant l'intrigue dès la planche trente-six et offre ainsi au lecteur une course-poursuite et un combat à l'épée. Cette histoire termine sa publication dans le du avec une scène de banquet qu'affectionne Peyo. Toujours en 1954, les deux premières aventures de la série sont publiées sous forme d'album souple.
La création de Pirlouit Pour sa troisième histoire dans le journal Spirou, Peyo réutilise une idée simple déjà exploitée deux fois auparavant, celle de la nièce du Roi enlevée par un seigneur rival. Maintenant qu'il est à Spirou il ne peut plus se contenter d'un scénario aussi court et a l'idée d'ajouter un faire-valoir à Johan pour enrichir sa série. Pour son nouveau personnage, Peyo ne souhaite pas un grand costaud qui ferait de l'ombre physiquement à Johan et préfère donc un personnage de petite taille comme un nain. Pirlouit apparaît à la planche sept de l'histoire Le Lutin du Bois aux Roches qui a commencé sa publication dans le journal Spirou du . Avant de dévoiler sa trouvaille, Peyo entretient un peu le suspense. Ainsi, durant les six premières planches de l'histoire, on entend Pirlouit crier sans le voir pour autant ni savoir de quoi il s'agit. L'énigme est résolue lorsque Johan finit par découvrir le nain, qui dérange les villageois par ses farces, après lui avoir tendu un piège. Pirlouit entré en scène, Peyo peut développer plus sérieusement son ancien scénario et rajoute une péripétie avec Pirlouit qui est au centre d'un complot qui le voit être accusé à tort de l'enlèvement de la princesse. Johan sera chargé, en plus de délivrer la princesse, de le faire innocenter.