vignette|upright=1.7|Albert Herter, Le Départ des poilus, , 1926, peinture de douze mètres sur cinq, exposée dans le hall Alsace de la gare de Paris-Est. |alt=Peinture représentant un train de mobilisés à quai, avec des civils les saluant. Le plan est un plan militaire de l'Armée française préparé en 1913, applicable à partir du et mis en œuvre le , au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il doit son nom au fait d'être le depuis la fin de la guerre franco-allemande de 1870.
Il s'agit d'un plan de mobilisation et de concentration des forces françaises. Il prévoit l'augmentation massive des effectifs grâce à l'arrivée des réservistes (la mobilisation), puis le transport par chemin de fer des troupes (la concentration), sous la protection des unités frontalières (la couverture). La majeure partie du corps de bataille est envoyée le long des frontières franco-belge et franco-allemande (de Givet à Belfort), avec une variante pour faire face à une invasion de la Belgique par les armées allemandes. Les autres puissances militaires ont leur plan équivalent ; le plus connu est le plan allemand, surnommé le « plan Schlieffen ».
Le plan est mis en œuvre sous les ordres du commandant en chef français, le général Joffre. Il implique des offensives françaises en Haute-Alsace (à partir du ), sur le plateau lorrain (à partir du ) et dans les Ardennes belges (à partir du ), toutes vouées à l'échec.
La planification française de 1871 à 1914 Principes de la planification Les défaites lors de la guerre franco-allemande de 1870 entraînent une refonte complète de l'Armée française, en imitant le modèle prussien, avec d'abord le passage à la conscription en 1872 (loi Cissey)Loi du sur le recrutement de l'Armée, promulguée au Journal officiel du , ., puis la création de (chacune fournissant un corps d'armée dès le temps de paix)Loi du relative à l'organisation générale de l'Armée, promulguée au Journal officiel du , . en 1873. Cette armée de conscrits nécessite une sérieuse planification pour la mettre sur le pied de guerre. Le « plan de mobilisation et de concentration » désigne l'ensemble des documents prévoyant le transport, le déploiement et l'organisation de cette armée (la marine de guerre n'est pas concernée par le plan, mis à part pour le transport maritime). Le plan ne prévoit pas le détail des opérations qui doivent suivre, mais il est établi en fonction d'elles et les détermine. Le plan est régulièrement mis à jour, variant en fonction des différentes lois sur le recrutement (qui déterminent les effectifs), des commandants en chef successifs (qui sont plus ou moins offensifs), de la situation internationale (qui détermine les adversaires probables) et des renseignements sur le dispositif adverse (fournis par le ).
Après le début de la mobilisation, le déploiement des troupes (appelé « concentration ») doit se faire essentiellement par chemin de fer, d'où la création de la Commission supérieure des chemins de fer qui travaille avec les différentes compagnies ferroviaires pour adapter le réseau aux besoins militaires. Les grandes lignes des plans successifs sont arrêtées au sein de l'État-Major de l'Armée par le bureau des opérations () ainsi que par le bureau des chemins de fer (), puis validées par le Conseil supérieur de la guerre, avant d'être transmises aux bureaux militaires affectés à chaque compagnie ferroviaire (bureaux dirigés par les commissaires techniques des réseaux), qui se chargent des études de détail et de la rédaction des documents à envoyer à chaque unité (livrets de marche et fiches itinéraires), le tout entrant en fonction au printemps.
Ces plans prévoient dans le détail le transport ferroviaire (et maritime dans le cas des unités de l'armée d'Afrique) des différentes unités. Chacune se voit attribuer une date de départ à partir de celle du début de la mobilisation (par exemple le ) de son ou de ses lieux de garnison (certains régiments sont dispersés entre plusieurs casernes) : les premières troupes à partir sont celles affectées à la couverture, puis vient le tour des unités d'active, ensuite de la réserve pour finir par la territoriale et la logistique. Les corps d'armée, dispersés sur l'ensemble du territoire, sont affectés chacun à une ligne ferroviaire pour les déployer (« concentrer ») dans l'Est de la France, les regroupant finalement en un petit nombre d'armées.
Plans antérieurs au plan XVII
L'Armée française, qui se réorganise au début de la Troisième République, établit et révise régulièrement son plan de mobilisation destiné à la mettre en ordre de bataille pour affronter la menace aux frontières : l'État-Major élabore successivement seize plans entre 1875 et 1914, soit un tous les deux ans.
Le passage d'un plan au suivant est déterminé par l'évolution des menaces (probabilité d'une guerre avec tel ou tel État voisin), un changement d'attitude (stratégie défensive ou offensive), l'augmentation des effectifs (création de régiments et développement de la réserve), la production d'armements (plus modernes et nombreux), la construction de fortifications (le système Séré de Rivières, puis sa modernisation), la modification de la couverture (de plus en plus renforcée) et l'amélioration du réseau ferroviaire (déplacements plus massifs et rapides). La principale menace reconnue étant l'Armée allemande ; les deux États s'espionnent mutuellement (mais le secret des plans est conservé), se livrent une course aux armements et réagissent rapidement au développement de leur adversaire.
Les premiers plans, du de 1875 au de 1884, sont défensifs : l'initiative est laissée aux forces allemandes, les armées françaises intervenant seulement en contre-offensive en s'appuyant sur les fortifications toutes neuves du système Séré de Rivières. La remise en cause des forts maçonnées et surtout le début des tensions germano-russes permettant à l'État-Major de l'armée d'être un peu plus audacieux, les plans de 1887 à 1895 envisagent une prudente offensive en Lorraine. Puis, malgré l'alliance franco-russe, les plans de 1898 à 1909 reviennent à une posture défensive par manque de confiance dans les unités de réservistes, laissées dans un premier temps en arrière. En 1911, la proposition du général Michel d'amalgamer la réserve à l'active (pour pouvoir se déployer jusqu'à la mer du Nord) est refusée par les autres officiers-généraux, son propre état-majorÉtude d'un projet de plan, note du troisième bureau, ainsi que Les conséquences au point de vue du service de chemin de fer des modifications proposées, note du quatrième bureau, SHD carton 7 N 1766. et par le gouvernement, qui remplace Michel par Joffre le . L'État-Major de l'armée modifie ensuite à la marge le plan , avec les variantes de et d'.
Entre-temps, la situation évolue : la rencontre à Paris du avec les représentants du War Office britannique permet d'espérer le soutien de la British Army ; la réunion à Saint-Pétersbourg du 18/ avec les chefs de l'État-Major général russe voit la promesse mutuelle de passer à l'offensive dès le de mobilisation ; l'attitude pacifique italienne permet d'affecter ailleurs l'armée des Alpes. Dès le , Joffre prévoit d'être offensif : il s'agit d'organiser L'étude du général Demange à l'automne 1912, très défensiveMarie-Georges Demange, Note relative au dispositif de réunion et au plan d'opérations des armées du N. E., 1912, SHD 7 N 1771., est rejetée. En 1913, l'augmentation des crédits militaires et des effectifs permet la création d'unités d'active (pas moins de ), ce qui permet de créer dès le temps de paix une division d'infanterie (la ), deux divisions de cavalerie (les et ) ainsi qu'un corps d'armée (le ) et de prévoir la formation de trois divisions de réserve (les , et ) et de trois divisions territoriales supplémentaires par rapport au plan XVI de 1909. Cela entraîne une refonte du déploiement : un de mobilisation et de concentration est donc préparé pour tenir compte de ces évolutions.
Plan XVII de 1914 vignette|Le chef d'État-Major général de l'Armée (et généralissime désigné) est en 1913-1914 le général Joseph Joffre, issu du génie et spécialiste du transport ferroviaire.|alt=Photographie en buste d'un officier moustachu portant un képi à feuilles de chêne, un dolman à brandebourgs et quatre décorations. Le plan de mobilisation et de concentration de l'Armée française est préparé sous forme d'ébauche générale (ce document est appelé Bases du plan ) par l'État-Major au début de l'année 1913, sous l'autorité du chef de l'État-Major général, ce dernier le présentant devant le Conseil supérieur de la guerre qui le valide lors de la séance du ; le ministre de la Guerre Eugène Étienne l'accepte le ., puis les différents documents sont préparés et envoyés aux unités à la fin de l'hiver (par exemple les généraux désignés comme commandants d'armée se voient adresser le une directiveDirectives pour la concentration, . par le général Émile Belin, major-général de l'État-Major en remplacement d'Édouard de Castelnau.). Toutes les brigades de gendarmerie doivent mettre à jour leur journal de mobilisation (conservé au coffre-fort) et convoquer individuellement tous les réservistes pour procéder à l'échange de leur fascicule de mobilisation annexé au livret militaire (archives départementales de la Lozère, R 5051). ; ces distributions sont réalisées essentiellement de mars à , avec des exceptions qui ont attendu fin juillet..
Si le plan de couverture est exécutable dès fin (à la suite de la création du )., les plans de mobilisation et de concentration deviennent applicables en remplacement des plans antérieurs le . ; l'ensemble (comprenant le plan de renseignement) est approuvé par le général Joseph Joffre le . Il est prévu que chaque unité de l'armée doit passer par trois temps : sa mobilisation, puis sa concentration et enfin sa participation aux opérations.
Rapports de force Parmi les puissances européennes, le plan reconnaît l'Allemagne comme le principal adversaire probable de la France. Pour l'Italie, .. L'Autriche-Hongrie est estimée comme incapable d'intervenir contre la France : elle est supposée affronter des adversaires dans les Balkans et sur sa frontière avec la Russie. L'Espagne n'a plus guère les moyens d'être agressive. La Russie est l'alliée de la France par la convention militaire du (ratifiée par Alexandre III le et par le gouvernement français le ). Quant au Royaume-Uni, il n'est plus vu comme un adversaire probable depuis l'« Entente cordiale », laissant même espérer un soutien. La Belgique et la Suisse sont strictement neutres.
En face, l'Armée allemande aligne d'armée en temps de paix, complétés par des corps de réserve en cas de mobilisation que l'État-Major estime aux alentours d'une quinzaine.. Le déploiement allemand est supposé massif le long des frontières occidentales de l'empire (estimé par le bureau à d'active, dont six en couverture, dix corps de réserve, huit divisions de cavalerie et huit divisions de réserve)., avec peu de troupes laissées à l'Est, malgré la puissance de l'Armée russe (qui dispose dès le temps de paix de d'armée et est capable d'aligner en cas de guerre). Pour contrer une attaque brusquée (lors des premiers jours du conflit, voire sans déclaration de guerre comme l'ont fait les Japonais à Port-Arthur en 1904), il faut prévoir un dispositif de « couverture » pour protéger la concentration, en avant des fortifications du Nord-Est. Comme la flotte de guerre française est surclassée par l'allemande, il est prévu de la concentrer en Méditerranée ; un débarquement côtier étant donc possible, il faut maintenir des divisions le long du littoral. Enfin, le passage des forces allemandes par le territoire de la BelgiqueL'hypothèse d'une attaque allemande à travers le territoire belge a été formulée dans quelque , dont un inventaire a été publié par . ou de la Suisse est envisagé, que ce soit avec l'autorisation de ces États ou non, ce qui impose d'étendre le déploiement aux frontières avec ces deux États.