Cet article présente les faits marquants de l’histoire de Bruxelles, la capitale de la Belgique et l’un des sièges de l’Union européenne et de plusieurs de ses institutions.

Naissance

thumb|right|180px|Charles de France ou de Basse-Lotharingie, fondateur de Bruxelles vers l'an 976. Lithographie d'époque romantique, gravée aux environs de 1850, qui concrétisait l'opinion de la plupart des historiens bruxellois de l'époque.

La question de l’origine de Bruxelles est encore aujourd’hui un dossier controversé au sujet duquel plusieurs écoles s’affrontent.

En ce qui concerne la présence humaine sur le territoire de Bruxelles durant l’Antiquité, les sources sont inexistantes et l’archéologie n’apporte qu’un regard très incomplet. Durant le Haut-Empire romain, la région bruxelloise se situe dans la , c’est-à-dire la circonscription administrative accordée aux Nerviens par Auguste. Malgré la présence d’axes de communication importants dans la zone (Bavay-Tonges-Cologne au sud et Bavay-Asse-Utrecht à l’ouest), aucune implantation humaine conséquente datant de cette époque n’est connue. L’habitat ne se développe réellement dans la région que sous le règne des Antonins, sous la forme de isolées vers la fin du ap. J.-C. Si l’arrivée des Chauques dans la région ne semble pas liée à des destructions importantes, les grandes migrations de la fin de l’Antiquité marquent l’abandon de la totalité des exploitations gallo-romaines connues aux alentours de Bruxelles lors de la deuxième moitié du Alain Guillaume, Marc Meganck, « La période gallo-romaine à Bruxelles : première vue d’ensemble », Journée d’archéologie romaine (Bruxelles 19-04-2008), ..

À la fin du , une chapelle consacrée à l'archange saint Michel est construite au flanc d'une colline dominant la Senne. Au fil des ans, elle prendra de l'importance et sera remplacée par une église qui deviendra la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. En fait, Bruxelles entre dans l'histoire grâce à un évêque malade. Un manuscrit ancien (de 695) relate que Vindicien, évêque de CambraiGesta Pontificum Cameracensius PL 149,46 : cum ergrotaret Brosselam. Au – Jusqu'au – Bruxelles, avec le duché de Brabant, était sous la juridiction du diocèse de Cambrai., tombe malade et meurt à Brosella.

Le nom de Bruxelles entre véritablement dans l'histoire sous la forme Bruocsella en 966 (connu par une copie du ), en langue germanique brōk- désigne le marais et *sāli- (devenu sel(e) en moyen néerlandais) la salle ou la maison. Il pouvait, peut-être, s'agir d'un bâtiment situé sur l'île que l'on appellera l'île Saint-Gery du nom d'un saint dont les reliques y furent installées plus tard. Cette salle pouvait servir de lieu de réunions aux Francs (qui pratiquaient une forme de démocratie élective au cours de grandes réunions des hommes libres, c'est-à-dire francs). Cet endroit pouvait, en même temps, servir d'entrepôt puisque le centre de Bruxelles — qui en est la partie la plus ancienne —semble avoir été un lieu de débarquement et d'échanges sur la rivière Senne.

Une voie romaine traversait le site urbain actuel du sud au nord en venant de l'actuelle chaussée de Waterloo et allant vers Laeken. Elle suivait approximativement le flanc de la colline qui correspond aujourd'hui aux quartiers du haut de la ville centrale. Un petit temple, appelé cella en latin, aurait pu s'élever au carrefour de cette voie avec un chemin montant depuis le débarcadère de la zone marécageuse de l'île Saint-Gery, broek. C'était un usage romain de jalonner les voies de communication, notamment les carrefours, par de telles constructions qui plaçaient les voyageurs sous la protection d'un dieu tout en servant de repères géographiques.

Si l'on s'en remet à l'historiographie traditionnelle, la date de fondation de Bruxelles se place en 979. Cependant, aucune source écrite, sinon ultérieures, ou archéologique n'a permis à ce jour de corroborer cette date. La tradition unanime des chroniqueurs anciens veut qu'un premier castrum ait été bâti par le duc Charles de Basse-Lotharingie sur l'île de Saint-Géry (aucune source contemporaine ne mentionne ce castrum et jusqu'à présent, à défaut de fouilles archéologiques, les chroniques anciennes doivent encore être envisagées avec prudence). Depuis, cette tradition est donc remise en question par la plupart des historiens de Bruxelles. Toutefois l'iris des marais figure dans les armes de la ville, cette fleur étant une variété sauvage du lys qui fut choisie comme emblème par la monarchie française, ce que d'aucuns rattachent au fait que le duc Charles était aussi nommé Charles de France, ce dernier nom n'ayant pas le sens qu'il a aujourd'hui, mais étant à rattacher à l'origine franque du duc.

Selon la Vie de sainte Gudule (écrite dans l'abbaye de Lobbes entre 1047 et 1053), le duc Charles organisa la translation des reliques de la sainte vers l'église Saint-Géry qui était située sur un îlot formé par la Senne et entouré de marécages. En 1047, le nom de Bruxelles apparaît pour la première fois dans une charte à l'occasion de la fondation du chapitre de Sainte-Gudule par le comte († 1054), et sa femme Oda de Verdun. En 1073 déjà, cette fondation fut restaurée, dont témoigne un diplôme de l'évêque de Cambrai.

Vers 1100, le comte de Louvain construit une résidence fortifiée sur le lieu-dit Coudenberg (emplacement de l'actuelle place Royale). Ici, les ducs de Brabant () édifient leur château qui est occupé ensuite par leurs successeurs, les ducs de Bourgogne, de à Charles Quint, puis par les gouverneurs des Pays-Bas espagnols et autrichiens, des archiducs Albert de Habsbourg et son épouse Isabelle () jusqu'à la monarchie actuelle.

sous le Duché de Brabant thumb|right|200 px|Vue arrière de la première enceinte à la rue de Villers

Au début du , le commerce devient un acteur principal en Europe occidentale. Les centres commerçants deviennent rapidement de puissantes villes, grâce aux rivières et canaux de la région. Cologne, Louvain, Gand, Ypres, Anvers et Bruges deviennent les pivots du commerce des textiles de la mer du Nord, d'abord surtout vers l'Allemagne, plus tard aussi vers la France, l'Italie et l'Angleterre. Grâce à ses artisans et à son port sur la SenneVoir l'article sur le port de Bruxelles., Bruxelles devient un carrefour marchand important. De cette prospérité témoigne le début des travaux à la collégiale Sainte-Gudule (1225) destinés à remplacer le sanctuaire roman par un édifice gothique.

Les deux siècles suivants voient Bruxelles s'enrichir. Le commerce se spécialise dans les belles étoffes qu'on exporte vers les marchés de France, d'Italie et d'Angleterre. Bruxelles se développe au sein du Brabant qui, contrairement au comté de Flandre, n'était pas fief du roi de France mais était incorporé à l'Empire germanique depuis 923. Dès 1183, l'empereur érigea le Brabant en duché. (1190-1235), comte de Bruxelles et de Louvain et premier duc de Brabant, entreprend la construction de la première enceinte de Bruxelles, longue de 4 kilomètres, qui englobe l'île Saint-Géry et le premier port de Senne, la place du marché qui deviendra la Grand-Place de Bruxelles, le chapitre de Sainte-Gudule et le château du Coudenberg.

À l'opposé de la situation du comté de Flandre, qui voit les artisans s'opposer à leur suzerain, le roi de France, et en battre la chevalerie lors de la bataille des éperons d'or (Courtrai, 1302), les relations entre les villes brabançonnes et leurs suzerains, le duc de Brabant et l'empereur romain germanique, sont excellentes. Les villes reçoivent rapidement des privilèges et des libertés et financent librement la politique ducale (en 1229, Bruxelles reçoit une charte (, en néerlandais) qui est la plus ancienne charte pénale connue).

La prépondérance des « lignages de Bruxelles »

L'administration des villes est aux mains des patriciens. À Bruxelles, ils sont groupés en sept lignages privilégiés, qui écartent les artisans de la gestion administrative et des offices publics, à quelques exceptions près. Ces privilèges des sept « lignages de Bruxelles » seront confirmés par le duc dans une charte de 1306.

C'est ainsi que, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, le premier bourgmestre et les sept échevins doivent obligatoirement en faire partie. Les neuf « Nations », regroupant les doyens des Métiers, ne participent au pouvoir qu'à partir de la seconde moitié du et au . À partir de la révolution de 1421, les Huit de la Gilde Drapière seront choisis pour moitié parmi les sept lignages de Bruxelles et les Nations.

Au , la portée de l'autorité du suzerain s'inscrit dans diverses chartes. Ce processus culmine dans la signature de la « Joyeuse Entrée » en 1356. Ce document organise la division du pouvoir entre le duc et les représentants du peuple, les États de Brabant. Trois classes sociales sont représentées: la noblesse, le clergé et le tiers état. Le suzerain ne peut déclarer la guerre, conclure des traités, dévaluer la monnaie ou établir des taxes sans l'autorisation des États de Brabant.

Succession du duché de Brabant

En 1356, après la mort du duc , le comte de Flandre Louis de Male conteste à la duchesse Jeanne de Brabant la succession de son père, dont il a lui-même épousé une autre de ses filles. Au cours de la Guerre de succession du duché de Brabant, les milices bruxelloises sont défaites à Scheut (Anderlecht). La duchesse Jeanne doit s'enfuir de la ville, qu'occupe une garnison flamande. La ville est rapidement reprise grâce à un coup de main audacieux d'Éverard t'Serclaes (). Après cet épisode, Bruxelles se sent à l'étroit et mal protégée dans ses remparts. La construction de la seconde enceinte commence en 1357 et se termine en 1379.

La ville avait acquis en 1301 le steen (c'est-à-dire une maison en pierre) dit De Meerte, situé sur la Grand-Place, pour en faire une maison échevinale. S'y ajoute en 1327 un steen voisin, Den Wilden Ever. Au début du , ces bâtiments sont devenus inadéquats et de 1402 à 1405, la Ville fait construire sur leur emplacement un véritable hôtel de ville, correspondant à l'aile gauche de l'hôtel de ville actuel, y compris une tour terminale.

En 1370, après une accusation de profanation d'hosties contre les Juifs des émeutes antijuives s'ensuivent, et une vingtaine de Juifs sont brûlés, avant l'expulsion des Juifs de Bruxelles Joël Kotek, Dan Kotek, Au nom de l'antisionisme : l'image des Juifs et d'Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada, Complexe, 166 pages , - 2005, .

Au a lieu la nomination du premier bourgmestre bourgeois et de ses conseillers, représentant le peuple pour la première fois.

: de la période bourguignonne à celle des Habsbourg

En 1430, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, hérite du duché du Brabant. Il autorise l'approfondissement et l'élargissement de la Senne pour faciliter le commerce. Bruxelles devient alors une capitale des Pays-Bas bourguignons. Le duc arrondit ses possessions par héritages et achats au point de constituer un ensemble capable de défier les appétits des rois de France. Il donne à ses territoires le titre de Leo Belgicus. Bruxelles s'impose alors comme centre administratif et culturel, célèbre pour l'architecture de ses églises, son palais et son commerce d'artisanat de luxe. Mais l'ambition du fils de Philippe le Bon, Charles le Téméraire entraîne un conflit larvé avec le roi de France qui soutient en sous-main la révolte des Liégeois contre les empiètements du duc. Voulant s'imposer aux suisses dans le but de relier ses territoires du nord à ceux du sud (la Bourgogne), Charles le Téméraire engage le combat à Grandson et Morat. Vaincu, il perd la vie dans des conditions qui font penser à une trahison perpétrée en plein combat. Celle qui lui succède en 1477, Marie de Bourgogne, épouse Maximilien d'Autriche. Elle meurt dans un accident de cheval en 1482, laissant son époux et la dynastie des Habsbourg gouverner le Brabant, dans l'attente de la majorité de son fils, le futur Philippe le Beau.