L'histoire de la Mauritanie moderne actuelle commence avec la définition et la délimitation officielle des frontières du pays en 1904 par la France et l'Espagne, alors puissances coloniales occupantes.

Ce tracé de frontière n'a pas été établi en fonction des populations et par conséquent certaines de ces populations ont été divisées par ce processus de partition. Le brassage ethnique a toujours existé en Mauritanie et ses premiers habitants étaient d'origines diverses subsahariennes (Mali, Niger, Ghana, Sénégal). L'histoire de ces peuples est pluri-millénaire, mais les traces écrites sont rares pour les périodes les plus anciennes du pays.

Préhistoire thumb|Bifaces du paléolithique inférieur (Musée d'Histoire naturelle de Milan)

Présence humaine Les premiers habitants de la Mauritanie sont apparus il y a au moins 70 000 ans. Le climat était alors plus humide, le territoire était parsemé de cours d'eau et de lacs poissonneux et la faune y était abondante. Dans ce contexte, des populations venues du Sud (Bafours) y ont développé une civilisation de chasseurs-pêcheurs puis agropastorale. Ces populations étaient en partie sédentaires..

Le Sahara néolithique, à l’instar de l’Europe au paléolithique (dans les millénaires précédents) a fourni des témoignages poignants du sens artistique de l’homme, en particulier dans le domaine de la gravure et de la peinture rupestre: les fresques extraordinaires du Hoggar et du Tassili n'Ajjer le prouvent.

La sculpture sur pierre, sur os et sur bois, la bijouterie de pierre sont également présents. La Mauritanie Néolithique a connu ces techniques artistiques mais, de même peut-être que pour la céramique, il semble qu’elle fasse figure de parent pauvre. On n’y a pas découvert pour l’instant de fresques rupestres notables, ni de sculptures particulièrement exceptionnelles. L'explication en serait qu'il y a peut-être eu, d’Est en Ouest à travers le Sahara, une "dégradation" du sens artistique de l’homme néolithique, qui ne serait parvenu que plus récemment dans cette partie occidentale d'Afrique.

On trouve cependant, un peu partout dans le désert mauritanien, de nombreux vestiges, notamment des peintures rupestres, des pointes de flèches, qui attestent d'une présence humaine active dès le néolithique, il y a environ . Le site rupestre le plus important de Mauritanie est celui d’Aoui-neght, étudiée par H. Lhote.

On a par ailleurs retrouvé de très nombreux monuments néolithiques en Mauritanie. Ils sont peu spectaculaires mais donnent une idée des rites funéraires et peut-être sur une religion de l’homme du néolithique Mauritanien. Un problème est de les dater: comme l'écrit R.Vernet. beaucoup sont en fait protohistoriques ou préislamiques. Comme on n’a généralement trouvé qu’un maigre matériel lithique en situation, la datation est difficile.

Ces monuments sont le plus souvent de facture très simple. Les plus complexes sont les alignements de pierre, en trois rangées, que l’on rencontre à plusieurs reprises en bordure de l’Aouker. Il existe aussi un certain nombre de pierres dressées. Cependant les monuments les plus nombreux et les plus facilement identifiables sont les tombes. Les types sont très variés, du simple tas de cailloux à la forme la plus élaborée, signe probable de la qualité sociale du défunt.

Le tumulus est fréquent, parfois assez perfectionné, comme à Lembetet el Kbir, près d’Akjoujt, où N. Lambert en a fouillé un d’un diamètre extérieur de et d’une hauteur de . Mais celui-ci est peut-être trop récent pour être néolithique, car il est possible qu’il soit en rapport avec les mineurs de cuivre protohistoriquesN. Lambert, « Mines et métallurgie antiques dans la région d’Akjoujt », Annales IMRS, , ..

Les formes les plus élaborées sont le chouchet et la barkhane. Le premier est un monument funéraire cylindrique, haut de deux à trois mètres et d’un diamètre de trois à cinq mètres. Le second tire son nom de la dune en forme de croissant. L’ouverture des branches peut atteindre cinquante mètres. La barkhane est artificiellement levée avec du matériel lithique mêlé de terre. Là encore, les seuls cas étudiés sont ceux de Lembetet el Kbir, qui semblent assez représentatifs malgré leur âge tardif.

Concernant les possibles axes commerciaux, une hypothèse formulée en 1947 par R. Mauny« Une route préhistorique à travers le Sahara ? », BIFAN, t. IX, 1947, . — du même auteur, Les siècles obscurs de l’Afrique noire, op. cit., ., admet que les gravures et peintures rupestres de chars et chariots trouvés au Sahara s’échelonnent selon des directions privilégiées, généralement selon des axes Nord-Sud. On connait aujourd’hui environ 450 représentations de chars, dont la plupart sont récentes, de la période traditionnellement appelée « libyco-berbère », c’est-à-dire du dernier millénaire avant J. C. Ces chars à deux roues, tirés en général par des chevaux (par des bœufs avec parfois quatre roues dans l’Aouker, où leur origine est méridionale) sont arrivés dans le Sahara avec de nouvelles populations, nomades, venues d’Afrique du Nord, les Berbères. Les chars sont donc le symptôme d’un changement ethnique dans le Sahara vers la fin du Néolithique. Ils correspondent à la poussée vers le sud, à la faveur de l’assèchement du climat, de nomades guerriers, au détriment de populations africaines refluant vers le sud — comme le montre la fortification des derniers villages de l’Aouker, fort médiocres par rapport aux sites anciens.

Par exemple, une de ces « routes de chars » traverse le Sahara occidental de Bir Moghreïn à Nema et jusqu’au Niger. On a retrouvé des rupestres le long d’un « axe » allant de Bir Moghreïn à Atar, d’Atar à Tidjikdja, puis Tichitt, Oualata, Néma et le Niger — avec une « bretelle » sur le centre de l’Aouker. Cette « route » suit un tracé « facile » en longeant le pied d'une falaise.

Le char et le cheval sont donc apparus à peu près en même temps dans le Sahara, venus de Méditerranée orientale avec diverses invasions; atteignant d’abord la Cyrénaïque, dans la deuxième moitié du Les habitants de la région, « libyco-berbères » ou « garamantes » antiques, diffusèrent ensuite le char léger (aussi appelé « au galop volant ») dans tout le Sahara en le conquérant, grâce en particulier au cheval et aux armes de ferLes civilisations préhistoriques de l’Afrique du nord et du Sahara, , Paris, 1974.. Il s’agit donc de la dernière migration ethnique qu’ait connu le Sahara avant les Arabes — les nomades berbères, guerriers Garamantes (à l’Est) et Gétules (à l’Ouest), remplaçant les éleveurs noirs qui se replièrent vers le sud, vers les zones plus humides du Tchad, du Niger et du Sénégal, où ils firent paître leurs troupeaux et pratiquèrent l’agriculture.

Paléo-climats En , le Sahara — y compris en Mauritanie — a connu au moins trois périodes désertiques (avant l’actuelle) et quatre périodes humides plus ou moins tropicales. (cf. tableau en image) Le tableau présenté n'est évidemment pas exhaustif et les datations sont sujettes à caution. Certains spécialistes intercalent d’autres périodes: ainsi une époque sèche, le Tafolien, apparaît soit entre le Tchadien et le Nouakchottien, soit après ce dernier; ce qui a des conséquences dans la chronologie préhistorique. Quoi qu’il en soit, l’idée que l’on a des paléoclimats de Mauritanie est relativement précise.

Il y a , le Sahara est humide et très fertile; les pluies sont abondantes et les températures relativement tempérées. Le réseau hydrographique est fonctionnel et se jette dans l’Océan Atlantique aux rives plus hautes qu’aujourd’hui.

Les ergs sont fixés par un manteau végétal steppique, arboré ou herbacé, suivant les régions et les époques. La faune, outre quelques espèces aujourd’hui disparues, est celle des régions tropicales actuelles : éléphant, rhinocéros, hippopotame, girafe, bovidé, gazelle, antilope, phacochère, lion, crocodile, poissons, mollusquesR. Mauny, « Préhistoire et zoologie. La grande faune éthiopienne du nord-ouest africain ». BIFAN, (Bulletin de l’Institut fondamental d’Afrique Noire), série A, t. XVIII, janv. 1956, n° 1, pp. 246-279..

Cette période du Paléolithique inférieur est donc favorable au développement de la vie humaine qui existait déjà depuis longtemps par ailleurs. Les premiers Mauritaniens trouvaient probablement aisément de quoi satisfaire leurs besoins par la cueillette et par la chasse.

Plus tard, les périodes arides et humides ont alterné. Entre -23 000 et -16 000, l’océan présentait, du fait de la fonte des glaces, un rivage à quarante mètres au-dessus du niveau actuel. C’est l’époque du « Sahara des lacs », autour desquels la vie est prospère.

Vers avant notre ère, la mer s’est retirée jusqu'à cent dix mètres en dessous de son niveau actuel. Le fleuve Sénégal n’atteint alors plus l’océan: il s'évapore vraisemblablement dans des petits lacs et oasis. Certains préhistoriens pensent que le Nord de la Mauritanie est vide à cette époque, du fait de conditions de vie trop dures.

Nouveau changement vers avant notre ère: les pluies redeviennent régulières (400 à par an) et le réseau hydrographique est fonctionnel. Les grands oueds atteignent la mer et de grands lacs réapparaissent. Le climat est Sahélo-Soudanien. La flore se présente sous la forme d’une steppe arborée (hêtres, aulnes, tilleuls et même, en montagne, cèdres). La faune est celle des périodes humides précédentes.

Grâce à ces pluies saisonnières et à l’alimentation régulière des nappes phréatiques, la vie est donc aisée dans ce « Sahara des Tchads » où se perfectionnent peu à peu les techniques paléolithiques avant que n’apparaissent, probablement à la suite d’une rupture climatique, au cinquième millénaire avant J.C. — peut-être même avant — le NéolithiqueP. Elouard, « Oscillations climatiques de l’holocène à nos jours en Mauritanie atlantique et dans la vallée du Sénégal », Coll. de Nouakchott, op. cit., pp. 27-36..

Le Néolithique commence par un optimum climatique, mais il s’achève par un désastre écologique, peu avant l’ère chrétienne. Il débute par une nouvelle humification du climat — mais bien médiocre comparée aux phases précédentes. Ce n’est pas un milieu luxuriant: l’hippopotame disparaît au cours de la période, sauf dans le sud mauritanien. Les espèces végétales méditerranéenne (chêne vert, pin d'Alep, olivier, cyprès, vigne etc.) migrent vers les montagnes. La savane arborée domine le paysage à cette période« Le Sahara avant le désert », Paris, CNRS, 1974. Introduction H. J. HugotPh. Chamard, « Les lacs holocènes de l’Adrar de Mauritanie et leurs peuplements préhistoriques », Notes africaines, , .

Cultures archéologiques notables L'une des plus anciennes culture archéologiques identifiables sur le territoire de la Mauritanie actuelle est la Culture de Foum Arguin. Cette culture épipaléolithique est encore mal cernée, tant sur le plan spatial que chronologique, mais elle occupe vraisemblablement vers 7000 BP un espace considérable sur la côte entre Tarfaya et le cap Juby, au Maroc, et le cap Timiris et le sud du Tijirtit. Vers l'intérieur, elle atteint la région de Zouérate. La Culture de Foum Arguin est caractérisée essentiellement par son industrie lithique particulière. Des liens avec l'Atérien sont supposés mais incertains. Elle est suivie par la Culture dite de Tintan, une culture néolithique avec laquelle elle semble n'avoir également que peu de liens.

De 900 AEC à 500 : Antiquité Outre une épigraphie peu abondante, les premières traces d'histoire humaine dans l'espace saharien occidental se rattachent à la culture Biafane, cette population noire est présente en Afrique de l'Ouest et parlait des langues inconnues, peut être reste-t-il certaines expression dans le dialecte berbéro-arabe des Imraguens, la tribu de pêcheurs du Banc d'Arguin.