Saint-Thégonnec , ou Sant-Tegoneg en Breton, est une ancienne commune du département du Finistère, dans la région Bretagne, en France, fusionnée à partir du avec Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec pour former la commune de Saint-Thégonnec Loc-Eguiner.
Géographie La commune de Saint-Thégonnec se situe dans le Finistère Nord, à environ de Brest, sur le plateau du Léon. Le bourg domine la vallée du fleuve côtier, la Penzé. Saint-Thégonnec est desservie par la voie ferrée électrifiée Paris-Brest via Rennes et Morlaix ; la voie express N 12 Paris-Rennes-Morlaix-Brest passe également par la commune.
Toponymie On rencontre les appellations suivantes : Ploeyber Riual (vers 1330), Ploeyber Riual Saint Egonneuc (vers 1450), Ploeyber Sanct Egonnec (en 1467 et en 1557), Saint Thégonnec (en 1693)..
Le nom de la commune proviendrait de saint Quonocus ou Toquonocus (Quonoc, Coquonoc ou Toquonoc), par déformation ensuite saint Connec, saint Conec ou Thégonnec (saint Conec ou Conoc, compagnon de Paul Aurélien, dont la forme hypocoristique en vieux breton est Toconoc, devenu Tégonnec (appelé ici Thégonnec). D’après la légende, saint Thégonnec, chassé du hameau de Tréfeuntec (en Plonévez-Porzay) dont il était originaire, se replia à Plogonnec qui lui rendit hommage en le prenant comme éponyme.
Histoire thumb|150px|Plogonnec : église paroissiale Saint-Thurien, vitrail de saint Thégonnec légendé : "Comment saint Trégonnec fut chassé par les habitants de Tréfeuntec et leur prédit qu'ils seraient toujours pauvres et que tous les chiens enragés du pays passeraient par leur village". vignette|gauche|Couverture du livre de l'abbé François Quiniou. vignette|gauche|L'église de Saint-Thégonnec en 1909 (François Quiniou). vignette|Le triptyque de saint Thégonnec dans l'église paroissiale Notre-Dame. vignette|gauche|L'ossuaire en 1909 (François Quiniou).
Saint-Thégonnec est issu de la partition de la paroisse primitive de Ploe-Iber, qui à partir du regroupait Saint-Thégonnec, Saint-Martin des Champs, Sainte-Sève, Pleyber-Christ et la partie ouest de Morlaix. Le démembrement de cette ancienne vaste paroisse eut lieu en deux temps en 1128 et 1180.
La vie légendaire de saint Thégonnec
Disciple de Paul Aurélien et qui serait comme lui venu au de l'île de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) pour évangéliser l'ArmoriqueAbbé François Quiniou, "Saint-Thégonnec :l'église et ses annexes", éditions F.Paillart, Abbeville, 1909, , consultable http://fr.wikisource.org/wiki/Saint-Th%C3%A9gonnec._L%E2%80%99%C3%89glise_et_ses_annexes. Selon une autre tradition, il serait né à Tréfentec, village de l'actuelle commune de Plonévez-Porzay et aurait construit un ermitage à Plogonnec avant de devenir un disciple de saint Guénolé, abbé de l'abbaye de Landévennec qui l'aurait ensuite envoyé prêcher dans le Léon. Lobineau, dans sa Vie des saints en fait même un saint mythique, qui n'aurait jamais existé. La localité de Pleugueneuc en Ille-et-Vilaine a la même origine.
Selon la tradition paroissiale, Thégonnec reçut un accueil enthousiaste de la population locale avec quelques exceptions toutefois : un jour qu'il avait soif, des habitants du village du Bougès lui refusèrent un verre d'eau. En représailles, le saint prononça un anathème "Boujès a voujezo. Biken dour mad n’iien devezo" ("Les sources de Bougés peuvent être abondantes, mais jamais il n’en sortira une bonne eau". Par contre il bénit les habitants du Herlan où il reçut une hospitalité généreuse. Ce serait l'origine de la source du Stivel, fontaine longtemps vénérée : les jeunes filles venaient encore au début du y jeter des épingles pour trouver un mari.
D'après la légende, Thégonnec avait apprivoisé un cerf avec lequel il allait chercher des pierres dans la montagne à Plounéour-Ménez pour construire la première église. Un loup ayant agressé et tué son cerf, Thégonnec convainquit le loup de se laisser atteler au chariot pour finir le transport des pierres. Ce miracle incita la population à l'aider dans l'œuvre entreprise. Un autre miracle permit de décider de l'emplacement de la construction de l'église. La statue au-dessus de l'entrée principale de l'église représente cette légende, ainsi qu'une sculpture du calvaire de l'enclos paroissial. Saint Thégonnec y est représenté avec une bête à cornes attelée et était considéré localement comme protecteur des ruminants, concurremment à saint Herbot et saint CornélyBulletin de la Société académique de Brest, année 1900, série 2, tome 26, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076565.image.hl.r=Saint-Herbot.f106.langFR.
Thégonnec devint peut-être par la suite évêque au Pays de Galles même si sa trace précise se perd : les statues le représentant dans l'église de la paroisse le montrent habillé en évêque, mais ses reliques ne sont vénérées nulle part.
La construction par étapes de l'église paroissiale
L'église actuelle de Saint-Thégonnec, bâtie à l'emplacement de la première église, appartient à plusieurs époques échelonnées de 1520 à 1667 environ. Le petit clocher a été achevé en 1563, mais par rivalité avec l'église voisine de Pleyben, les paroissiens décidèrent en 1599 la construction d'un second clocher beaucoup plus imposant. Le clocher-porche de style Beaumanoir date de 1653 ; les statues en kersantite qui l'ornent ont été réalisées par Roland Doré en 1625Roland Doré serait né en 1618 et mort en 1660, la date de 1625 paraît peu vraisemblable. On évoque parfois un Roland Oré comme sculpteur du Christ outragé en kersantite..
En 1670, le bas de l'église est exhaussé pour permettre la mise en place des orgues et enfermer ainsi le petit clocher jusqu’aux galeries entre les deux nouveaux pans de mur. En 1714 la nef principale et l’abside reçurent l’élévation qu’elles ont actuellement.
L'essentiel de l'édifice a été réalisé en "granite de la montagne" de Plounéour-Ménez, mais une quinzaine de types de pierre ont été mises en œuvre au cours des différentes constructions, en fonction des exigences techniques et financières, mais aussi des modes architecturalesmagazine du Conseil Général du Finistère, Penn ar Bed, , juillet 2005, .
En 1763 à Saint-Thégonnec, il y avait un recteur, trois vicaires, quatre prêtres habitués, deux diacres, un acolyte..
Le lin, le chanvre et Saint-Thégonnec
C'est la culture et le tissage du lin et du chanvre qui a permis la construction des enclos paroissiaux.. Les revenus paroissiaux quadruplent à Saint-Thégonnec entre 1612-1613 et 1697-1698Jean Tanguy, "Commerce et Industrie dans le Finistère d'autrefois", dans "Finistère", ouvrage collectif, Brest, 1972, page 60.
Pendant des siècles, les paysans ont cultivé lin et chanvre en Bretagne et en ont fabriqué des toiles à l’usage domestique et agricole. Vers le , une industrie de la toile s’est progressivement mise en place : la manufacture des créées du Léon (la créée était le nom de la pièce de toile). Le fil est blanchi avant la confection des toiles. Il suffit pour cela d’une buanderie de la taille d’une petite maison. En breton, on lui donne le nom de "kanndi" qui se traduit littéralement par "maison à blanchir". Quelques-uns de ces kanndi ont survécu jusqu’à nos jours au prix de diverses transformations. Le kanndi le mieux conservé est celui kanndi du Fers à Saint-Thégonnec, restauré en 1996, mais sept autres kanndi se trouvent dans un rayon de autour de celui-ci. Selon le critère du nombre de kanndi par km², c'est Saint-Thégonnec qui arrive en tête avec 2,3 kanndi par km² contre 1,4 en moyenne. Autour de l'église de Saint-Thégonnec, seize kanndi sont dénombrés dans un rayon de un kilomètre..
Pendant deux siècles, on a roui le fil de lin à l’eau tiède dans ces cuves après l’avoir enduit de cendres de hêtre. Le rinçage se faisait dans le canal en pierre de schiste qui traverse le bâtiment. Le blanchiment continuait au soleil. L’opération était renouvelée plusieurs fois. Il fallait au total trois mois pour livrer un fil suffisamment blanc pour être tissé.. La commune de Saint-Thégonnec s'est enrichie grâce au marché du lin, florissant entre le et le , donnant naissance à une véritable caste paysanne, les Juloded. Les cultures se faisaient sur la commune, puis le lin était exporté par le port de Morlaix. Plus généralement, le lin était cultivé par les paysans dans le nord du Léon puis tissé dans le sud. Après le tissage, les toiles pouvaient enfin être chargées sur des navires en partance pour l'étranger. Les marins anglais venaient dans les ports acheter ces toiles de lin. De nombreuses familles se sont alors enrichies et ont participé à la construction de l'église. Mais la décision politique prise par Colbert de taxer les toiles de lin anglaises stoppa la prospérité de l’ouest breton.
« Saint-Thégonnec est un peu le bouquet final de l'art des enclos. (…) D'abord sans doute parce que Saint-Thégonnec a été la paroisse la plus riche à l'époque de la prospérité des toiles de lin. Et puis cette prospérité s'est prolongée plus longtemps qu'ailleurs, jusqu'au milieu du . Alors cela explique que les paroissiens aient pu plus longtemps embellir, agrandir, rehausser leur église pour la mettre tout simplement au goût du jour. Il suffit de voir qu'elle a deux clochers. D'abord une flèche gothique, qui s'est trouvée démodée au bout de quelques années. Alors, à ce moment-là, au début du , les paroissiens ont construit une grande tour avec un dôme Renaissance »Georges Prouvost, cité dans http://www.zevisit.com/ZEVISIT/FR/Theme/14/042/0/Script-Circuit-de-Morlaix-sur-la-route-des-enclos-paroissiaux.html.
Le docteur Chevrey fait remarquer, à la suite de son voyage en Bretagne en 1924 : « Chose curieuse, ces trésors architecturaux s'élèvent au milieu d'infimes villages, de bourgades misérables. Ce fut pourtant, naguère, une région riche, bien déchue maintenant, de sa splendeur. À Saint-Thégonnec notamment, se tissaient les voiles des navires des Rois de France, et ce sont les artisans de ces tissages qui ont élevé de leurs deniers ces somptueuses cathédrales, ces calvaires uniques au monde. Toute cette prospérité a disparu. Il ne reste dans les églises, comme témoins de ce passé mort, que les inscriptions à demi-effacées des tombes de ces riches marchands, que leurs crânes logés dans d'étroites boîtes ajourées, entassées les unes sur les autres autour du maître-autel, sur la corniche des entablements, comme des bibelots funèbres sur une pieuse étagère »Docteur Chevrey, "Impressions de voyage en Bretagne", Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, 1925, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5419025v/f37.image.r=Guimiliau.langFR.
En 1710, année de disette, sinon de famine, la mortalité augmenta de 70 % à Saint-Thégonnec par rapport aux deux années précédentes..
Les familles nobles de la paroisse Le château et la seigneurie de Penhoët (Penhoat) vignette|Ruines du donjon de Penhoat, qui fut une des premières seigneuries du Léon. Le premier site occupé est un camp retranché qui se trouve à au sud du château actuel ruiné. Ce camp, nommé Castel-Douar''', en lisière du Bois de Coatvoult, se compose d'une enceinte ovale, de environ de périmètre, avec parapet de terre et entouré de douves profondes. La motte féodale est encore perceptible. Une autre butte se trouve d'ailleurs deux kilomètres plus au sud, à Tossen-an-Douvez. Le Pont al lez est connu dès le .