vignette|Argentine vignette|Carte de l'Amérique méridionale dressée en 1840 par le géographe français Antoine Houzé ; le nom Argentine n'existait pas encore et le pays se dénommait Río de la Plata.

L’histoire de l’Argentine est celle des événements survenus sur l’actuel territoire de la République argentine depuis les premiers peuplements humains jusqu’à nos jours.

Elle débute par les vestiges les plus anciens de l’Homo sapiens sur le sol argentin, c’est-à-dire ceux qui ont été découverts dans l’extrême sud de la Patagonie et qui remontent à une période aux environs de 13000 av. J.-C. Les premières civilisations agro-céramiques se sont implantées à partir du av. J.-C. dans la zone andine du Nord-Est du pays.

L’histoire écrite de ce qui est aujourd’hui l’Argentine commence avec les observations du chroniqueur allemand Ulrich Schmidl consignées lors de l’expédition menée en 1516 par Juan Díaz de Solís dans le Río de la Plata. Cette expédition préfigure la conquête espagnole d’une partie de cette région qui sera accomplie dans les décennies suivantes.

En 1776, la couronne espagnole créa, par scission d’avec la vice-royauté du Pérou, la nouvelle vice-royauté du Río de la Plata, entité administrative regroupant divers territoires et au départ de laquelle va se dérouler, avec la révolution de Mai 1810, un processus graduel de formation de plusieurs États indépendants, dont entre autres les Provinces-Unies du Río de la Plata, conglomérat de provinces plus ou moins autonomes les unes vis-à-vis des autres.

La souveraineté de l’Argentine fut formalisée par la déclaration d’indépendance du à Tucumán, puis avec la défaite militaire des troupes de l’Empire espagnol en 1824, dans l’actuel département péruvien d’Ayacucho. En 1833, l’Empire britannique prit possession des îles Malouines, alors une comandancia militaire ressortissant aux Provinces-Unies, et dont l’Argentine n’a cessé depuis lors de réclamer la restitution.

À l’issue d’une longue période de guerres intestines se mit en place entre 1853 et 1860, sur la base de la constitution adoptée en 1853, une république fédérale sous la dénomination de République argentine.

Par une série de campagnes militaires menées contre les peuples mapuche, tehuelche, ranquel, wichi et qom, et désignées par conquête du Chaco et conquête du Désert, la République argentine s’empara respectivement des plaines du Gran Chaco au nord et de la Pampa et de la Patagonie orientale au sud, donnant corps ainsi à son territoire actuel qui, pour la superficie, occupe le huitième rang mondial.

La période entre 1862 et 1930, remarquable de stabilité constitutionnelle, vit la population du pays, à la faveur d’une vaste vague migratoire en provenance principalement d’Italie et d’Espagne, augmenter cinq fois plus vite que dans l’ensemble du monde. L’instauration en 1912 du suffrage universel (masculin), complété en 1951 par le droit de vote des femmes, permit l’avènement d’une série de gouvernements dûment élus par le vote populaire, mais qui à partir de 1930 alterneront au pouvoir avec des dictatures militaires et des gouvernements frauduleux. La dernière en date de ces dictatures s’effondra en 1982 en conséquence de la défaite argentine dans la guerre des Malouines contre la Grande-Bretagne, et ses protagonistes furent traduits en justice pour crimes contre l’humanité. En 1983 s’est engagée une longue période de démocratie, qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

La population du pays est estimée à d’habitants en 2024 (hors diasporas ou émigrations), contre 40 en 2010, 20 en 1960, 4 en 1895, 2 en 1870, 1 en 1840, à vers 1800.

Préhistoire et premières populations humaines vignette|upright=1.5|Photo prise dans la Cueva de las Manos ou grotte des mains, Río Pinturas, Santa Cruz, Argentine,

Une hypothèse voudrait que les premiers êtres humains à pénétrer en Argentine y soient parvenus par l'extrême sud de la Patagonie chilienne. Les témoignages les plus anciens sont rassemblés au musée lapidaire de la province de Santa Cruz et remontent au

D'autres établissements ont été relevés à Los Toldos, également en province de Santa Cruz, avec des vestiges datant du

Ces premiers habitants chassent les milodonsEl Milodón fue un animal prehistórico que vivió hace 10 o 13 millones de años atrás (animaux semblables à de grands paresseux, mais avec une tête ressemblant à celle d'un camélidé, aujourd'hui disparus) et les hippidionsFauna del ambiente terrestre (poneys-chevaux nains sud-américains disparus eux aussi, il y a environ ), en plus des camélidés (guanacos, lamas) et des nandous (oiseaux proches de l'autruche).

Près de là, il est possible de voir les peintures de mains et de guanacos dessinés vers , pour le groupe « stylistique A », le niveau culturel le plus ancien, puis vers pour le second niveau culturel, groupe « stylistique B », sur les parois de la Cueva de las Manos (Río Pinturas, Santa Cruz, déclarés patrimoine culturel de l'Humanité par l’UNESCO). D'autres sites de pétroglyphes et peintures rupestres existent, dont Yavi (province de Jujuy).

Les résultats d'une étude de paléogénétique publiée en 2021 suggèrent que les premiers colons de la Pampa faisaient partie d'une dispersion unique et rapide il y a ans Xavier Roca-Rada, Gustavo Politis , Ancient mitochondrial genomes from the Argentinian Pampas inform the early peopling of the Southern Cone of South America, Iscience, , doi.org/10.1016/j.isci.2021.102553, tandis que le nord-ouest argentin a reçu ses premiers habitants vers le début du .

Avant 1500 : civilisations et cultures indigènes, dites précolombiennes vignette|Grandes zones agricoles indigènes 200px|vignette|La papa ou pomme de terre, inventée par les cultures sud-américaines vignette|Langues du cône sud vignette|Urne funéraire santamarienne ( x .)

Les peuples aborigènes argentins se sont divisés en deux grands groupes, d’une part les chasseurs-cueilleurs nomades qui habitaient la Patagonie, la Pampa et le Chaco, et d’autre part les agriculteurs sédentaires, installés dans le nord-ouest, le Cuyo, les Sierras de Córdoba et plus tardivement, en Mésopotamie.

Cultures andines de l'Ouest et du Nord-Ouest

Culture d'Ansilta Une des premières cultures à avoir développé une forme d’agriculture primitive sur le territoire argentin actuel est la , située aux abords de Mendoza, San Juan et San Luis. Mal connue, cette surprenante culture va de jusqu'à 500 apr. J.-C., soit plus de , ce qui est un cas unique de continuité. Sans doute s’agit-il des prédécesseurs des ethnies Huarpes..

Culture Condorhuasi Cette culture apparut en -200 dans la province de Catamarca. Pour ces éleveurs de lamas et pasteurs, l’agriculture était un complément. Dans leur religion cruelle et violente, les chamans utilisaient des hallucinogènes, tels que le Anadenanthera colubrina (aussi appelé cebil), et accomplissaient des sacrifices humains. Grands forgerons, ils furent les premiers à utiliser des alliages métalliques. Leurs sculptures anthropomorphes font l’objet d'études approfondies : les suplicantes (les suppliants) sont de belles sculptures abstraites en pierre, représentant des êtres humains en position de supplication, appelant sans doute la pluie et la fertilité. Cette culture disparut entre le et la fin du .

Culture Tafí (de -300 à 600) Presque contemporaine de la culture de la Ciénaga (de -200 à +800), la , elle apparut dans la vallée de Tafí, sur l'actuel territoire de Tucumán. Ces agriculteurs cultivaient notamment le maïs, sur des terrasses. Ils savaient aussi domestiquer le lama.

Culture de la Ciénaga (1c-700) Au faisait son apparition sur le sol argentin la première société totalement agricole, la , également dans la région de Catamarca. Il s'y développa des plantations de maïs et des systèmes d'irrigation avec canaux. On y élevait aussi des lamas, qu'on utilisait en caravanes pour réaliser des échanges entre différentes localités. On construisait de petites localités de trente habitations au plus. Ce sont des précurseurs directs de la culture de la Aguada.

Culture de la Aguada (500-900) Entre les et , la se développa sur le territoire des provinces de Catamarca et La Rioja. C'est la plus andine des cultures du nord-ouest argentin, fortement liée à la culture de Tiwanaku. La Aguada se caractérise par un fort développement artistique autour de la représentation du jaguar. Sans doute à ce moment se constitua une nouvelle forme politique dans les cultures du nord-ouest : celle des Seigneuries, au pouvoir d'un seigneur, qui dominait une certaine région et avait la main sur les excédents de production agricole. Parmi les représentations artistiques, on remarque celle du sacrificateur.

L'économie de cette culture se basait sur une agriculture en terrasses irriguées par des systèmes hydrauliques complexes. On produisait du maïs, des haricots, des potirons et des arachides. On faisait le commerce de ces productions avec des endroits très éloignés comme San Pedro de Atacama ou la vallée de Copiapó au Chili, de l'autre côté des Andes, en utilisant les lamas. La métallurgie est très avancée, et on découvre le bronze, bien avant l'arrivée des Espagnols.

Vers 900, La Aguada disparu. Son héritage se retrouve dans la culture Belén et la culture de Santa María.

Culture de Santa María (850/1200-1470) Grâce à ses cultures en terrasses et systèmes d'irrigation très complexes, la culture de Santa María réussit à avoir une forte population et à accumuler des excédents, qui étaient emmagasinés dans des silos souterrains. On cultivait le maïs, la pomme de terre (appelée papa), le haricot, le quinoa, le piment et les courges. On cueillait intensivement les fruits du caroubier créole ou algarroba et du chañar. Ces grands experts en élevage utilisent le fourrage.

Ils pratiquaient le commerce à grande distance, avec des caravanes de lamas. Ils développèrent la métallurgie du cuivre, de l'argent et de l'or, et fabriquaient des articles en bronze d'excellente qualité.

La culture de Santa María se caractérise par une grande complexité sociopolitique, avec au sommet de la hiérarchie un seigneur dont les pouvoirs étaient héréditaires, des guerriers et des chamans. Cette culture correspond en grande partie à l'ethnie Paziocas, connue sous sa dénomination quechua de Diaguitas.

Culture de Sanagasta (1000-1500)

Culture de Belén (1100-1535)

Empire inca (1430-1530) Un siècle avant l'arrivée des Espagnols, la formation du Tucumán, au nord-ouest argentin, comprenait une grande variété de peuples sédentaires avec leurs caractéristiques propres, et parmi eux, les Paziocas, les Alpatamas, les Omaguacas et les Huarpes.

Au ce territoire fut envahi et annexé par les Quechuas à la zone méridionale du Kollasuyu (ou Collasuyu ou Qullasuyu). Étant donné l'éloignement de ces régions par rapport à Cuzco, l'ensemble formait un territoire spécial du Tahuantinsuyu, connu sous le nom de « Le Tucumán » et le « Kiri-Kiri ») et intégré dans l'Empire inca.

Cultures andines indépendantes (1400-1520) Hors du Tahuantinsuyu ou Tawantinsuyu, se maintiennent quelques populations sédentaires indépendantes, par exemple les Lule-Toconoté (en guerre contre les Quechuas, et appelés péjorativement par ceux-ci « surís » ou « nandous »), les Sanavirón dans la zone des provinces de Tucumán, ouest de Santiago del Estero et nord de Córdoba, ainsi que les Comechingons dans les sierras de Córdoba et de San Luis.

Cultures de la Mésopotamie vignette|Mésopotamie argentine. vignette|Les Guaranís cultivaient le yuca, ou manioc, entre autres plantes.

Le terme de Mésopotamie argentine désigne l'ensemble des territoires entre deux fleuves, le rio Paraná et le río Uruguay.

Les Avás (mieux connus comme « Guaranís »), en provenance d'Amazonie, s'établirent en territoire argentin entre la fin du et le début du , avançant depuis le nord-est principalement par les cours d'eau.