Rabah Kheliff est un officier français, né le à Rébeval, aujourd'hui Baghlia (Algérie), mort le à Caluire-et-CuireÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970. Il est connu pour avoir enfreint les ordres« Le 5 juillet 1962 à Oran, seul officier français à enfreindre les ordres prescrits, il fit face à l'A.L.N. [...] arrachant des centaines de ses compatriotes pieds-noirs à une mort certaine, s'exposant ainsi aux foudres du général Katz. » Boris Khan, L’Algérianiste, n° 104, janvier 2004. Rabah Kheliff ne fut pas le seul à enfreindre les ordres. Le capitaine Croguennec, du Zouaves, a arraché 400 Européens du commissariat central d’Oran, et les a mis en sécurité dans son cantonnement. Témoignage du commandant Brénugat, in Geneviève de Ternant, L’Agonie d’Oran, t. 2, p. 77-78. Récit du capitaine Croguennec sur Le 5 juillet 1962 à Oran. Témoignage de Serge Lentz, Paris-Match, , 14 juillet 1962., le , lors du massacre d’Oran. Il est connu également pour son engagement en faveur des anciens combattants musulmans et pour sa lutte dans la fondation de la Grande mosquée de Lyon.

Biographie Rabah Khelif naît en Kabylie, en 1933. Fils d’officier, il est enfant de troupe à l’école de Kolea, près d’Alger. En 1951, à 18 ans, il s’engage et part combattre en Indochine. Blessé et fait prisonnier à Dien Bien Phu, il est porté disparu durant six mois avant d’être retrouvé, entre la vie et la mort, par la Croix-Rouge. Il est rapatrié sur la métropole. Il part bientôt pour l'Algérie, où il sert comme officier jusqu'en 1962.

Le massacre du 5 juillet 1962

Témoignage de Rabah Kléliff à Mohand HamoumouTémoignage confirmé par Raphaël Delpard : 5 juillet 1962, le massacre d’Oran, Metula News Agency, 12 juillet 2017..

Rabah Khéliff est dans une unité de la Force locale de l'Ordre Algérienne jusqu'au : la UFO, créée avec des éléments de la  compagnie du  BCP ( Bataillon de Chasseurs PortésAinsi appelé de 1945 à 1968. Il reprend en 1990 son appellation originelle (1871) de  Bataillon de Chasseurs à Pied. Il est dissous en 1998.) commandée par le lieutenant Khéliff. Le , il apprend que des civils européens sont regroupés en divers points de la ville d’Oran, dans l’attente d’être exécutés, sans que l’armée française n'intervienneGeorges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003, p. 255-257.. Il décide de passer outre aux ordres. Il prévient par téléphone son colonel, qui répond : « Faites selon votre conscience, quant à moi je ne vous ai rien dit. »

À la tête de la moitié de sa compagnie, le lieutenant Kheliff gagne un des points de regroupement, devant la préfecture. « Il y avait là une section de l’ALN, des camions de l’ALN et des colonnes de femmes, d’enfants et de vieillards dont je ne voyais pas le bout. Plusieurs centaines, en colonnes par trois ou quatre, qui attendaient là avant de se faire zigouillerSur le sort réservé aux personnes enlevées, voir les témoignages d'auteurs du massacre, rapportés par Miloud Karim Rouina dans sa thèse de : Essai d'étude comparative de la Guerre d'indépendance de l'Algérie de 1954-1962 à travers deux villes : Oran - Sidi Bel Abbès, université de , juin 1980. Le est né à Aïn Témouchent en 1928, membre du FLN depuis 1955, ancien maçon à Oran, policier depuis mars 1962 : Cité par Jean-Jacques Jordi, Un silence d'État : les disparus civils européens de la guerre d'Algérie, Soteca, 2011, 90.. » Le lieutenant Kheliff exige et obtient du préfet, Souiyah El HouariJean Monneret, La Tragédie dissimulée : Oran, 5 juillet 1962, Michalon, 2006, p. 136. D'autres sources disent Salah Abdelkader ., leur libération. S’étant quelque peu éloigné de son détachement, il est lui-même pris à partie et blessé par des civils algériens, puis dégagé par ses hommes, à qui il interdit d’ouvrir le feu.. Après quoi, il établit des patrouilles sur les axes routiers menant à l’aérodrome et au portCes deux axes, solutions de fuite pour les Européens, étaient particulièrement visés par les auteurs du massacre. pour « arracher littéralement » des malheureux des mains de leurs agresseurs.

Il est mis aux arrêts de rigueur, et convoqué par le général Katz qui l’admoneste sévèrement : « Si vous n'étiez pas arabe, je vous casserais .. »

L’armée rendra néanmoins hommage au lieutenant KheliffLa contradiction peut s’expliquer. Contraint par le pouvoir politique d’endosser la responsabilité du massacre, le général Katz se défendra de son mieux, évoquant les interventions ponctuelles ayant permis de sauver des Européens le 5 juillet. Joseph Katz, L’Honneur d’un général : Oran, 1962, L'Harmattan, 1993. Le général Katz récupérait ainsi les actes de désobéissance isolés, comme celui du lieutenant Kheliff., le , sous la plume du colonel Nicolas, commandant le sous-secteur est d’Oran et le  Régiment d’Infanterie :

L’engagement associatif

Il doit être ramené d'urgence en France pour éviter des représailles. Bien que sa carrière soit alors freinée, il parvient au grade de capitaine. En 1967, il quitte l’armée pour raisons de santé.

Il se consacre alors à la défense des droits de ses camarades de combat musulmans, souvent désarmés face à l’administration« Rabah Kheliff : mort d’un patriote », AJIR pour les Harkis.. Il fonde l'Union Nationale des Anciens Combattants Français Musulmans (UNACFM), dont il est le président« Il fonde initialement l'Union Nationale des Anciens Combattants Français de Confession Islamique qu'il transforme, en 1996, en Association des Anciens Combattants Français Musulmans. » Michel de Muizon, ibid... Il obtient, pour les harkis, le statut d’ancien combattant, ainsi que pour les harkis et combattants ayant connu la captivité en Algérie le statut de prisonnier de guerre.

Il est président de l’Association culturelle lyonnaise islamo-française (ACLIF) et du Comité pour la construction de la Grande mosquée de LyonCompte-rendu de Commission générale du 10 novembre 1983 du Conseil municipal de Lyon, concernant le Centre franco-islamique de Lyon. Journal officiel du 10 octobre 1994, , réponse à la question écrite n° 17130 du 25 juillet 1994. « Profondément croyant, il avait été un des fondateurs de la grande mosquée de Lyon dont il assurait la présidence. » Boris Khan, ibid..

Il meurt le à Lyon.

Distinctions Commandeur de la Légion d’honneur Commandeur de l’ordre national du Mérite

Références

Michel de Muizon, La voix du Combattant, n° 1690, décembre 2003. Mohand Hamoumou, Et ils sont devenus harkis, Fayard, 1993, p. 275. Mohand Hamoumou, op. cit., p. 276. Boris Khan, ibid.

Articles connexes

Massacre du 5 juillet 1962 Harki Grande mosquée de Lyon

Catégorie:Militaire français de la guerre d'Algérie Catégorie:Commandeur de la Légion d'honneur promu en 2001 Catégorie:Commandeur de l'ordre national du Mérite Catégorie:Naissance en janvier 1933 Catégorie:Naissance dans la wilaya de Boumerdès Catégorie:Naissance en Algérie française Catégorie:Décès en novembre 2003 Catégorie:Décès à Caluire-et-Cuire Catégorie:Décès à 70 ans