Jérémie (יִרְמְיָהוּ, Yirməyāhū, qui signifie en hébreu « Que YHWH se lève ») est un prophète du Tanakh qui apparaît principalement dans le Livre de Jérémie, dont il est souvent présenté comme l'auteur. Il est également évoqué dans le Deuxième Livre des Chroniques. Il est cité à trois reprises dans l'Évangile selon Matthieu (Mt 2.17,16.14,27.9). Il est fêté le 1 mai.

Contexte historique Jérémie est contemporain de la fin du royaume de Juda et de l'exil à Babylone. Alors que les Assyriens dominent le Proche-Orient, les Babyloniens (appelés aussi Chaldéens) prennent leur essor dans la seconde moitié du av. J.-C.. Les Égyptiens, qui voient s'élever cette menace pour leur empire, s'allient aux Assyriens. Ils sont battus en 605 à Karkemish. Les derniers rois de Juda doivent composer avec la nouvelle puissance incarnée par Nabuchodonosor II dit . Après la mort de Josias en 609, les choix politiques de ses successeurs conduisent une grande partie du peuple de Juda à l'exil dans le royaume de Babylone et entraînent la fin de la dynastie des Davidites. Après deux sièges, la ville de Jérusalem tombe aux mains des Babyloniens en 587. Le Temple est détruit et incendié. Le des Judéens qui n'a pas été déporté survit sous le gouvernement de Golodias qui s'est soumis à Nabuchodonosor. Il est assassiné et une grande partie des Judéens restant se réfugie en Égypte, entrainant Jérémie malgré lui. +Chronologie des rois de Juda à l'époque de JérémieRoisRègneÉvènements importantsJosias640-609 découverte du livre de la Loi dans le Temple de Jérusalem grande réforme religieuse et prédication de Jérémie mort du roi à MeggidoJoachaz609 déposé par Nékao II au bout de trois mois de règneJoiaqim609-598 révolte contre Babylone début de l'invasion babylonienne mort du roi vraisemblablement par assassinatJoachin598-597 première prise de Jérusalem (597) capitulation du roi première déportation vers BabyloneSédécias597-587 deuxième prise de Jérusalem (587) mutilation du roi et égorgement de ses fils début de l'exil à Babylone

Biographie Selon la Bible, Jérémie était fils de Hilqiyahou, prêtre (cohen) à Anathoth, dans le territoire de Benjamin, à quelques kilomètres au nord de JérusalemHolman Bible Editorial Staff, Holman Concise Bible Dictionary, B&H Publishing Group, USA, 2011, p. 348.. Il existe encore un village arabe du nom d'Anata (عناتا) dans les environs,

Enfance et jeunesse à Anathoth Jérémie est donc né dans le royaume de Juda, vers 640 av. J.-C, dans une famille sacerdotale, alors que la puissance assyrienne est encore à son apogée. Au nord se trouve le royaume d'Israël passé sous cette domination et Jérémie vit ses premières années près de la frontière entre les deux états. Vers 626-627, les armées assyriennes quittent les territoires qu'elles occupaient au sud et le roi de Juda, Josias, s'affranchit. Le royaume de Juda connaît alors une certaine prospérité.

En 622, des travaux sont menés au Temple de Jérusalem, entrainant la découverte fortuite du Deutéronome qui devient loi d'État. En application de ce texte, tous les sanctuaires locaux sont détruits et les lévites sont invités à se regrouper à Jérusalem. Les lévites d'Anathoth obtempèrent et la famille de Jérémie quitte alors le royaume du sud pour le royaume du nord.

Prophète à Jérusalem

Sous le rège de Josias D'après les données chronologiques du Livre de Jérémie, le jeune prophète commence à exercer son ministère à Jérusalem dans la treizième année du règne de Josias. Cette date est contestée par certains historiens sur la base de l'analyse des chapitres 4 et 6 de ce livre. Sa vocation aurait plutôt eu lieu à la mort de ce roi, en 609.

Depuis 616, avec l'arrivée des armées égyptiennes sur l'Euphrate, l'époque connaît des troubles : la domination assyrienne du Proche-Orient décline et la domination de Babylone est au début de son essor. Le royaume de Juda connaît ses derniers jours ainsi qu'en témoignent les Chroniques babyloniennes qui nous renseignent sur les révoltes anti-assyriennes. Libéré de l'Assyrie, le royaume d'Israël est alors menacé par la puissance égyptienne. À l'avènement de Nékao II, le conflit éclate et le roi Josias est tué à Megiddo. Jérémie, qui est lié aux Shaphanides, un groupe de hauts-fonctionnaires de la Cour, se trouve sans doute indirectement impliqué dans la succession chaotique de Josias.

Sous le règne de Joiaqim Dans la première année du règne de Joiaqim, Jérémie prononce un grand discours au Temple où il prédit sa destruction si le nouveau roi ne s'engage pas dans la réforme, comme son père l'avait fait, face à la dissolution des mœurs. Il provoque la colère des prêtres et des autres prophètes mais est sauvé du lynchage par des anciens de Jérusalem qui se souvenaient d'une prophétie analogue prononcée par Osée. La corruption générale s'installe. Ne pouvant plus prêcher, Jérémie dicte ses prophéties à son secrétaire, Baruch, qu'il charge de les lire au Temple en 604. Joiaqim, indifférent aux oracles, déchire le rouleau en lambeaux et les brule dans un brasero. Jérémie et Baruch sont alors obligés de se cacher. En , alors que Juda est dévastée par des bandes chaldéennes et alliées de Nabuchodonosor II, Joiaqim est tué, vraisemblablement assassiné à l'instigation du roi de Babylone. Son fils, qui porte son nom, lui succède pendant trois mois avant de capituler. Il est alors remplacé par son demi-frère, Sédécias, qui accepte d'être le vassal de Nabuchodonosor.

Sous le règne de Sédécias Le pays est alors ruiné, Jérusalem ayant subi le blocus assyrien pendant le bref règne de Joachin. Une grande partie de son peuple, de son élite et de son clergé est déportée. Les Shaphanides reviennent à la Cour et Jérémie peut réapparaître au Temple. Il fait éditer par ses disciples des livrets où sont transcrits ses oracles. Il y prêche la soumission à Babylone au nom de la paix. Sédécias se détache de lui et en 589, il entre dans la grande coalition contre la puissance babylonienne formée par le nouveau pharaon Hophra, plus connu sous le nom hellénisé d'Apriès. Nabuchodonosor réplique aussitôt en mettant le siège devant Jérusalem en . L'armée égyptienne intervient et fait lever le siège pendant quelques semaines. Jérémie, qui entend profiter de cette levée pour prendre possession d'un champ qu'il avait acheté dans sa ville natale, est accusé de trahison. Sédécias l'abandonne à son sort. Le prophète est alors jeté dans une basse-fosse. Aussitôt les Égyptiens repartis, le siège reprend et Jérémie n'est délivré qu'à la prise de Jérusalem. Il rejoint alors le dernier des Shaphanides, Godolias, qui avait la confiance de Nabuchodonosor. En 587, Godolias est assassiné et Jérémie perd tout appui.

Exil en Égypte Craignant pour la vie du prophète, les survivants de Juda l'obligent à fuir avec eux en Égypte. Il y meurt en exil à une date restée inconnue à ce jour.

Selon un pseudépigraphe attribué à Baruch (4 Baruch en abrégé) et intitulé Omissions de Jérémie, le prophète serait mort lapidé par ses compagnons d'exil (9,31). Ce texte, non canonique, daterait du début du apr. J.-C. Jérémie serait mort ainsi martyr.

Jérémie a prouvé aux Israélites la véracité de ses songes après une altercation avec un autre prophète nommé Hananya (28:1), au . Ainsi, Jérémie annonce-t-il la mort de Hananya pour l'année à venir car ses prophéties ne sont pas divines et qu'il s'est attiré la colère de Dieu. En effet, Hananya meurt le septième mois de cette année.

Traduction Bibles

La traduction œcuménique de la Bible de 2004 présente Jérémie comme un « grand solitaire » que sa mission a contraint à rester à l'écart de la société (Jr 15,17), situation dont il a souffert. En outre, il est censé ne jamais avoir été marié, ni avoir engendré d'enfantJr 16, 1-2 : « La parole de l'Eternel me fut adressée, en ces mots : « Tu ne prendras point de femme, Et tu n'auras dans ce lieu ni fils ni filles ».. Il connut aussi la prison, fut brutalisé, et exilé en Égypte à TaphnisTOB, 2004, p. 919.. En effet, Jérémie annonça l'arrivée des Chaldéens et prédit la destruction de Jérusalem, ainsi que l'exil des Judéens à Babylone du fait de leur manque de foi. Il encouragea la réforme de Josias et essaya d'enrayer les progrès de l'idolâtrieLes cahiers de l'histoire : novembre 1965, page 42., avant d'être lapidé par ses compatriotes d'exil (selon 4Baruch 9,31, pseudépigraphe du début du ).

Jérémie prophétise la destruction de nombreux peuples étrangers, royaumes et cités, dont (25:23).

Il fut un contemporain du prophète Sophonie.

L'auteur du Livre de Jérémie

La tradition lui attribue la rédaction du Livre de Jérémie, mais les investigations exégétiques modernes résumées dans l'introduction à ce livre de la Traduction œcuménique de la BibleCf. TOB, 2004, pp. 919-926., modifient cette perspective traditionnelle : à côté d’oracles « d’une authenticité à toute épreuve »TOB, 2004, p. 926., de nombreux passages évoquent un travail rédactionnel d’individus appartenant à l’école dite deutéronomique ; certains récits pourraient avoir été écrits par Baruch ben Neria, secrétaire de Jérémie ; d’autres passages évoquent indirectement Jérémie : il s’agirait possiblement de traditions orales réunies par un compilateur anonyme.

centre|vignette|Baruch écrivant les prophéties de Jérémie. (Jérémie 36:4). Illustration par Gustave Doré, 1891.

L'auteur du Livre des Lamentations

La tradition l’attribue rapidement à Jérémie et ce fait aura une influence notable sur le nom du livre ainsi que sa place dans divers canons bibliques mais elle est contestée par différents tenants de la critique biblique qui estiment le recueil composé en Judée ou par des Judéens en exilIntroduction au livre des Lamentations, Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Éditions du Cerf.. vignette|centre|Jérémie sortit de la fosse sur ordre d'un courtisan maure. 1698, Jan Luyken (auteur Flavius Josèphe).

La figure de Jérémie Ce qui fait la singularité de Jérémie parmi les prophètes de la Bible, c'est dans sa mission : dans son livre, il confie au lecteur son désarroi et sa souffrance au long de passages que les exégètes qualifient de par analogie anachronique avec celles de saint Augustin. C'est aussi sa réputation de , bien qu'il ne soit pas le seul à l'assumer. Mais il a poussé à l'extrême sa fidélité à la parole de YVHWH, incarnant la du peuple d'Israël, ce qui lui a valu d'être persécuté tout au long de son ministère de prophète.

Son principal combat est celui contre les idoles. Pour Jérémie, elles sont oeuvres humaines. Les adorer, c'est s'adorer soi-même et se fermer à Dieu. Le prophète les évoque principalement par l'appellation , généralisant Baal, le dieu cananéen de l'orage et de la pluie, pour les désigner. Mais il évoque aussi Molek (= Moloch) à qui l'on sacrifiait des enfants et s'épouvante de telles pratiques auxquelles son peuple a recours dans les moments de crise. Il fait aussi référence à deux divinités féminines : la Reine du Ciel (vraisemblablement Asherah) et Astarté. Mais il s'en prend aussi aux desservants du Temple de Jérusalem qui se livrent à un , sans engagement du cœur, qu'il qualifie de faux ou d'hypocrite. Dans ce contexte, il ne cesse d'appeler son peuple et ses élites à la conversion.

Postérité

Dans l'Ancien Testament Paradoxalement, Jérémie n'est pas cité dans les Livres des Rois qui traitent pourtant de la chute de Jérusalem en 587 et du départ pour l'Égypte. Il en va de même chez les prophètes qui lui sont contemporains : Sophonie qui vécut sous le règne de Josias, Nahum qui prédit la chute de Ninive et la fin de la suprématie assyrienne, et Habaquq qui vécut sous le règne de Joiaqim.