Jean-Henri-Auguste Pélissier, dit Henri Pélissier, né le à Paris ( arrondissement) et mort le à Dampierre (Yvelines), est un cycliste français. Vainqueur du Tour de France 1923, il s'est également classé deuxième de l'épreuve en 1914 et y a remporté dix victoires d'étape en huit participations. Il est aussi le seul vainqueur français du Tour entre 1911 et 1930.
Professionnel de 1911 à 1928, il est considéré comme l'un des meilleurs cyclistes français de la première moitié du , comme en témoigne son palmarès, riche de nombreux succès sur les classiques malgré cinq années de guerre. Il compte notamment deux victoires sur Paris-Roubaix, en 1919 et 1921, trois victoires sur le Tour de Lombardie, en 1911, 1913 et 1920, ainsi que des succès sur Milan-San Remo en 1912, Bordeaux-Paris en 1919, Paris-Tours en 1922, ou encore Paris-Bruxelles en 1920. Il obtient également un titre de champion de France en 1919. Ses frères Francis et Charles mènent eux aussi une carrière de cycliste professionnel, avec succès.
Champion hors-norme, irascible, orgueilleux et susceptible, Henri Pélissier jouit d'une immense popularité auprès du public mais s'attire également des ennemis dans le monde du cyclisme, au premier rang desquels se trouve Henri Desgrange, dont les critiques acerbes suivent les fréquents abandons du coureur dans le Tour de France. Les frères Henri et Francis Pélissier marquent également l'histoire du Tour en 1924. Leurs propos recueillis par le célèbre journaliste Albert Londres dans un café après leur abandon à Coutances donnent naissance à la légende des . Ils y dénoncent l'autoritarisme de Henri Desgrange, le manque de considération et de respect envers l'intégrité physique des coureurs et mettent au jour les pratiques dopantes qui courent alors dans le peloton.
Henri Pélissier meurt en 1935 après une dispute conjugale. Il est abattu par sa compagne, Camille Tharault, qui souhaite protéger sa jeune sœur, balafrée au visage par le couteau dont Henri s'est servi pour la punir d'une réflexion qui l'avait rendu furieux.
Biographie Jeunes années (1889-1906) Jean-Henri-Auguste Pélissier. naît le dans le arrondissement de Paris. Il est le deuxième d'une famille de cinq enfantsHenri Pélissier eut une sœur aînée, Augustine, née le , et trois frères tous plus jeunes que lui : Jean, né le , Francis, né le , et Charles, né le . Ce dernier, contrairement aux autres enfants de la famille, est né dans le arrondissement de Paris. Voir .. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes, est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari.. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de , où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ». Dès l'âge de , Henri participe aux travaux de la ferme : il trait les vaches chaque matin puis assure la livraison des bouteilles de lait aux clients du quartier avant de se rendre à l'école. En 1900, il reçoit son premier vélo de la part de son père, une bicyclette de femme achetée d'occasion qui ne correspond pas à sa taille, mais qui témoigne de l'aisance de la famille : Henri est alors l'un des seuls enfants à posséder un vélo dans le quartier..
Il tombe malade peu après, atteint d'anémie, puis est envoyé chez sa grand-mère paternelle, à Polminhac, pour se soigner. Là-bas, il reçoit un nouveau vélo, plus adapté à sa morphologie et équipé de pneus démontables. Il rentre à Paris en , à l'âge de , et son père décide qu'il doit quitter l'école. Dès lors, Henri se consacre pleinement aux travaux de la ferme, tandis qu'avec son frère Jean, ils occupent leur temps libre à faire du vélo avec des camarades du quartier, parmi lesquels Léon Comès et Maurice Schilles.. Il économise peu à peu pour s'offrir en secret son premier vélo de course équipé de boyaux, de marque Labor, qu'il cache chez un ami. Avec Léon Comès, il dispute sa première course en sur la piste du Parc des Princes, une épreuve organisée par le Club des Tout-Petits et réservée aux coureurs âgés de moins de . Il est éliminé dès la première série. L'année suivante, il remporte son premier succès, une course disputée de Ville-d'Avray à Coignières et retour.
Cycliste amateur et apprenti électricien (1906-1910) En 1906, Henri Pélissier intègre le club de l'Union Vélocipédique du , puis la France Athlétique et Sportive, mais n'obtient pas, dans un premier temps, de résultats notables. Il remporte sa première course interclubs en , le Grand Prix de Clichy, en profitant du déclassement des douze premiers coureurs qui ont commis une erreur de parcours. Il reçoit en récompense un vélo de course qu'il revend aussitôt, pour un montant de . La même année, en conflit avec son père qui l'élève de manière autoritaire, il quitte le domicile familial. Hébergé pendant plusieurs mois chez un cousin à Issy-les-Moulineaux, il est embauché comme apprenti électricien chez un artisan de la rue de la Tour puis, avec ses économies, loue une chambre de bonne de la rue Poussin. Dès lors, Henri Pélissier court de manière plus régulière, mais ses performances sont plutôt discrètes, hormis une deuxième place sur le Prix J.O.G. et une sixième place dans le championnat de France des , disputé entre Amiens et Beauvais..
Au début de l'année 1909, alors qu'il pose des fils électriques dans un bâtiment en construction, il est atteint d'un malaise. Les examens révèlent une congestion pulmonaire. Il passe plusieurs jours dans le coma, puis sa convalescence dure jusqu'au mois d'avril suivant. De retour à la compétition en mai, il se classe régulièrement dans les dix premiers tout au cours de la saison : troisième du Prix de Comte-Robert, de Paris-Maintenon et de Paris-Château-Thierry, septième du Prix de Lyon Républicain, huitième du championnat de Paris ou encore dixième de Paris-Dieppe. Pour la , le président de son club décide de quitter l'Union vélocipédique de France et affilie sa société à une fédération concurrente, la Fédération cycliste et athlétique de France (FCAF). Le niveau des épreuves est sensiblement moins relevé et Henri Pélissier enchaîne les succès, notamment sur Villers-Meaux-Villers, Paris-Paris Plage et Paris-Le Havre, une épreuve organisée par la Société Sportive de Suresnes... C'est lors de cette dernière épreuve qu'il fait la connaissance de Henri Manchon, le secrétaire général du club, qui devient alors son soigneur personnel.
Le Tour de France des Indépendants (1910-1911) thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc montrant un cycliste debout à côté de son vélo, entouré de deux hommes.|Henri Pélissier à l'arrivée de la dernière étape du Tour des Indépendants. Henri Pélissier prend la décision de quitter son emploi d'électricien et souhaite participer au Tour de France des Indépendants, organisé par Peugeot en quinze étapes d'août à septembre. Léopold Alibert, directeur sportif de Peugeot, refuse de l'engager, jugeant qu'il n'est pas assez solide physiquement. Il est finalement recruté par Alphonse Thomann, l'un des fondateurs de la Société Sportive de Suresnes et jeune constructeur de cycles qui monte une équipe de quatre coureurs pour cette épreuve, dont le Suisse Oscar Egg. Henri Manchon est alors désigné comme soigneur de l'équipe.. Henri Pélissier se classe deuxième de la première étape entre Paris et Reims, remportée par René Guénot, puis connaît des difficultés lors des deux étapes suivantes, vers Nancy et Belfort. Il fait son retour au premier plan en se classant cinquième à Chalon-sur-Saône, troisième à Valence et deuxième à Marseille. Il se distingue plus tard en gagnant la neuvième étape entre Toulouse et Bordeaux, ce qui lui permet de remonter au troisième rang du classement général, établi au point.
Henri se dit victime d'une injustice lors de l'étape suivante à La Rochelle, visant à favoriser les deux premiers du classement général, René Guénot et Léon Valloton, tous deux équipés par Peugeot. Il conteste son classement, sans succès, et envisage d'abandonner. Henri Manchon le convainc de poursuivre et après une deuxième place dans la dernière étape à Paris, Henri Pélissier monte finalement sur la troisième marche du podium de ce Tour des Indépendants, derrière Guénot et Valloton. Ses gains sur l'épreuve sont importants et Henri, de retour chez ses parents, se réconcilie avec son père.
Carrière professionnelle (1911-1928) Succès en Italie (1911-1913) thumb|left|Henri Pélissier en 1911. Henri Pélissier passe professionnel en 1911 au sein de l'équipe Thomann, filiale du groupe Alcyon, pour un salaire mensuel de . Gustave Garrigou et François Faber, deux anciens vainqueurs du Tour de France, le conseillent lors de sa préparation hivernale et l'emmènent avec eux en Algérie et en Tunisie. Ses premiers résultats ne sont pas convaincants, hormis quelques places d'honneur sur les étapes du Tour de Belgique.. En conséquence, son directeur sportif Alphonse Baugé refuse de l'engager sur le Tour de France, estimant qu'il n'est pas assez expérimenté pour défendre ses chances sur une telle épreuve. Pélissier répond alors à l'appel de Lucien Petit-Breton qui lui propose de courir avec lui en Italie pour le compte de l'équipe Fiat.
thumb|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme vêtu d'un costume et portant une casquette.|Lucien Petit-Breton entraîne Henri Pélissier sur des courses italiennes. Le , il participe au Tour de Romagne-Toscane et s'échappe dès le premier col. Son directeur sportif Fabio Orlandini le convainc alors de couper son effort car il se trouve trop loin de l'arrivée. Sur les conseils de Lucien Petit-Breton, Pélissier tente une nouvelle attaque dans le dernier col du parcours, ce qui le place seul en tête. Mais à quelques kilomètres de l'arrivée, il chute lourdement dans la descente et doit abandonner. Après plusieurs jours de convalescence, il prend le départ le de la Course des Trois Capitales, une épreuve en trois étapes dont le classement est établi par pointsÀ cette époque, plusieurs épreuves adoptent ce type de classement. C'est notamment le cas du Tour de France entre 1905 et 1912. Le vainqueur de l'étape reçoit , le suivant reçoit et ainsi de suite. Le classement général est établi par l'addition des points obtenus lors de chaque étape. Le vainqueur de l'épreuve est ainsi celui qui totalise le moins de points.. Lors de la première étape qui s'achève à Parme, il se classe troisième derrière Giovanni Micheletto et Luigi Ganna, puis termine deuxième à Florence le lendemain derrière Micheletto. Il occupe alors le deuxième rang du classement général avec , soit le même total que Ganna, à trois longueurs de Micheletto. Ce dernier est victime d'une crevaison peu après le départ de la troisième étape et Pélissier en profite pour se détacher. Rejoint par Dario Beni, il lui cède la victoire d'étape à Rome en échange de sa collaboration à l'échappée. La deuxième place de l'étape suffit à Pélissier pour s'assurer la victoire au classement général. Fort de ce succès, il remporte quelques jours plus tard une deuxième victoire sur les terres italiennes : il s'impose dans Milan-Turin en réglant au sprint un petit groupe d'échappés.
À son retour en France, les journalistes minimisent la performance de Pélissier car ils jugent que les succès qu'il a obtenus ne l'ont été que sur des courses de seconde zone. Piqué au vif, il souhaite montrer son talent sur des épreuves françaises et prend le départ de Paris-Menin. Après avoir tenté de s'échapper, il abandonne, exténué. En fin de saison, Henri Pélissier revient en Italie pour disputer le Tour de Lombardie, le . Il prend le départ de la course à Milan, de nouveau sous les couleurs de la marque Fiat, et s'impose au sprint devant Giovanni Micheletto et Cyrille Van Hauwaert. Il obtient ainsi sa première victoire dans une grande classique..