Anatole France, pour l'état civil François Anatole Thibault« François Anatole Thibault » est le nom précis indiqué sur son acte de baptême : cf. Georges Girard, La Jeunesse d’Anatole France, Gallimard, Paris, 1925, ). — « Anatole France » n’est pas un pseudonyme, mais le nom usuel utilisé par son entourage dès son plus jeune âge puis par lui-même, associant son second prénom « Anatole » à un diminutif de « François », « France », que portait aussi son père. Anatole France est formel sur ce point : , lettre de France à Ludovic Naudeau, citée par Georges Girard, , ., né le à Paris et mort le à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), est un écrivain français. Il est considéré comme l’un des plus grands de l'époque de la Troisième République, dont il a également été un des plus importants critiques littéraires.

Il devient une des consciences les plus significatives de son temps en s’engageant en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du Selon Olivier Barrot, ..

Il reçoit le prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 1921.

Biographie vignette|Plaque au quai Malaquais. vignette|gauche|Anatole France photographié en 1893 par Paul Nadar.

Famille Anatole France naît en 1844 à Paris, 19 quai Malaquais..

Son père, François Noël Thibault, dit Noël France, né le 4 nivôse an XIV () à Luigné (canton de Thouarcé) dans une famille de cordonniers pauvres , quitte son village en 1825 pour entrer dans l'armée. Sous-officier légitimiste, il démissionne au lendemain de la révolution de 1830. Il se marie, le , avec Antoinette Gallas à la mairie du de Paris. Employé dans la maison Techener, il se trouve en 1838 à la tête d'une librairie historique d'ouvrages, journaux, caricatures, autographes… relatifs à la Révolution que cette maison vient de créer, place de l'Oratoire-du-Louvre, . En 1839 ou 1840, il devient propriétaire de cet établissement rebaptisé Librairie politique ancienne et moderne de France-Thibault et transféré dans l'immeuble voisin ()Catalogue de la Librairie politique ancienne et moderne de France-Thibault, place de l'Oratoire du Louvre, 6, non daté, .

Il tient ensuite sa librairie successivement au de la rue de Seine (1841), puis au du quai Malaquais (1842) qu'il quitte, deux mois et demi après la naissance d'Anatole, pour le du quai Malaquais (1844). D’abord nommée Librairie France-Thibault, puis France tout court, spécialisée dans les ouvrages et documents sur la Révolution française, l'établissement est fréquenté par de nombreux écrivains et érudits, comme les frères Goncourt. Noël France s'installera, en 1853, quai Voltaire () et y restera jusqu'à la vente de son fonds en 1866Anatole France et le quai Malaquais, Paris, H. Champion, 1926, p. 6ff.

alt=Le château d'Houville-la-Branche en 1900-1920|gauche|vignette|Le château d'Houville-la-Branche en 1900-1920 par Gustave William Lemaire.

Par sa mère, Antoinette Gallas, Anatole est issu d'une famille de meuniers de Chartres, les GallasAïeux et parents beaucerons d'Anatole France, Maurice Jusselin, Chartres, imprimerie Durand, 1944..

Élevé dans la bibliothèque paternelle, Anatole en garde le goût des livres et de l’érudition, ainsi qu’une connaissance intime de la période révolutionnaire, arrière-plan de plusieurs de ses romans et nouvelles, dont Les dieux ont soif, qui est considéré comme son chef-d’œuvre. De 1844 à 1853, la famille loue un appartement de quatre pièces au premier étage d'une maison située dans la première cour de l'hôtel particulier du 15 quai MalaquaisPlaque commémorative posée sur la maison.Georges Huard : Anatole France et le quai Malaquais, H. Champion, 1926, .

Anatole France se marie en 1877 avec Valérie Guérin de Sauville, petite-fille de Jean-Urbain Guérin, un miniaturiste de , dont il a une fille, Suzanne (1881-1918). Cette dernière épousa en 1901 le capitaine Henri Mollin, officier d'ordonnance du général André et protagoniste de la retentissante Affaire des Fiches, puis Michel Psichari (1887-1917), petit-fils d'Ernest Renan. Anatole France confie souvent sa fille Suzanne, durant son enfance, à (qui écrit sous le nom de Gyp), restée proche à la fois de lui-même et de . Anatole France fut par ailleurs propriétaire du château d'Houville-la-Branche, situé à environ à l'est de Chartres..

Études De 1853 à 1862, France fait ses études à l’institution Sainte-Marie et au collège Stanislas. Il souffre d’être pauvre dans un milieu riche mais il est remarqué pour ses compositions, dont La Légende de sainte Radegonde, qui sera éditée par la librairie France et publiée en revue. Il obtient son baccalauréat le ..

À partir du début des années 1860, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père, qui juge très négativement les « barbouillages » de son fils.

Vie sentimentale Les relations de France avec les femmes sont difficiles. Ainsi a-t-il, dans les années 1860, nourri un amour vain pour Elisa Rauline, puis pour Élise Devoyod.

En 1888, il engage une liaison avec Léontine Arman de Caillavet, qui tient un célèbre salon littéraire de la Troisième République, de qui il dira "sans elle, je ne ferais pas de livres" (journal de l'abbé Mugnier). Cette liaison dure jusqu’à la mort de celle-ci, en 1910, peu après une tentative de suicide à cause d'une autre liaison de France avec une actrice connue pendant un voyage en Amérique du Sud.

Arman de Caillavet lui inspire Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). Après une ultime dispute avec son épouse, qui ne supporte pas cette liaison, France quitte le domicile conjugal de la rue Chalgrin, un matin de , et envoie une lettre de séparation à son épouseVoir Édouard Leduc, Anatole France avant l'oubli, , où la lettre est intégralement reproduite.. Le divorce est prononcé à ses torts et dépens, le .

Par la suite, France a de nombreuses liaisons, comme celle avec , qui se suicide en 1911.

vignette|gauche|Portrait par Steinlen.

En 1909, il part pour l'Amérique du Sud faire une tournée de conférences sur Rabelais. S'éloignant de de Caillavet, il a une liaison avec la comédienne Jeanne Brindeau, en tournée elle aussi avec des acteurs français. Les conférences sur Rabelais sont remplacées, au cours du voyage qui le mène à Lisbonne, Recife, Rio de Janeiro, Montevideo et Buenos Aires, par des conférences sur ses propres œuvres et sur la littérature contemporaine.

thumb|Anatole France devant la cathédrale Saint-Isaac de Saint-Pétersbourg.

De retour à Paris, le lien avec Léontine, qui a beaucoup souffert de cet éloignement, se reforme tant bien que mal, mais celle-ci meurt en , sans lui avoir réellement pardonnéJeanne Maurice Pouquet, op. cité, .. En 1913, il voyage en Russie.

En 1920 il se marie à Saint-Cyr-sur-Loire, où il s'était installé en 1914, avec sa compagne Emma Laprévotte (1871-1930), ancienne femme de chambre de Léontine Arman de Caillavet, afin qu'elle veille sur son petit-fils Lucien Psichari, orphelin de mère.

Carrière littéraire Sa carrière littéraire commence par la poésie ; amoureux de l’actrice Élise Devoyod, il lui dédie quelques poèmes, mais elle le repousse en 1866.

Il est disciple de Leconte de Lisle, avec qui il travaille quelque temps comme bibliothécaire au Sénat.

En , il écrit une apologie de la liberté amoureuse sous forme d'un éloge du Lyon Amoureux de Ponsard, et la même année il devient membre du groupe du Parnasse. En 1875, il intègre le comité chargé de préparer le troisième recueil du Parnasse contemporain.

vignette|Anatole France par Théophile Alexandre Steinlen.

En 1876, il publie Les Noces corinthiennes chez Lemerre, éditeur pour lequel il rédige de nombreuses préfaces à des classiques (Molière par exemple) ainsi que pour Charavay ; certaines de ces préfaces seront réunies dans Le Génie Latin.

La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat, poste qu'il conserve jusqu'à sa démission, le .

Le romancier France s’oriente tardivement vers le roman et connaît son premier succès public à 37 ans, en 1881, avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné du prix Montyon par l’Académie française en 1882. L'œuvre est remarquée pour son style optimiste et parfois féerique, tranchant avec le naturalisme qui règne alors. L’Académie française lui décerne également le prix Vitet en 1889.

Il devient en 1887 critique littéraire du prestigieux TempsArticles publiés chaque samedi, repris dans La Vie littéraire à partir de 1888..

Le , il est élu, dès le premier tour, avec 21 voix sur 34 présents, à l’Académie française au fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le .

Un écrivain engagé Anatole France étant bibliothécaire au Sénat lors de la montée du boulangisme, début 1888, il ne peut montrer de sympathie pour l'opposition, et écrit d'abord contre ce mouvement. Au printemps 1888, il évolue et, trouvant dans le boulangisme un écho de son antiparlementarisme, écrit en mai dans L'Union un article favorable au général Boulanger. Il rencontre celui-ci à l'automne puis célèbre son élection de comme député de Paris, avant de rompre avec lui dès sa fuite fin mars devant les menaces d'arrestation qui pèsent sur lui..

Devenu un écrivain reconnu, influent et riche, France s’engage en faveur de nombreuses causes.

Il rejoint Émile Zola, avec qui il s’est réconcilié au début des années 1890, lors de l'affaire Dreyfus.

vignette|gauche|La maison d'Anatole France, , Paris. 1894-1924.

Après avoir refusé de se prononcer sur la culpabilité d'Alfred Dreyfus (ce qui le classe parmi les « révisionnistes ») dans un entretien accordé à L'Aurore le , il est l'un des deux premiers avec Zola, et quasiment le seul de l’Académie française, à signer, au lendemain de la publication de J'accuse, en , la première pétition dite « des intellectuels » demandant la révision du procès. Il dépose, le , comme témoin de moralité lors du procès Zola. En , il rend sa Légion d'honneur après que l'on a retiré celle d'Émile Zola. Il quitte L'Écho de Paris, antirévisionniste, en , et rejoint le suivant Le Figaro, conservateur et catholique, mais dreyfusard. Il prononce un discours lors des obsèques de l'écrivain, le , qu'il conclut par .

Il aurait servi de modèle, avec Paul Bourget, à Proust, pour le personnage d'homme de lettres Bergotte dans À la recherche du temps perdu.

De à 1916, il refuse de siéger à l'Académie française. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l'Homme, dont il rejoint le Comité central en , après la démission de Joseph Reinach, scandalisé par l'affaire des fichesMarie-Claire Blancquart, « Chronologie (1897-1908) », dans Anatole France, Œuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1991, p. LXVII-LXXII.. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire contemporaine (1897 - 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d’une préfecture de province au temps de l’Affaire. C’est dans cette œuvre qu’il forge les termes xénophobe et trublionMonsieur Bergeret à Paris, chapitre 8..

vignette|Signature d'Anatole France.

Devenu un proche de Jean Jaurès, il préside, le , une manifestation du Parti socialiste français au Trocadéro et prononce un discours. France s’engage pour la séparation des Églises et de l'État, pour les droits syndicaux, et contre les bagnes militaires. Il collabore, dès sa création, à L'Humanité, en publiant Sur la pierre blanche dans les premiers numéros. Proche de la SFIO, il sera, plus tard, critique envers le PCF. S’il écrit un Salut aux Soviets, dans L'Humanité de , il proteste contre les premiers procès faits aux socialistes révolutionnaires en envoyant un télégramme dès le .

Le , lors d'une réunion anticoloniale, il proteste fortement contre la . Il fonde avec Pierre Mille et Félicien Challaye en 1908 la Ligue française pour la défense des indigènes dans le bassin conventionnel du Congo.