Maurice Genevoix, né le à Decize (France) et mort le à Xàbia (Espagne), est un écrivain et poète français, membre de l'Académie française.
L’ensemble de son œuvre témoigne des relations d’accord entre les Hommes, entre l’Homme et la nature, mais aussi entre l'Homme et la mort. Alors qu'il est héritier du réalisme, son écriture est servie par une mémoire vive, le souci d'exactitude et le sens poétique. Normalien, il admire tout autant l’éloquence des artisans ou des paysans. D’une grande vitalité malgré ses blessures reçues au combat lors de la Première Guerre mondiale, et animé de la volonté de témoigner, il écrit jusqu’à ses derniers jours. Son œuvre, portée par le souci de perpétuer ce qu'il a tenu pour mémorable, produit d'une grande longévité littéraire, rassemble cinquante-six ouvrages.
Il est surtout connu pour ses livres régionalistes inspirés par la Sologne et le Val de Loire, comme son roman Raboliot (prix Goncourt 1925). Il a cependant dépassé le simple roman du terroir par son sobre talent poétique qui, associé à sa profonde connaissance de la nature, a donné des romans-poèmes admirés, comme La Dernière Harde (1938) ou La Forêt perdue (1967).
Son œuvre est également marquée par le traumatisme de la Grande Guerre (1914-1918), particulièrement dans Ceux de 14, recueil de récits de guerre rassemblés en 1949, considéré comme l'un des plus grands témoignages sur ce conflit. Il s'est aussi penché plus largement et plus intimement sur sa vie en écrivant une autobiographie, Trente mille jours, publiée en 1980.
Sur décision du président de la République française Emmanuel Macron, le cercueil de Maurice Genevoix entre au Panthéon le .
Biographie Enfance Descendant d'un ancêtre genevois catholique ayant fui la Genève calviniste vers 1550-1560 pour rejoindre la CreuseSylvie Genevoix (2004), avant-propos de famille, Val de Loire terre des hommes, Saint-Cyr-sur-Loire, éd. Christian Pirot. – et dont le patronyme prend alors un x final –, Maurice Genevoix est issu d'une famille de médecins et de pharmaciens par sa lignée paternelle.
Son père, Gabriel Genevoix, rencontre en 1889 Camille Balichon, fille d'un épicier en gros, à Châteauneuf-sur-Loire. Maurice, naît en 1890 à Decize, dans la Nièvre, à en amont de NeversHélène Carrère d'Encausse (2001), Inauguration de l'auditorium Maurice-Genevoix à Orléans, discours prononcé le 4 mars 2001..
Un an plus tard, ses parents migrent à Châteauneuf-sur-Loire pour reprendre une affaire familiale, un « magasin » réunissant une épicerie et une mercerie. Il puisera de cette période la plupart des souvenirs évoqués dans Trente mille jours et Au cadran de mon clocher. Il tiendra pour un privilège d'avoir passé son enfance dans une bourgade rurale d'avant 1914. Son frère René naît en 1893.
Alors qu'il n'a que , sa mère meurt, le , d'une attaque d'éclampsie. De cette perte il gardera une éternelle déchirureAnne Patzerkovsky (1991),« Images pour un Genevoix sans murs : les pérégrinations du romancier hors de France », Maurice Genevoix 1890-1980, éd. Bibliothèque historique de la Ville de Paris. qui transparaîtra dans plusieurs romans, comme Fatou Cissé ou Un jour. Le veuvage de son père le laisse esseulé. Il trouve cependant un réconfort sur les bords de la Loire où il passe son temps libre et où il puisera l'inspiration de ses futurs écrits (Remi des Rauches, La Boîte à pêche, La Loire, Agnès et les garçons).
Études vignette|redresse|gauche|Plaque rappelant les études de Maurice Genevoix au lycée Pothier, à Orléans. Déclaré deuxième du canton au certificat d’études (il est reçu premier ex aequo au vu des résultats, mais est déclaré deuxième par le jury qui, voulant le départager de Benoist, pose des questions aux deux ex aequo, jusqu'à ce que l'un d'eux, et ce fut Genevoix, ne puisse répondre à une question, celle de dire quelle rivière séparait la France et l'Espagne.), il entre interne au lycée Pothier à Orléans.. Il découvre alors « l’encasernement, la discipline, les sinistres et interminables promenades surveilléesJacques de Bourbon Busset, Discours de réception de M. Jacques de Bourbon Busset, discours prononcé dans la séance publique le jeudi 28 janvier 1982, Paris, Palais de l’Institut. ». Il retracera cette période de sa vie dans L'aventure est en nous. Puis il entre pensionnaire au lycée Lakanal à Sceaux, près de Paris, où il est khâgneux durant trois années (1908-1911). Il est admis à l’École normale supérieure de la rue d'Ulm. Il effectue une des deux années de service militaire, comme le permettait alors le statut particulier des jeunes Français admis aux grandes écoles. Il est affecté à Bordeaux, au régiment d’infanterie. Il entre ensuite à l’École normale supérieure et, deux ans plus tard, présente son diplôme de fin d'études supérieures sur « le réalisme dans les romans de Maupassant ». C’est à cette période qu’il envisage une carrière littéraire. . Mais ce sont les encouragements de Paul Dupuy l’incitant à écrire son témoignage de guerre qui l’emportent sur l’orientation du jeune GenevoixJean-Jacques Becker, « Du témoignage à l’histoire », préface à Ceux de 14, Paris, éd. Omnibus, 2000..
Il est alors cacique de sa promotion. Il lui reste à accomplir une dernière année d’études universitaires pour se présenter à l’agrégation et aborder une carrière universitaire. Il pense alors à se faire nommer comme lecteur dans une université étrangère pour connaître des formes de cultures originales, mais également afin de disposer de temps pour écrire..
Grande Guerre vignette|redresse=1.2|gauche|12 février 1915, Maurice Genevoix photographié par M.Léon au 36 rue de Mazel à Verdun, en uniforme durant la Première Guerre mondiale. Officier de réserve depuis qu'il a effectué son service militaire, il est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, le , et sert comme sous-lieutenant au d’infanterie, dans la jusqu'en , puis dans la à partir de . Sa division, la DI, appartient à la commandée par le général Ruffey, qui est remplacé par le général Sarrail le . Il participe à la bataille de la Marne et à la marche sur Verdun.
Le , la d'infanterie ( et RI) est chargée de reprendre la crête des Éparges. Du au de violents combats se succèdent jusqu'à la prise définitive de la majeure partie de la crête par les troupes françaises. Les combats se poursuivront sans que les Allemands puissent reprendre la crête. Auguste Finet, soldat dans la section commandée par Genevoix, indique dans ses mémoires que sur les 52 hommes de la section ayant pris part à cette attaque, seulement six dont Genevoix demeurent Ceux de 14 : un témoignage, des hommes, dossier établi par Florent Deludet dans ..
Son meilleur ami dans cette guerre, un saint-cyrien, le lieutenant Robert Porchon (1894-1915Fiche du lieutenant Porchon sur le site La Saint-Cyrienne.), tombe au champ d'honneur le Jean-Jacques Becker, « Du témoignage à l'histoire », préface à Ceux de 14, Paris, éd. Omnibus, 2000..
Maurice Genevoix est muté à la fin du mois de à la du RI dont il prend le commandementCeux de 14 : un témoignage, des hommes, dossier établi par Florent Deludet dans .. Il est promu lieutenant le JMO du RI.. Le , Genevoix est grièvement blessé dans des combats à Rupt-en-Woëvre près de la colline des Éparges..
La lettre du docteur Lagarrigue. adressée à Maurice Genevoix le témoigne de la gravité de ses blessures :
Il est soigné sept mois durant, conduit d'un hôpital à l'autre : Verdun, Vittel, Dijon, puis Bourges. Il doit peut-être en partie sa survie à sa remarquable condition physique. Les blessures reçues au bras et au flanc gauche le marquèrent pour le restant de sa vieMichel Déon. Discours prononcé à l'occasion de la mort de M. Maurice Genevoix. Séance du jeudi 25 septembre 1980.. Il est réformé à 70 % d'invalidité et perd l'usage de la main gauche.
Il retourne alors à Paris où il assure un service bénévole à la Father's Children Association, logeant à l'École normale. Le nouveau directeur de l'école, Gustave Lanson, lui propose de reprendre ses études afin de se présenter à l'agrégation. Maurice Genevoix refuse afin d'entreprendre la rédaction de son témoignage de guerre.
Rencontre des Vernelles vignette|redresse|left|Clocher de Châteauneuf-sur-Loire : l'idée d'un cycle de romans réalistes centré sur un village de la Loire débouche sur Remi des Rauches, puis Raboliot, mais n'est pas poursuivie. vignette|redresse|Maurice Genevoix avait cherché une maison sur les bords de la Loire : il n'en trouva pas à Chateauneuf-sur-Loire et « vala » ainsi jusqu'aux Vernelles, à Saint-Denis-de-l'Hôtel. Gravement atteint de la grippe espagnole en 1919, il retourne chez son père dans le Val de Loire, retrouvant le village de son enfanceMichel Déon. Réponse de Michel Déon au discours de M. Jacques de Bourbon Busset. Discours prononcé dans la séance publique le 28 janvier 1982. Paris, Palais de l'Institut.. Après avoir été écrivain de guerre, il entreprend la peinture du pays de Loire.
En 1927, tirant parti du prix Goncourt décerné pour Raboliot (1925), il rachète une vieille masure au bord de la Loire à Saint-Denis-de-l'Hôtel, au hameau des Vernelles, . Il y passe un premier été avec le chat Rroû, période dont il tirera un roman du même nom. Après la mort de son père en , il s'y installe en 1929, pour un premier séjour qui durera vingt ans. C'est dans cette maison, dans un bureau donnant sur la Loire, qu'il écrira la plupart de ses livres.
Pendant les années 1930, il est souvent calomnié par des nationalistes français, dont des Croix-de-Feu, des cagoulards, ou des Camelots du roi, qui lui reprochent le fait que pendant la Première Guerre mondiale, il n'a été soldat que d' à , soit moins d'un an. Il fut profondément meurtri par ces attaques, du fait qu'il avait été grièvement blessé en , et en était resté marqué dans sa chair. À la même époque, après la sortie du film Les Croix de bois, le comédien Charles Vanel sera lui aussi victime des nationalistes, car il ne fut militaire mobilisé que deux mois, en 1914, avant de souffrir de troubles psychiques et psychologiques, menant à sa réforme.
Le , Maurice Genevoix épouse Yvonne Louise Montrosier (1908-1938), médecin originaire de Saint-Victor-et-Melvieu, près de Saint-Affrique, qui meurt l'année suivante. En , il apprend que la France et la Grande-Bretagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne alors qu'il est en voyage au Canada. De à début 1943, il quitte les Vernelles, en zone occupée, pour s'installer en Aveyron, chez ses beaux-parents. Il y écrit Sanglar (rebaptisé plus tard La Motte rouge), un épisode romanesque des guerres de Religion, dont l'épigraphe d'un moine de Millau évoque à mi-mot l'Occupation : « C'était un temps fort calamiteux et misérable. » Il épouse le Suzanne Neyrolles (1911-2012)Mentions marginales de ses deux mariages sur son acte de naissance, AD 58 en ligne, Decize, 2Mi EC 172, vue 252/320, acte 107., veuve, déjà mère d'une fille prénommée Françoise, puis rejoint les Vernelles, qu'il retrouve saccagées. En 1944 naît sa fille, Sylvie.
Académie française Il est élu sans concurrent à l’Académie française le ., le même jour qu’Étienne Gilson, puis reçu le par André Chaumeix au fauteuil de Joseph de Pesquidoux. Il s’était porté candidat plus tôt la même année au fauteuil de Louis Gillet, mais s'était retiré devant Paul Claudel. Quatre ans plus tard, il s’installe à Paris, ville qu’il apprend à aimer, dans un appartement de l’Institut, quai Conti.