, dit Basile le Grand, ou Basile le Macédonien (en grec : Βασίλειος ὁ Μακεδών, Basíleios ō Makedṓn), né vers 811 et mort le , est un empereur byzantin ayant régné de 867 à 886.

Né dans une famille de paysans du thème de Macédoine, il entra au service d’un parent du césar Bardas. Son habileté au dressage des chevaux le fit remarquer de l’empereur () qui se prit d'amitié pour lui et lui fit gravir tous les échelons de la hiérarchie jusqu'à le nommer coempereur ; Basile devait néanmoins usurper le trône de son bienfaiteur.

Devenu basileus, il démontra une grande compétence dans l'administration des affaires de l'État, raffermissant le pouvoir impérial, donnant une nouvelle impulsion à l'art byzantin et repoussant les frontières de l'empire. Il fut considéré par les Byzantins comme l'un de leurs plus grands empereurs et la dynastie macédonienne qu'il fonda devait régner pendant l'une des périodes les plus glorieuses et prospères de l'empire.

Origines

thumb|right|Basile remporte la victoire lors d’un combat de lutte contre le champion bulgare (Manuscrit Madrid Skylitzès).

Basile naquit dans une famille paysanne à la fin de 811 (ou au cours des années 830 selon quelques auteursSur cette question, voir Treadgold, (1984), .) à Chariopolis dans le thème de MacédoineVasiliev (1928-1935) ., ce qui lui valut le surnom de « Macédonien ».

Son père se nommait Bardas et son grand-père Maïktos ; sa mère s'appelait Pankalo et le père de celle-ci, LéonPmbZ, « » (#832/add. corr.).. L'origine ethnique de sa famille n’est pas connue et a fait l’objet de spéculations. Au cours du règne de Basile, une généalogie officielle a été conçue selon laquelle ses ancêtres n'auraient pas été de simples paysans comme on le croyait, mais des descendants des rois arsacides (Arshakuni) d'Arménie, ainsi que de Treadgold (1997) .Vogt & Hausherr (1932) .. Les historiens arméniens Stépanos Taronetsi () et Samuel d'Ani () affirment qu'il venait du village de Thil au Taron, un canton de la province arménienne historique de Tôroubéran. Pour leur part, des historiens musulmans comme Hamza al-IsfahaniTobias (2007) . et Abu jaafar al-Tabari qui vécurent au donnent à Basile et à sa mère le qualificatif de Saqlabi, terme ethnographique qui se réfère généralement aux Slaves, mais peut aussi être interprété comme un terme générique incluant les habitants de la région de Constantinople et de la BulgariePmbZ, « Pankalo »(#5679).. Ses origines ethniques peuvent ainsi avoir été arméniennes, slavesFinlay (1853) ., ou arméno-slaves. Le nom de sa mère indiquerait une origine grecque par l'ascendance maternelle. On accepte généralement que son père aurait « probablement » été d'origine arménienne et qu'il s'était établi dans la Thrace byzantine. Selon Tobias, l'auteur de la seule biographie de Basile disponible en anglais, il est impossible de savoir avec exactitude quelle était l'origine ethnique de l'empereur, l'auteur privilégiant toutefois l'hypothèse arménienne, Basile ayant pu compter à divers moments de sa carrière sur l'appui d'Arméniens dans des positions importantes à l'intérieur de l'Empire byzantinTobias (2007) ..

La montée vers le pouvoir

thumb|left|Le couronnement de comme coempereur (Manuscrit Madrid Skylitzès).

Selon une tradition, son enfance se serait passée en Bulgarie où sa famille aurait été déportée par le khan Kroum (r. 803-814) en 813. Il y serait resté jusqu'en 836 lorsqu'il se serait joint à un contingent de captifs s'enfuyant vers le territoire byzantin de Thrace. Là, il eut la chance d’entrer au service d’un parent du césar Bardas, oncle de l'empereur, nommé Theophilitzès. Alors qu'il était au service de Theophilitzès, il se rendit à Patras où il gagna la faveur d’une riche matrone de l'endroit du nom de Danielis qui le prit sous sa protection et lui laissa une fortuneBury, « », Encyclopedia britannica, 1911.. Il fut également remarqué par le basileus en raison de ses qualités de dompteur de chevaux et de lutteur extraordinaire, remportant la victoire sur le champion de lutte de Bulgarie. Graduellement, il devint le compagnon, l'homme de confiance et le garde du corps (parakoimomenos) de l'empereurGregory (2010) .. Syméon Métaphraste le décrit ainsi : « [Il était] d'une apparence physique hors de l'ordinaire et imposante ; ses sourcils se touchaient, il avait de grands yeux, une large poitrine et un air plutôt découragé »Cité par Head (1980) ..

En 866, découvrit que sa maîtresse de longue date, Eudocie Ingérina, était enceinte. Plutôt que de divorcer de son épouse légitime ou de laisser l'enfant naître comme un bâtard, il força Basile à divorcer de sa propre épouse et à épouser Eudocie, laquelle put ainsi continuer à être la maîtresse de l’empereur tout en donnant un père légitime à l'enfant, qui fut appelé Léon. Même si Basile semble avoir détesté l'enfant, la promotion de Basile au titre de césar et de co-empereur assurait au jeune Léon une parenté légitime. Lors de la naissance de Léon, fit célébrer l'événement par des courses de chars et tout porte à croire qu'il aurait voulu que l'enfant d'Eudocie lui succède plutôt que Bardas, qui à titre de césar était l'héritier présomptif du trôneTreadgold (1997) ..

Au cours d'une expédition contre les Arabes, Basile réussit à convaincre que son oncle, le césar Bardas, complotait pour s'emparer du trône. Avec l'accord de l'empereur, Basile assassina Bardas le . Il devint ainsi la personnalité la plus en vue de la cour et fut bientôt investi du titre de césar, maintenant vacant, avant d’être couronné coempereur le . Cette promotion, impliquait probablement une adoption par l'empereur même si celui-ci était beaucoup plus jeune ; en même temps, elle ouvrait au fils putatif de Basile la voie vers le trône.

Toutefois, lorsque porta son attention vers un autre courtisan, Basiliskianos, et menaça de lui donner également le titre de co-empereur, Basile sentit que ses intérêts étaient menacés. Dans la nuit du 23 au , profitant de l'ébriété de l'empereur et Basiliskianos après un banquet au palais d'Anthimos, Basile et un groupe de compagnons, dont son père Bardas, son frère Marinos et un cousin Ayleon, s'introduisirent dans les appartements impériauxLe nom du père de Basile n’a pas été retenu. Toutefois les conventions byzantines relatives aux noms permettent quelquefois de deviner celui d’un parent. Les noms des frères et autres parents mâles de Basile ont été enregistrés plus tard au cours de son règne (Voir Tougher (1997) et Herlong (1987) « Kinship and social mobility in Byzantium, 717 – 959 », Catholic University of America, ). dont les serrures avaient été trafiquées. En l'absence de gardes, le Basileus et son nouveau favori furent assassinésFinlay (1853) .. À la suite de la mort de , Basile, déjà couronné co-empereur, devint immédiatement basileus.

Le règne

L'avènement de , même s'il fut disputé par quelques stratèges, se fit sans heurt, celui-ci s'étant assuré l'appui d’une puissante faction composée en bonne part de ses parents et d'ArméniensCheynet (2006) .. La dynastie macédonienne qu'il devait fonder présida une période d'expansion territoriale pendant laquelle Byzance devint la plus imposante puissance d'Europe et de l'est méditerranéen.

Il est remarquable que ait été considéré dès son époque comme un monarque avisé et respecté, régnant sans heurt pendant dix-neuf ans. En dépit du fait qu'il n'ait eu aucune éducation formelle ni expérience militaire ou administrative, il s'était élevé dans la hiérarchie grâce à une série de manœuvres incluant des meurtres calculés après avoir été le compagnon de débauche d’un souverain peu considéré. De fait, il n'y eut que peu de réactions à Constantinople après l’annonce de la mort de , probablement en raison de son impopularité auprès des bureaucrates qui lui reprochaient son total manque d'intérêt pour les devoirs qui incombaient à sa charge ; par ailleurs son manque de ferveur religieuse lui avait aliéné la population en général. Au contraire, Basile, dès ses débuts, montra qu'il voulait gouverner pour le bien de l'État et, lors de son couronnement, dédia formellement sa couronne au Christ, maintenant une réputation de piété et d'orthodoxie tout au long de son règneFinlay (1853) ..

Politique intérieure

thumb|left|Photios baptisant le roi des Bulgares, Boris, et son peuple.

Sur le plan domestique, Basile choisit de ne pas répudier l'épouse que lui avait imposée . Ayant déjà eu un fils de sa première épouse, appelé Constantin, il s'empressa de couronner celui-ci comme co-empereur en 869 et fit de même avec le fils d'Eudocie, Léon, en 870. Toutefois, les relations avec celui-ci ne devaient jamais être très bonnes. Quant au deuxième fils d'Eudocie, Étienne, on le destina à l'ÉgliseUne fois devenu empereur, devait nommer son jeune frère patriarche de Constantinople après le deuxième renvoi de Photios, alors que le jeune homme avait à peine seize ans..

Dès le début de son règne, s'attaqua à une réforme du droit qui lui vaudra le surnom de « second Justinien ». Destiné à remplacer le code précédent appelé ecloga et première tentative de réforme du droit byzantin depuis Justinien, l'eisagoge (en grec : Εἰσαγωγή [τοῦ νόμου], Introduction [à la loi]), aussi appelé epanagoge (en grec Ἐπαναγωγή, Mise au point) est un code de loi promulgué en 886, lequel couvre l'ensemble des sphères de la loiKazdhan (1991) « Epanagoge », vol. 1, .. Deux de ses sections traitant de la position et du pouvoir de l'empereur byzantin et du patriarche, ainsi que la préface du livre furent écrits par le patriarche . À la mort de , une bonne partie du nouveau code était prête avec , alors que la version définitive, complétée sous le règne de le Sage et intitulée basilika en comptera 60Kazdhan (1991) « Basilika », vol. 1, .. Ce nouveau code demeurera le fondement du droit byzantin jusqu’à la conquête par les Ottomans. Ironiquement, il semble que les travaux furent commencés sous la direction du césar Bardas qui devait être assassiné sur ordre de BasileOstrogorsky (1983) ..

Les relations entre et le patriarche Photios tenaient à la fois de la politique domestique et étrangère. Protégé du césar Bardas, Photios (patriarche : 858-867 et 877-886) avait été nommé patriarche de Constantinople alors qu'il était encore laïc après la déposition d'Ignace de Constantinople (patriarche 847- 858 et 867-877), lequel avait refusé l'entrée de la cathédrale Hagia Sophia au césar en raison de ses relations avec sa belle-fille. Tonsuré le , il avait franchi en quatre jours les étapes menant à la prêtrise et fut sacré patriarche le jour de Noël 858, fête patronale de la cathédrale de ConstantinopleTougher (1997), .. Jugeant cette ascension contraire aux règles du droit canon, les partisans d'Ignace portèrent la chose devant le pape qui leur donna raison. Un des premiers gestes de Basile pour rétablir la paix religieuse à l'intérieur de l'empire fut donc de bannir Photios en poste depuis deux mois et de rappeler Ignace. Ce faisant, Basile cherchait aussi à créer une alliance avec le pape ainsi qu'avec l'empereur germanique pour protéger les positions byzantines dans le sud de l'Italie et en Sicile sérieusement compromises par l'avancée des Arabes qui devaient conquérir Malte en 870Treadgold (1997) ..

Les relations avec la papauté ne tardèrent toutefois pas à se dégrader après que le roi des Bulgares, , converti au christianisme par une mission venue de Constantinople, eut demandé à un concile, réuni dans cette ville pour régler les différends entre les Églises d'Occident et d'Orient, si la nouvelle Église bulgare devait relever de Rome ou de Constantinople. En dépit des protestations des légats romains, la réponse fut favorable à Constantinople moyennant la concession d'une certaine autonomie à la nouvelle Église bulgare, but principal de BorisTreadgold (1997) .Ostrogorsky (1983) ..