Les troupes auxiliaires (du latin : auxilia) étaient des unités de l'armée romaine, à l'origine composée de soldats qui n'étaient pas des citoyens romains. Leur but principal était de soutenir les légions romaines dans la bataille, composées exclusivement, en principe - mais pas toujoursAlessandro Barbero souligne que « tous les chercheurs qui ont étudié le recrutement de l'armée romaine ont acquis la certitude que, dans de nombreux cas, les critères n'étaient pas aussi rigides et que les recrues recevaient la citoyenneté sans formalité excessive au moment de l'engagement ». Cf. .-, de citoyens romains. Elles se sont battues principalement au cours du Principat de 30 jusqu'en 284. Leur nombre a fluctué au cours de la période impériale, en augmentant progressivement. En 70, les troupes auxiliaires incluaient le même nombre de soldats d'infanterie que ceux de la légion, et elles comprenaient aussi de la cavalerie et des troupes spécialisées comme des archers ou de la cavalerie légère, et d'autres types d'infanterie légère. Au , les troupes auxiliaires représentaient environ les deux tiers de l'armée romaine.

Les troupes auxiliaires étaient généralement recrutées parmi les pérégrins, c'est-à-dire les habitants des provinces de l'Empire romain qui n'étaient pas des citoyens romains (la grande majorité de la population de l'Empire pendant les )En l'an 75, tous les « Italiens » étaient des citoyens romains, et probablement la plupart des habitants de la Gaule et du sud-est sud de l'Hispanie romaine. Dans les provinces frontalières, la proportion était beaucoup plus faible, mais avait grandi au fil du temps. D. Mattingly a estimé que le nombre de citoyens romains en Bretagne en 100 était d'environ , soit environ 3 % de la population totale ().. Les auxiliaires étaient également recrutés parmi les barbares, nom donné aux habitants des territoires hors de l'empire (on parle aussi de gentiles). Ils avaient alors souvent le statut de dediticii, et pouvaient constituer des régiments complets, jouant souvent le rôle de troupes irrégulières (archers de Palmyre, cavalerie numide...), et qui passaient sous l'influence de Rome à la suite de sortes de négociation avec des chefs barbares vaincus ou affaiblis.

Les auxiliaires se sont développés à partir des contingents variés de troupes non italiennes, spécialement dans la cavalerie qui apportait à l'époque républicaine l'appui aux légions, et avec une augmentation de leur nombre à partir de 200 Le gouvernement de la dynastie julio-claudienne marque la transformation de ces levées temporaires en armées permanentes avec une structure homogène, des équipements et des conditions stables de service, ce qui à la fin de la période amène peu de différences significatives entre les légionnaires et de la majorité des auxiliaires que ce soit au niveau de la formation, de l'équipement ou des capacités militaires.

La plupart des régiments d'auxiliaires étaient stationnés dans une province autre que celle d'où ils étaient originaires. Les noms des régiments de nombreuses unités continuèrent jusqu'à la fin du , mais à cette période, les unités furent modifiées en taille, en structure et en qualité.

Histoire

Les troupes auxiliaires à l'époque républicaine thumb|Un frondeur des Baléares.

Les alliés de Rome (en latin socii) commencèrent très tôt à jouer un rôle important dans l'histoire de la République romaine lors des campagnes annuelles des guerres à grande échelle. Les alliés de Rome étaient obligés de fournir des contingents égaux à ceux des légionnaires (pour un total de deux légions de / fantassins chacune), et de trois fois supérieurs pour la cavalerie (par rapport à la cavalerie romaine), soit environ 900 cavaliers. Ces unités militaires sont appelées aile, parce qu'elles se situaient aux «ailes» lorsque l'armée romaine se déployait sur le champ de bataille..

Polybe indique aussi que des rations mensuelles données aux cavaliers romains étaient de sept médimne d'orge et deux de grain (que le questeur déduisait du stipendium), alors que les alliés (socii en latin) recevaient gratuitement un médimne et un troisième de blé et cinq d'orge par mois.

Les grandes capacités tactiques d'Hannibal avaient mis en difficulté l'armée romaine. Ses manœuvres imprévisibles, soudaines, dont les fers de lance étaient principalement les ailes avec la cavalerie carthaginoise et la cavalerie numide, avaient permis de détruire plusieurs armées romaines, pourtant bien supérieures en nombre de soldats, comme ce fut le cas en particulier à la bataille de Cannes, où furent tués. Ceci conduit à un remaniement des tactiques des légions romaines, en particulier concernant le quota de la cavalerie, comme cela s'est produit avec Scipion l'Africain à la bataille de Zama en 202 , où l'armée romaine (avec l'aide de numides alliés, dirigés par Massinissa) réussit à battre les forces carthaginoises d'Hannibal. À ces contingents de cavalerie, d'autres types de combattants issus de différentes zones méditerranéennes furent incorporés, car elles avaient développé des méthodes d'attaque spécifiques comme c'était le cas pour les archers orientaux ou les frondeurs des Baléares. De plus, contre les unités agiles montées et contre les unités d'infanterie légère, les légionnaires étaient trop lents et trop lourds. La nécessité pour les Romains d'avoir des unités spécialisées dans d'autres modes de combat devint cruciale, en particulier après les guerres puniques.

Depuis l'année 400 , les alliés italiens (socii) fournissaient à l'armée romaine la plupart de sa cavalerie. Toutefois, lorsqu'en 91 , la guerre sociale éclata, l'alliance militaire entre les peuples italiens se rompit, et la solution adoptée par les autorités romaines fut de convertir tous les socii en citoyens romains au sud du Rubicon, ce qui priva les armées romaines de la majeure partie de la cavalerie et de l'infanterie spécialisée.

Les généraux de la période de la fin de la République, comme Lucullus, Caius Marius, Sylla, Jules César et Pompée, durent recourir à l'aide et au recrutement dauxilia illégaux, notamment issus de peuples alliés de la République romaine dans les provinces, ou bien à des unités d'autres peuples, comme les Germains, les Gaulois ou les Ibères non vaincus.

Cette situation étant intenable à long terme, l'empereur Auguste décida alors d'instituer en corps les auxilia, en cherchant à créer une série d'unités qui fourniraient de l'infanterie spécialisée et de la cavalerie à l'armée romaine. Ces unités furent recrutées parmi les non-citoyens de l'Empire, et en outre, ces unités devaient être plus petites et leurs utilisations plus souples que les légions romaines.

Les forces latines furent organisées en aile (qui vient du latin ala, alae). Ce nom fut adopté car les généraux romains disposaient les auxiliaires latins sur les flancs dans la ligne de bataille romaine. Le nombre de soldats d'infanterie inclus dans une aile alliée, dirigée par trois praefecti sociorum bénéficiant de la citoyenneté romaine, était semblable ou légèrement supérieur () à celui d'une légion. En outre, le nombre de cavaliers auxiliaires était le triple (900 contrairement aux 300 de la légion romaine).. Avant que la Guerre sociale n'éclate, les armées consulaires étaient composées du même nombre d'''alae et de légionnaires, et la cavalerie était fournie à 75 % par les alliés latins. Toutefois, le pourcentage total de la cavalerie était encore modeste : une armée consulaire normale, était constituée de deux légions et de deux alae, soit et (donc environ 12 % de l'effectif total).

Alors que les Romains étaient confrontés aux autres cités-États de la péninsule italienne, leur maigre cavalerie était plus que suffisante, car les ennemis de Rome dans le domaine de la cavalerie étaient également faibles ou inexistants. Cependant, quand Rome fut confrontée à d'autres ennemis plus éloignés, et qui déployaient sur le champ de bataille de puissants contingents de cavalerie, la pénurie de cavalerie romaine entraîna inévitablement des défaites. L'importance de la cavalerie pour les Romains émergea lors de l'invasion de l'Italie par les Gaulois de Brennus et celle du grec Pyrrhus roi d'Épire (en 275 ), l'adoption d'une cavalerie importante dans l'armée romaine se fera de manière décisive dans le cadre de la deuxième guerre punique (218 à 202 ). Les victoires d'Hannibal aux batailles de Cannes et de La Trébie sont créditées en grande partie à la supériorité de la cavalerie hispanique, gauloise et à celle de la cavalerie numide sur la cavalerie latine. La victoire des Romains à Zama (en 202 ) fut acquise en grande partie grâce à l'appui de la cavalerie qu'apporta le roi Massinissa à l'armée de Scipion. Les Romains avaient un si faible pourcentage des cavaliers latins que leurs homologues numides les surpassaient à proportion de deux contre un. Depuis ce temps, les armées romaines furent toujours accompagnées par un grand nombre de cavaliers non italiens : comme la cavalerie légère numide et plus tard la cavalerie lourde gauloise. Au cours de la guerre des Gaules (58-51 ), le général Jules César utilisa souvent dans des unités de cavalerie gauloise et de cavalerie germaine.

thumb|1200px|center|Représentation schématique d'une bataille d'une armée consulaire de type polybienne au avec les deux légions au centre et les alliés italiens (Alae Sociorum) sur leurs côtés, et sur les flancs, la cavalerie légionnaire et celle des alliés.

Statut des auxiliaires et citoyenneté thumb|400px|Lusius Quietus et ses Maures sur la colonne de Trajan. Les troupes auxiliaires combattent à l'origine avec leur armement traditionnel et sont moins bien considérées que les légions, qu'elles sont censées soutenir. Le temps de service dans les unités auxiliaires était de 24 ou 25 ans, contre 20 dans les légions. La solde est moindre que celle des légionnaires Dans les combats, les troupes auxiliaires sont généralement engagées en premier, pour économiser les effectifs des légions Des témoignages romains donnent un caractère très brutal aux troupes auxiliaires : soldats présentant des têtes coupées sur la colonne Trajane, auxiliaires massacrant des captifs dans la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe... Tacite mentionne les « huit cohortes de Bataves, auxiliaires de la légion », composées de barbares qui auraient joué un grand rôle lors de la guerre civile de 68-69, et qui provoquèrent de nombreux incidents lorsque Vitellius entra à Rome, avec ses soldats « couverts de peaux de bêtes et armés d'énormes piques »Passage des Histoires de Tacite cité par .. Ou encore, dans les Annales (IV, 47) : « Ils furent soutenus par une cohorte de Sicambres, que le général avait placée à quelque distance; troupe intrépide, et non moins effrayante que les Thraces par ses chants guerriers et le fracas de ses armes ». Progressivement, des phénomènes d'assimilation culturelle amoindrirent ces effets d'altérité.