Bachar el-Assad, également orthographié Bachar al-Assad (en / Baššār al-Asad), né le à Damas, est un homme d'État syrien, président de la République arabe syrienne du au .

Il devient président le , succédant à son père Hafez el-Assad et perpétuant sa dictature. En tant que président, Bachar el-Assad assume également le rôle de commandant en chef des forces armées arabes syriennes, un poste prévu par la constitution qui lui confère un contrôle direct sur l’armée et les services de renseignement. N’ayant aucune formation militaire professionnelle, il a été promu général de brigade peu avant son accession au pouvoir, notamment à la suite de la mort de son frère aîné Bassel el-Assad, héritier initial du régime et officier militaire expérimenté, décédé dans un accident en 1994. Cette promotion politique lui a permis de légitimer son autorité sur les forces armées qui, avec les structures sécuritaires, constituent le socle principal de son pouvoir, particulièrement durant la guerre civile syrienne.

Il exerce également les fonctions de secrétaire régional du Parti socialiste Baas, un parti néo-baasiste qui mêle l'idéologie du nationalisme arabe syrien laïc avec du socialisme. Il est également le président du Front national progressiste qui réunit le Parti Baas syrien, le Parti social nationaliste syrien, les Unionistes sociaux-démocrates et l'Union socialiste arabe. Sa position de secrétaire général du Parti Baas syrien fait également de lui le chef de facto de tous les partis baasistes pro-syriens.

Au début de sa présidence, il libéralise une partie de l'économie, passant du socialisme d'État au socialisme de marché, assouplit la laïcité, mais conserve toutefois le fort nationalisme syrien et les liens unissant la Syrie avec la république islamique d'Iran. De même, la République arabe syrienne devient un acteur clé de l'Axe de la résistance malgré ses différences idéologiques majeures avec l'Iran. Sur le plan confessionnel, des chrétiens et des sunnites obtiennent des postes clés dans l'armée et les ministères, rompant ainsi en partie avec le clanisme alaouite entrepris par son père.

En 2011, sa répression des manifestations du printemps arabe provoque le déclenchement de la guerre civile syrienne, aux conséquences internationales. Les interventions militaires de l'Iran et de la Russie lui permettent cependant de se maintenir au pouvoir. Pendant ce conflit, Bachar el-Assad est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par l'ONU en raison de bombardements ciblés contre les populations civiles, de l'utilisation d'armes chimiques et de la mort sous la torture ou par pendaison d'environ opposants politiques.

Au début des années 2020, s'il a conservé ou repris le pouvoir dans la majeure partie du pays, et que le conflit armé est gelé, il demeure une figure très controversée, voire un paria pour une grande partie de la communauté internationale, en raison de la particulière gravité des exactions qui lui sont reprochées depuis le début du conflit.

Alors que ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah sont affaiblis dans le contexte de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, de la guerre à Gaza et de la guerre Israël-Hezbollah, alors que lui-même s'est aliéné une partie de l'Axe de la résistance, une offensive éclair lancée le par Hayat Tahrir al-Cham conduit à un soulèvement général, rejoint par les rebelles d'Al-Tanf et les cellules dormantes. Tandis que les troupes loyalistes battent en retraite, les insurgés prennent le contrôle de grandes villes comme Alep, Hama, Homs, Deir ez-Zor, Deraa et Soueïda. Les rebelles se rapprochant de Damas, Bachar el-Assad fuit par avion vers la Russie le . Treize ans après le début de la guerre civile, le régime chute en moins de deux semaines. Le règne de la famille el-Assad prend ainsi fin après . Il est condamné par contumace, le , par un tribunal syrien, à la peine de mort, tout comme son frère Maher et d'autres ex-responsables syriens.

Jeunesse et études gauche|vignette|Bachar el-Assad en famille (1993). Bachar el-Assad naît le à Damas.. Il est issu de la communauté alaouite, un groupe ethnoreligieux adepte d'une branche hétérodoxe du chiisme duodécimain. Il est le deuxième fils de Hafez el-Assad, président de la République arabe syrienne, et d'Anissa Makhlouf. Bachar el-Assad parle d'une enfance . ; la famille vit dans une maison relativement modeste au nord de l'ancienne ville de Damas, jusqu'en 1973, lorsqu'elle déménage dans le quartier plus aisé de Malki. À l'âge de trois ans, il commence sa scolarité à Damas, à l'École laïque, un établissement jouissant d'une grande réputation nationale.. Il apprend le français et l'anglais, respectivement ses deuxième et troisième langues.

Études Bachar el-Assad se décrit comme un élève , ses professeurs s'en souvenant comme . sans être excellent et plutôt timide. Il va d'ailleurs, en raison de ses notes insuffisantes, quitter la « Laïque » pour terminer ses deux années de secondaire à l'école Le Frère (un lycée françaisBenjamin Barthe, « Bachar al-Assad, le survivant », Le Monde, mardi octobre 2013, pages 20-21.) où il obtient de meilleurs résultats. Des professeurs mentionnent le fait que Bachar el-Assad, dont le père devient président en 1971, ne profite jamais de son rang. Contrairement à d'autres enfants de familles importantes, il arrive à l'école sans service de sécurité et préfère participer aux voyages scolaires en autocar, plutôt qu'avec un chauffeur privé..

En , Bachar el-Assad est admis à l'université de Damas. et obtient un diplôme en ophtalmologie en 1988.. Il effectue quatre années d'internat à l', dans la banlieue de Damas. Afin de poursuivre sa spécialisation, il part à l'automne 1992 pour Londres après avoir passé des examens sélectifs (un candidat sur quatre reçu) ; il échoue lors d'une première tentative, mais réussit à la seconde.. Il commence sa résidence au Western Eye Hospital, faisant partie du St Mary's Hospital, dans le quartier de Marylebone.. Plus tard, il est accepté en tant qu'apprenti par le docteur Ed Schulenber au St Mary's Hospital. Ce dernier garde un bon souvenir de Bachar el-Assad qu'il qualifie de et ..

À Londres, Bachar el-Assad vit seul dans un appartement au sud de Hyde Park. Il y découvre la liberté d'accès à Internet et de manière plus générale la haute technologie. Il ne sort que très peu en raison de son travail et de ses études. Durant son séjour à Londres, il rencontre sa future épouse, Asma al-Akhras, une Britannico-Syrienne de confession sunnite qui travaille à la City pour JP Morgan..

Débuts politiques Bachar el-Assad avait à l'origine un faible intérêt pour la politique. Hafez el-Assad avait préparé son fils aîné, Bassel, à prendre sa succession à la tête du régime. À la mort de son fils aîné dans un accident de voiture en 1994, Hafez el-Assad fait alors appel à son fils cadet. Il est contraint de revenir en Syrie où il entre à l'académie militaire de Homs.

À la société informatique syrienne Il est placé par son père à la tête de la Société informatique syrienne, où il participe à l'introduction d'Internet dans le pays, en 1998Régis Le Sommier, interviewé par Catherine Schwaab, « Bachar El-Assad, sept ans de malheur », Paris Match, semaine du 11 au 17 janvier 2018, p. 107-110..

Le colonel En 1999, il devient colonel, puis effectue des missions de confiance pour le gouvernement. Il s'est notamment rendu au Liban pour rencontrer le président Émile Lahoud et en France, en , où il est reçu en tête-à-tête par le président Jacques Chirac à l'Élysée.

Président de la République vignette|Bachar el-Assad en 2017.

Politique intérieure À la mort du président Hafez el-Assad, le Parlement amende la Constitution pour abaisser l'âge minimum pour la candidature à la présidentielle, qui passe de 40 à 34 ans. Bachar el-Assad est promu deux jours plus tard général en chef des forces armées syriennes par le vice-président Khaddam, qui assure alors l'intérim à la tête du pays. Le Parlement le propose comme président de la République le . Il promet de mettre en œuvre des réformes économiques et politiques en Syrie. Il est désigné président de la République par un référendum le . Certains Syriens voient en lui un réformateur qui démocratiserait le pays.

À la suite de son élection, le régime se libéralise timidement, ce qu'on appelle généralement le « Printemps de Damas », qui dure de juillet 2000 à février 2001Jean-Pierre Perrin, « À Damas, le printemps a duré huit mois. », Libération, 25 juin 2001.. Environ 600 des du pays retrouvent la liberté, des forums regroupant des intellectuels parlant de la démocratisation de la Syrie et de la fin de l'état d'urgence en vigueur depuis 1963 voient le jour. Après huit mois, le « printemps de Damas » est brutalement arrêté sous la pression des plus anciens dignitaires du régime. Des opposants et militants des droits de l'homme sont arrêtés .

vignette|Bachar el-Assad avec Manmohan Singh (New Delhi, 18 juin 2008).

Il est parfois décrit comme un président devant composer avec les membres les plus radicaux du Parti Baas qui tiennent l'administration mise en place par son père et qui se placent toujours dans l'optique d'un conflit armé avec Israël pour reprendre le plateau du Golan qu'Israël occupe illégalement depuis la guerre des six jours. N'ayant pas la possibilité de contrôler le Baas, il le double et en moins de deux ans, parvient à écarter les trois quarts des responsables politiques, administratifs et militaires de l'ancien régimeFrédéric Pichon, « Bachar, l'héritier par défaut », Conflits, , janvier-mars 2016, .. Il réalise ainsi des réformes économiques, notamment en libéralisant le secteur bancaire, mais en conservant le principe d'un socialisme d'État. Il s'inspire du modèle chinois en proclamant « les réformes économiques passent avant les réformes politiques »« Assad, l'apprenti ophtalmo devenu président », Europe1, 30 mars 2011.. Conséquence de cette politique, le boom immobilier explose dans certains quartiers de Damas, douze banques privées sont créées. Ces réformes profitent en premier lieu aux milieux d'affaires de la grande bourgeoisie sunnite. Elles favorisent également la création d'une classe moyenne sunnite qui rallie les sympathisants du régimeWassim Nasr, « Pourquoi la Syrie est-elle différente ? », Le Monde, 18 juillet 2011.. Mais, la corruption, bien que condamnée dans les discours officiels, devient endémique.

vignette|Bachar el-Assad avec Ali Khamenei (Téhéran, 25 février 2017).

Sur le plan politique et en dépit de cette période d'euphorie, l'État reste verrouillé. Avec l'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon en Israël et la montée des revendications antisyriennes au Liban, Bachar el-Assad durcit sa position. Sous la pression de la vieille garde du régime, en particulier Khaddam qui craint l'« algérisation » de la Syrie, il met fin à ce mouvement libéral en déclarant qu'il est des limites à ne pas franchir. Il fait arrêter des dizaines d'intellectuels qui avaient signé une déclaration avec les Frères musulmans. En 2003, il explique que les opposants avaient « mal compris » les promesses de son discours d'investiture. Les sanctions économiques mises en place par les États-Unis compliquent la situation. Pour l'écrivain et journaliste Michel Kilo : .

El-Assad est reconduit à la présidence de la République par 97,62 % des suffrages exprimés lors d'un référendum présidentiel organisé le .

Dans un entretien au Wall Street Journal, il explique, le , son projet politique. Selon lui, pour ériger la démocratie, il faut changer la société. Il convient à la fois de développer le sens du dialogue, ce qu'il a entrepris au travers de la presse à partir de 2005, et de créer une classe moyenne, ce qu'il est parvenu à faire dans les grandes villes.