Joseph E. Stiglitz, né le à Gary (Indiana), est un économiste américain, lauréat du prix dit Nobel d'économie avec George Akerlof et Michael Spence en 2001 .
Il est l’un des fondateurs et des représentants les plus connus de la « nouvelle économie keynésienne ». Il acquiert sa notoriété populaire à la suite de ses violentes critiques envers le FMI et la Banque mondiale, émises peu après son départ de la Banque mondiale en 2000, alors qu’il y est économiste en chef.
Parmi les recherches les plus connues de Stiglitz figure la théorie du screening, qui vise à obtenir de l’information privée de la part d’un agent économique : cette théorie, avec les d’Akerlof et l’effet signal de Spence, est à la base de l’économie de l’information et de la nouvelle économie keynésienne. Il s’intéresse aussi à l’économie du développement.. On lui doit également la théorie du salaire d'efficience.
Biographie Jeunesse et études vignette|Joseph E. Stiglitz, le 14 septembre 2006 à Paris. Stiglitz est né en 1943 à Gary dans l'Indiana (États-Unis), dans une famille juive. Ses parents étaient Charlotte et Nathaniel Stiglitz. De 1960 à 1963, il étudie à Amherst College. Sa quatrième année d’université se déroule au MIT, où il entreprend ses travaux de recherche. De 1965 à 1966, il continue ses recherches à Chicago avec Hirofumi Uzawa.
Il décroche son titre de docteur en 1967 (24 ans) au (MIT) de Boston et une bourse Fulbright de recherche à Cambridge.
Après deux divorces, Stiglitz a épousé en troisièmes noces Anya Schiffrin le . Celle-ci est professeur de journalisme à la de l’université Columbia (New York) et dirige le groupe de réflexion (IPD) fondé en 2000 par Joseph Stiglitz. Anya Schiffrin est aussi la codirectrice du programme (IMC) de l’université Columbia.
Parcours professionnel Stiglitz est nommé professeur à 27 ans et entre, deux ans plus tard, à la Société d’économétrie, le panthéon de la profession. Ainsi commence alors une carrière exceptionnelle, à l’université Yale (1966-1973) d’abord où il est promu professeur ordinaire alors qu’il a à peine 27 ans. On le retrouve ensuite successivement à Stanford (1974-1976), Oxford (1976-1979), Princeton (1979-1988) avec, entre-temps, des séjours à l’Institut d’études du développement de l’université de Nairobi.
Entre-temps, il s’impose comme en tant que théoricien et fait siens des sujets comme les causes et conséquences des inégalités, la persistance du chômage, la fréquence des crises financières. Cependant, Joseph Stiglitz oriente plus son attention vers l’asymétrie d’information. Un thème qui fera de lui un des fondateurs de l’économie de l’information, et c’est à ce titre d’ailleurs qu’il reçoit le « prix Nobel » d’économie en 2001.
Stiglitz enseigne actuellement dans la de l’université Columbia ; il est le rédacteur en chef du journal aux côtés de Bradford DeLong et Aaron Edlin. Il est également membre du de l’. Il a par ailleurs été nommé par Jean-Paul II à l’Académie pontificale des sciences sociales.
Action politique Stiglitz a également joué de nombreux rôles politiques. Il a ainsi servi dans l’administration Clinton comme responsable du (trio de conseillers économiques) de 1995 à 1997. Il a par la suite été vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale de 1997 à 2000. Il n’en critiquera pas moins fortement cette institution par la suite, ainsi que le Fonds monétaire international.
Il se montre également très critique envers le président George W. Bush, le considérant comme une menace pour la bonne tenue de l’économie mondiale ; pour lui, ..
Selon une étude qu’il a codirigée avec Linda Bilmes (professeur en économie à Harvard), le coût de la guerre en Irak est sous-estimé, elle pourrait coûter entre mille et deux mille milliards de dollars contre une évaluation officielle (Institut de recherche du congrès) de 251 milliards depuis 2005 et six milliards de dollars par mois depuis.
En 2008, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, lui confie une mission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française, conjointement avec Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi.
Travaux économiques
Asymétrie d’information
Les travaux les plus célèbres de Stiglitz portent sur la façon d’extraire des informations privées d’un agent économique (screening). Il obtient le « prix Nobel » d’économie en 2001 pour sa contribution, en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence, à la théorie de l’asymétrie d’information, ayant posé ..
Avant l’avènement de modèles d’informations imparfaites et asymétriques, les néoclassiques traditionnels prétendaient que les marchés sont efficaces, mais cette efficacité était limitée par certaines défaillances du marché connues et étudiées. Des travaux plus récents réalisés par Stiglitz et d’autres économistes remettent en cause cette affirmation, afin d’avancer que l’efficacité des marchés n’est qu’exception et non commune situation. Stiglitz démontre (en partenariat avec Bruce Greenwald) que , à propos de l’article .. Malgré le fait que ces conclusions et la perversité des défaillances du marché ne garantissent pas forcément que l’État intervienne massivement dans l’économie, il est clair que le rayon d’action « optimal » du gouvernement est définitivement plus large que ce qu’il est selon les écoles rattachées aux défaillances du marché.. Pour Stiglitz, il n’existe rien de semblable à la main invisible.. D’après l’économiste :
Dans ses remarques ouvertes à l’issue de la réception du prix de la Banque de Suède, dans l’ de l’université de Stockholm, il déclare :
Dans une interview de 2007, Stiglitz argumente davantage :
En 2007, Joseph Stiglitz présente l’idée selon laquelle une hausse des taux d’intérêt peut entraîner l’augmentation de la proportion d’emprunteurs à risque.. Le mécanisme est le suivant : la hausse des taux rendant l’argent plus onéreux, les emprunteurs ont tendance à temporiser. La perspective de bons rendements incite par ailleurs les banquiers à accorder des emprunts lorsque les taux montent : les investisseurs à risque se retrouvent donc proportionnellement plus nombreux.
Dans ce cas de figure, la réduction des risques passe par la réduction des prêts accordés, sans distinction.
Hypothèse de la rigidité : salaire d’efficience
Stiglitz effectue également une série de recherches concernant la théorie du salaire d’efficience, et contribue à la création de ce qui sera défini comme le « modèle Shapiro-Stiglitz », afin d’expliciter les raisons du chômage qui se manifeste même en situation d’équilibre, et la question relative au manque d’attractivité des salaires pour les chercheurs d’emploi (en l'absence de salaire minimum) de manière que n’importe qui puisse trouver l’emploi lui convenant, et enfin pour savoir si le néoclassicisme peut aider à comprendre le chômage involontaire.. La réponse à ces différentes questions fut proposé par l’économiste américain Carl Shapiro et son collègue Stiglitz en 1984. Selon eux, . Deux observations constituent les bases de leur analyse : Contrairement à d’autres formes de capital, les salariés peuvent quantifier leurs efforts. Déterminer le niveau d’effort des salariés est coûteux.
Selon cette hypothèse, les employeurs peuvent avoir un intérêt à verser un salaire plus élevé que le salaire qui optimiserait leur profit, afin d’attirer et de conserver les meilleurs salariés et de corriger des biais informationnelsPour une étude complète et détaillée de la théorie Shapiro-Stiglitz, voir ..
Concurrence monopolistique
Paradoxe de Grossman-Stiglitz Dans un article publié en 1980 avec Sanford J. Grossman, Stiglitz formule le paradoxe de Grossman et Stiglitz selon lequel les marchés efficients ne peuvent exister ; car si les prix reflétaient l'information disponible, alors il serait inutile pour les acteurs de marché de rassembler des informations pour le battre, et donc, il n'y aurait pas de raison d'échanger sur les marchés et ces derniers s'effondreraient.
Finance durable et interdisciplinarité Du 16 au , il participe au lancement du Centre de compétences pour la finance durable (CCSF) de l'université de Zurich. Stimulé par l'urgence climatique, le nouveau centre compte sur l'interdisciplinarité, l'indépendance et le renom de 40 chercheurs, dont Marc Chesney, pour relever le défi et être un leader au niveau mondial. Ses activités comprennent la création de connaissances scientifiques sur la durabilité et le risque, aussi bien que les comportements individuels et collectifs en matière de finance, grâce à l'interdisciplinarité scientifique. Le développement des formations est prévu pour que les décisions soient prises sur la bases de connaissances élargies et à jour.
Position sur le libre échange Dans les années 1990, il écrivait que .
Conseil aux pays de la zone euro Il conseille , aux pays de la zone euro de contrôler leur balance commerciale par rapport à l'Allemagne, par des certificats d'importations/ exportations (une mesure protectionniste)..
En rappelant la théorie keynésienne, il explique que les déficits commerciaux sont néfastes: John Maynard Keynes soulignait que les pays ayant des excédents exercent une « externalité négative » sur leurs partenaires commerciaux et conduisent à une demande globale mondiale faible. Stiglitz écrit ainsi : « l'excédent de l'Allemagne signifie que le reste de l'Europe est déficitaire. Et le fait que ces pays importent plus qu'ils n'exportent contribue à la faiblesse de leurs économies ». Ainsi, il pense que les pays excédentaires s'enrichissent au détriment des pays déficitaires et ne croit pas au principe de l'avantage comparatif (base du libre-échange), qui stipule que le déficit commercial n'a pas d'importance puisque les échanges commerciaux sont mutuellement profitables..
De plus, il met en cause l'euro, qui serait à l'origine de ce déficit:« Le système euro signifie que le taux de change de l'Allemagne ne peut pas augmenter par rapport aux autres membres de la zone euro. Si le taux de change augmentait, l'Allemagne aurait plus de difficultés à exporter et son modèle économique, fondé sur des exportations fortes cesserait. En même temps, le reste de l'Europe exporterait plus, le PIB augmenterait et le chômage diminuerait ».
Conseil aux États-Unis Il dénonce les tentatives des États-Unis de protéger ou de recréer les emplois bien rémunérés dans le secteur manufacturier par des mesures protectionnistes. Il conseille aux États-Unis de poursuivre la mondialisation ou le libre-échange (basé sur la théorie de l'avantage comparatif) et de ne pas lutter contre la désindustrialisation par le biais des tarifs douaniers. Il écrit que . ..
Il écrit que la classe moyenne américaine est en effet la perdante de la mondialisation et la Chine la gagnante. Il estime que la demande intérieure chinoise est suffisante pour avoir une forte croissance et que le commerce extérieur n'est plus nécessaire. Mais il défend les excédents commerciaux de la Chine au détriment des États-Unis et croit que la Chine « répondra avec force et intelligence » et « frappera les États-Unis où cela fait mal sur les plans économique et politique » s'ils essaient de protéger leur industrie.
Implication internationale Joseph Eugene Stiglitz compte parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association qui souhaite apporter des réponses intelligentes et appropriés qu’attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps.
À partir de , il fait partie du comité consultatif sur l'économie (avec notamment Thomas Piketty) qui conseille le nouveau leader du Labour britannique, Jeremy Corbyn« Royaume-Uni : Les économistes Thomas Piketty et Joseph Stiglitz vont conseiller le nouveau leader de la gauche britannique, Jeremy Corbyn », tempsreel.nouvelobs.com, 28 septembre 2015..
Controverses Santé financière de Fannie Mae et Freddie Mac