Marie-Thérèse Walburge Amélie Christine de Habsbourg (en allemand : Maria Theresia Walburga Amalia Christina von Habsburg), née le à Vienne et morte dans la même ville le , est la dernière représentante de la maison de Habsbourg et la fondatrice - avec son époux François III, duc de Lorraine et de Bar - de la maison de Habsbourg-Lorraine. Fille aînée de l'empereur , elle succède en à son père à la tête des possessions héréditaires de la maison de HabsbourgL'archiduché d'Autriche et autres principautés autrichiennes, le royaume de Bohême, le royaume de Hongrie, le royaume de Croatie, le royaume de Galicie et Lodomérie, le duché de Mantoue, le duché de Milan, le duché de Parme ainsi que les duchés de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg et les comtés de Flandre, de Hainaut, de Namur formant les Pays-Bas autrichiens., notamment l'archiduché d'Autriche où se trouve la capitale centrale Vienne ; le royaume de Bohême, le royaume de Hongrie et le royaume de Croatie dont elle recevra les couronnes. Elle est restée dans l'histoire par son titre d'épouse : impératrice du Saint-Empire romain germanique et est couramment nommée « l'impératrice ».

Bien que ait pris soin de très longue date d'assurer sa succession, grâce à la Pragmatique Sanction de 1713 et à des traités avec les autres États d'Allemagne (Prusse, Bavière, etc.) et d'Europe, l'accession au pouvoir d'une princesse d'à peine dénuée de formation et d' expérience politiques est l'occasion d'un long conflit, lancé cyniquement par dès la fin de 1740, la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), à laquelle prennent aussi part, parmi les ennemis de Marie-Thérèse, la Bavière, la France et l'Espagne. Au terme de cette guerre, conclue par le traité d'Aix-la-Chapelle, Marie-Thérèse a perdu la Silésie, riche province qu'elle chérissait, cédée à la Prusse, mais son époux a été élu empereur, sa succession est assurée, sa dynastie, restaurée et son pouvoir solidement établi.

Mariée depuis 1736 à Étienne, duc de Lorraine et de Bar (jusqu'en 1737), puis grand-duc de Toscane, Marie-Thérèse ne peut être élue empereur, dignité réservée à un homme : compte tenu de la situation internationale, ce n'est qu'en 1745 que François de Lorraine est élu empereur, succédant à , électeur de Bavière, élu en . Marie-Thérèse est donc couramment appelée l'« impératrice » Marie-Thérèse, formellement seulement en tant qu'épouse de l'empereurFrançois de Lorraine n'aurait pas été élu s'il n'avait été l'époux de Marie-Thérèse.. Elle est cependant considérée par ses contemporains, qui la surnomment « la Grande », comme détentrice de facto de la dignité impériale, jusqu'à la mort de son mari en 1765, puis aux côtés de son fils . Seule femme à avoir été souveraine des possessions de la maison de Habsbourg, elle est restée, dans la mémoire collective, comme l'un des plus grands monarques de son siècle, à l'instar de Catherine de Russie.

Elle a donné le jour à seize enfants, dont cinq fils (les cadets formeront les branches de Toscane et de Modène), parmi lesquels , l'empereur du Saint-Empire, (1747-1792), la reine de France Marie-Antoinette (1755-1793), la reine de Naples, Marie-Caroline et la duchesse de Parme Marie-Amélie.

Elle est avec son époux la fondatrice de la maison de Habsbourg-Lorraine dont les descendants mâles ont régné sur l'Autriche, la Hongrie, la Bohême, la Toscane et Modène, et même sur le Mexique. Ses filles ont transmis son sang à toutes les dynasties catholiques d'Europe. Elle est l'ancêtre des monarques catholiques actuels, le roi Philippe VI d'Espagne et le grand-duc Guillaume V de Luxembourg.

Biographie Famille vignette|gauche|upright=0.5|Marie-Thérèse enfant en 1727. Dernière descendante de la maison de Habsbourg, l'archiduchesse est la fille aînée de l'empereur et de l'impératrice, née Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel. Un seul de ses frères et sœurs a survécu au-delà de l'enfance : Marie-Anne (1718-1744) dont elle est restée très proche, mais qui mourra prématurément. L'archiduchesse est aussi proche de sa tante l'archiduchesse Marie-Madeleine. Issue d'une maison marquée par la consanguinité, elle a hérité de sa mère la beauté et la force de caractère.

Elle épouse, le , François-Étienne de Lorraine, duc de Lorraine puis grand-duc de Toscane ; de cette union naissent seize enfants, dont la future reine de France Marie-Antoinette. Elle a aussi marié sa sœur cadette Marie-Anne au frère cadet de François, Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), gouverneur général des Pays-Bas autrichiens.

Héritière des États des Habsbourg vignette|gauche|redresse=0.5|L'Archiduchesse Marie-Thérèsepar Rosalba Carriera, vers 1730.Gemäldegalerie Alte Meister (Dresde).

Afin d'affirmer l'indivisibilité des domaines des Habsbourg, son père, sans enfant mâle, rendit le la Pragmatique Sanction. Cette disposition de succession au trône réserve celui-ci à l’aîné vivant des enfants du souverain, quel qu'en soit le sexe. De fait, désigne donc Marie-Thérèse pour lui succéder, au détriment de sa nièce, la fille de , son frère aîné décédé.

Cet acte, reconnu par les diètes des États des Habsbourg, sera finalement garanti, non sans difficultés, par les grandes puissances européennes.

Le , Marie-Thérèse épouse son fiancé, François III Étienne, duc de Lorraine et de Bar. Ce dernier, aux traités de Vienne ( et ) mettant fin à la guerre de Succession de Pologne, reçoit le grand-duché de Toscane en échange de ses duchés héréditaires de Bar et de Lorraine qu'il abandonne non sans réticence à titre viager à Stanislas Leszczynski, roi déchu de Pologne, mais beau-père de lesquels duchés, à la mort de l'ex-roi de Pologne, seront annexés par la France.

L'empereur meurt soudainement le , et malgré ladite Pragmatique Sanction, Marie-Thérèse éprouve des difficultés à faire reconnaître ses droits aux trônes de son père, droits immédiatement contestés par la Bavière, l'Espagne, la France, le Piémont-Sardaigne, la Prusse et la Saxe. Sans ultimatum, attaque la Silésie, riche territoire appartenant à la maison de Habsbourg, avec pour conséquence le déclenchement de la guerre de Succession d'AutrichePour le paragraphe : Piet Lenders, Vienne et Bruxelles : une tutelle qui n’exclut pas une large autonomie, , dans Hervé Hasquin et alii, La Belgique autrichienne, 1713-1794 : Les Pays-Bas méridionaux sous les Habsbourg d’Autriche, Bruxelles, Crédit Communal, 1987 ; Léopold Genicot, Histoire de la Wallonie, Toulouse, Privat (Univers de la France et des pays francophones. Série : Histoire des provinces), ..

Une succession très disputée thumb|left|Marie-Thérèse, roiLes lois du royaume hongrois ne reconnaissent pas le titre de reine. de Hongrie et de Bohême.

À la mort de l'empereur son père Charles VI empereur du Saint-Empire, Marie-Thérèse est une jolie jeune femme de , vive, spontanée, très amoureuse de son mari ayant donné le jour à trois filles (l'aînée meurt à l'âge de 3 ans le , la troisième mourra le à l'âge de 1 an) mais pas d'héritier mâle qui affermirait sa maison.

Depuis trois générations, la difficulté à engendrer l’héritier mâle destiné à raffermir le trône de la dynastie est cruellement ressentie par la famille impériale et par ses sujets. À son avènement, le « roi » de Bohême et de Hongrie est enceinte de 4 mois et espère donner enfin le jour à ce fils tant attendu.

Peu préparée à ses fonctions, la jeune souveraine se trouve confrontée à un « empire » sortant d'une guerre désastreuse contre l'Empire ottoman, une armée désorganisée, des caisses vides et une administration archaïque aux rouages grippés.

Elle est, de plus, assaillie de tous les côtés et par ceux-là mêmes qui s'étaient engagés à la soutenir, ses voisins et parents, notamment le roi , nouveau roi en Prusse. Elle doit mener sans soutien ni argent la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) contre la Prusse, la Bavière, la Saxe, la France de , le Piémont-Sardaigne et l'Espagne. Son cousin par alliance Charles Albert, électeur de Bavière, protégé par la France ennemie, est élu empereur () contrairement à la volonté de .

À ces trahisons répond une première victoire « biologique » et politique : le 13 naît l'héritier mâle tant attendu. Sur les conseils de sa mère, elle le nomme en geste d'action de grâce, Joseph, comme le père nourricier du Christ.

Sur le plan politique, elle réussit à s'allier à l'Angleterre des Hanovre et à rallier à elle la noblesse hongroise. Cette guerre occasionne pourtant la perte de la Silésie, riche région minière qu'elle doit céder à la Prusse, et d'une petite partie du Milanais qu'elle cède au roi de Sardaigne son beau-frère, .

Le reste des possessions héréditaires des Habsbourg est cependant sauvegardé : Marie-Thérèse, conformément au vœu de son père, est alors à la tête de l'archiduché d'Autriche (-), « roi » de Hongrie (couronnée le .) et reine de Bohême (1743-1780).

Le trône des Habsbourg et la politique impériale vignette|Thaler à la madone et à l'effigie de Marie-Thérèse d'Autriche (1742). En 1745, après la mort de , Marie-Thérèse fait élire son époux François-Étienne de Lorraine sur le trône impérial. Elle-même devient alors « impératrice consort des Romains ».

vignette|Marie-Thérèse au masque : l'impératrice aimait aussi les fêtes et les bals.

Nonobstant le fait que la dignité impériale ne pouvait être conférée qu'à un homme, la personnalité de Marie-Thérèse, faite de courage, de grandeur d'âme, de droiture et de pugnacité, s'impose dans la politique de l'Empire, bien plus que la sage mesure qu'observe l'empereur François. Elle est pour toutes les cours, les chancelleries et pour le public, simplement « l'impératrice », qui exerce la réalité du pouvoir.

Ses contemporains la nomment assez rapidement, dès la seconde partie de son règne, « Marie-Thérèse la Grande » le discours d'accueil du cardinal de Rohan à Marie-Antoinette d'Autriche à Strasbourg en 1770, la lettre du comte de Mercy apprenant l'exécution de la reine en 1793…..

Avec l'accession de François et Marie-Thérèse au trône, la dignité impériale revient dans la maison de Habsbourg (devenue maison de Lorraine d'Autriche ou Lorraine-Habsbourg mais connue depuis comme celle de Habsbourg-Lorraine) : la maison d'Autriche préserve ainsi sa puissance et son importance dans le concert des grandes nations européennes.

Peu formée à sa fonction, elle sait s'entourer d'hommes compétents et dévoués auxquels elle accorde une véritable confiance, tout en sachant aussi imposer son autorité. Parmi eux, le comte Emmanuel de Silva-Tarouca qui a assisté à sa naissance et à qui elle demande de lui parler sans détour et d'oser la critiquer avec franchise.

La nouvelle politique d'alliance mise en œuvre par son chancelier d'État, le comte de Kaunitz, ayant pour but de combattre la Prusse, a pour conséquence un rapprochement avec la France et le soutien de la Russie et de la Suède. Alliée à la France depuis 1756, Marie-Thérèse reprend la guerre contre afin de récupérer la Silésie ; mais à l'issue de cette guerre de Sept Ans (1756-1763), cette tentative échoue lamentablement. Elle empêche toutefois son ennemi de prendre la Saxe, et réussit à obtenir son vote pour l'élection de son fils Joseph comme empereur. Elle privilégiera désormais des solutions plus pacifiques.

C'est au cours de cette guerre qu'elle crée un nouvel ordre de chevalerie, qui porte son nom et qui restera jusqu'en 1918 la plus haute décoration militaire autrichienne.

Elle renforce les liens avec ses sujets hongrois en leur manifestant une confiance particulière. Un corps d'élite de hussards hongrois est ainsi chargé d'assurer sa garde personnelle, tradition qui perdurera jusqu'en 1918 ; de plus, elle confie au maréchal comte Batthyány l'éducation du futur David Tarot, « L'impératrice Marie-Thérèse », La Nouvelle Revue d'histoire, 64, , 46-48..