(traduit en ) est une encyclique du pape , publiée le (mais portant la date du ). Frappé d'illégalité sous le régime nazi, son texte est distribué secrètement dans toutes les paroisses d'Allemagne et y est lu publiquement, le , dimanche des Rameaux. En raison de son caractère politique décisif, l'encyclique a été écrite exceptionnellement en allemand plutôt qu'en latin.

Dénonçant le non-respect du concordat du , elle contient également des critiques de l'idéologie nationale-socialiste, condamnant le racisme, le naturalisme, le non-primat des principes de grâce et de dignité humaine, la remise en question de la valeur de la vie humaine, le culte de l'État et du chef et le paganisme.. Certains historiens lisent également dans quelques passages une critique d'Adolf Hitler lui-même.

Cette encyclique fait pendant à Divini Redemptoris, datée du , condamnant le communisme athée comme .. L'encyclique de (1931), dénonçait déjà le fascisme...

Contexte Le , après plusieurs années de négociations avec la république de Weimar, signe avec le chancelier Hitler un concordat garantissant certains droits à l'Église catholique, en particulier en matière d'enseignement confessionnel. Très vite cependant, les nazis ne respectent pas leurs engagements. Lors de la nuit des Longs Couteaux, des dirigeants d'organisations catholiques sont tuésErich Klausener, chef de l'Action catholique de Berlin, Adalbert Probst, chef de l'organisation sportive catholique, E. J. Jung, avocat, Fritz Gerlich, journaliste.. Les persécutions démarrent ensuite. Le cardinal Pacelli, cardinal secrétaire d'État (futur pape Pie XII), adresse en vain, de 1933 à 1939, de protestations au gouvernement allemand.

Cette persécution de l'Église allemande amène le cardinal Pacelli. à réunir Adolf Bertram, cardinal-archevêque de Breslau, président de la conférence épiscopale allemande, Karl Joseph Schulte, cardinal-archevêque de Cologne, et trois autres prélats (et futurs cardinaux) , afin de préparer un texte dénonçant la pratique du nazisme. De cette réunion sort l'encyclique . Faulhaber est le rédacteur de la partie dogmatique présentant l'incompatibilité du nazisme et du catholicisme, le cardinal Pacelli de la partie diplomatique développant l'attitude à adopter en face du péril nazi. Pacelli, futur pape , devant le peu de soutien qu'il recevra des deux grands pays catholiques d'Europe, l'Italie mussolinienne et la France républicaine, rentrera à Rome découragé. .

Hitler est déjà depuis 1933 sous le coup d'une excommunication pour son programme eugéniste négatif. Cela lui interdit de se présenter comme catholique (enfant, il avait été baptisé), mais non de traiter de questions administratives avec le clergé en tant que chef d'État.

L'encyclique

Adressée aux évêques allemands, et exceptionnellement rédigée en allemand pour faciliter sa diffusion et être lue dans les églises de ce pays (les encycliques sont presque toujours rédigées en latin), l'encyclique traite de la . Elle déplore les violations du concordat du et condamne la divinisation de la race.

Diffusion

Selon l'historien Owen Chadwick., l'encyclique fut imprimée en Italie le , distribuée par courriers spéciaux aux évêques puis aux prêtres des paroisses qui la reçurent souvent le matin même du jour prévu pour sa lecture, le dimanche des Rameaux, le . Les choses furent organisées avec assez de secret et d'efficacité pour que la Gestapo n'ait pas connaissance de la diffusion de l'encyclique. Elle ne réussit à intercepter que quelques plis.

Contenu L’encyclique constate le non-respect par la partie allemande du concordat de 1933 (MBS 4). et les persécutions dont souffrent les catholiques allemands (MBS 6). (MBS,21)..

Elle souligne : le néo-paganisme imposé à l’Allemagne (MBS 7-8). (MBS,11). ; le rejet imposé de l’Ancien Testament (MBS,16). ; le mythe du et le culte du chef (MBS,17). ; le primat du naturalisme et des caractéristiques génétiques sur le principe de grâce et de dignité humaine opéré par le régime nazi ; le danger d’une Église nationale (MBS,22). ; le non-respect des droits (MBS,30). ; la propagande anti-chrétienne (MBS 33)..

L’encyclique enfin invite à la résistance (MBS,12). (MBS,39)..

Réception Dénonciation des vicissitudes subies par l'Église catholique allemande, l'encyclique est aussi perçue par la presse française de l'époque comme une critique du régime nazi. Le , titre « Le pape contre l'hitlérisme ». Le même jour, l'article de L'Humanité consacré à l'encyclique a un titre semblable : .. L'Écho de Paris du va dans le même sens. Pour du , c'est une .. Pour et du , c'est . L'Humanité du titre :

En Allemagne, l'encyclique suscite une vive réaction du gouvernement nazi, qui s'estime attaqué. Les exemplaires de l'encyclique sont saisis, les entreprises qui ont (secrètement) participé à son impression sont fermées et une partie de leur personnel est arrêté. Le , Hanns Kerrl, ministre des Affaires religieuses, écrit aux évêques allemands que .. L'Humanité évoque pour sa part , relève la rédaction du journal . ... Cet organe de la propagande nazie publie dès le un numéro spécial sur la menace que le judaïsme fait peser sur le christianisme, soutenant notamment que le Christ n'était pas juif, mais un des plus grands antisémites. L'Humanité voit dans cette parution une manœuvre grossière visant à détourner du régime les réactions catholiques à l'encyclique et de l'orienter vers les Juifs.

Conséquences

À la suite de cette encyclique, les persécutions anti-catholiques se poursuivent en Allemagne. En , Hitler ordonne que les procès contre les congrégations religieuses reprennent. L'activité de l'Église est soumise à des vexations et interdictions de plus en plus fortes. Des fidèles en subissent, personnellement, les conséquences. Des perquisitions sont opérées dans plusieurs évêchés et des documents comportant des informations confidentielles sur des fidèles sont saisis.. En , catholiques d'enseignements sont interdits d'activité.

En 1937, et religieux sont jetés en prison. 304 prêtres sont ensuite déportés à Dachau en 1938. Enfin, les organisations catholiques sont dissoutes et l'école confessionnelle, interdite. Les évêchés de Munich, Fribourg et Rottenburg sont saccagés par la Gestapo.

Analyse

Plusieurs historiens relèvent la force du langage employé. Ainsi, pour Anthony Rhodes, l'encyclique contient l'une des dénonciations les plus virulentes contre un régime national jamais prononcée par le Vatican. Son langage vigoureux contre le nazisme contraste avec le ton habituellement employé dans la rédaction de ce type de documents.

Avec d'autres auteurs comme Thomas Bokenkotter ou John Vidmar, Rhodes souligne également des formules qui sont des critiques directes du Führer, , ; ....

Les juifs sont évoqués dans l'encyclique à travers l'expression de , mais sans allusion explicite à l'antisémitisme. Ainsi le Père Georges PasselecqLe Père est un bénédictin, ancien déporté, et vice-président de la commission nationale catholique belge pour les relations avec le monde juif. et Bernard Suchecky est spécialiste du judaïsme. estiment, dans leur livre L'encyclique cachée de que l'encyclique fut finalement une . Jean-Marie Mayeur critique.

Les références des deux auteurs Georges Passelecq et Bernard Suchecky proviennent de l'article. cependant ce point de vue, rappelant que, si de fait l'antisémitisme n'est pas le sujet d'une réflexion spécifique au sein du racisme, il n'est pas ignoré pour autant : le . Il cite notamment le cardinal Schüster :

Comme l'explique Jean-Marie Mayeur, dans l'encyclique, l'antisémitisme est bel et bien visé, à travers la condamnation du racisme (de même que la lettre de la Sacrée Congrégation des séminaires et des universités du ).

Notes et références

Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes Concordat du Déclaration de Barmen Histoire de la papauté

Église catholique d'Allemagne face au nazisme Églises luthériennes d'Allemagne face au nazisme Kirchenkampf

Liens externes Texte complet de l'encyclique en français. ENZYKLIKA MIT BRENNENDER SORGE Encyclique originale, en allemand, sur le site du Vatican.

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