Le est d'abord un pilote de l'aéronavale ou de l'armée de l'air japonaise qui effectuait une mission suicide pendant la guerre du Pacifique..

L'appellation fut élargie ensuite à d'autres unités de la marine (vedettes, torpilles humaines, etc) ou de l'armée, par exemple pour les détachements antichar.

Il avait pour objectif de s'écraser avec son avion sur un navire de la marine américaine ou de ses alliés.. Membres des , ces pilotes cherchaient ainsi à infliger des dégâts à l'ennemi au prix de leur vie..

Par extension, en Occident, ce terme sert à désigner quiconque, par exemple un terroriste, sacrifie sa vie volontairement dans un attentat-suicide. Là s'arrête la comparaison car le kamikaze japonais ne s'attaque qu'à des cibles militaires, souvent puissamment armées, et uniquement en temps de guerre. Le terroriste, lui, frappe en tout temps et en tout lieu des victimes civiles le plus souvent sans défense. Plus largement encore et de manière métaphorique, il peut désigner une personne qui se sacrifie, ou du moins qui se met délibérément en grand danger à un niveau personnel, professionnel ou autre.

Lors de la guerre d'Ukraine, les médias ont employé l'expression « drone kamikaze » pour désigner les aéronefs sans pilote utilisés par l'armée russe contre certaines villes ukrainiennes. La charge explosive est à demeure dans le drone télécommandé qui s'écrase sur sa cible.

vignette|Un Mitsubishi Zéro kamikaze (au fond à gauche) se jetant contre la coque du cuirassé le . Il n'a fait aucun blessé américain et a causé des dégâts mineurs.

Étymologie et emploi vignette|gauche|redresse=0.5|alt=Image présentant les deux sinogrammes formant le mot japonais « kamikaze ».|Kanjis formant le mot ou . est un mot composé signifiant « vent divin » en japonais.

La première occurrence du mot kamikaze se trouve dans les Annales du Japon (), où il désigne le vent qui souffle sur la région d'Ise et le sanctuaire d'Amaterasu. On le retrouve ensuite dans L'Histoire du Japon (), où il désigne des typhons en partie légendaires qui, à l'époque de Kamakura, en et en , auraient mis en déroute la flotte de Kubilai Khan et stoppé les tentatives d'invasions mongoles.

vignette|redresse=1.2|L'avion Mitsubishi Ki-15 , kanjis inscrits au-dessus de l'aile, paré pour

Au cours de l'année 1937, l'avion Kamikaze piloté par et a fait sensation dans le monde et surtout au Japon pour avoir effectué, avec un Tokyo-Londres en moins de 100 heures, le vol record entre deux continents. De ce fait le mot kamikaze a été utilisé au Japon pour de la propagande au début de la Seconde Guerre mondiale, sans lien avec les attaques suicides.

Régulièrement utilisé en japonais dans le sens d'« intervention divine », le mot fut repris à l’automne 1944 par la Marine impériale japonaise pour désigner une composée de pilotes devant projeter leur appareil sur des bâtiments ennemis (première sortie de combat le 21/10/1944). Par convention, le terme kamikaze désigne toutes les unités aux missions sans retour formées par les armées japonaises entre l’été 1944 et . Il y eut seulement quelques escadrilles de kamikaze qui chacune portèrent un nom symbolique comme , ou .

Dans l'armée, la prononciation des deux caractères composant le mot kamikaze était , prononciation sino-japonaise (ou on'yomi)Miko Ohnuki-Tierney, , , , 2002 . La prononciation fut utilisée en japonais dans les nouvelles cinématographiques dès , NHK Archives, du 16/11/1944. Plus naturelle, elle fait écho au sens historique du mot.

À partir de 1945, le mot se diffusa tel quel en anglais et dans d'autres langues. Après la Seconde Guerre mondiale, il fut rapidement utilisé dans un sens métaphorique pour qualifier des gens se sacrifiant pour une cause ou prenant des risques inconsidérés. Il désigne plus largement tout assaillant qui meurt délibérément au cours de son attaque. Au Japon en revanche, ce terme désigne exclusivement les militaires en mission-suicide de la Seconde Guerre mondiale et n'est pas utilisé dans le sens occidental d'auteur d'un attentat-suicide..

Historique Prémices Ce type d'attaques aurait connu des antécédents lors de la guerre de Shanghai en 1932, une bataille qui oppose pendant plusieurs semaines l'armée japonaise et l'armée chinoise et durant laquelle trois jeunes Japonais équipés d'explosifs se seraient fait sauter dans les tranchées chinoises. Les médias japonais s’enflammèrent et ils furent qualifiés de (にくだんou 肉弾). La propagande s'empara du sujet et on publia des livres, un manga pour jeunes enfants, on peignit des tableaux, on commanda des statues de bronze, on organisa un concours de poèmes, on créa une chanson populaire à leur gloire. En réalité, il s’agissait d’une erreur de préparation et non d’un acte héroïque.. Cela fut présenté comme la première occurrence d'une mission-suicide dans l'histoire de l'humanité.

Auparavant, des pilotes de toutes nations s'étaient déjà écrasés sur une cible ennemie délibérément en plein combat. Ce geste n'était pas prémédité mais un pilote blessé ou à bord d'un appareil endommagé sans espoir de revenir n'avait plus rien à perdre et voulait dans un geste ultime infliger le plus de dégâts possibles à l'adversaire. C'est ainsi que le pilote français Marcel Le Bihan s'est sacrifié en 1940. Les aviateurs soviétiques utilisèrent abondamment la tactique de l'« abordage volontaire » en plein ciel d'un avion ennemi, à partir de l'attaque allemande surprise en . Ils l'appelaient « attaque taran », du russe , « bélier ». En 1944, les appareils nippons et leurs pilotes étaient qualitativement et quantitativement inférieurs à ceux des États-Unis. Les formations aériennes japonaises se faisaient souvent décimer par les avions américains avant même d'avoir pu atteindre leurs cibles. Un seul coup au but sur un navire exigeait une grande expérience que peu d'aviateurs japonais possédaientLa bataille aéronavale de Leyte, La reconquête des Philippines 1944-1945, Bernard Millot, Larivière, 1996 , .

C'est pourquoi germa l'idée chez certains d'entre eux que puisqu'ils n'avaient que peu de chance de survivre à une attaque, autant que leur mort ne soit pas vaine. Ils proposèrent alors de se jeter volontairement sur le pont des navires américains avec leurs appareils armés d'une bombe. Au départ, cette idée fit peu d'écho à l'état-major de la marine impériale. L'élément déclencheur arriva le 1944 en pleine mer des Philippines. Le contre-amiral Arima ôta ses insignes de son uniforme devant ses subordonnés médusés et prit place dans un avion participant à l'attaque. Il jeta son appareil sur le porte-avion et le manqua de peu. Cet acte, bien que sujet à débat, finit de convaincre les plus récalcitrantsLa bataille aéronavale de Leyte, La reconquête des Philippines 1944-1945, Bernard Millot, Larivière, 1996, , p. 38. Le quartier général impérial, afin de freiner la poussée ennemie, décide de constituer une unité spéciale d'attaque (Tokkōtai) chargée par son sacrifice d'invoquer les Kami pour réitérer le miracle de 1274 (voir la section Étymologie).

Engagement vignette|redresse=1|gauche|Seki et les hommes de l'unité « Shikishima » pendant le toast cérémonial, peu avant leur départ pour la première attaque-suicide. La première apparition officielle des kamikazes a lieu pendant la bataille du golfe de Leyte le D'autres historiens font remonter la première attaque de ce style à mai 1944, la difficulté étant de trancher entre une simple expérimentation et une véritable opération, sans oublier que des pilotes gravement touchés décidaient en désespoir de cause, dès 1941, de réaliser ce type d'attaque ; voir First Kamikaze. Leurs escadrons furent formés par le vice-amiral Takijiro Onishi. Cette première attaque fut réalisée par cinq « volontaires » commandés par le lieutenant Yukio Seki. Les kamikazes pilotaient des Mitsubishi A6M5 modèle 52 « Zéro » transportant chacun une bombe de . Ils plongèrent délibérément avec leurs appareils sur les navires de la marine américaine et quatre des cinq pilotes engagés réussirent à toucher leurs cibles en infligeant d'importants dommages, notamment au porte-avions d'escorte . Un des Zéros, vraisemblablement piloté par le lieutenant Seki, s'écrasa également sur le pont d'envol du porte-avions d'escorte à . La bombe du chasseur explosa sur le hangar de pont bâbord. Il s'ensuivit un incendie et des explosions secondaires qui, à leur tour, firent sauter des torpilles et la réserve de bombes du navire. Le porte-avions d'escorte coula une demi-heure plus tard, 126 de ses hommes ayant été tués.

vignette|redresse=1|L' explose le .

Forts de ces premiers succès, les Japonais ne reculèrent plus à la mise en place d'attaques suicides à grande échelle. Les unités de kamikazes était composée en majorité d'étudiants volontaires fraîchement appelés sous les drapeaux (ils avaient été épargnés jusque-là, devant constituer l'élite du futur empire). Ces décollaient sans parachute et ne revenaient à leur base qu'en l'absence de navires ennemis. L'appel dans cette unité était à la fois un honneur important et une sentence de mort. Vers la fin de la guerre, l'entraînement était réduit à sept jours (deux jours pour apprendre le décollage, deux pour le pilotage et trois pour les tactiques d'attaque). Avant de partir en mission, le lieutenant Yukio Seki aurait déclaré ceci : Extrait de , page 16, écrit par Albert Axell, écrivain américain, et Hideaki Kase, vivant à Tokyo).. Les plus grosses attaques auront lieu pendant la bataille d'Okinawa, lors des opérations Kikusui mettant en jeu plus de 400 avions-suicides, ainsi que les premiers Ohka. Lors de cette bataille, les kamikazes japonais coulent 20 navires (contre 9 par attaques conventionnelles) et en endommagent plus de 200 à des degrés divers.

Grande rivale de la marine, l'armée impériale créera elle aussi ses propres unités d'avion suicide sous le nom de Tokobtsu. À plusieurs reprises, des avions japonais se sont également jetés en plein vol sur d'autres avions américains, notamment des bombardiers lourds croisés en chemin.

Cérémonial et motivation du kamikaze japonais Au cérémonial de départ d'une attaque, les militaires vouaient allégeance à Hirohito, l'empereur du Japon, récitaient un comme poème d'adieu en référence au devoir de sacrifice puis buvaient l'ultime saké en se tournant dans la direction de leur région de naissance. Ils nouaient autour de leur front, par-dessus le casque de vol, un bandeau Hachimaki blanc orné d'un disque rouge, les couleurs du drapeau du Japon (Hinomaru). La variante Kyokujitsuki, drapeau de la marine impériale japonaise avec seize rayons entourant le disque rouge, existait aussi.

Cet acte de sacrifice s'accompagnait souvent d'un cri de guerre (comme au temps des samouraïs) pour se donner du courage — le fameux ou plus communément banzai, terme emprunté à la culture chinoise, tant utilisé ensuite au cinéma.

Les pilotes n’étaient bien souvent pas des nationalistes fanatiques, mais plus généralement de très jeunes soldats terrifiés. Ainsi le pilote Kikumi Ogawa note-t-il dans son journal : .. L'état-major militaire et la pression sociale rendaient quasi impossible le refus de la mission-suicide...

Engins kamikazes Modèles aériens Les kamikazes utilisaient généralement des Mitsubishi Zéro ou tout autre appareil dépassé. En pratique, toutes sortes d'avions ont été utilisées, surtout des bombardiers en piqué ou bombardiers torpilleurs monomoteurs (noms de code alliés : KATE, VAL, etc.) plus maniables et rapides que des bombardiers lourds, donc ayant plus de chances d'échapper aux chasseurs d'interception américains.

Des modèles particulièrement rudimentaires ont même été créés exprès pour les attaques spéciales, comme le Nakajima Ki-115, particulièrement rustique.

On peut aussi citer le Yokosuka D4Y4, bombardier en piqué muni de fusées destinées à améliorer sa vitesse lors du piqué final.

La bombe volante pilotée (Yokosuka MXY-7 Ohka) a été conçue spécialement pour les attaques-suicides.