Karl-Wilhelm Naundorff, également connu sous le nom de Charles-Guillaume Naundorff, ou encore de « », mort le à Delft, est un prétendant au trône de France, le plus célèbre de ceux qui au déclarèrent être l'ancien dauphin , censé avoir survécu à sa détention à la prison du Temple.
De 1810 à 1845, Naundorff essaya en vain de se faire reconnaître par la famille royale française comme le fils de et Marie-Antoinette. Il se constitua une cour, nomma des aides de camp, des officiers d'ordonnance, un ministèrePaul-Éric Blanrue, L'Histoire dans tous ses états, 2005.
Expulsé par les gendarmes de , il trouva refuge en Angleterre, puis en Hollande, où il mit au point la « bombe Bourbon » et devint directeur des ateliers de pyrotechnie de Delft. Après sa mort, ses descendants continuent de prétendre au trône de France.
Biographie De l'horloger prussien au prétendant Karl-Wilhelm Naundorff (dit aussi en français Charles-Guillaume Naundorff) apparaît à Berlin à la fin de l'année 1810. Il mène alors une vie retirée, exerçant le métier d'horloger en chambre pour gagner sa vieAndré Castelot, : l'énigme résolue, Bruxelles, Chabassol, 1948.. Malgré sa discrétion, il attire l'attention de la police et est invité à venir s'expliquer à la présidence de la police. Il comparaît devant le conseiller Paul Le Coq, d'origine française, qui est chargé du service des passeportsHenry de Servignat Quatre énigmes royales, Paris, La Science historique, 1958.. Naundorff lui remet le sien qui stipule qu'il est né à Weimar et qu'il a 43 ans, or Naundorff a l'apparence d'un jeune homme d'environ 25 ans. On l'interroge et Naundorff déclare alors qu'il est , le fils de et de Marie-Antoinette, évadé du Temple en 1795 et qu'il cherche à se protéger des troupes napoléoniennes. Il étoffe ses dires de pièces « authentiques » censées prouver son extraction royale. Se réfugiant à Spandau, il doit pour exercer sa profession obtenir le titre de bourgeois et pour ce faire, fournir une pièce d'identité. Le conseiller Le Coq envoie un simple certificat au bourgmestre de Spandau qui s'en contente. Ce titre lui est finalement délivré le .
gauche|vignette|234x234px|Le dauphin Louis-Charles de Bourbon dit , mort officiellement à la prison du Temple en 1795. Lors de la retraite des troupes françaises, Spandau est bombardée. Malade, Naundorff est soigné par sa gouvernante, de SonnenfeldModeste Gruau de La Barre, Abrégé de l'histoire des infortunes du Dauphin, 1836.. Rétabli, il aurait écrit au roi de Prusse, aux empereurs d'Autriche et de Russie pour affirmer ses droits sur la couronne de France, mais n'obtiendra jamais de réponse. Après l'épisode des Cent-jours, Naundorff souhaite se rendre à Paris afin de réclamer ses droits. de Sonnenfeld étant malade, il fait appel à Marassin, un officier français, et le charge de transmettre une lettre à Marie-Thérèse de France, duchesse d'Angoulême, fille survivante de . Il ne reçoit pas de réponse. Il écrit alors une nouvelle lettre à sa « sœur », et à Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, son « cousin », fils du futur , en 1818, spécifiant qu'il ne réclame pas le trône mais simplement son nom et son titre de prince français.
Le , Naundorff épouse l'orpheline d'un marchand de pipes, Johanna Friederike Einert (dite aussi en français Jeanne Frédérique Einert), âgée de seize ans, qui lui donnera neuf enfants.. Le couple reste à Spandau jusqu'en 1822 puis s'installe à Brandebourg. Lors d'un incendie qui touche le théâtre, sa maison voisine s'enflamme, il perd tous ses biens : brûlés, noyés par l'eau des pompiers, volés. Il est alors accusé d'avoir provoqué lui-même l'incendie par le conseiller de justice Voigt. . Condamné à trois ans de prison pour "crime de fausse monnaie", il est envoyé dans une maison de force le La légitimité, Volumes 26-28, 1910.. Le baron de Seckendorff, chef de l'administration pénitentiaire, s'intéresse à lui et, persuadé de son innocence, demande sa grâce auprès du roi de Prusse.
Naundorff est libéré en 1828, et se rend à Crossen, petite ville à la frontière de la SilésieGeorges de Manteyer Les faux , Librairie universitaire J.Gamber, 1926.. Là, il réussit à convaincre de nombreuses personnes qu'il est . On annonce même dans la Gazette de Leipzig la présence à Crossen de Louis-Charles, duc de Normandie ; cet article est reproduit en France dans le Constitutionnel de Paris, le . Le roi de Prusse voit d'un mauvais œil les agissements de Naundorff et décide de le faire arrêter. Prévenu, Naundorff s'enfuit, abandonnant femme et enfants. Il se rend en Suisse puis à Paris, où il arrive le « sans souliers, sans chemise et sans bas ». Il y regroupe bientôt des partisans légitimistes qui forment autour de lui un semblant de cour..
Naundorff à Paris vignette|left|Agathe de Rambaud (1764-1853), femme de chambre de Marie-Antoinette et attachée au dauphin. Là, il s'installe chez le frère de François Albouys, avocat à Cahors (ce dernier a lu l'article et croit Naundorff)Maurice Étienne, Jacques Hamann, et les 101 prétendants, 1999.. Il rencontre Agathe de Rambaud, la femme de chambre de la reine et attachée au dauphin, qui le reconnaît. Celle-ci a apporté un petit habit bleu ciel qui a appartenu à l'enfant pour tester Naundorff comme tous les autres prétendants.
Cette réponse enlève les derniers doutes à de RambaudOsmond, Henri Foulon de Vaulx, La Légende de Naundorff : essai de critique et d'histoire en réponse à M. le docteur Tschirch, Paris, Daragon, 1912.. Elle écrit à la duchesse d'Angoulême et se rend à Prague, où Royale vit en exil.
D'autres personnes reconnaissent en Naundorff , notamment le mari de de Rambaud (ancien huissier de la chambre de ), la marquise de Broglio-Solari (attachée au service de Marie-Antoinette), Étienne de Joly (dernier ministre de la justice de ) ou encore Brémond (ancien secrétaire privé de ). Ainsi Naundorff se construit un entourage de plus en plus important. Morel, un de ceux-là, devient son secrétaire et rédige les lettres supposées de Naundorff à la famille royale, les proclamations et pseudo-mémoires de son maître. Morel part pour Prague afin de rencontrer la duchesse d'Angoulême : il n'obtient pas d'audience.
Dans son livre Autour de Madame Vigée-Le Brun, Hubert Royet pense que Naundorff, vers l'âge de 15 ans, a pu être domestique d'Élisabeth Vigée Le Brun, arrivée à Vienne en 1793. Élisabeth Vigée Le Brun ayant été la peintre de Marie-Antoinette jusqu'en 1789, Naundorff aurait ainsi pu apprendre, à son service, beaucoup de choses sur la famille royaleHubert Royet, Autour de Madame Vigée-Le Brun, Saint-Jean-d'Aulps, Les Anciens jours, 2000, 107, ..
Pendant son absence, Naundorff est agressé par des inconnus et frappé par plusieurs coups de poignard. Morel intervient dans le procès du baron de Richemont (un autre prétendu-), comparaissant devant les assises de la Seine, en remettant aux magistrats une lettre dans laquelle Naundorff affirme être . Naundorff envoie une lettre à Louis-Philippe et des pétitions aux Chambres (en et en ). Puis, poussé par Morel, il lance, le , une assignation en revendication d'héritage à et à la duchesse d'Angoulême.
. Le , Naundorff est jeté en prison et la police confisque les 202 pièces du dossier qui « prouvent » que Naundorff est . . La baronne de Générès, nièce de de Rambaud, le suit. Les partisans de Naundorff prennent peur et se taisent.
Naundorff au Royaume-Uni et aux Pays-Bas Morel ayant lâché Naundorff, ce dernier a un nouveau secrétaire en la personne de Modeste Gruau, qu'il promeut comte de La BarreKarl-Wilhelm Naundorf, un horloger au Royaume des Lys, conférence inédite, 2012.. . L'échec de deux nouvelles pétitions à la Chambre des députés en 1837 et 1838 ajoute à son discrédit. Le nombre de ses partisans et l'importance de leur dons baissent brusquement. Or Naundorff a de gros besoins d'argent. Il se met alors en tête de fonder une nouvelle religionJean-Pierre Chantin, Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, Paris, Éditions Beauchesne, 2001, , 534. Il aurait eu des visions dès 1834 et songe à réformer l'Église catholique romaine. En 1837, il lance un appel aux catholiques du Royaume-Uni et d'Irlande. Le pape fulmine contre lui, ce qui augmente encore un peu plus son discrédit. Naundorff se lance alors dans la pyrotechnie et met au point une bombe, nommée « Bombe Bourbon », qui restera en usage dans l'armée hollandaise jusqu'à la guerre de 1914-1918. Il choisit de quitter le Royaume-Uni, « déçu par son hospitalité », en 1841. Il se rend à Rotterdam, où il réussit à vendre son projet de bombe.
Naundorff décède le à Delft, jour anniversaire de la chute de la monarchie française.
Sur sa tombe on peut lire : , mentions que l'officier de l'état civil accepte aussi d'apposer sur son acte de décès..
Il laisse derrière lui, une femme et huit enfants qui n'auront de cesse de défendre la thèse de leur père.
Les papiers personnels de Karl-Wilhelm Naundorf sont conservés aux Archives nationales sous la cote 227APArchives nationales..
Famille et descendance vignette|Jeanne Einert, épouse Naundorff(1803-1888)
Karl-Wilhelm Naundorff et son épouse Jeanne Einert (1803-1888) ont eu 9 enfants (5 garçons et 4 filles), et une descendance nombreuse :
Les descendants de Naundorff conservent encore aujourd'hui un certain nombre de partisans, surnommés « naundorffistes », un « sous-groupe » des survivantistes. Au début du XXe, le collectionneur Otto Friedrichs et son cercle défendirent la réhabilitation les Naundorff en France, sans succès. Les descendants portent le patronyme « de Bourbon », dont l'usage leur a été accordé par les Pays-Bas. Toutefois, pour le généalogiste Michel Josseaume (1922-2020), « dans tous les cas de figure, les descendants de Naundorff ne pourraient avoir aucun droit au trône de France, étant issus de mariages luthériens ou civils, voire d'aucun mariage du tout ! ».
Tests scientifiques effectués pour trouver un lien génétique entre Naundorff et Les prétentions de Naundorff ont fait l'objet de nombreuses controverses historiques et scientifiques.
En 1943, l'historien André Castelot. fait faire des analyses des cheveux de Naundorff comparés à une mèche de cheveux du dauphin par le professeur Locard du laboratoire de police technique de Lyon. Locard conclut que les deux mèches ont la même excentration du canal médullaire. Cet argument est considéré par l'historien comme une preuve que Naundorff était bien le dauphinAlain Decaux, retrouvé, Naundorff roi de France, Paris, Éditions de l'Élan, 1947.. Mais en 1951, une seconde expertise de Locard, faite à partir d'autres cheveux, le fait revenir sur ses premiers résultats et amène l'historien à réviser ses conclusions parce qu'il s'avère que cette particularité sur les cheveux touche une personne sur trois. La similitude n'est donc, probablement, qu'un hasard .
En 1998, des analyses ADN sont menées conjointement par une équipe de généticiens de l'université catholique de Louvain dirigée par le professeur Jean-Jacques Cassiman et une équipe de généticiens de l'université de Nantes dirigée par le docteur Pascal du centre hospitalier universitaire de Nantes. Après une étude de l'ADN mitochondrial de Naundorff à partir de quelques-uns de ses cheveux et de fragments de son humérus droit (prélevé dans sa tombe en 1950), comparé à l'ADN mitochondrial des cheveux de descendants en ligne maternelle de la reine de Naples Marie-Caroline d'Autriche, sœur de Marie-Antoinette (à savoir Anne de Bourbon-Parme et son frère André de Bourbon-Parme.), les deux équipes concluent que les restes de Naundorff ne sont pas ceux du dauphin Philippe Delorme, , la Vérité, 2000, et note 117...