Francis-Maurice Pélissier, dit Francis Pélissier, né le dans le de Paris et mort le à Mantes-la-Jolie, est un coureur cycliste français.
Blessé pendant la Première Guerre mondiale et décoré de la Croix de guerre, il commence sa carrière professionnelle en 1919. Il compte à son palmarès trois titres de champion de France sur route, en 1921, 1923 et 1924, deux victoires sur Bordeaux-Paris en 1922 et 1924, et un succès sur Paris-Tours en 1921. Également spécialiste de cyclo-cross, il remporte le Critérium international en 1926. La même année, il s'affirme parmi les meilleurs routiers mondiaux en gagnant le Critérium des As puis le GP Wolber.
Il ne termine qu'un seul des six Tours de France auxquels il participe, se classant en 1923, l'année où son frère, Henri Pélissier, remporte le classement général. Vainqueur de deux étapes lors de ses six participations, Francis Pélissier y évolue dans l'ombre de son frère et se montre solidaire avec lui lors de ses différents abandons, comme sur le Tour 1924 où le journaliste Albert Londres recueille leur témoignage dans un café de Coutances, donnant naissance à la légende des .
Surnommé « le Grand » ou « le Sorcier de Bordeaux-Paris », Francis Pélissier devient directeur sportif à la fin de sa carrière de cycliste, d'abord pour le compte de l'équipe Mercier avant la Seconde Guerre mondiale, puis au sein de la formation La Perle de 1946 à 1955. Pendant une vingtaine d'années, il dirige de célèbres coureurs comme le Suisse Hugo Koblet et découvre de nouveaux talents comme Jacques Anquetil, à qui il fait signer son premier contrat professionnel en 1953, à seulement . Son frère cadet, Charles Pélissier, est également coureur cycliste.
Biographie Jeunes années Francis-Maurice Pélissier. naît le dans le arrondissement de Paris. Il est le quatrième d'une famille de cinq enfantsFrancis Pélissier a une sœur aînée, Augustine, née le , deux frères aînés, Henri, né le et Jean, né le , ainsi qu'un frère cadet, Charles, né le . Ce dernier, contrairement aux autres enfants de la famille, est né dans le arrondissement de Paris. Voir .. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes, est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari.. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de , où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ».. Francis et ses frères séjournent parfois à Polminhac, chez leur grand-mère paternelle, pendant les vacances, et participent le reste du temps aux travaux de la ferme..
Encouragé par son frère aîné Henri qui commence sa carrière chez les amateurs, Francis se passionne lui aussi pour le cyclisme, en cachette, car son père réprouve les compétitions de ce sport. Il assiste notamment au départ de son frère sur le Tour de France des Indépendants en 1910.. Parallèlement au travail à la laiterie, puis au garage que son père tient à partir de 1912, Francis Pélissier s'entraîne régulièrement à bicyclette. Sur l'invitation d'un ami, il dispute sa première course en , le championnat de l'Alimentation, organisé par l'Association Sportive de la Boucherie et ouvert aux non-licenciés. Sur le parcours de Montgeron à Melun et retour, il se classe premier.. En 1913, il rejoint la Société sportive de Suresnes et sur la classique Bordeaux-Paris, il figure parmi les entraîneurs de Louis Mottiat, le vainqueur de la course. Sa saison est néanmoins contrariée par une angine, puis la scarlatine. Il court pour le Club athlétique de la Société générale en 1914 et obtient des résultats notoires. Il prend la deuxième place du championnat de France de cyclo-cross derrière Eugène Christophe, sextuple vainqueur de l'épreuve, puis se classe également deuxième de Paris-Évreux derrière Charles Mantelet, coureur du Vélo Club de Levallois..
Première Guerre mondiale Francis Pélissier est ajourné par le conseil de révision au début de la Première Guerre mondiale : il souffre d'une fracture de la clavicule droite, cassée quelques semaines plus tôt sur une course d'amateurs à Meaux. À la demande de son père, qui n'a pas besoin de lui au garage, il assure le remplacement de l'un de ses amis, gérant d'une brasserie du boulevard Flandrin, qui vient d'être mobilisé. Francis Pélissier est finalement affecté au d'infanterie en où il officie en tant qu'agent de liaison cycliste. Son frère Jean meurt au combat près de Sainte-Menehould en , touché par un éclat d'obus à la carotide... En , alors que sa compagnie se trouve dans le fort de Vaux, près de Verdun, Francis Pélissier est pris dans un bombardement. Blessé à la main, il sauve la vie de son capitaine qui gît inconscient et le transporte sur près de jusqu'à une ambulance. Ce fait d'armes lui vaut de recevoir la Croix de guerre.
Il connaît lui aussi plusieurs blessures dans la suite de ce conflit : il se fracture la clavicule gauche en tombant à vélo dans un trou d'obus, puis en , il est touché par un tir de mitraillette à proximité de Saint-Quentin. La balle traverse son corps mais ne touche aucun organe vital. Après trois mois d'hospitalisation, il est affecté au d'artillerie, à Rouen, puis à la fin de la guerre comme cycliste au gouvernement militaire de Paris, où Alphonse Baugé rassemble d'anciens coureurs. Il y retrouve notamment son frère Henri..
Carrière cycliste Premiers succès (1919-1920) thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc d'un coureur cycliste.|Francis Pélissier en 1920. Francis Pélissier signe sa première licence professionnelle en 1919. Les fabricants de vélo doivent faire face à d'importantes difficultés financières à la sortie de la guerre et ne sont plus en mesure de parrainer une équipe. Plusieurs entreprises décident alors de créer une équipe commune, le consortium La Sportive, qui équipe la plupart des coureurs professionnels et supporte leurs salaires. Le , Francis Pélissier participe à son premier Paris-Roubaix. À partir de Breteuil, après de course, les conditions météorologiques s'aggravent et les coureurs doivent affronter une violente chute des températures ainsi qu'un fort vent du nord. Plusieurs d'entre eux sont lâchés à l'arrière et certains favoris abandonnent.. À la sortie de Saint-Pol-sur-Ternoise, un groupe de neuf coureurs dans lequel figure Francis prend la tête. Après Cambrin, il lance une attaque avec son frère Henri. Un temps isolés à l'avant, ils sont rejoints par Philippe Thys. Francis Pélissier finit par lâcher prise, victime d'une fringale, tandis que Honoré Barthélémy rejoint à son tour la tête de la course. À l'arrivée à Roubaix, Henri Pélissier franchit la ligne en vainqueur devant Thys et Barthélémy, tandis que Francis Pélissier prend la sixième place...
Au mois de mai suivant, il joue un rôle clé dans la victoire de son frère sur Bordeaux-Paris. Il figure en effet parmi les entraîneurs à vélo qui prennent la course à partir d'Orléans. Francis Pélissier assure un rythme soutenu jusqu'à l'arrivée au Parc des Princes, au point que les autres entraîneurs du coureur ne peuvent suivre. Louis Heusghem, deuxième de la course, concède finalement un retard d'une demi-heure sur le vainqueur.. Après avoir pris la troisième place de Paris-Bruxelles, il participe au Tour de France. Les frères Pélissier s'y distinguent : Henri gagne la deuxième étape à Cherbourg devant Francis, puis Francis gagne l'étape suivante à Brest devant Henri. Au début de la quatrième étape, en direction des Sables-d'Olonne, les favoris lancent une attaque en vue de distancer Henri Pélissier qui s'est arrêté pour retirer son imperméable et resserrer sa direction. Francis suit un temps le rythme des hommes de tête, mais finit par lâcher prise pour se classer finalement dix-septième. Retardé, Henri Pélissier doit céder la première place du classement général à Eugène Christophe. Le lendemain, les deux frères abandonnent, malgré l'insistance de leur directeur sportif...
En fin de saison, Francis Pélissier obtient plusieurs succès. Il remporte Paris-Nancy avec vingt minutes d'avance sur Robert Gerbaud, puis gagne le Prix René Pottier, organisé par le Vélo Club de Levallois, devant Eugène Philippe et Marcel Godard.. Il gagne enfin Paris-Dijon, puis se classe deuxième du Circuit du Morvan derrière son frère, et quatrième du championnat de France au début du mois d'octobre, également remporté par Henri Pélissier sur un parcours de derrière entraîneurs..
En 1920, Francis Pélissier domine notamment le Grand Prix de Provence en remportant la première, la troisième et la quatrième étape en plus du classement général.. Il participe à son deuxième Tour de France, mais abandonne dès la troisième étape, souffrant d'un début de pneumonie.. Avec son frère Henri, ils s'imposent dans Paris-Metz, une épreuve courue par équipe de deux, devant le duo Romain Bellenger-Robert Jacquinot.. Bien que professionnels, ils disputent en octobre le challenge de l'Union vélocipédique de France, une épreuve contre la montre de par équipes sous les couleurs du Club athlétique des sports généraux. Associés à Charles Lacquehay et Marcel Godard, deux autres coureurs professionnels, ils sont devancés au classement général par les amateurs du Vélo Club de Levallois.. En novembre, Francis Pélissier conclut sa saison en remportant le Prix du cinquantenaire, disputé sur un parcours de autour de Lyon, avec plus de vingt minutes d'avance sur Gabriel Figuet..
Champion de France (1921) thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc montrant deux cyclistes enfilant un maillot à l'arrivée d'une course, entourés par la foule.|Francis Pélissier (à droite) et Robert Grassin enfilent leur maillot de champion de France. Les frères Pélissier réalisent le doublé sur Paris-Roubaix 1921. Henri s'impose, deux ans après son premier succès dans l'épreuve, devant Francis. Les deux hommes passent à l'attaque dans la côte de Doullens et seul le Belge René Vermandel est en mesure de les suivre. Henri place une nouvelle accélération dans la traversée de Hem et Francis protège alors la fuite de son frère en marquant Vermandel pour finalement se classer deuxième.. Il remporte ensuite sa première victoire sur une classique en gagnant Paris-Tours, dans des conditions météorologiques éprouvantes. Dès la sortie de Bonneval, après une cinquantaine de kilomètres de course, le peloton affronte de fortes chutes de neige. À chaque point de contrôle, alors que les abandons se multiplient, les coureurs s'arrêtent prendre un bain de pieds chaud. À Vendôme, Francis Pélissier se retrouve en tête avec les Belges Louis Mottiat et Albert Dejonghe et alors que ce dernier est définitivement distancé après une crevaison, Eugène Christophe rejoint les hommes de tête. Pélissier tente de s'échapper à plusieurs reprises. Il y parvient à la sortie de Chinon et compte jusqu'à quatre minutes d'avance, mais une crevaison le retarde et ses rivaux le dépassent. Tenant une forme supérieure à ses rivaux, Francis Pélissier rejoint la tête de course à Azay-le-Rideau et se détache définitivement pour s'imposer en solitaire à Tours, avec plus d'une minute d'avance sur Mottiat et Christophe..
Au mois de juin, le championnat de France se dispute sur de Versailles à Rambouillet, avec entraîneurs, et rassemble dix-neuf concurrents. Francis et Henri Pélissier attaquent dès le départ et seuls Romain Bellenger, Honoré Barthélémy et l'amateur Robert GrassinLors de ce championnat, les amateurs et les professionnels courent ensemble. Le titre de champion de France amateur est décerné au premier amateur classé. sont en mesure de les suivre. À Rambouillet, les frères Pélissier distancent leurs concurrents sur une nouvelle attaque, et Francis profite de la crevaison d'Henri pour franchir la ligne d'arrivée en premier et remporter son premier titre de champion de France..
Première victoire sur Bordeaux-Paris (1922)