Bertrand de Got (ou de Goth, de Gotz, de Gout), fils de Béraud de Goth et d'Ide de Blanquefort, naquit vers 1264 en Guyenne, près de Villandraut (actuellement en Gironde). Il est évêque de Comminges, puis archevêque de Bordeaux, avant d'être couronné à Lyon, en 1305, devenant, sous le nom de , le de l’Église catholique. Il meurt le à Roquemaure (actuellement dans le Gard). Son tombeau se trouve dans la collégiale Notre-Dame qu'il avait fait bâtir à Uzeste.. Sous son égide furent construits, dans le sud de l'actuel département de la Gironde, les châteaux dits « clémentins » : Villandraut, Roquetaillade, Budos, Fargues, La Trave et Duras. Il est le premier des neuf papes en Avignonhttps://palais-des-papes.com mais son siège restera itinérant dans le sud de la France tout au long de son pontificat.

On retient de lui l'image d'un pape de bonne foi, qui manquait toutefois d'audace et d'esprit de décision, autant par tempérament qu'en raison d'une santé déclinanteGeorges Bordonove, La tragédie des Templiers, Éditions Tallandier, 2011., et qui permit l’abrogation de l'ordre du Temple lors du concile de Vienne, en se soumettant au roi Philippe le Bel.

Il a donné son nom au vin de Bordeaux le château Pape Clément, ainsi qu'à un lycée, le lycée Pape Clément.

Biographie Son élection Après un court pontificat, la mort de en fit ouvrir le conclave de Pérouse et laissa éclater les dissensions du Sacré Collège entre cardinaux bonifaciens et anti-bonifaciens.. Les discussions durèrent jusqu’au mois de , et les cardinaux se mirent d'accord pour choisir un pontife hors de leurs rangs, qui n'aurait pas été mêlé aux problèmes de la politique bonifacienne.. Ainsi, le désignèrent-ils l’archevêque de Bordeaux, dont le nom fut choisi par Napoléon Orsini, parmi trois prélats choisis hors du Sacré Collège.. vignette|upright|Miniature représentant à la bibliothèque Palatine de Rome. Différents récits se contredisent sur le déroulement de l'élection. Selon le récit du chroniqueur Giovanni VillaniL'Histoire de Florence., le parti italien du Sacré Collège, bonifacien, devait nommer trois évêques de France, et le parti français choisir celui des trois qu'il préférerait. Mis au courant de la liste, Philippe le Bel alla trouver Bertrand de Got pour s'accorder avec lui, en échange de son élection au trône pontifical. Selon Villani, ils se seraient rencontrés en forêt près de Saint-Jean-d'Angély et le roi de France aurait fait promettre l'archevêque de réaliser six actions dès lors qu'il débuterait son pontificat : révoquer les actions de à son encontre, redonner aux Colonna leur honneur et dignité, ou encore accorder à la France les décimes du Clergé pour une durée de cinq ans.. Cependant, cette rencontre n'a pu être vérifiée et serait contredite par plusieurs chroniques prouvant que les deux hommes ne se trouvaient pas à Saint-Jean-d'Angély à cette date. D'après Ferretto de Vicente, les habitants de Pérouse, las de voir les cardinaux préférer leurs maisons personnelles au palais pontifical et à son conclave, les poussèrent à se réunir à nouveau au palais, les y enfermèrent, et les privèrent du toit et des vivres tant qu'ils ne se seraient pas accordés. Un troisième récit fait intervenir Robert d’Anjou à la tête de « trois cents cavaliers aragonais armés et d’une multitude d’Almogavres qui ne l’étaient pas moins ». Impressionnés par tant de lances, les cardinaux français et italiens qui étaient représentés à égalité dans le conclave s’empressèrent de se mettre d’accord sur une seule chose : choisir un pontife hors de leurs rangs. Selon Jean Favier, enfin, la nomination de Bertrand de Got est à la fois désirée par le roi de France et considérée comme acceptable par Francesco Caetani, neveu de et chef de file de son parti depuis la sortie du conclave de Matteo Rosso, malade, qui s'opposait à un candidat extérieur au Sacré Collège. Napoléon Orsini, allié des Colonna, convainc Caetani de favoriser de Got, et de rallier son parti à cette candidature..

Le nouveau pape choisit de régner sous le nom de Clément, le cinquième, le Bertrand de Got, illustre canoniste, avait été évêque d’Agen, de Langres et de Comminges avant de devenir archevêque de Bordeaux, où il était vassal du roi d’Angleterre mais sujet du roi de France..

Son refus de rejoindre Rome vignette|upright|Cour itinérante de . Bertrand de Got aurait voulu se faire couronner à Vienne (Dauphiné) comme son lointain prédécesseur Gui de Bourgogne qui en fut l’archevêque de 1083 à 1110 et qui régna, jusqu’en 1124, sous le nom de . Mais Philippe le Bel préféra Lyon et le nouveau pape obtempéra. Dans un froid glacialToutes les chroniques de l’époque ont décrit l’hiver de 1305 comme fort rigoureux. Pour se réchauffer, le pontife se fit suivre par vingt tonneaux de vin nouveau de Bordeaux, donnés par le roi d’Angleterre., se dirigeait vers la vallée du Rhône, puis remonta vers Lyon pour son couronnement. La cérémonie déploya ses fastes devant le roi de France, en la basilique Saint-Just, le dimanche .

C'est alors que se produisit un événement qui devait coûter la vie au duc de Bretagne , venu à Lyon pour le sacre du pape afin de régler ses différends avec l'épiscopat breton. Au retour de l'église Saint-Just, alors que le duc tenait la bride de la mule pontificale, un mur sur lequel une foule de spectateurs s'était placée s'effondra, renversa le souverain pontife et ensevelit : on l'en retira mourant, il expira quatre jours plus tard, entre le 16 et le .

Peu décidé à se rendre à Rome où régnait le marasme le plus total (les troupes pontificales étant en guerre contre Venise pour le contrôle de Ferrare), il semblerait que la prime intention de fut de passer son pontificat à Bordeaux. Rome au n'était pas encore la capitale politique et administrative de l'Église, la cour pontificale étant itinérante, mais elle gardait la prééminence car elle conservait les reliques des apôtres Pierre et Paul. Entre février et mars, il séjourna à Cluny, Nevers et Bourges avant de rejoindre son ancien archevêché, traînant d’abbayes en diocèses de France et nommant des cardinaux à sa dévotion.

Quand il s'approcha de Bordeaux les Gascons tout au long du chemin le saluaient et l'acclamaient. Il trouva une ville en liesse lors de son arrivée en . Cela entraîna la prise de mesures de sécurité et de ravitaillement par le sénéchal d'Aquitaine. Le , le pape quitta son ancienne ville épiscopale et, en chemin, passa à Villandraut où il était né et dont il était le seigneur.

L'affaire des Templiers fut d'abord le pape du procès de l'ordre du Temple. Philippe le Bel, le , lui avait fait parvenir les aveux de hauts dignitaires templiers. En Guyenne, le pape, malade, malgré ces premiers aveux et la promesse royale de lui remettre tous les coupables, manquait d’enthousiasmeÀ Beaucaire, trois commandeurs mis à la torture — moyen infaillible de connaître la vérité — avaient avoué que, dans un chapitre tenu à Montpellier, avait été exposée une « tête » et que, aussitôt, le diable était apparu sous la forme d’un chat. Tandis que ce greffier parlait avec bonté aux participants, ceux-ci l’avaient adoré puis étaient venus des démons sous la forme de femmes et chaque frère avait eu la sienne ! Geoffroy de Gonneville, précepteur d’Aquitaine, révéla que ces pratiques s’étaient répandues dans l’ordre sous l’influence de Maître Roncelin. Guy de la Tour, frère du Dauphin d’Auvergne, expliqua que ce Roncelin, un noble natif de Fos, avait été, à partir de 1265, maître de l’ordre à Orange et, depuis 1281, maître de la milice en Provence. À la fin du , en fouillant les Archives apostoliques du Vatican, l’évêque Munther de Zélande affirma avoir découvert un manuscrit qui indiquait : « Ici commence le livre du baptême du feu ou statuts secrets donnés aux Frères par le Maître Roncelinus ». D’après ce prélat une partie de ce document était chiffré et portait en exergue : « Ici commencent les signes secrets que Maître Roncelinus a réunis ». Malheureusement seul le prélat hollandais a fait état de ces textes qui sont restés toujours introuvables dans la Bibliothèque apostolique vaticane.. Cela était insupportable à Guillaume de Nogaret. Le garde des Sceaux pensa avoir trouvé la parade en faisant prononcer par Pierre Dubois, avocat de Coutances, une diatribe en place publique « contre ceux qui refusaient de faire manger le pain du roi » aux chevaliers du Temple.

Le pape s'installe près d'Avignon dans le Comtat Venaissin Troublé par la tournure des événements et pour tenter d’amadouer le roi de France, décida de s’installer provisoirement en pays plus neutre que la Guyenne anglaise.. Il choisit le Comtat Venaissin, fief pontifical. Le Comtat Venaissin avait été cédé, en 1229 selon les termes du traité de Paris, par à la papauté. Rome en prit officiellement possession quelques décennies plus tard, en 1274, après la mort d’Alphonse de Poitiers et de son épouse, Jeanne de Toulouse, fille du comte Raymond. Il fait transporter le trésor papal depuis le port de Pérouse jusqu'à Bordeaux, par Musciatto Franzesi, banquier du pape précédent, en 1306, mais celui-ci est accusé de concussionYves Renouard, Les relations des papes d'Avignon et des compagnies commerciales et bancaires de 1316 à 1378, Paris, E. de Boccard, 1941, ..

arrive en Avignon avec sa suite le et s’installa d’abord dans le couvent des dominicains hors les murs d'Avignon. Seul le Comtat Venaissin (ex-marquisat de Provence des comtes de Toulouse) était terre pontificale : Avignon était une possession du comte de Provence, roi de Naples et à ce titre vassal du Saint-Siège..

Malgré les positions favorables à son égard du comte de Provence et du Dauphin du Viennois, n’avait pas pris en compte que la pression française sur ses fiefs de la rive gauche du Rhône devenait de plus en plus prégnante. Au bas de Villeneuve-lès-Avignon elle était matérialisée par la tour Philippe le Bel, véritable donjon contrôlant le pont Saint-BénézetMarie-Luce Fabrié, , .. Elle venait d’être achevée en 1307 après quinze ans de travaux. Quant au pont, qui reliait Avignon (terre d’Empire) à Villeneuve-lès-Avignon (royaume de France), il avait été construit entre 1177 et 1184. Cet ouvrage mesurait neuf cent quinze mètres de long, avait vingt-deux piles et de nombreuses arches de bois. Personne ne se doutait à cet instant que sept pontifes allaient se succéder dans cette ville pendant près de soixante-dix ans.

Le concile de Vienne vignette|upright| et Philippe le Bel face aux Templiers au concile de Vienne.

temporisait tant qu’en définitive le concile au cours duquel le premier pape du Comtat devait condamner les Templiers ne fut convoqué qu’en 1311 et ceci sur ferme injonction du roi de France. Le Souverain Pontife quitta sa résidence de Notre-Dame du Groseau nommait sa résidence du Groseau, au pied du Ventoux, « le jardin de mes délices »., près de Malaucène, le pour rejoindre Vienne.

Le verdict si prévisible fut seulement proclamé le , en séance plénière du concile de Vienne, et en présence du roi de France il fulmina la bulle « Vox in excelso » qui supprimait l'ordre du Temple. Ce qui n’était pas prévu par le roi de France était que tous les biens des templiers fussent attribués aux chevaliers de Rhodes.

Un mois plus tard, le Pape décréta, par la bulle « Ad providam » la dévolution des biens du Temple à l'ordre de l'Hôpital Saint-Jean de Jérusalem, et régla le sort des Templiers par la bulle « Considerantes dudum » fulminée le .

En Provence qui jouxtait Avignon et le Comtat Venaissin, ni ni son successeur Robert d’Anjou ne cédèrent de bonne grâce les commanderies templières aux Hospitaliers. Certaines d’entre elles étaient encore en possession du comte de Provence en 1319.

La mort de