thumb| Un des chefs-d'œuvre de l’ukiyo-e : Amour profondément caché, d'Utamaro ; okubi-e (« grosse tête ») sur fonds micacé, de la série « Anthologie poétique ; section de l'amour » (1793-1794). Les principales écoles ukiyo-e, cette forme picturale japonaise qui s'étend du au , ont irrigué l'évolution stylistique et technique de l’ukiyo-e pendant toute cette période. Ces écoles, fondées par un maître et poursuivies par son élève le plus talentueux et ses successeurs, se sont succédé ou ont cohabité, chacune se distinguant des autres par des apports touchant au style (forme des corps féminins, des visages, choix des sujets...) ou à la technique (couleurs utilisées, format des estampes, fonds micacés, etc.).

Les différentes écoles ukiyo-e ont produit estampes et peintures. Cependant, selon les écoles, l'importance des œuvres peintes a été plus ou moins grande. Un atelier comme celui des Kaigetsudo, par exemple, est plus connu par ses peintures que par ses estampes, au point que son fondateur, Kaigetsudo Ando, n'a, semble-t-il, laissé aucune estampe. D'autre part, certains des artistes ukiyo-e ont eu plus d'un maître et d'autres ne sont pas connus pour être associés à une école particulière.

Une mention particulière doit être faite de l'école d'Osaka, qui se distingue tant par son style par sa situation géographique et son caractère assez marginal, l’ukiyo-e étant fondamentalement un art tokyoite, voire parfois kyotoite (comme c'est le cas pour Sukenobu)La répartition des artistes entre les différentes écoles est déduite de Hotei Encyclopedia of Japanese Woodblock Prints, 2005.

Noms d'école et noms d'artiste

Les artistes ukiyo-e portent en premier le nom de leur , jusqu'au moment où ils fondent éventuellement la leur. C'est donc par leur nom personnel d'artiste, celui qui suit le nom de l'école, qu'ils sont identifiés et connus, en règle très générale. Ce nom d'artiste se nomme le en japonais (). De ce fait, utiliser les noms d'artiste que sont Harunobu, ou Eishi pour désigner leur école est une simplification, qui permet de faire appel au gō de l'artiste fondateur, mais ne correspond pas au nom véritable de l'école (Suzuki pour Harunobu, et Hosoda ou Chōbunsai dans le cas d'Eishi).

Lecture japonaise et lecture chinoise Le nom d'artiste qu'ils portent après celui de l'école est en principe formé de deux caractères, donnant en général lieu à quatre syllabes en lecture japonaise. Cependant, ces caractères étant des sinogrammes, il en existe également une lecture chinoise, qui va donc se composer de deux syllabes seulement (le chinois étant une langue monosyllabique).

Ceci explique dans certains cas la coexistence de deux noms d'artiste pour la même personne ; le cas le plus caractéristique étant celui des Kaigetsudō, pour lesquels il est d'usage de donner le nom d'artiste en lecture chinoise, bien qu'on rencontre assez souvent la lecture japonaise. Ainsi, à la lecture chinoise d’Ando, le nom d'artiste du fondateur de l'atelier, Kaigetsudō Ando, correspond la lecture japonaise Yasunobu. Kaigetsudo Yasunobu est donc le même artiste que Kaigetsudō Ando, tout comme Kaigetsudō Nobutatsu (lecture japonaise) est en réalité le même artiste que Kaigetsudō Doshin (lecture chinoise).

Choix du nom d'artiste Cependant, les artistes japonais de l’ukiyo-e utilisent en général plusieurs noms différents au cours de leur vie. Le peintre Hokusai en est sans doute l'exemple le plus connu, lui qui utilise plus de cinquante-cinq noms différents tout au long de sa vie, changeant de nom d'artiste à chaque nouvelle œuvre importante.

Le cas de Hiroshige illustre également quelques particularités de la façon dont nom d'école et nom d'artiste sont choisis : Utagawa Hiroshige est le nom qu'il reçoit en 1812, un an seulement après avoir rejoint l'école Utagawa en tant qu'élève d'Utagawa Toyohiro, pour y prendre le nom d'artiste HiroshigeLe nom de l'école se met en premier en japonais, comme on le fait pour le nom de famille. Ce nom de Hiroshige, sous lequel il passera à la postérité, est formé du deuxième caractère hiro du nom de son maître Toyohiro, suivi par la « lecture alternative » shige du premier caractère Jū de son prénom Jūemon.

En effet, l'humilité de l'élève face à son maître implique qu'on ne reprenne pas normalement le premier caractère du nom de celui-ci, mais seulement le second. Le cas de Kaigetsudō Anchi, reprenant le premier caractère du nom de son maître, Kaigetsudō Ando, dénote donc qu'il s'agit de l'élève préféré du maître, voire, comme on l'a dit, de son fils.

Écoles de Tokyo ou de Kyoto

École Hishikawa (aussi connue comme école Moronobu) thumb|upright=1.0|Hishikawa Moronobu : Estampe d'une série de 12, de style abuna-e. Autour de 1680. Gravure sur bois, encre sumi (noire) sur papier. Provenance inconnue thumb|upright| Sugimura Jihei, Grande bijin en promenade, estampe imprimée en noir et blanc (sumizuri-e), et peinte à la main.

Hishikawa Moronobu est considéré comme le premier représentant de l’école ukiyo-e. En adaptant les techniques traditionnelles de la peinture à la gravure sur bois et en publiant des estampes sur papier libre plutôt que des livres entiers, il contribue à la diffusion de l’estampe japonaise dans les classes les plus modestes.

Hishikawa Moronobu (1618-1694) (fondateur) Hishikawa Morofusa Hishikawa Moroyoshi Hishikawa Moronaga Hishikawa Moroshige (Furuyama Moroshige) Hishikawa Morohira Tamazaki Ryūjo

Sugimura Jihei est, quant à lui, un rival de Moronobu, longtemps confondu avec celui-ci. À la différence de presque tous les autres artistes de l'ukiyo-e, il signe la plupart de ses estampes séparées (ichimai-e) en incorporant sa signature (les deux caractères Sugi et Mura) aux dessins complexes des kimonos des femmes qu'il représentait. Sugimura Jihei (actif de 1681 à 1698)

École Furuyama Furuyama Moroshige (actif entre 1678 et 1698) (fondateur), initialement appelé Hishikawa Moroshige Furuyama Moromasa Furuyama Morotane Furuyama Morotsugu

École Ishikawa Toyonobu Ishikawa Toyonobu est particulièrement connu pour son usage virtuose du benizuri-e, estampe faisant appel à deux couleurs, le rose et le vert.

Il lui arrive d'autre part de faire appel à une technique particulière, consistant à rassembler dans un triptyque des estampes déjà éditées par ailleurs. Ishikawa Toyonobu (1711 - 1785) (fondateur) Ishikawa Toyomasa

École Kaigetsudō

Kaigetsudō Ando (fondateur) Kaigetsudō Anchi Kaigetsudō Dohan Kaigetsudō Doshin Kaigetsudō Doshu Kaigetsudō Doshū Hasegawa Eishun (Baiōken Eishun) Matsuno Chikanobu

École Miyagawa

Miyagawa Chōshun a appris son art sous la direction de maîtres des écoles Kanō et Tosa, ainsi que sous la direction de celui que l'on considère comme le fondateur de l'ukiyo-e, Hishikawa Moronobu. Ces influences sont évidentes dans son art, de même que celle de l'École Kaigetsudō.

Miyagawa Chōshun (fondateur) Miyagawa Isshō Miyagawa Chōki Miyagawa Shunsui

École Okumura (aussi connue comme « école Masanobu »)

Okumura Masanobu est un important innovateur dans l'histoire de l’ukiyo-e : il introduit de nouveaux formats comme l’hashira-e (un format vertical très étroit), ou encore le format hosoban. Il œuvre aussi très tôt pour produire des estampes imprimées en deux couleurs (benizuri-e, en rose beni, et vert).

D'autre part, avant même Toyoharu, dès 1739, il aborde l'étude des lois de la perspective occidentale (uki-e), pour produire de premières estampes sur cette base autour de 1745Images du Monde Flottant - Peintures et estampes japonaises , page 194. Dépôt légal : septembre 2004 - .

Okumura Masanobu (1686 - 1764) (fondateur) Okumura Nobufusa Okumura Toshinobu Tanaka Masunobu Mangetsudō

École Nishimura (aussi connue comme « école Shigenaga ») Nishimura Shiganaga (fondateur) Ishikawa Toyonobu Nishimura Shigenobu Suzuki Harunobu Yamamoto Fujinobu Tomikawa Fusanobu Yamamoto Yoshinobu Hirose Shigenobu

École Nishikawa (aussi connue comme « école Sukenobu ») thumb|upright| Beauté à l'horloge, peinture sur soie de Sukenobu : la bijin semble s'apprêter à nouer les fils de l'horloge, pour en arrêter le mécanisme, sans doute pour rester plus longtemps avec son amant.Première moitié du . thumb|upright| Koryusai : Hinagata wakana no hatsu moyo. À l'époque de cette estampe, le style de Koryusai a déjà fortement divergé de celui de Harunobu, alors qu'il en était généralement très proche avant 1772.

Sukenobu réside à Kyoto, ce qui en fait un cas particulier dans le monde de l'ukiyo-e. Son style influence ses successeurs, y compris Harunobu, même si les visages représentés par Harunobu sont bien différents, plus graciles. Nishikawa Sukenobu (1671 - 1751) (fondateur) Nishikawa Suketada Kawashima Nobukiyo Nishikawa Terunobu Takagi Sadatake

École Harunobu thumb|upright=1.0|center| Courtisane sur une véranda, estampe nishiki-e de type kakemono de 34,6 cm sur 54 cm. Probablement entre 1760 et 1770. École fondée par Suzuki Harunobu, connu, non seulement pour son œuvre, mais aussi pour l'apport technique essentiel que représente l'arrivée des nishiki-e, les « estampes de brocart ». Parmi ses imitateurs, on peut mentionner Suzuki Harushige, connu également sous le nom de Shiba Kokan. Mais Harunobu eut une influence marquée sur l’ukiyo-e, avec des artistes comme Ippitsusai Buncho, Isoda KoryusaiKoryusai commence d'ailleurs sa carrière sous le nom de Haruhino (donc apparenté à l'école de Harunobu), et son style ne se distingue véritablement de celui de Harunobu qu'à partir de 1772. ou même Katsukawa Shunshō.

Suzuki Harunobu (fondateur) Isoda Koryūsai Shiba Kōkan (Suzuki Harushige) Yasunobu Komai Yoshinobu Suzuki Haruji Masunobu Mitsunobu Naka Kuninobu Morino Sōgyoku Ueno Shōha

École Ippitsusai Bunchō Il est traditionnellement associé à Shunshō dans ses recherches de portraitiste. Tout comme celui-ci et comme Koryusai, ils s'inscrivent dans la lignée de Harunobu, malgré les différences stylistiques qui les séparent.

Ippitsusai Bunchō (actif de 1756 à 1790) (fondateur) Tsumuri no Hikaru Tamagawa Shūchō

École Katsukawa (aussi connue comme « école Shunshō ») thumb|upright=0.7|Bijin-ga par Shunshō. On remarque le style encore très proche de celui de Harunobu (vers 1771).

Shunshō étudie sous la direction de Miyagawa Shunsui, fils et élève de Miyagawa Chōshun, tous deux artistes ukiyo-e également réputés et talentueux. Ses premières œuvres datent de 1760. Shunshō est particulièrement connu pour avoir introduit une nouvelle forme de yakusha-e, estampes décrivant les acteurs de kabuki. Cependant, et même si elles sont moins réputées, ses bijin-ga sont considérées par certains spécialistes comme « étant les meilleures de la deuxième moitié du ». Parmi ses élèves, on note quelques noms fameux de l’ukiyo-e, tels que Katsukawa Shunchō, Katsukawa Shun'ei, et Hokusai.

Katsukawa Shunshō (1726 - 1792) (fondateur) Koikawa Harumachi I Katsukawa Shunrō Katsukawa Shun’ei Katsukawa Shuntei Katsukawa Shun’en Katsukawa Shundō II Katsukawa Shunrin Katsukawa Shōju Katsukawa Shundō Katsukawa Shunzan Katsukawa Shunjō Katsukawa Shunsen (Katsukawa Shunkō II) thumb|upright=0.7| Katsukawa Shunchō : Contemplation des cerisiers en fleur. La parenté du style de Shunchō avec celui de Kiyonaga montre à quel point les influences peuvent s'affranchir des écoles.

Shunchō est considéré comme le plus important disciple de Kiyonaga, bien qu'il n'ait pas été son élève. À la différence de celui-ci — artiste de tout premier plan que certains placent au point culminant de l’ukiyo-e — Shunchō n'est pas un innovateur ; cependant, certaines de ses œuvres égalent celles de Kiyonaga, en particulier par une harmonie des couleurs presque unique dans l’ukiyo-e. Katsukawa Shunchō Katsukawa Shunkō I Katsukawa Shungyō Tamagawa Shunsui Kinchōdō Sekiga Katsukawa Shunri Katsukawa Shunwa

École Kitao (aussi connue comme « école Shigemasa ») Kitao Shigemasa (fondateur) Kitao Shigemasa II