Le consulat général de France à Jérusalem (, ) est une représentation consulaire de la République française installée à Jérusalem, en Israël.

Son histoire, liée historiquement à l'importance de la Terre sainte pour la France, remonte aux capitulations, accords passés entre le royaume de France et l'Empire ottoman dans le cadre de l'alliance franco-ottomane. Ces accords ont permis à la France de faire reconnaître son rôle de protection des catholiques du Levant. Le premier consul français a pris ses fonctions à Jérusalem en . Cependant, c'est au milieu du que la présence consulaire française est devenue permanente, en lien avec l'implantation de nombreuses institutions catholiques françaises en Terre sainte.

Cette mission diplomatique sui generis a une position unique dans le réseau consulaire. En effet, le consulat général, bien qu'étant situé en territoire israélien, à Jérusalem-Ouest, n'est pas placé sous l'autorité de l'ambassade de France en Israël. Sa circonscription s'étend sur Jérusalem et ses environs, le délimité dans le plan de partage de la Palestine de , ainsi que sur les territoires palestiniens de Cisjordanie et Gaza.

Le consulat général est chargé de la protection et du suivi administratif des Français établis ou de passage dans sa circonscription, et des contacts avec l'Autorité nationale palestinienne jusqu'en 2013, préfiguration de l'État de Palestine.

Histoire

Des croisades aux capitulations L'histoire du consulat s'inscrit dans la tradition de l'intérêt français pour Jérusalem et ses lieux saints chrétiens à l'époque des Croisades.. Le royaume franc de Jérusalem perdure de à . De à a lieu la croisade de Saint-Louis.

La papauté ne peut entretenir de rapports directs avec un pouvoir califal « infidèle ». Une puissance catholique séculière capable de négocier avec le pouvoir musulman, arabe puis ottoman, qui tient les lieux saints est donc indispensable. Par ailleurs, cette même puissance a pour mission d'assurer le respect dans les sanctuaires du statu quo. Ce fragile équilibre y régit les relations des différentes Églises issues des schismes successifs et qui entretiennent des rapports tumultueux. Pendant longtemps, cette fonction a été endossée par le pouvoir byzantin puis Venise, mais à partir du c'est à la France que va revenir le protectorat sur les « lieux saints ».

Dans le cadre de l'alliance franco-ottomane établie en entre le roi de France et le souverain turc de l'Empire ottoman, Soliman le Magnifique, des capitulations sont établies. Ces conventions, renouvelées à chaque nouvelle ambassade française dans l'Empire ottoman, octroient aux sujets et protégés français une liberté de commerce et une égalité fiscale. Elles garantissent la libre pratique du culte catholique et le droit pour les Français de nommer un consul dans toute ville ottomane. Ceux-ci, placés sous la tutelle de l'ambassade française à Constantinople, assurent au niveau local le respect des clauses des capitulations et sont amenés à jouer un rôle politique proéminent dans la ville où ils sont nommés.

Sous le roi , l'ambassadeur François Savary de Brèves obtient en que le pèlerinage sur les lieux saints soit autorisé et que la protection des religieux latins de Jérusalem soit garantie . Les religieux catholiques de Jérusalem sont donc poussés à se réclamer du roi de France pour bénéficier de cette protection. Ces capitulations assurant efficacement la liberté de l'exercice de la religion catholique à Jérusalem permettent à la France de renforcer la légitimité de son protectorat sur les lieux saints de Jérusalem. Des capitulations sont aussi ultérieurement obtenues par l'Autriche, l'Angleterre et la Hollande, mais la prééminence de la France reste acquise.

Création du consulat Malgré le succès de cette reconnaissance de son rôle dans la protection des lieux saints, la France tarde encore jusqu'en avant de nommer un consul à Jérusalem. En effet, les consulats des échelles du Levant doivent leur existence à des considérations essentiellement commerciales. Jérusalem, contrairement à Smyrne ou Alep, n'a pas de fonction commerciale. C'est donc uniquement pour sa centralité religieuse qu'il est décidé d'y nommer un consul.

Un incident décide à établir un consulat à Jérusalem. Une querelle entre Arméniens et Franciscains a éclaté dans la grotte de la nativité à Bethléem à propos de deux lampes suspendues en contradiction avec les droits reconnus à l'ordre catholique. L'incident diplomatique qui en découle conduit le royaume de France à y envoyer un diplomate, Louis Deshayes, qui après plusieurs semaines parvient à faire valoir les droits des Franciscains.

À la suite de cette mission réussie, le roi de France nomme en par lettres patentes le premier consul de France à Jérusalem, Jean Lempereur :

Lempereur prend ses fonctions en . L'accueil rendu aux consuls fera que la présence consulaire ne sera cependant permanente qu'à partir de . Le premier consul reste en poste jusqu'en . Sébastien de Brémond lui succède de à puis Jean de Blancas de à . Cette présence intermittente s'explique par le contexte local peu favorables aux diplomates français. D'importantes rivalités divisent les chrétiens de Jérusalem, orthodoxes et catholiques. Les différents ordres catholiques sont eux-mêmes en conflit. Les Franciscains qui ont une solide implantation en Terre sainte depuis le sont inquiets de la concurrence d'autres ordres. Les consuls français auxquels le roi a demandé d'aider les Franciscains sont perçus par ces derniers comme inféodés aux Jésuites. Ils sollicitent donc plus volontiers la protection de Venise et sont réticents à les aider sur un plan matériel à s'installer à Jérusalem. À cela s'ajoutent des complications récurrentes avec les autorités locales qui provoquent des émeutes et accusent parfois les diplomates français de complicité avec une sédition.

Ceci explique les nombreux déboires des consuls français. L'un est séquestré, rançonné puis expulsé. Le même sort est réservé à un autre reconduit manu militari. Le dernier, fort de l'expérience de ses prédécesseurs, se rend à Jérusalem incognito mais est rappelé quatre mois plus tard en raison de la double hostilité des Franciscains et du pouvoir local. Le consul de Brémont décrit de la manière suivante son séjour : Lorsque le poste de consul n'est pas pourvu, les tâches incombant au consulat sont assumées par celui de Seyde (Sidon) ou par l'ambassade de Constantinople.

Après le départ du consul Blancas en , le consulat est fermé pour un siècle mais la France continue de porter un intérêt pour la Palestine ottomane. En sont signées des capitulations qui sont définitives alors qu'elles étaient auparavant limitées dans le temps. Les changements de régime n'infléchissent pas la volonté de la France de rester présente dans la région. Ainsi, la Convention nationale, le régime politique qui gouverne la France de à pendant de la Révolution française, demande à son ambassadeur Aubert-Dubayet de hisser le drapeau tricolore sur toutes les églises et institutions placées sous la protection de la France en Orient. À la suite de la campagne d'Égypte initiée par () la France nomme pour quelques semaines un gouverneur français de la Palestine. Une fois la paix conclue avec l'Empire ottoman, les capitulations sont renouvelées. Napoléon ordonne à son ambassadeur à Constantinople, le général Guillaume Brune, de placer sous sa protection les caravanes se rendant sur les lieux saints.

« Redécouverte » de la Terre sainte au vignette|L'école biblique et archéologique française de Jérusalem fondée par l'ordre dominicain en est l'une des nombreuses institutions françaises créées à Jérusalem au . Ces établissements participent de l'influence de la France en Palestine ottomane.

Le début du se caractérise par une « redécouverte » globale de la Terre sainte, une région négligée par l'Occident depuis la fin des Croisades.. Ceci se traduit par l'installation de nombreuses institutions chrétiennes en Palestine ottomane. C'est, en ce qui concerne le catholicisme français, particulièrement le cas à partir du milieu du siècle. Le réseau ainsi mis en place se stabilisant au début du .

C'est dans ce contexte qu'une véritable refondation du consulat s'opère avec la nomination d'un consul à Jérusalem en . Jean Lantivy de Kerveno accoste dans le port de Jaffa le . Les honneurs militaires lui sont rendus. Il entre à Jérusalem accompagné d'un corps de troupe et accueilli par des dignitaires religieux et une foule venue nombreuse.

La présence diplomatique française sera, à partir de ce moment là, pratiquement continue dans la ville sainte. Sur place, d'autres nations européennes ont installé leurs consulats. Celui d'Angleterre a été fondé en . En la Prusse et la Sardaigne installent aussi une représentation. C'est le tour de l'Autriche en puis de l'Espagne en . La prééminence du consul français reste néanmoins reconnue. Le berat (brevet) d'exequatur émis par le sultan indique qu'il . Des jeux de pouvoirs complexes se déroulent entre obédiences et congrégations religieuses, ce qui a de fortes répercussions sur l'activité consulaire. Les franciscains soutiennent la Sardaigne qui aspire à remplacer la France dans son rôle de protection de la communauté catholique. Les Grecs orthodoxes sont appuyés par la Russie dans leur querelle avec les catholiques.

Par le bref du [ Bref du ], dans , première partie, Rome, , (consulté le 6 décembre 2013)., le pape rétablit le patriarcat latin de Jérusalem comme siège résidentiel. Le premier titulaire, le patriarche Joseph Valerga, prend possession de son siège en . Son arrivée conforte la position de Paul-Émile Botta, qui a lui-même été nommé consul de France cette même année. Il appuie le patriarche dans sa politique d'affirmation de la présence catholique en Palestine. Il intercède en sa faveur auprès du pacha, l'accompagne dans ses déplacements. Il va même une fois à sa rescousse, se présentant en grand uniforme devant un lieu où il est retenu prisonnier, de manière à obtenir sa libération. Le rôle de protecteur des Lieux saints du consul français ne fait que croître à mesure que s'intensifie l'installation d'institutions catholiques françaises. On observe d'ailleurs un mouvement parallèle chez les Britanniques, les Allemands ou encore les Russes. Côté français, de nombreux ordres sont présents : dominicains, lazaristes, bénédictins, pères blancs, assomptionnistes. Parmi les communautés religieuses féminines, se retrouvent entre autres à Jérusalem les filles de la Charité, les Sœurs de Saint-Joseph-de-l'Apparition. Les communautés religieuses fondent hôpitaux, écoles et dispensaires. Autant de lieux permettent la diffusion de la langue et de la culture française. Les dominicains établissent en un institut de recherche, l'École biblique et archéologique française.

Le congrès de Berlin de donne une première reconnaissance internationale au protectorat français sur les lieux saints. Son article 62 indique que .. Le Vatican, par la voix de la congrégation pour l'évangélisation des peuples reconnaît de même ce protectorat français dans la circulaire , où il est indiqué que ..

La concurrence entre missions diplomatiques amène Paris à suivre l'exemple des Grecs qui ont élevé leur représentation au rang de consulat général. Les français font de même en . Toujours placé sous l'autorité de l'ambassade de France à Constantinople, le consulat général français à Jérusalem dispose désormais d'une valise diplomatique permettant des communications directes avec le Quai d'Orsay.. L'élévation de la représentation au rang de consulat général est saluée par la communauté française de Jérusalem. Elle se rend en foule au consulat et l'orchestre de l'église Sainte-Anne y joue La Marseillaise à de multiples reprises.