Armand de Bourbon, prince de ContiOn trouve, dans la documentation, les deux orthographes, Conty et Conti. Les historiens modernes ont adopté la seconde, mais le titre tire bien son origine de Conty, petite ville du Nord de la France, située à 35 km d'Amiens, en Picardie. Ce fief est entré dans la maison de Condé par le mariage de Louis de Bourbon, premier prince de Condé, avec Éléonore de Roye en 1551., né le à Paris, dans l'Hôtel de Condé, et mort le au château de la Grange-des-Prés, près de PézenasAu 17e siècle, le domaine de la Grange des Prés ne fait pas partie de la commune de Pézenas (de même que le village d'Auteuil, où séjourneront Molière puis Boileau, ne fait pas partie de Paris). Cela se vérifie, par exemple, dans l'Histoire générale du Languedoc, t. V, 1745, p. 508, où l'auteur évoque la mort du duc Henri de Montmorency « dans sa maison de la Grange des Prez, auprès de Pezenas », formulation qui se lit également aux pages 574, 575 et 576, à propos du séjour que Richelieu fit dans le même lieu., est un prince du sang du XVIIe siècle. Puîné des trois enfants d' et de Charlotte Marguerite de Montmorency, il est le cadet d'Anne Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville, et de Louis II de Bourbon, dit « le Grand Condé », qui ont respectivement dix et huit ans de plus que lui.
En tant que prince de Conti il est à l'origine du rameau cadet des Condé, la maison de Conti.
Biographie
Les années d'études vignette|gauche|Portrait d'Armand de Bourbon-Conti enfant, gravé par Claude Mellan Le , l'enfant est tenu sur les fonts baptismaux de l'église Saint-Sulpice par sa tante Marie-Félicie des Ursins, dernière duchesse de Montmorency, et Armand-Jean du Plessis, cardinal de RichelieuDeux ans plus tard, le 30 octobre 1632, le duc Henri II de Montmorency sera décapité à l'Hôtel de Ville de Toulouse sur ordre du cardinal. . Le titre de prince de Conti a été rétabli en sa faveur l'année précédente.
De petite tailleEntre 1,58 m et 1,60 m, selon le Dr Clément, qui a étudié les différentes pièces du squelette du prince retrouvées, le 6 mai 1883, dans les ruines de la chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon (voir Abbé Frédéric Fuzet, « Le Tombeau du prince de Conti à Villeneuve-lez-Avignon », dans Bulletin du Comité de l'art chrétien, (Diocèse de Nîmes), tome IV, n° 25, 1888, pp. 138, lire en ligne sur Gallica)., comme la plupart des Bourbons, de santé très délicate, le dos légèrement voûtéLe diplomate hollandais Abraham de Wicquefort dépeindra Conti comme « un prince assez bien fait, mais mal logé dans un corps très mal composé et difforme »., mais beau de visage, le jeune prince passe son enfance dans le gouvernement de Berry, apanage de son père, où il reçoit les premiers enseignements du même « précepteur domestique », le jésuite Gérard Pelletier, qui a instruit son aîné.
Il est ensuite, pendant sept ans, l'élève des jésuites du collège de Clermont, à Paris, comme Condé l'a été au collège Sainte-Marie de Bourges. En dédiant sa « thèse de tentative » à son père, en (voir ci-dessous), le jeune théologien écrira :
… Ce partage et cette distribution que vous avez faits de vous-même à vos deux enfants vous consacre en leurs personnes à Dieu et au Roi tout ensemble ; car ayant destiné Monsieur mon frère à la défense de l'État, et moi au maintien de la Religion, on peut dire avec vérité que vous vous donnez tout entier en la personne du premier au bien de la France, et en la mienne à la protection de l'ÉgliseThèses théologiques de la grâce et de l'eucharistie (…) soustenues par Monseigneur le prince de Conty dans la grande salle de Sorbonne (…) le 10. juillet 1646, p. 7, lire en ligne sur Google Livres..
À en croire le préfacier anonyme des Œuvres de Monsieur de Molière publiées à Paris en 1682, le jeune Jean-Baptiste Poquelin « eut l'avantage de suivre feu Monsieur le Prince de Conty dans toutes ses classes », mais cela semble peu vraisemblable, le fils de tapissier étant l'aîné du prince de presque huit ans.
S'il était avéré que Molière a étudié au collège de Clermont (ce qu'aucun document n'atteste), les deux garçons, que le théâtre réunira plus tard, auraient été initiés à la pratique de la scène, ou du moins à la déclamation tragique, par les mêmes pédagogues jésuites. Ainsi, par exemple, la Gazette de Renaudot du 9 mars 1641 informe-t-elle ses lecteurs que l'avant-veille,
fut représentée, dans le Palais Cardinal, en présence de Son Éminence [le cardinal de Richelieu], une tragédie latine, par les écoliers des pères jésuites de cette ville. La scène fut ouverte par le prince de Conti et fermée par le jeune duc de Nemours, l’un et l’autre, par les preuves de la bonté de leur esprit et grande espérance qu’ils font concevoir d’eux, répondant à l’élégance et beauté du sujet, qui fut une histoire des deux enfants des rois de Danemark et d’HolsaceLe programme de cette tragédie composée par le Père Étienne Agard Dechamps, régent (professeur) de philosophie du collège de Clermont, peut se lire sur Gallica..
Le , Conti, qui n'a que 12 ans, reçoit la commende de l'abbaye de Saint-Denis. L'année suivante, il est nommé abbé de Cluny, et recevra encore sept autres abbayes et cinq prieurés. gauche|vignette|Armand de Bourbon-Conti, gravé par Jean Morin (Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris). En il présente ses thèses devant ses maîtres du collège de Clermont ; le suivant, il est reçu maître ès arts ; puis il part poursuivre ses études de théologie à l'université de Bourges. Le , il soutient non sans éclat une « thèse de tentative »La première thèse que soutenait celui qui voulait être reçu licencié en théologie (Dictionnaire de l'Académie française, 1878). dans la grande salle de la faculté de théologie à la Sorbonne, en présence de Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de Paris et futur cardinal de Retz ; elle porte « sur la grâce, sur la pénitence et sur l'eucharistie » et sera publiée la même année à Paris et à Rouen.
Cette thèse, commente l'historien Jean LesaulnierArticle Conti, Dictionnaire de Port-Royal, Champion, 2004, p. 299., défend ouvertement la doctrine du théologien espagnol Louis Molina et se dresse contre l'Augustinus de Jansenius et la Fréquente communion d'Antoine Arnauld. Le prince de Conti fait vœu d'entrer chez les jésuites.
Son père, le prince de Condé, étant mort le de la même année, un conseil de tutelle décide, à son grand déplaisir, que le jeune Conti restera encore un an chez les jésuites. Le , la princesse de Condé arrive à la cour, « amenant avec elle le prince de Conti son fils, qui était alors son bien-aimé »Mémoires de Madame de Motteville, t. II, p. 389, lire en ligne..
Avant de mourir, le prince avait demandé le chapeau de cardinal pour son cadet ; celui-ci ne l'obtiendra jamais, et ce ne sera pas faute de l'avoir exigéLe 29 octobre 1648, Dubuisson-Aubenay note dans son Journal : « Le même jeudi, le prince de Conti déclara qu’il voulait être cardinal et demanda qu’on lui donnât une lettre du roi au pape pour obliger sa Sainteté à le pourvoir extraordinairement (Journal des guerres civiles, Paris, Champion, 1883, t. I, p. 81, lire en ligne. ». « En attendant ce chapeau, écrit Victor Cousin, Armand de Bourbon vivait à l'hôtel de Condé, à moitié ecclésiastique, à moitié mondain, tout occupé de bel esprit et avide de toute espèce de succès. La gloire de son frère le piquait d'émulation, et il lui prenait des caprices guerriers. » Les années de Fronde
vignette|Portrait miniature du prince de Conti dû à un artiste anonyme (Musée Condé, Chantilly). Au mois de , avec son beau-frère le duc de Longueville, et toujours désireux d'obtenir le chapeau de cardinal, Conti prend parti pour la Fronde parlementaire. Le 11, les deux hommes se présentent devant le parlement de Paris, le prince réitère les assurances qu'il a données la veille « d'employer sa vie jusqu'à la dernière goutte de son sang pour le service du Roi sous l'autorité du Parlement », et ce dernier le déclare « généralissime des armées ».
Le suivant, les troupes commandées par Conti sont mises en déroute à Charenton par celles de son frère Condé, resté fidèle à la CourVoir la lettre de Gui Patin du 20 mars 1649.. Le , la paix de Rueil, en levant le blocus de Paris, met fin à la Fronde parlementaire. gauche|vignette|Anne-Genneviève de Bourbon, duchesse de Longueville (Château de Versailles). C'est au cours de l'intermède de relative accalmie entre les deux Frondes que se déroule à Paris la guerre comique des deux sonnets, ou Querelle des Jobelins et des Uranistes, qui oppose les partisans du sonnet d'Uranie, de Vincent Voiture, conduits par Mme de Longueville, et ceux du sonnet de Job, d'Isaac de Benserade, emmenés par son frère Conti.
Dans les derniers mois de 1649, Condé, convaincu notamment par sa sœur, rallie la cause de la Fronde, dès lors codirigée par lui-même, son frère et le duc de Longueville. Le , sur ordre d'Anne d'Autriche, régente du royaume, et de Mazarin, son ministre, le trio est arrêté au Palais-Royal et emprisonné au château de Vincennes. Sa séparation d'avec sa sœur rend sa captivité extrêmement difficile à ContiLes relations plus qu'étroites du benjamin des Bourbons avec son aînée feront écrire au cardinal de Retz (Œuvres du cardinal de Retz, tome second, Paris, Hachette, Coll. Grands écrivains de la France, 1872, p. 120) : « L'amour passionné du prince de Conti pour [sa sœur] donna à cette maison un certain air d'inceste. »
Daniel de Cosnac confirmera cette analyse dans ses Mémoires (I, pp. 10 et 22) : « En ce temps-là, M. le prince de Conti avait pour tout ce que désirait sa sœur une si grande déférence qu'il suivait tous ses sentiments, ne vivait et ne respirait que pour elle. (…) Jamais faible amant ne fut plus soumis à une impérieuse maîtresse que le fut ce frère à sa sœur… ». Au début de sa détention, il est malade d'une blessure qu'il s'est faite à la tête volontairement. Cette blessure s'avère néanmoins utile aux princes, à qui on ne peut, dès lors, refuser le secours des médecins et chirurgiens, dont certains leur servent d'intermédiaires avec l'extérieur. vignette|Le château de Vincennes et son donjon.|267x267px Le , les deux princes et leur beau-frère sont transférés au château de Marcoussis, qui, après la Bastille et Vincennes, est la place la plus sûre aux environs de Paris. Ils le quittent le pour être à nouveau transférés, cette fois-ci dans la citadelle du Havre, où ils arrivent dix jours plus tard.