Le Renard crabier (Cerdocyon thous), également connu sous le nom de Renard des savanes, ou plus rarement sous le nom de Maikong, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des canidés. Bien qu’il soit désigné sous le nom de « renard » de par son apparence particulière, due à un processus de convergence évolutive de par une écologie comparable, ce canidé originaire d’Amérique du Sud fait partie d’un genre bien plus proche de celui des loups et des chacals (canini) : Cerdocyon, dont il est le seul représentant actuel.

Dénominations Nom scientifique valide : Cerdocyon thous (Linnaeus, 1766). Nom vernaculaire locaux : arawak : Warhiro, tupi-guarani : Maikong Nom normalisé anglais : Crab-eating fox ; Noms vulgaires : Renard crabier Annexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne., Renard des savanes, Cerdocyon, Chien crabier, Chacal crabier (Vieilli), Crabier (Vieilli) ; Noms vernaculaires, utilisés en français : Renard, Petit loup, Chien des boisCette dénomination est partagée avec le chien des buissons (Speothos venaticus). (erroné), Maikong (Vieilli), Carassisi, Guaracha (Désuet).

Étymologies

Le nom générique Cerdocyon dérive du grec ancien (kerdō), signifiant « renard », et (kyōn), signifiant « chien », soit littéralement « chien-renard ».

Les synonymes historiques illustrent ses mœurs ou sa classification passée. Le terme Thous fait référence au « chacal » ( / thōs) tandis que Carcinocyon (du grec / karkinos, « crabe » et / kyōn, « chien ») souligne son régime alimentaire incluant des crustacés, ce qui lui vaut son nom vernaculaire anglais de « renard mangeur de crabes ».

Taxionomie et évolution vignette|gauche| Illustration du Cerdocyon guarara dans The naturalist's library, 1839. Le renard crabier a été initialement décrit sous le nom de Canis thous par Linné en 1766. Il ne fut classé pour la première fois dans son genre actuel Cerdocyon, que bien plus tard, par Hamilton-Smith en 1839.

La tribu Cerdocyonina serait apparue il y a environ 6,0 millions d’années en Amérique du Nord avec l’espèce fossile Ferrucyon avius, aujourd’hui éteinte (vers 1,4–1,3 million d’années). Ce genre a toutefois perduré en Amérique du Sud à partir d’une époque indéterminée, peut-être autour de 3,1 Ma, et est encore représenté de nos jours par une forme identique ou proche de celle du renard crabier.

En tant qu’espèce de la tribu des Canini, Cerdocyon thous est apparenté au genre Canis. Son plus proche parent vivant connu serait, selon les hypothèses actuelles, le chien des buissons aux oreilles courtes (Atelocynus microtis). Cette relation reste toutefois à confirmer par des analyses phylogénétiques mitochondriales. Deux sous-genres (Atelocynus et Speothos) ont d’ailleurs été anciennement inclus dans le genre Cerdocyon.

Le statut des espèces éteintes rattachées au genre a été profondément revu par les études paléontologiques récentes : L'espèce † Cerdocyon texanus a été décrite au Pliocène en Amérique du Nord (Texas, Nouveau-Mexique). Sa parenté directe avec le C. thous est contestée ; des analyses suggèrent qu'il pourrait être plus proche de la lignée des renards gris (Urocyon) ou des Vulpini.

Anciennement nommé † Cerdocyon avius, ce taxon du Pliocène de Basse-Californie a fait l'objet d'une réévaluation majeure en 2020. Il est désormais classé dans un genre distinct, Ferrucyon, et s'avère plus proche des renards que de la lignée sud-américaine actuelle.

Sous-espèces Selon :

Nom et auteur Description Répartition géographique SynonymesRenard crabier du Nord Cerdocyon thous aquilus (Bangs, 1898) Pelage sombre, taille moyenne Nord du Venezuela et Colombie apollinaris (Thomas, 1914)Renard crabier d’Azara Cerdocyon thous azarae (Wied, 1824) Pelage brun-roux, plus clair sur le ventre Nord du Brésil angulensis (Thomas, 1903) brachyteles (de Blainville, 1843) cancrivorus (Winge, 1896) guaraxa (C. E. H. Smith, 1839) melanostomus (Wagner, 1843) robustior (Lund, 1843)Renard crabier du Sud Cerdocyon thous entrerianus (Burmeister, 1861) Taille plus grande, pelage plus grisâtre Brésil, Bolivie, Uruguay, Paraguay, Argentine affinis (Marcelli, 1931) flavogriseus (Zukowsky, 1950) fronto (Lönnberg, 1919) jucundus (Thomas, 1921) mimax (Thomas, 1914) riograndensis (Ihering, 1911) tucumanus (Thomas, 1921)Cerdocyon thous germanus (Allen, 1923) Plus petit, pelage gris foncé Région andine de Bogota (Colombie)Renard crabier des savanes Cerdocyon thous soudanicus (Thomas, 1903) Caractérisé par un pelage sombre et dense Est du Venezuela Renard crabier oriental Cerdocyon thous thous (Linnaeus, 1758) (Espèce-type) Forme nominale, pelage typique brun-gris Venezuela, Guyana, Suriname, Guyane française, nord du Brésil brasiliensis (Wied-Neuwied, 1824) cancrivorus (Brongniart, 1792) lunaris (Thomas, 1914) melampus (Wagner, 1841) rudis (Günther, 1879) savannarum (Thomas, 1901) vetulus (Studer, 1905)

Description Le renard crabier présente un pelage d’un brun grisâtre sur l’ensemble du corps, avec des teintes rougeâtres sur la face et les pattes, ainsi que des extrémités noires aux oreilles et à la queue. Il possède des pattes courtes et robustes, ainsi qu’une longue queue touffue.

Sur le plan génétique, l’espèce possède 74 chromosomes diploïdes (soit 36 paires).

Dimensions La longueur moyenne de la tête et du corps est de , tandis que celle de la queue est en moyenne de Annalisa Berta, « Cerdocyon thous », Mammalian Species, no 186, 23 novembre 1982, p. 1–4, DOI:10.2307/3503974. Son poids varie entre Yahnke CJ, Johnson WE, Geffen E, Smith D, Hertel F, Roy MS, Bonacic CF, Fuller TK, Van Valkenburgh V, Wayne RK, « Darwin’s fox: a distinct endangered species in a vanishing habitat », Conservation Biology, vol. 10, 1996, p. 366–375.

Pelage Son pelage est court et dense. La couleur varie du gris au brun, en passant par des teintes jaunâtres, pâles ou gris foncé. Une bande noire est visible sur la face postérieure des pattes postérieures, ainsi qu’une raie noire courant le long de la colonne vertébrale. Le museau, les oreilles et les pattes présentent une fourrure plus roussâtre. Les extrémités de la queue, des pattes et des oreilles sont noires. Les oreilles sont larges et arrondies. Le tronc est relativement étroit, les pattes sont courtes mais musclées. La queue épaisse et velue se redresse lorsqu’il est excité. Il existe une variation marquée de la coloration entre les populations, allant du gris-jaune très clair au gris très sombre.

Écologie gauche|vignette|Un renard crabier au Parc national d'Emas Go, Chapadão do Céu, Brésil. Distribution et Habitat Cette espèce de canidé est endémique d’Amérique du Sud, dont il est cantonné aux parties les plus septentrionales du continent. Il est distribué de l’équateur à la Guyane, jusqu’au sud du Brésil.

Il occupe la plupart des habitats y compris marais, savane, cerrado, caatinga, habitat de transition chaco-cerrado-caatinga, terrains buissonneux, bois, forêts sèches semi-decidues, forêt galerie, forêt atlantique, forêt ombrophile mixte, savane isolée au sein de la forêt amazonienne de basse altitude, et forêt de montagne. Il a été vu jusqu'à d'altitude. Il s'adapte bien à la déforestation, au développements agricoles et d'horticulture (canne à sucre, eucalyptus, melon, ananas, etc), et aux habitats en phase de régénération. Dans les régions de chaco aride en Bolivie, Paraguay et Argentine, il se confine aux lisières de forêt ; les espaces plus ouverts y sont occupés par le renard d'Aszara ou renard de pampasCerdocyon thous sur la liste rouge de l'UICN..

Les habitats végétalisés sont généralement utilisés en proportion de l'abondance, variant avec le statut social et la saison climatique. Dans les savanes inondées de façon saisonnière, au Pantanal, des renards pistés par GPS sont souvent reprérés dans les savanes du Marajó, au Brésil, prédominants dans les savanes boisées (34 %) et dans les zones en friche (31 %) ; les sananes en plaines de basse altitude sont évitées, donnant la préférence aux zones de savane boisée, en particulier par les individus adultes matures et en particulier en saison humide. De même dans le llanos central du Venezuela, il migre vers des terres plus hautes en réponse aux inondations saisonnières, bien qu'il se tienne généralement dans la savane de palmiers ouverte (pour environ les 2/3 de la population) et dans les habitats couverts (shrub, bois, forêt décidue. Dans Minas Gerais (Brésil) ils marquent une préférence pour des terrains situés entre les pâtures d'animaux domestiques et la forêt galerie ; on en voit aussi dans les plantations d'eucalyptus et autres terres agricoles (8 %).

Comportement vignette|Renard crabier, Pouso Alegre, Transpantaneira, Poconé, Mato Grosso, Brésil Le renard crabier forme des couples monogames pour la chasse. Plusieurs couples monogames peuvent se regrouper durant la saison de reproduction. La densité de population varie selon les régions : on compte environ un individu pour au Venezuela, contre dans les zones humides d’Argentine.

Un comportement territorial est observé durant la saison sèche ; en revanche, lors de la saison des pluies, où la nourriture est plus abondante, l’animal se montre moins territorialRonald M. Nowak, Walker's Carnivores of the World, Baltimore, Johns Hopkins Press, 2005, . Les abris et terriers se trouvent généralement dans les buissons ou les hautes herbes, avec plusieurs entrées. Bien qu’il soit capable de creuser, le renard crabier préfère souvent réutiliser les terriers d’autres animaux.

Pour communiquer, il émet plusieurs vocalisations caractéristiques, comme des aboiements, des grognements ou des hurlements, notamment lorsque les membres d’un couple se perdent de vue.

Le renard crabier est un animal nocturne, avec des pics d’activité au milieu de la nuit et en début de matinée.

Régime alimentaire Comme l’indique son nom vernaculaire, le renard crabier recherche des crabes sur les plaines inondables boueuses durant la saison des pluies. C’est un omnivore opportuniste, qui préfère les insectes ou les petits animaux comme les rongeurs et les oiseaux lorsque ceux-ci sont disponibles. Il consomme également volontiers d’autres crustacés, des lézards, des tortues, des œufs, des charognes ; tout cela complété avec des fruits. Son régime alimentaire est très varié, et diffère selon les études, ce qui laisse suggérer une alimentation opportuniste et une grande variation à l’échelle géographique. Durant la saison des pluies, son alimentation devient plus riche en crustacés, tandis qu’en saison sèche, elle comprend davantage d’insectes. Le renard crabier joue un rôle écologique important en régulant les populations de rongeurs et d’insectes nuisibles.

Reproduction thumb|Un jeune renard crabier en captivité

Les renards crabiens atteignent leur maturité sexuelle entre 9 et 10 mois. Les femelles adultes peuvent avoir une ou deux portées par an, selon le climat et la disponibilité de la nourriture. La période de reproduction commence généralement en novembre ou décembre, puis à nouveau en juillet. La gestation dure environ 56 joursCharles A. Brady, « Reproduction, growth and parental care in crab-eating foxes Cerdocyon thous at the National Zoological Park, Washington », International Zoo Yearbook, 1978, et les naissances ont lieu en janvier, février ou parfois mars, puis à nouveau entre septembre et octobre. Lorsqu’il n’y a qu’une seule portée, celle-ci naît généralement au début du printemps. Le couple reproducteur est monogame et élève ensemble les petits, qui sont sevrés vers l’âge de trois mois et deviennent indépendants entre 5 et 8 mois.

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