vignette|William Hogarth, Gin Lane. vignette|400px|Dans une enquête de 2011 auprès de 292 experts cliniques en Écosse, l'alcool a été classé pour le préjudice personnel et pour le préjudice causé à la société, sur 19 drogues récréatives courantes. (voir aussi à ce sujet : Classification des psychotropes).
L'alcoolisme, alcoolodépendance, éthylisme ou troubles liés à l'usage de l'alcool (abrégé en TUA), est l'addiction à l'éthanol (alcool éthylique) contenu dans les boissons alcoolisées.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît depuis 1978 l'alcoolisme comme une maladie et le définit comme des « troubles mentaux et troubles du comportement » liés à l'ingestion fréquente d'alcool éthyliqueClassification internationale des maladies de l'OMS, Liste de codes CIM-10 (F10)..
Cette perte de contrôle s'accompagne généralement d'une dépendance physique caractérisée par un syndrome de sevrage à l'arrêt de la consommation (pharmacodépendance), une dépendance psychique, ainsi qu'une tolérance (nécessité d'augmenter les doses pour obtenir le même effet).
La progression dans le temps est l'une des caractéristiques majeures de cette addiction. L'usage sans dommage (appelé usage simple) précède l'usage à risque et l'usage nocif (sans dépendance), puis enfin la dépendance. L'alcool est une substance psychoactive à l'origine de cette dépendance, mais elle est également une substance toxique induisant des effets néfastes sur la santé. L'alcoolodépendance est à l'origine de dommages physiques, psychiques et sociaux.
Terminologie Pour parler d'un malade alcoolique, les médecins préfèrent le terme dalcoolodépendant. En langage médical, l'alcoolisme possède plusieurs synonymes moins connus n'ayant pas le même caractère péjoratif. Les personnels médicaux emploient ainsi les expressions « œnolisme », « éthylisme », « exogénose » ou encore « intoxication OH ». Le médecin suédois Magnus Huss a été l'un des premiers, en 1849, à situer l'alcoolisme dans le champ des maladies et à l'extraire de sa connotation de « vice »À propos du concept de Magnus Huss.. Il l'introduit sous le terme d'« alcoolisme chronique ». Dans les années 1950, Pierre Fouquet décrit le malade alcoolique comme .
Le mot alcool est employé de façon courante pour désigner l'éthanol, mais, au sens chimique, l'éthanol n'est qu'un type d'alcool parmi d'autres. La dépendance à l'alcool la dépendance à l'éthanol contenu dans les boissons alcoolisées. La concentration en éthanol varie selon la boisson et, éventuellement, la dilution. Une concentration en alcool de X° correspond à X centilitres d'éthanol par litre de boisson. L'alcoologie est la science qui traite des effets de l'alcool sur la santé et des moyens d'y remédier.
Les mots poivrot, soulard, pochtron, ivrogne sont des synonymes péjoratifs d'''alcoolique.
Classification Depuis 1978, l'alcoolisme est reconnu comme une maladie par l'Organisation mondiale de la santé (CIM-10). L'OMS classe l'alcoolisme en deux types : la forme aiguë (l'alcoolisme aigu) et l'alcoolisme chronique' correspondant à une consommation excessive régulière. L'OMS définit l'état de dépendance lorsque
La forme aiguë se manifeste par une consommation occasionnelle, plus ou moins intense (comme le « binge drinking ») et ne comporte pas en règle générale de phénomène de dépendance, contrairement à la dipsomanie et à l'alcoolisme chronique. La forme chronique se manifeste par une consommation répétée (quotidienne, de façon générale) et habituelle, au-delà des seuils de toxicité (deux à trois verres standards par jour.), et n'a pas forcément comme objectif l'ivresse.
Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) classe l'alcoolisme dans les troubles liés à l'utilisation d'une substance (l'alcool). Il caractérise la maladie alcoolique comme une dépendance. Selon le DSM-IV, la La classification du DSM-IV fait une distinction entre dépendance physique (signes de tolérance ou de sevrage) et sans dépendance physique (pas de signes de tolérance ou de sevrage). D'autres formes de classifications de la maladie alcoolique existent : une forme associée à des conduites impulsives et antisociales, à des consommations de toxiques autres (héroïne, cocaïne), à début précoce, associée à des antécédents familiaux nombreux et probablement sous-tendus par des facteurs génétiques (type II de Cloninger) ; une forme à début plus tardif, sans conduites antisociales ni consommation de toxique et sans antécédents familiaux, probablement sous-tendue par des facteurs environnementaux (type I de Cloninger).
La notion de maladie tend à être remise en question, la personne alcoolique étant plutôt considérée comme sous l'emprise d'une drogue. Ce point de vue ouvre la voie à de nouvelles méthodes de sevrage qui ne déresponsabilisent pas la personne dépendante et ne considèrent plus l'alcoolisme comme une fatalité contre laquelle un individu doit lutter toute sa vieAmnon Jacob Suissa (2008) Pourquoi l'alcoolisme n'est pas une maladie, 231 p., Éditions FIDES..
L'alcool est à la fois une substance toxique et psycho-active (à l'origine d'une dépendance, qui dépend de son usage, mais aussi du patrimoine génétique du buveur). L'usage était autrefois considéré comme : simple : également appelé « usage d'alcool à risque faible ». Il peut être expérimental, occasionnel ou régulier, à condition qu'il soit modéré ; à risque : susceptible d'entraîner des dommages à plus long terme dont la dépendance ; nocif : est caractérisé par la consommation répétée d'alcool au-delà de la modération ; avec dépendance : avec perte de contrôle de sa consommation par le sujet pouvant entraîner une tolérance plus ou moins marquée avec des signes de sevrage plus ou moins importants.
Les études ont peu à peu démontré que la morbidité et la mortalité à court et long termes augmentent, même pour des consommations faibles d'alcool par jourExpertise collective. Alcool. Effets sur la santé. Paris, Les éditions Inserm, 2001, .. . Un avis d'experts de 2017 relatif à l'évolution du discours public en matière de consommation d'alcool en France recommande que Recommandation du rapport de Santé publique France : Avis d'experts relatif à l'évolution du discours public en matière de consommation d'alcool en France |voir ..
Étiologie vignette|Un homme inconscient après consommation de bière artisanale à Eswatini. La consommation excessive d'alcool et l'installation d'une dépendance est, dans la plupart des cas, facilitée par des facteurs psychologiques favorisants qui déclenchent et entretiennent le comportement de consommation. Des exemples plus fréquemment rencontrés chez les individus en difficulté avec l'alcool sont notamment : un ou plusieurs troubles anxieux, des déficits dans les capacités à gérer le stress et l'anxiété ; un état dépressif ; des déficits dans les habiletés de communication avec autruiJean Morenon et François Perea, 2009, Langage et clinique de l'alcoolisme, éd. Presses universitaires de la Méditerranée. (la consommation peut être amplifiée par des difficultés à refuser les incitations à boire ou les frustrations liées aux conflits interpersonnels) et une intolérance à la frustration plus ou moins marquée. Dans une moindre mesure, il existe également un trouble de la personnalité (personnalité borderline en particulier, mais également antisociale, dépendante, schizoïde, histrionique, trouble bipolaire), des troubles de perception et d'expression émotionnelle (alexithymie) et un état psychotique (schizophrénie)Jean Adès et Michel Lejoyeux (2003) Alcoolisme et psychiatrie, données actuelles et perspectives, Paris, Masson..
Des facteurs psychosociaux peuvent exercer également une influence notable comme l'isolement ou le sentiment de solitude, le chômage, les violences conjugales. Des représentations cognitives de l'alcool comme symbole de convivialité, de plaisir ou de virilité sont aussi fréquemment retrouvées. Au niveau du fonctionnement cognitif, un faible sentiment d'efficacité personnelle est perçu (donc une faible confiance à résister à l'envie d'alcool) et des attentes élevées envers l'alcool. Les attentes envers une substance représentent la prédiction que fait l'individu de l'effet qu'il va obtenir en la consommant. Les attentes positives envers l'alcool concernent six domaines principaux : amélioration des relations sociales, diminution des sentiments et émotions négatifs, changements positifs globaux, plaisir social et physique, amélioration des performances sexuelles, agressivité et stimulation physique Brown S.A., Goldman M.S., Inn A. et Anderson L.R. (1980) « Expectations of reinforcement from alcohol: Their domain and relation to drinking patterns », Journal of Consulting and Clinical Psychology, , (), .. Boire à l'excès peut résulter de l'évitement inconscient de l'affrontement des émotions liées à l'activation de certains schémas cognitifs fondamentauxYoung J.E., Klosko J.S. et Weishaar M.E., La Thérapie des schémas, approche cognitive des troubles de la personnalité, Bruxelles, De Boeck, 2005.. L'alcoolisme est l'objet de nombreuses études en psychologie expérimentale avec l'approche cognitivo-comportementale. D'un point de vue simplifié, le comportement de prise d'alcool est facilité par certaines pensées caractéristiques liées à celui-ci : anticipatoires, soulageantes et permissivesBeck 1993 ; validé par Hautekèete 1999 Hautekèete M., Cousin I. et Graziani P. (1999) « Pensées dysfonctionnelles de l'alcoolo-dépendance: Un test du modèle de Beck : schémas anticipatoire, soulageant et permissif » Journal de Thérapie comportementale et cognitive 9(4):108-112., et va se trouver renforcé par l'effet anxiolytique de l'alcool qui apaise un éventuel malaise émotionnel. Ces pensées sont généralement automatiques et échappent la plupart du temps à la conscience explicite de la personne.
Selon ce modèle, les pensées anticipatoires représentent les attentes d'effets positifs de l'alcool (), les pensées soulageantes concernent les attentes d'apaisement apporté par l'alcool () et les pensées permissives autorisent la consommation (« Allez, juste pour un verre, je l'ai bien mérité après le boulot… »). Ces pensées relèvent de processus cognitifs normaux au départ et ne sont pas spécifiques de l'alcoolisme Beck A.T., Wright F.D, Newman C.F. et Liese B.S. (1993) Cognitive Therapy of Substance Abuse, New York, Guilford Press..
Il est nettement établi qu'une dépendance à l'alcool est fortement accompagnée d'un haut niveau d'anxiété et de dépression qui amplifient encore davantage la consommation. Elle s'accompagne aussi fréquemment de perturbations dans l'identification des expressions émotionnelles d'autrui, notamment d'une hypersensibilité à la colère. La prise en charge psychologique cognitivo-comportementale, généralement proposée après sevrage, peut comprendre un programme de prévention de la rechute (identification des situations à risque, résolution de problème pour améliorer le sentiment d'efficacité personnelle), un entraînement à la relaxation, à l'affirmation de soi (apprendre à refuser l'alcool, à faire face aux critiques) et un accompagnement psychologique individualiséCottraux J. (2004) Les Thérapies comportementales et cognitives, Paris, Masson..
Problèmes de santé