Le prix FeminaÉgalement orthographié « prix Fémina ». est un prix littéraire honorifique. français, créé en 1904 par vingt-deux collaboratrices du magazine La Vie heureuse, afin de constituer une contre-proposition au prix Goncourt, jugé misogyne en raison notamment de son attribution, cette année-là, à Léon Frapié, aux dépens de la favorite Myriam Harry (la première femme récipiendaire du prix Goncourt sera Elsa Triolet, en 1944).. Le prix est attribué chaque année par un jury exclusivement féminin, début novembre au musée Carnavalet depuis 2021, après l'avoir été à l'hôtel de Crillon. Il récompense une œuvre de langue française écrite en prose ou en vers.

Histoire du prix Le prix, qui s'appelle à ses débuts prix Vie heureuse du nom d'un tout nouveau magazine destiné à un lectorat féminin intitulé La Vie heureuse et édité par Hachette depuis , est décerné pour la première fois le par un jury de vingt femmes (deux fois plus que les hommes membres du jury du prix Goncourt)Discours pour les du Femina..

vignette|droite|Jury du prix « Vie heureuse » en 1904, dans le salon d’Anna de Noailles. Outre Anna de Noailles, qui fut la présidente la première année ( Adam et Barine s'étant récusées), les membres du premier jury sont (par ordre alphabétique) Juliette Adam, Arvède Barine, Thérèse Bentzon, Jean Bertheroy, Caroline de Broutelles (directrice du journal), Pierre de Coulevain, Jeanne Mette, Julia Daudet, Lucie Delarue-Mardrus, Jane Dieulafoy, Mary Duclaux, Claude Ferval, Lucie Félix-Faure Goyau (épouse de Georges Goyau), Judith Gautier, Daniel Lesueur, Jeanne Marni, George de Peyrebrune, Marguerite Poradowska, Gabrielle Réval, Séverine et Marcelle Tinayre« Le premier jury de 1905 », sur prixfemina.org, en ligne..

Les fonctions de présidente et secrétaire étant tournantes (sauf la secrétaire perpétuelle, Caroline de Broutelles), les présidences furent assurées successivement par Anna de Noailles (1904), Jane Dieulafoy (1905 et 1911), Séverine (1906), Daniel Lesueur (1907), Marcelle Tinayre (1908), duchesse de Rohan (1909 et 1910, puis 1920), Claude Ferval (1912) et Jean Dornis (1913), etc.

La première lauréate est Myriam Harry pour La Conquête de Jérusalem, titre qui s'est précédemment retrouvé sur la liste des goncourablesRevue universelle, Paris, janvier 1905, .. Le lauréat suivant est Romain Rolland. Ce prix ne consacre donc pas uniquement des autrices (sa particularité est bien d'être dirigé par un jury entièrement composé de femmes) ni même un roman : les œuvres en vers peuvent aussi concourir ; ainsi, une poétesse est récompensée en 1906 ( André Corthis, autrice de Gemmes et Moires), et en 1920 ce sera un poète (Edmond Gojon pour son cinquième recueil de poèmes intitulé Le Jardin des Dieux). Le comité de la Vie heureuse décerna aussi quelques prix particuliers de 500 ou : un prix destiné à une œuvre inédite attribué seulement en 1908, pour la pièce Les Affranchis de Marie Lenéru., un prix Érudition, Histoire, Géographie, Essais attribué à Albert Baratier en 1911 pour À travers l'Afrique., à Rachel Gaston-Charles pour M. Charmeret en Italie en 1912, à Émile Nolly pour Gens de guerre au Maroc en 1913. et à Cyril Bertier pour Têtes baissées en 1914, ainsi qu'un prix destiné à un ouvrage d'assistance ou de sociologie attribué en 1911 à Léonie Bernardini-Sjöstedt pour La Révision des valeurs de la femme, en 1912 à Paul Gaultier pour La Pensée contemporaine, et en 1914 à Jean Renaud pour Mirage d'exil.

Le groupe Hachette, qui a acquis entretemps le magazine Femina, propose en 1919 aux différents pays alliés d'attribuer un prix similaire. L'Angleterre accepte et un comité est constitué qui se réunit pour la première fois le , pour le Femina-Vie heureuse Prize. Par la suite est créé le prix Northcliffe.

Le prix Vie heureuseLe magazine La Vie heureuse reparaît fin 1945 dans une formule hebdomadaire. change de nom à la fin de la guerre de 1914 : Hachette (propriétaire du magazine La Vie heureuse) et Pierre Lafitte (fondateur du magazine Femina en 1901) s'étant associés pour que le prix perdure après 1918, le prix devient dans un premier temps le prix Femina-Vie Heureuse (ou Vie Heureuse-Femina), puis à partir de 1922 le prix Femina et le jury passe à douze membres.

Edmée de La Rochefoucauld, qui a reçu, durant des décennies, le Tout-Paris des lettres et de la pensée dans les salons de son hôtel particulier situé 8 place des États-Unis, salon réputé être l'antichambre de l'Académie française, est pendant des années présidente du jury du prix Femina. Entre autres, Judith Cladel est membre du jury de 1916 à 1958.

Parmi les personnalités ayant marqué l’histoire du jury figure Madame Simone, de son vrai nom Pauline Benda. Elle siège au jury du prix Femina pendant 50 ans, de 1935 jusqu’à sa mort en 1985. Au fil des décennies, elle y acquiert une influence importante : en 1977, la journaliste Claude Sarraute la présente dans Le Monde comme le « principal arbitre du prix Femina ». Son influence au sein du jury du prix Femina est notamment relevée en 1968 lors de l'attribution du prix à L'Œuvre au noir de Marguerite Yourcenar : selon la sociologue Delphine Naudier, l'ouvrage est couronné à l'unanimité grâce notamment à la persuasion de Madame Simone.

Dans les années 1920, le comité du prix Femina a son siège 26, rue Vavin à Paris dans le ..

La compétition est grande pour l'annonce des résultats entre les jurys du Femina et du Goncourt. Ainsi Antoine de Saint-Exupéry reçoit le Femina en 1931 alors qu'il est favori du Goncourt, idem en 1993 pour Marc Lambron tandis qu'en 1959, c'est le Goncourt qui « souffle » au Femina André Schwarz-Bart. Un accord est conclu en 2000 entre les deux jurys pour que l'ordre d'attribution des deux distinctions alterne en principe d'une année sur l'autre dans Le Nouvel Observateur du 8 novembre 2004..

Polémique

Une polémique a entaché le prix en 2019 quand la membre de jury Josyane Savigneau a déclenché une vive controverse en prenant la défense de l'écrivain et pédocriminel Gabriel Matzneff et a été par la suite accusée d’antisémitisme contre la journaliste Anne Rozenberg, visée par Savigneau en raison de son nom aux consonances ashkénazes., à la suite de quoi des internautes avaient demandé sa démission du jury, ce qu'elle avait refusé, considérant n'avoir fait aucune faute« Une journaliste qui défend l’écrivain Matzneff accusée d’antisémitisme », timesofisrael.com, 29 décembre 2019..

Jury Les membres du jury sont, en 2024.. :

Liste des lauréats Depuis sa création, le prix a été décerné minoritairement à des femmes, à hauteur de 39,4 %. À titre de comparaison, le prix Goncourt a distingué seulement 9,7 % d'écrivaines.

Certaines femmes ont été récompensées sous un pseudonyme masculin, utilisé afin de légitimer leur travail. C'est par exemple le cas d'André Corthis en 1906, Jacques Morel en 1912, ou encore Dominique Dunois en 1928.