upright=1.5|vignette|Les principaux vignobles de France. La viticulture en France trouve ses sources à l'époque de la colonisation grecque. La France étant l'un des pays de l'héritage latin, le vin fait partie intégrante de sa culture. La façon dont la culture française s'est investie dans l'élaboration de ses vins lui a même valu la réputation internationale d'être « le pays du vin »..
La France compte en 2023 un total de viticoles.Judikael Hirel: Une ferme française sur cinq a disparu en dix ans. en: infochretienne.com, 14. Dezember 2021. En 2023, elle a été le premier pays producteur mondial de vin en volume avec d'hectolitres devant l'Italie (43,9) et l'Espagne (30,5)., plus couramment le deuxième.
Histoire
Antiquité Dans les civilisations antiques du Proche-Orient ancien, la boisson principale était la bière, consommée quotidiennement de par sa facilité de fabrication : préparée le matin, elle était bue dans la journée. L'élaboration du vin exigeait une plus grande maîtrise, sa technologie se diffusa plus lentement dans le monde grec puis dans le monde gaulois. Ainsi, les Gaulois consommèrent de l'hydromel et surtout de la bière avant d'importer du vin, puis de l'exporter et de devenir, sous l'Empire romain, d’excellents viticulteurs. Les premiers comptoirs grecs établis sur les rivages méridionaux de ce qu'aujourd'hui est la France furent fondés entre le par les Grecs phocéens, qui y apportèrent la culture de la vigne, les vignobles étant alors circonscrits à d'étroits espaces proches du littoral avant de se diffuser dans la Gaule celtique.. Le vin fut quant à lui introduit par les marchands venus des cités étrusques à la fin du avant notre ère... D'après l'écrivain grec Diodore de Sicile, les Gaulois buvaient le vin purDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre V, chapitre 26, paragraphe 3.. Selon l'hypothèse de l'archéologue Matthieu Poux., couper le vin était tabou car ce produit était assimilé au sang. Le développement du vin gaulois disparut avec l'extension de la production romaine en Gaule, car seuls les citoyens romains avaient le droit de planter des vignes. Il réapparut au .
L'avancée romaine en –125, le long du couloir rhodanien vers le nord, et à l'ouest dans le Languedoc, vit alors le début d'une diffusion de la vigne et le développement de sa production dans cette province romaine., complétée les importations vinaires., venant surtout d'Étrurie et d'Hispanie, empruntaient deux axes de distribution principaux. La voie par l'Aude et la Garonne alimentait l'Ouest de la Gaule, l'autre le Nord par le Rhône ou les voies secondaires de l'Allier et de l'Hérault.. L'importation en masse de vin romain perdura jusqu'au Le vin était payé en deniers, par troc (bétail, céréales, ou biens manufacturés) voire par échange d'esclaves (un esclave contre une amphore de vin selon Diodore) et sa production était alimentée par les guerres entre les tribus gauloises. Le vin était transporté essentiellement par voie maritime (commerce hauturier ou par cabotage) et fluviale, à l'aide d'amphores ou en vrac dans les dolia disposées à poste fixe au centre de bateaux-citernes. Le commerce terrestre étant plus coûteux.
Lorsque toute la Gaule fut conquise et que les aristocrates gaulois ne pouvaient plus utiliser le commerce du vin romain pour assurer leur domination politique, la viticulture gauloise se développa sur la majorité du territoire. afin de réduire les distances de transport du vin en charrettes sur des routes mal carrossées qui le malmenaient (multiplication des surfaces de vignes et des installations viticoles avec des pressoirs et des chais équipés de foudres ou de dolia) et s'exporta vers l'ensemble de la Méditerranée.. L'optimum climatique romain favorisa cette croissance viticole... Le vin étant un marqueur de prestige, il était consommé en premier lieu par les élitesMatthieu Poux, Petite leçon de paléo-œnologie : quand les gaulois sabraient les amphores de Rome, émission le Salon noir sur France Culture, 28 décembre 2011.. La présence d'amphores dans les habitations modestes suggère que la consommation s'était démocratisée, mais ces récipients pouvaient être là juste en réemploi.. À partir de la fin du , la production de la Gaule narbonnaise commençait à concurrencer les vins italiens. En 92, l'empereur Domitien fit interdire la plantation de vignes et ordonna l’arrachage de 50 % du vignoble méditerranéen, interdiction levée seulement en 276 par un édit de Probus qui « remplit la Gaule de vignobles », selon l'expression d'Aurelius Victor, pour s'attirer la faveur des Gaulois face à la menace des invasions barbares.. Les vignobles bordelais, languedocien et rhodanien s’épanouirent et la vigne atteint alors la région parisienne, qui restera longtemps l’une des plus grandes régions viticoles françaises. Les Gallo-romains, en développant la culture viticole, améliorèrent les procédés de vinification par la technique du vieillissement en fûts de chêne. Le déclin de l’Empire romain au aurait porté un coup au développement de l'agriculture des provinces gauloises.
Du Moyen Âge aux temps modernes vignette|redresse=1.5|La miniature du mois de mars dans Les Très Riches Heures du duc de Berry représente à gauche la culture de la vigne en foule complantée d'arbres fruitiers qui était la seule pratiquée jusqu'à la crise du phylloxéra dans la seconde moitié du , cette dernière laissant la place à la monoculture en alignements de plantations de ceps de palissées. Au cours du Moyen Âge, le paysage viti-vinicole français évolua et subit de profondes modifications. En Bretagne et en Normandie par exemple, la noblesse, séduite par le cidre importé du Pays basque par voie maritime, arracha entièrement ses vignes en les remplaçant par des pommiers. À partir du , le christianisme concourut au renforcement de la valeur attachée au vin, prenant la relève sur l'Empire romain. La liturgie de la communion sous les deux espèces (le pain et le vin) pratiquée jusqu’au , fut l’un des moteurs du maintien de la tradition viticole. Alors que les vins de l’Antiquité étaient coupés d’eau et agrémentés d’herbes et d’aromates, le vin sous sa forme moderne apparu au Moyen Âge. Les cathédrales et les églises étaient propriétaires de nombreux vignobles et, sous couvert de l’activité du « vin de messe », les moines géraient de nombreux vignobles monastiques, contribuant ainsi à la création de vignobles existant jusqu'à nos jours. L’expansion de la civilisation chrétienne fut ainsi à l’origine de l’expansion de la viticulture dans le monde.
Dans les siècles qui suivirent, les vignobles français dessinèrent peu à peu le paysage actuellement connu la fin du , le vignoble de Bordeaux, seule région viticole à ne pas être sous influence de l’Église, commença à se développer. Le duché d’Aquitaine, uni à la couronne d’Angleterre, remplit les flottes anglaises de clairet dont les Anglais raffolaient. Au début du , le vignoble de Champagne fut créé par la Grande Charte champenoise, donnée par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne. Dès le , le Champenois produisait essentiellement des vins mousseux ; le Bergeracois découvrit la botrytisation ; Paris et l'Île-de-France était alors le plus grand vignoble de France, qui approvisionnait les villes, grandes consommatrices de vinLe Livre des Vins, Arnaud de Villeneuve, traduit du latin, préfacé et annoté par P. Gifreu, Éditions de la Merci, 2001..
Au cours de la seconde moitié du , les crises frumentaires devenues cycliques influencèrent la culture de la vigne. Lors de la famine de 1566, Charles IX ordonna l'arrachage des vignobles en France pour semer du blé. Cet édit fut annulé sous le règne de Henri III, le roi recommandant alors aux gouverneurs de ses provinces de contrôler que Cibo, cucina, feste e banchetti nel Medio Evo e nel Rinascimento, par Paul Lacroix, conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal, Paris..
Des intellectuels de la Renaissance, du siècle des Lumières ou du ont donné l'image erronée d'une société de « buveux » au Moyen Âge. Si tout le monde à cette époque boit du vin, y compris les femmes et les enfants, sa consommation dans le peuple reste toutefois modeste et est essentiellement l'apanage des hauts dignitaires de l'Église, des nobles, des patriciens des villes. La consommation chez ces derniers ainsi que chez les membres des communautés monastiques peut dépasser le litre par jour mais il faut rappeler que la teneur en alcool des vins est alors faible, que l'eau est considérée comme polluée et le vin et le cidre sont des boissons peu valorisées.. Jusqu’au , le vin constituait la seule boisson stockable et sûre. Ce n’est qu’avec le développement des bières d'une part, l'importation des lointaines colonies du thé, du café et du chocolat faisant apparaître de nouvelles boissons d'autre part, ainsi que le déploiement de l’eau courante, que le vin fut détrôné.
vignette|Le vignoble de Pauillac au cœur du Médoc dans le Bordelais compte 18 grands crus classés en 1855. C'est sous le règne de Napoléon III que fut établi la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855 à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris de 1855.
Ce n'est qu'au que la consommation de vin par les Français se démocratise et progresse fortement, en lien notamment avec une politique de libéralisation (suppression des octrois ; article 4 de la loi du 17 juillet 1880 qui autorise quiconque à ouvrir un débit de boisson, sur simple déclaration en mairie, ce qui fait passer le nombre de en 1830 à en 1850 et en 1930, soit un débit pour 85 habitants.). La consommation moyenne par habitant double ainsi entre le début du règne de Louis-Philippe en 1830 (entre 1830 et 1860, la consommation annuelle moyenne de chaque Français s'élève à 81 litres de vin, moins d'un quart de litre par jour, 13 litres de bière et 6 litres de cidre) et la veille de la Seconde Guerre mondiale.. Le vin est alors perçu comme un élément de santé dans la médecine populaire, comme l'atteste l'avis de l'Académie nationale de médecine du 10 août 1915, qui considère que la norme tolérable de consommation se situe autour de 50 à 75 centilitres de vin pris par repas.. À la fin du , la consommation excessive de vin est désormais perçue comme une pathologie : les transformations du travail (évolution du monde d'agriculteurs et d'ouvriers dont le travail pénible physiquement est facilité par le développement du machinisme), la naissance de l'alcoolisme et l'hygiénisme participent à cette nouvelle perception.
vignette|redresse=1.5|Jules Bastien-Lepage, Les Vendanges, 1880 : des vignes pré-phylloxériques, en foule (pas disposées en rangs réguliers). vignette|Charles Spindler, Vignerons (environs d'Obernai), 1902 : les vignes sont ici sur des perches de deux-trois mètres de haut, pas encore sur palissage avec fils de fer.