Les langues afro-asiatiques — également appelées langues chamito-sémitiques — sont une famille de langues parlées principalement en Afrique du Nord, dans la Corne de l'Afrique, au Proche-Orient, dans le Sahara et dans une partie du Sahel. Cette famille de langues se compose de 376 langues, parlées par environ de locuteurs.. En nombre de locuteurs, c'est la quatrième famille de langues (après les langues indo-européennes, sino-tibétaines et nigéro-congolaises). Le phylum comporte six branches : amazigh, couchitique, sémitique, égyptienne, tchadique et omotique.

La langue afro-asiatique la plus parlée est l'arabe. Dans la branche sémitique, elle se classe bien avant l'amharique, qui occupe la seconde position. L'arabe compte environ 290 millions de locuteurs natifs, principalement concentrés au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, dans la Corne de l'Afrique et à Malte..

En plus des langues parlées aujourd'hui, le groupe chamito-sémitique comprend plusieurs langues anciennes importantes, telles que l'égyptien ancien, l'akkadien, le guèze et le libyque. L'origine géographique des premières populations de langue afro-asiatique est encore incertaine. Les théories proposées la situent dans la Corne de l'Afrique, au Levant, en Afrique du Nord ou au Sahara oriental.

Classification interne Les langues chamito-sémitiques sont réparties généralement en cinq ou six branches : les langues berbères, parlées en Afrique du Nord et au Sahara ; les langues couchitiques, parlées dans la Corne de l'Afrique et le long des côtes de la mer Rouge, du Soudan au sud-est égyptien ; les langues sémitiques, parlées au Moyen-Orient, dans la Corne de l'Afrique, en Afrique du Nord et en Méditerranée ; l’égyptien ancien et son descendant le copte (aujourd'hui éteint et conservé seulement comme langue liturgique), jadis parlés en Égypte ; les langues tchadiques, parlées en Afrique sahélienne, du Niger à la Centrafrique ; les langues omotiques, parlées essentiellement en Éthiopie ; leur place est controversée Rolf Theil (2006), “Is Omotic Afro-Asiatic?”, certains linguistes les voient comme une sixième branche chamito-sémitique tandis que d'autres les incluent dans le groupe couchitique.

sans_cadre|346x346pxsans_cadre|352x352pxDistribution des branches de la famille chamito-sémitique au avant J.-C. (Meillet et Cohen, 1924).Distribution actuelle des langues chamito-sémitiques

Typologie linguistique Propriétés communes

Les propriétés communes des langues chamito-sémitiques sont : deux genres au singulier, le féminin marqué par le phonème /t/, et un pluriel épicène, c'est-à-dire ayant la même forme pour les deux genres (mais les langues berbères, le bedja, l'égyptien ancien et les langues sémitiques distinguent le genre au pluriel) ; un type syntaxique VSO avec tendance SOV ; un ensemble de consonnes emphatiques, réalisées comme des glottalisées, pharyngalisées ou des implosives ; une morphologie dans laquelle les mots sont fléchis au moyen de changements internes (introflexion) et l'utilisation de nombreux autres affixes.

L'unité de cette famille de langues est contestée par certains représentants du courant afrocentriste.

Vocabulaire commun Les deux dictionnaires étymologiques, publiés l'un par Christopher Ehret et l'autre par Vladimir Orel et Olga Stolbova, ne coïncident pas. Sur quelque deux mille radicaux chamito-sémitiques postulés, voici les trente qui réunissent un fragile consensus entre les chercheurs : + Quelques reconstruction d'étymons chamito-sémitiques Forme Sens Branches concernées 1 *ʔab père sémitique, berbère, tchadique, couchitique 2 *(ʔa-)bVr taureau sémitique, égyptien, tchadique, couchitique 3 *(ʔa-)dVm rouge, sang sémitique, berbère, tchadique, couchitique 4 *(ʔa-)dVm terre sémitique, tchadique 5 *ʔa-pay- bouche sémitique, couchitique 6 *ʔigar/ *ḳʷar- enclos, maison sémitique, berbère, tchadique, couchitique 7 *ʔil- œil berbère, tchadique, couchitique 8 *sim- nom sémitique, berbère, tchadique 9 *ʕayn- œil sémitique, égyptien 10 *baʔ- aller sémitique, tchadique, couchitique 11 *bar- fils sémitique, berbère, tchadique 12 *gamm- barbe sémitique, tchadique, couchitique 13 *gVn(Vn)- menton sémitique, tchadique 14 *gʷarʕ- gorge sémitique, tchadique, couchitique 15 *gʷinaʕ- main tchadique, couchitique 16 *kVn- épouse sémitique, berbère, tchadique 17 *kʷaly reins sémitique, tchadique, couchitique, omotique 18 *ḳa(wa)l-/ *qʷar- dire, appeler sémitique, tchadique 19 *ḳas- os berbère, égyptien, tchadique 20 *lib- cœur sémitique, tchadique, couchitique 21 *lis- langue sémitique, berbère, tchadique 22 *ma quoi ? sémitique, égyptien, berbère, tchadique, etc. 23 *maʔ- eau sémitique, égyptien, berbère, tchadique 24 *mawVt- mourir sémitique, berbère, égyptien, tchadique 25 *sin- dents sémitique, berbère, tchadique 26 *siwan- savoir berbère, égyptien, tchadique 27 *inn- je, nous sémitique, égyptien, berbère, couchitique 28 *-k- tu sémitique, berbère, tchadique, couchitique 29 *zwr- semer, grains sémitique, couchitique 30 *ŝVr racine sémitique, tchadique

Seuls les pronoms se retrouvent dans une majorité de langues chamito-sémitiques, et ont permis de postuler l'unité de cette famille de langues. Elle serait très ancienne et remonterait à , d'après Diakonoff et Ehret.

Théories sur l'origine de l'« afro-asiatique » La plus ancienne trace écrite d'une langue afro-asiatique est une inscription égyptienne antique datée d'environ Earliest Egyptian Glyphs. Plus anciennement, la découverte de symboles ressemblant à des hiéroglyphes égyptiens, retrouvés sur des poteries gerzéennes datant d'environ , suggère une date minimale de pour l'âge de l'afro-asiatique. Cependant, l'égyptien ancien est très différent du proto-afroasiatique (Trombetti 1905: 1-2), et un temps considérable doit s'être écoulé depuis la séparation.

Il y a quelques décennies, les recherches sur le modèle chamito-sémitique se sont diversifiées, avec des méthodes relevant de la linguistique historique. Les estimations de l'époque à laquelle la langue proto-afroasiatique était parlée varient fortement. Elles se situent entre environ 7 500 et 16 000 ans environ. Selon Igor M. Diakonoff (1988: 33n), elle était parlée vers 10 000 ans av. J.-C., et selon Christopher Ehret (2002: 35-36), entre 11 000 et 16 000 av. J.-C. Ces dates sont plus anciennes que les dates associées à la plupart des autres proto-langues.

Corne de l'Afrique et mer Rouge La Corne de l'Afrique a été proposée par certains linguistes comme la région d'origine des langues afro-asiatiques. Elle comprend la majorité des langues afroasiatiques, parlées chez des groupes géographiquement très proches, ce qui peut-être révélateur d'une origine géographique. Il existe plusieurs modèles de cette hypothèse, chez des auteurs comme Roger Blench et Christopher EhretChristopher Ehret, Reconstructing Proto-Afroasiatic (Proto-Afrasian): Vowels, Tone, Consonants, and Vocabulary, University of California Press, 1995..

Selon Christoper Ehret, l'origine de l'ensemble des langues afro-asiatiques se situe au niveau de la corne de l'Afrique, dans les collines bordant la côte ouest de la mer Rouge et à une date plus ancienne que avant notre èreEhret, Christopher (1982), "On the antiquity of agriculture in Ethiopia" Journal of African History (Univ. of Calif. Berkeley Press)Ehret C (1995) Reconstructing Proto-Afroasiatic (Proto-Afrasian): Vowels, Tone, Consonants, and Vocabulary, University of California Press, , Ehret C (2002a) The Civilizations of Africa: A History to 1800, James Currey Publishers, , https://books.google.com/books?id=0K0p8wCNKTQCEhret C (2002b) Language Family Expansions: Broadening our Understandings of Cause from an African Perspective, in Bellwood and Renfrew (2002 eds)..

Roger Blench propose comme origine le sud-ouest de l'Éthiopie, dans ou autour de la vallée de l'Omo.. Comparé à Ehret, il propose une période de temps plus jeune d'environ 7 500 ans. Comme Ehret, il accepte que les langues omotiques fassent bien partie du groupe afro-asiatique.

Certains auteurs, qui soutiennent une origine provenant des bords de la mer Rouge, tel le linguiste somalien , remettent en cause l'appellation d'« afro-asiatique » ou « afrasien » : D'une manière ou d'une autre, des sémites ont émigré depuis les bords de la mer Rouge et ont exporté un langage africain vers l'Asie, où ils rencontrèrent des populations asiatiques […] C'est la seule façon logique de prendre en compte la présence d'une branche [sémitique] africaine entourée de langues non sémitiques. [...] Il serait cohérent de remplacer le terme de famille afro-asiatique par quelque chose comme famille éthiopienne ou famille éthio-chadique« Semites emigrated from the Africa side of the Red Sea anyway and exported an African language to Asia where they met Asians […] This is only logical way to account for the presence of an African branch in a place where it is surrounded by unrelated languages. […] It would make sens to change the name of the [afroasiatic] group to something like Ethiopic or Ethio-Chadic. » Propos rapportés par Alain Anselin dans n° 3/4, 2002, pp. 252-253..Cette hypothèse suppose qu'une première scission dans la famille linguistique se serait effectuée entre les langues omotiques et les langues couchitiques migrant quant à elles vers l'ouest. Les groupes de langues afro-asiatiques, au Nord, auraient suivi le Nil, permettant l'émergence du berbère, de l'égyptien et du sémitique. Ce proto-sémitique serait ensuite entré au Proche-Orient.

Levant L'archéologue Colin Renfrew considère que l'afro-asiatique est originaire du Proche-Orient et serait arrivé avec les migrations du Néolithique et la diffusion de l'agriculture et de l'élevageColin Renfrew, « Language families and the spread of farming » in The origins and spread of agriculture and pastoralism in Eurasia, London, UCL Press, 1996, pp.70-92. Les linguistes russes Alexander Militarev et Viktor Aleksandrovich Shnirelman estiment que les premiers locuteurs du proto-afroasiatique étaient les Natoufiens du LevantPeter S. Bellwood, Colin Renfrew, McDonald Institute for Archaeological Research, Examining the Farming/language Dispersal Hypothesis, McDonald Institute for Archaeological Research, University of Cambridge, 2002, p.136. Les sources écrites sémitiques et l'archéologie du Levant confortent cette hypothèse, mais sont en contradiction avec la grande diversité subsaharienne et éthiopienne de la famille linguistique.

Afrique du Nord droite|sans_cadre|350x350px Une proposition plus marginale est que le sémitique serait une émanation d'une famille nordique de langues afroasiatiques. Elle se serait propagée vers le Levant avant d'être diffusée par ce que Juris Zarins appelle le pastoralisme nomade syro-arabeZarins, Juris (1990), "Early Pastoral Nomadism and the Settlement of Lower Mesopotamia", (Bulletin of the American Schools of Oriental Research). Elle se serait étendue vers le sud le long des rives de la mer Rouge, et au nord-est autour du bord du "croissant fertile", puis vers l'Erythrée à partir de l'Arabie du SudKitchen, Andrew, Christopher Ehret, et al. 2009. "Bayesian phylogenetic analysis of Semitic languages identifies an Early Bronze Age origin of Semitic in the Near East." Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences 276 no. 1665 (June 22).

Cependant, selon Bender, cette hypothèse est contredite par le fait que des innovations importantes, partagées entre le couchitique (retrouvé dans la corne de l'Afrique), le sémitique et le berbère, montrent que ces trois groupes se séparent relativement tôt les uns des autres, en étant proches de l'origine de l'afro-asiatique.

Sahara et Sahel