Cassandre (en grec ancien : / ), né en 358 av. J.-C. et mort en 297, est un roi de Macédoine de la dynastie des Antipatrides qui règne de 305 à 297. Fils aîné du régent Antipater, il participe après la mort d'Alexandre le Grand aux guerres des Diadoques en s'opposant principalement à Polyperchon et à Antigone le Borgne. Il fait assassiner et sa mère Roxane en 310, laissant vacant le titre de roi de Macédoine jusqu'en 305, date à laquelle il se fait proclamer roi.

Biographie

Sous le règne d'Alexandre

Cassandre envoyé à Babylone

Fils aîné d'Antipater, Cassandre reçoit l'enseignement d'Aristote en compagnie notamment d'Alexandre, Héphestion, Ptolémée et Lysimaque. Il est resté en Macédoine le temps de la conquête de l'empire perse.

En 334 av. J.-C., Antipater est chargé de la régence de la Macédoine et de la Ligue de Corinthe au titre de « stratège d'Europe ». Ses pouvoirs sont alors très étendus et il apparaît de fait comme le souverain aux yeux des Grecs. D'abord proche d'Olympias (il a en effet aidé à l'accession au trône d'Alexandre en 336), il s'attire vite la méfiance de la reine-mère qui voit d'un mauvais œil ses excès d'orgueil et qui lui reproche d'étaler publiquement son scepticisme vis-à-vis de la politique conquérante de son fils. Celle-ci envoie de nombreuses lettres à son fils dans lesquelles elle dénonce l'attitude indigne d'Antipater. Devant l'insistance de sa mère, Alexandre appelle Antipater à Babylone, afin qu'il puisse rendre compte de son attitude ; mais celui-ci refuse et choisit d'envoyer à sa place son fils Cassandre (accompagné de son frère cadet, Iolas) plaider sa cause.

Cassandre rejoint alors Alexandre à Babylone en 324, accompagné de son frère, Iolas. Deux violents incidents l'opposent à Alexandre lorsqu'il raille l'usage de la proskynèse à la cour puis lorsqu'il défend son père accusé de déloyautéPlutarque (Alexandre, 74) écrit à propos du premier incident : « Alexandre, courroucé de cette irrévérence, le prit à deux mains par les cheveux, et lui frappa la tête contre la muraille ».. La coïncidence entre l'arrivée tardive de Cassandre et Iolas et la mort brutale du roi alimente les suspicions quant à leur implication dans ce décès. Les auteurs de la Vulgate d'Alexandre le Grand se font l'écho de cette rumeur, sans trop y croireDiodore, , 118, 1-2 ; Quinte-Curce, , 10, 14-18 ; Justin, , 13.. Alexandre souhaite en effet relever Antipater de ses fonctions et le voir remplacé par le fidèle Cratère. Par ailleurs, Iolas est l'échanson d'Alexandre (c'est-à-dire l'officier chargé de servir à boire au roi), ce qui lui offre l'occasion d'empoisonner le vin, abondamment consommé lors du banquet dionysiaque offert par Médios de Larissa le 30 mai 323. Cependant, cette version des faits n'est dénoncée par Olympias que plusieurs années après la mort d'Alexandre (en 317), dans un contexte de luttes pour le pouvoir et de jeux d'alliances. C'est pourquoi des auteurs tels que Plutarque ou Arrien n'y voient qu'une invention de la reine-mère qui espère tirer profit de telles accusationsPlutarque, Alexandre, 77, 1-3 ; Arrien, , 27, 1-2.Arrien juge ces hypothèses « indignes de l'histoire »..

La succession d'Antipater

L'assassinat de Perdiccas en 321 av. J.-C., conduit à une nouvelle répartition des postes. À la mort d'Alexandre, il a en effet été chargé de la tutelle des rois : qui n'est pas encore né et , le demi-frère d'Alexandre, mentalement déficient. Aussi, en 321 après les accords de Triparadisos, c'est à Antipater que revient cette nouvelle charge. En tant que régent (épimélète) de Macédoine, il confie à Antigone le poste de « stratège d'Asie » alors que Cassandre lui est adjoint comme second en tant que chiliarque de la cavalerie. Cassandre, qui n’accepte pas d’être ainsi placé au second rang, entre en conflit avec Antigone. Bien que les préférences d’Antipater aillent vers Antigone plutôt que vers son fils, il se laisse convaincre par ce dernier de revenir en Macédoine accompagné d’, plutôt que de le laisser sous la tutelle d’Antigone, marquant ainsi la défiance du régent envers l'ambitieux stratège d'Asie.

Antipater prend soin d’établir un testament avant sa mort dans lequel il désigne comme son successeur Polyperchon, l’aîné des généraux macédoniens, à qui il a déjà confié les affaires d'Europe lors de la campagne d'Anatolie en 321. Ce choix conduit à l'éviction volontaire et réfléchie de Cassandre, suivant ainsi la tradition qui veut que l’on confie la régence à l'aîné des stratèges. Antipater estime par ailleurs son fils trop inexpérimenté pour asseoir son autorité face aux satrapes macédoniens, notamment l'ambitieux Antigone.. Quand Antipater meurt en 319, à 78 ans, Cassandre, placé sous la subordination de Polyperchon, refuse de se soumettre et revendique l’héritage de son père.

Cassandre s'impose en Macédoine

La coalition contre Polyperchon vignette|Représentation de Cassandre dans Promptuarium iconum insigniorum de Guillaume Rouillé, .

Désireux de s'approprier l'héritage de son père qui l'a délibérément évincé, Cassandre obtient le soutien de Ptolémée, le satrape d’Égypte. Ptolémée vient de s'emparer de la Syrie-Phénicie aux dépens de Laomédon. Lysimaque et Antigone rejoignent l’alliance alors que ce dernier, en révolte ouverte contre Polyperchon, est à nouveau en conflit contre Eumène de Cardia, qui, lui, a désormais le soutien du régent, avec pour ordre de stopper Antigone.

Face à la menace de Cassandre qui risque probablement de s'attaquer à la Grèce, Polyperchon cherche de nouveaux appuis et promulgue un édit, en 318 av. J.-C., dans lequel il proclame la « liberté » des cités grecques, annonce sa volonté de retourner aux institutions du temps de et AlexandreLa reformation de la Ligue de Corinthe n'est pas attestée. et propose l’amnistie à la suite de la guerre lamiaque. De plus, Polyperchon reconnaît les difficultés auxquelles les Grecs ont été soumis, mais en attribue la responsabilité aux partisans de l’oligarchie, alors que Cassandre avait accordé son soutien à ces derniers.

Cet édit met en difficulté Phocion, le chef de la faction oligarchique d’Athènes, ainsi que Nicanor, ami de Cassandre, ayant pris la tête de la garnison macédonienne d’Athènes à Munichie. Nicanor cherche en plus à s’emparer du Pirée, mais est battu par Alexandros, le fils de Polyperchon, qui, a été chargé par son père de conserver Athènes, face aux forces de Cassandre. Cette victoire sur l’oligarchie est de courte durée, car Cassandre débarque rapidement au Pirée grâce à une flotte prêtée par Antigone, et malgré une armée peu importante. Polyperchon, qui voit son prestige s’amoindrir, choisit de se concentrer sur la cité de Mégalopolis qui refuse d’appliquer son édit. C’est une nouvelle défaite pour Polyperchon, de plus en plus affaibli. De plus, Cassandre parvient, à la suite d'un accord avec les Athéniens en 317, à faire nommer Démétrios de Phalère comme « archonte décennal », qui instaure une oligarchie « modérée » à Athènes et accepte de se rallier à Cassandre.. Le traité stipule en effet que les Athéniens conservent une forme d'indépendance mais dans l'« amitié » avec Cassandre qui obtient le droit d'occuper Munichie « jusqu'à la fin de la guerre contre les rois [de Macédoine] »Diodore, , 74, 3..

À la suite de ces événements, la plupart des cités alliées à Polyperchon lui font défection. Celui-ci perd ainsi énormément de pouvoir.

La régence de Macédoine

S’il n’a pas le contrôle à proprement parler d’Athènes, Cassandre n’en a pas moins gagné un soutien que Polyperchon convoite également. C’est en bénéficiant d’une grande popularité qu’il rentre en Macédoine et obtient facilement les faveurs d’Eurydice, ambitieuse épouse de , alors qu' n'a pas atteint encore sa majorité. Il se fait rapidement proclamer régent (épimélète), alors que Polyperchon est déchu de ce titre et qu'Eurydice lui ordonne de rendre son armée à Cassandre. Cassandre marche donc contre Polyperchon en 317 av. J.-C...

Dans le même temps, Polyperchon appelle à l’aide Olympias. Celle-ci profite de l’absence de Cassandre en Macédoine et s’empare de , sans cependant qu’il y ait de réels combats, les soldats macédoniens renonçant à s’attaquer à la mère d’AlexandreJustin, , 4.. Elle fait assassiner et contraint Eurydice au suicide. Une centaine de leurs partisans, dont Nicanor, le frère de Cassandre, sont également exécutés. Cassandre apprend la nouvelle alors qu’il combat à Tégée et, alors que ses officiers poursuivent les combats contre Polyperchon dans le Péloponnèse, il fait assiéger Pydna, où Olympias s’est réfugiée. Par crainte de l’influence encore prégnante de la reine-mère, notamment face aux soldats macédoniens qui ont déjà renoncé à la combattre, il la fait exécuter en 316 après qu'elle a comparu devant l'« assemblée macédonienne »Justin (, 6) insiste sur la dignité de la reine lorsque lui est porté le coup fatal.. Cassandre s’empare ensuite d’ et de sa mère, Roxane et organise les funérailles solennelles de et Eurydice. Il entre dans la dynastie argéade en épousant Thessaloniké, fille de et demi-sœur d'Alexandre. En 315, il fonde la cité de Thessalonique en l'honneur de son épouse. Il a auparavant fondé en 316 Cassandréia par synœcisme à l'emplacement de Potidée en ChalcidiqueDiodore, , 52, 2-3., pour en faire sa capitale maritime marquant son ambition européenne et asiatique..

Première coalition contre Antigone

Cassandre contre Antigone vignette|Cassandre et Olympias, Jean-Joseph Taillasson (1799), Musée des beaux-arts de Brest.

En 316 av. J.-C., Cassandre est devenu régent (épimélète) de Macédoine et bénéficie d'un appui considérable en Grèce. Parallèlement à cela, Antigone qui vient de vaincre Eumène de Cardia cherche à étendre son pouvoir en Asie. Bien qu'il n'ait pas le titre de souverain, il agit comme tel et parvient à écarter les divers satrapes (dont Séleucos et Peucestas) qui lui font face. Sa puissance grandissante commence à inquiéter ses alliés, surtout qu’Antigone vient de mettre la main sur un trésor considérable à Cyinda (Cilicie), s’imposant ainsi comme le plus puissant des Diadoques.

Une coalition s’engage contre Antigone regroupant Cassandre, Lysimaque et Ptolémée. Les trois hommes réclament un nouveau partage des satrapies, la Lycie et la Cappadoce pour Cassandre, la Phrygie hellespontique pour Lysimaque, la Syrie pour Ptolémée. Antigone s’allie à Polyperchon et à son fils Alexandros, qui se sont repliés dans le Péloponnèse ainsi qu'avec Éacide, roi d'Épire et cousin d’Olympias.. Enfin, il s’allie avec les partisans de la démocratie en Grèce, puisque Cassandre continue de s’appuyer sur la faction oligarchique d’Athènes.

C’est dans ce contexte qu’Antigone établit la proclamation de Tyr en 315 par laquelle il garantit la « liberté » des cités grecques tout en visant Cassandre. Il l’accuse en effet de maintenir prisonniers à Amphipolis Roxane ainsi que le jeune , mais aussi d’avoir contraint Thessaloniké au mariage ; enfin, il l’accuse ouvertement du meurtre d’Olympias, dénonçant la duplicité et la cruauté de Cassandre qui avait promis à la reine-mère de l’épargner si elle se rendait, ce à quoi elle s'était résignée.. Antigone profite de cette proclamation pour s'autoproclamer régent de la royauté.. Cassandre n’est pourtant pas militairement le plus dangereux de ses adversaires, mais il est le maître de la Macédoine et peut donc bénéficier d’un recrutement militaire conséquent. De plus, il détient le roi légitime qui est , ainsi que la mère de ce dernier, Roxane. Enfin, il possède un lien familial avec la dynastie par son mariage avec Thessaloniké.