Antipater (en grec ancien ), né en et mort en , est l'un des plus grands généraux macédoniens sous les règnes de puis d'Alexandre le Grand.

Il est régent du royaume de Macédoine durant la conquête de l'Empire perse au titre de « stratège d'Europe » de jusqu'à sa mort en Il montre son attachement au maintien des traditions macédoniennes face aux tentations orientales d'Alexandre.

Après la mort du roi en , il conserve la régence pour prendre part aux guerres des Diadoques contre Perdiccas et Eumène de Cardia avec l'aide d'Antigone le Borgne, ainsi qu'à la guerre lamiaque contre Léosthène et Antiphile avec l'aide de Cratère et Léonnatos.

Biographie Origine Peu de sources nous sont parvenues quant à son origine. On sait qu'il est le fils d'un noble macédonien dénommé Iolas (également appelé Iollas ou Iolaus)., et que sa famille, originaire de la ville de Paliura Heckel, Who’s who in the age of Alexander the Great: prosopography of Alexander’s empire, p.35. (probablement comme Antigone le Borgne), descend d'une branche de la dynastie des Argéades.. Il a également un frère nommé Théocrite (17.61)..

Carrière sous On ignore pratiquement tout de sa carrière avant , date à laquelle le charge de gouverner la Macédoine pendant qu'il mène campagne contre des tribus thraces. Durant cette régence, Antipater se distingue en envoyant des troupes en Eubée contre Athènes qui essaye de soulever les cités contre la domination macédonienne. À l'automne 342, il représente Philippe à la Ligue Amphictyonique de Delphes, une organisation religieuse dont la Macédoine fait partie depuis . À partir de 340, en l'absence de Philippe parti assiéger Byzance, la régence échoit au jeune Alexandre. À la suite de la victoire de Philippe à la bataille de Chéronée, Antipater est envoyé en ambassade à Athènes afin de conclure un traité de paix et de rendre les dépouilles des Athéniens morts au combat. Après l'assassinat de Philippe en , il aide le jeune Alexandre à accéder au trône ; il apparait alors à cette époque comme étant proche d'Alexandre et d'Olympias.

Antipater est, avec Parménion, le général le plus expérimenté. Il conseille en vain à Alexandre de ne pas commencer l'expédition asiatique avant qu'il n'ait un héritier.. En , il est désigné « stratège d'Europe »., à charge pour lui d'assurer la régence de la Macédoine et de préserver la ligue de Corinthe tout en réprimant d'éventuels mouvements de rébellion en Grèce, sachant qu'Alexandre lui confie d'importantes forces militaires.

Régent de Macédoine vignette|upright=1.5|Le royaume de Macédoine en

Antipater dispose sous le règne d'Alexandre de pouvoirs très étendus. Il mène une politique avisée et montre son attachement à une monarchie traditionnelle et « patriarcale » dans laquelle la noblesse peut s'exprimer librement au sein du Conseil royal. Pendant qu'Alexandre conquiert l'Asie, Antipater apparaît de fait comme le souverain véritable aux yeux des Macédoniens restés au pays. Il utilise la Ligue de Corinthe afin de maintenir les Grecs dans la dépendance tout en s'appuyant, comme , sur des régimes oligarchiques ou tyranniques soutenus par des garnisons macédoniennes. Antipater participe indirectement à la conquête en envoyant des renforts, comme durant l'hiver 334- pendant le séjour d'Alexandre à Gordion. Antipater est rapidement aux prises avec les cités grecques qui profitent de l'absence d'Alexandre pour se soulever. Memnon de Rhodes, un mercenaire grec au service de qui dirige la flotte perse, a en effet pris contact avec le roi de Sparte, , et les cités les plus hostiles aux Macédoniens, désormais confiantes dans leurs moyens. Antipater doit donc faire face en Égée à la flotte perse ; mais, heureusement pour ses adversaires, Memnon meurt durant le siège de Mytilène au début 333. Les successeurs de Memnon ne sont pas capables de contenir les Macédoniens, le reste de la flotte perse étant finalement dispersé après la victoire d'Alexandre à Issos.

En , Antipater doit faire face à la révolte de tribus thraces emmenées par Memnon de Thrace, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte qui prend le parti des populations insurgées. Puis au printemps , au moment où Alexandre quitte l'Égypte, Antipater est menacé par les ambitions d'. Celui-ci, qui vient de mener campagne en Crète, entend soumettre tout le Péloponnèse et assiège Mégalopolis avec le soutien de contingents achéens, élidiens et arcadiens. Antipater reçoit une part du trésor de Suse. ; ce qui lui permet de recruter de nombreux mercenaires et de lever une armée deux fois plus nombreuse que son adversaire. Il conclut une trêve avec les tribus thraces et mène en personne l'offensive dans le Péloponnèse. Il défait l'armée spartiate à la bataille de Megalopolis durant laquelle Agis trouve la mort. Sparte négocie la paix directement avec Alexandre qui lui impose le paiement de 120 talents et surtout son entrée dans la Ligue de Corinthe. Après la mort d'Agis, la Grèce entre sous la férule d'Antipater dans une période de paix jusqu'en .

Au fil de la conquête de l'Asie, Antipater manifeste de plus en plus sa réticence envers la politique « orientalisante » d'Alexandre, le préjugé envers les « Barbares d'Asie » étant encore tenace en Grèce comme en Macédoine. En outre, il ne conçoit pas qu'un roi puisse recevoir des honneurs divins. C'est pour cette raison qu'Alexandre lui écrit qu'il punira ceux qui ont inspiré les protestations de Callisthène.. En , Alexandre a en effet annoncé aux Grecs qu'ils doivent désormais l'honorer d'un culte public en tant que « Dieu Invaincu » (en ). Enfin, Antipater n'admet pas la nouvelle politique impériale d'Alexandre en Grèce. Il considère que le roi s'immisce dans les affaires intérieures des cités en leur ordonnant le retour des bannis et le rétablissement dans leurs biensCet ordre a été donné aux Grecs durant les Jeux olympiques. Alexandre tente un geste politique au moment où Harpale intrigue en Grèce. Athènes doit notamment restituer Samos à ses habitants exilés.. Antipater est chargé de faire appliquer ces édits royaux tandis que son hostilité à l'égard de cette politique remonte jusqu'à Alexandre par le biais d'Olympias.

Les relations entre Antipater et Olympias, qui a envoyé à son fils plusieurs lettres dénonçant la déloyauté du régent, se sont en effet gravement détériorées depuis le départ d'AlexandreSur cette correspondance voir Arrien, , 12, 6-7 ; Plutarque, Alexandre, 39, 7.. À tel point qu'Olympias est contrainte en de s'exiler en Épire dont elle exerce la régence. D'après Plutarque, Alexandre redouterait l'ambition et le double jeu d'Antipater, « blanc à l'extérieur, pourpre à l'intérieur »Plutarque, Des vertus morales, 180 e. ; pour autant selon Arrien, Alexandre n'aurait pas douté de la loyauté du régentArrien, , 12, 7.. Encouragé par la reine-mère, Alexandre décide dans un premier temps, à la fin du printemps 324, d'appeler Antipater à Babylone pour lui demander des comptes. Mais le régent refuse et envoie son fils Cassandre (accompagné de Iolas) plaider sa cause. En vain, puisqu'Alexandre charge le fidèle Cratère de retourner en Macédoine avec un contingent de vétérans avec secrètement pour mission de destituer Antipater, par la force si nécessaire.. Mais la mort d'Alexandre en modifie ce plan.

Antipater et la guerre lamiaque La mort d'Alexandre apparaît être une bonne nouvelle pour Antipater. Celui-ci est en effet confirmé dans ses fonctions de « stratège d'Europe » au sein d'un triumvirat formé avec Perdiccas, chiliarque de l'empire, et Cratère, tuteur des rois. D'ailleurs une rumeur, propagée par Olympias et reprise par la Vulgate d'AlexandreDiodore, , 118, 1-2 ; Quinte-Curce, , 10, 14-18 ; Justin, , 13.Clitarque aurait en effet repris à son compte cette rumeur. l'accuse d'avoir fait empoisonner le monarque par l'intermédiaire de ses fils Cassandre et Iolas, échanson du roiCette rumeur est contestée par Arrien, , 27, 1-2 ; Plutarque, 77, 1-3. Plutarque (Vie d'Alexandre, 81) écrit, sans y croire, que la rumeur accuse Aristote, dont le neveu Callisthène a été exécuté, de s'être procuré le poison.. Il est d'ailleurs possible que la publication d'une partie des Éphémérides royales par AntipaterIl s'agit de chroniques relatant les faits et gestes du roi rédigées par le chancelier Eumène de Cardia., qui relatent les banquets dionysiaques durant les derniers jours du roi, servent à le disculperSelon la thèse de Paul Goukowsky, Essai sur les origines du mythe d’Alexandre, , Nancy, 1978, 94..

C'est à ce moment qu'Antipater doit faire face à une nouvelle coalition en Grèce qui mène à la guerre lamiaque (-). Dès la mort d'Alexandre, les Athéniens se soulèvent contre la domination macédonienne. Hypéride suscite une alliance avec principalement des Étoliens, des Thessaliens, des Locriens et des Phocidiens. Fort d'un contingent de mercenaires payés avec le trésor pris à Harpale, le stratège Léosthène défait les Macédoniens en Béotie. Antipater doit abandonner les Thermopyles et décide, vu l'infériorité numérique de son armée, de s'enfermer dans Lamia en attendant les renforts venus d'Asie (fin 323). Il envoie une ambassade conduite par Hécatée (tyran de Cardia) auprès de Léonnatos afin que celui-ci, qui est censé mener campagne en Cappadoce au profit d'Eumène de Cardia, passe en MacédoineDiodore, , 14, 4 ; Plutarque, Eumène, 3, 6.Si Antipater a choisi délibérément Hécatée pour négocier avec Léonnatos cela pourrait signifier qu’il entend déstabiliser Eumène, lui-même ennemi politique du tyran de Cardia, pour mieux convaincre l’armée macédonienne de rejoindre la Grèce.. Lysimaque ne peut lui venir en aide car il est occupé à soumettre les tribus thraces.

La supériorité de la flotte athénienne, considérablement renforcée depuis l'administration de Lycurgue, cesse avec l'arrivée en mer Égée d'une puissante escadre phénicienne et chypriote. Cleitos, l'amiral macédonien, défait la flotte athénienne dans l'Hellespont, permettant la traversée des troupes de Léonnatos. Celui-ci trouve la mort aux pieds des remparts de Lamia mais l'arrivée de son armée permet à Antipater d'évacuer la cité. Au printemps , la flotte athénienne est détruite au large d'Amorgós. Cette grave défaite, qui marque la fin de la puissance navale athénienne, permet de libérer la mer Égée et d'amener en Grèce les renforts de Cratère. À la tête d'un contingent de et vétérans, celui-ci rejoint Antipater, à l'été 322, qui pour sceller cette alliance offre à Cratère d'épouser sa fille Phila. L'apport de ces troupes est décisif. En août 322, les alliés grecs sont vaincus à la bataille de Crannon en Thessalie. À la suite de cette victoire, Antipater impose à Athènes une paix drastique. La démocratie est abolie pour être remplacée par un régime oligarchique protégé par une garnison macédonienne.. Hypéride est torturé et exécuté, Démosthène contraint au suicide. Ce nouveau régime s'apparente à un régime censitaire : un citoyen doit posséder drachmes et pour devenir archonte. Il exclut de la citoyenneté un nombre considérable de paysans pauvres ; mais d'entre eux acceptent les terres que le régent leur offre en ThraceClaude Mossé, Le , Le monde grec et l'Orient, tome 2, PUF, 1993, 109, 124, 193..

Antipater et Cratère comptent ensuite envahir l'Étolie mais l'arrivée en Macédoine d'Antigone qui leur fait part des ambitions royales de Perdiccas les incite à abandonner ce projet.

Coalition contre Perdiccas