est une série télévisée éducative américaine pour enfants créée par Joan Ganz Cooney et Lloyd Morrisett, produite par et diffusée depuis le sur le réseau PBS. Elle est adaptée et/ou doublée dans plusieurs pays.

En France, l'émission doublée en français fait son apparition dès 1974 sous la forme d'une séquence intitulée « Bonjour Sésame ». Puis, l'adaptation française nommée 1, rue Sésame est produite et diffusée de 1978 à 1982 sur TF1. En 1992, la version doublée reprend sous le titre Sésame, ouvre-toi sur FR3, pour ensuite laisser place en 2005 à une nouvelle adaptation, 5, rue Sésame sur France 5 jusqu'en 2007. En Belgique, elle est diffusée à partir de sur la RTB.

Au Québec, un doublage québécois est diffusé sous le titre Sésame entre le et le sur la Télévision de Radio-Canada.

Quelques personnages Émission inaugurée en 1969, il existe de nombreux changements sur les personnages. Marionnettes

Version originale américaine : Toccata (Big Bird) ; Macaron (Cookie Monster), monstre dévoreur de biscuits ; Ernest et Bart (Bert and Ernie) ; Kermit la grenouille ; , gentil monstre filiforme ; Mordicus () ; Le Comte (), un vampire qui a la manie de compter tout ce qui se trouve à sa portée ; Elmo, petit monstre au pelage rouge et nez orange ; L'Horrible () ; Gertrude () ; Le Magicien (The Amazing Mumford).

Version française : Toccata, l'oiseau géant, et Mordicus, le monstre qui vit dans une poubelle, sont deux créations de la version française, inspirées des personnages originels Big Bird et Oscar. Ji-Young, personnage créé en 2021. Sa première apparition est prévue pour les fêtes de Thanksgiving.

Personnages réels M. Hooper, épicier, interprété par Will Lee ; Molly la postière. Personnage secondaire de l'émission, elle était jouée par Charlotte Rae, connue pour avoir interprété Madame Garrett dans la sitcom Arnold et Willy ; Linda, la bibliothécaire, interprétée par Linda Bove ; Gordon, professeur de l'école, interprété par Matt Robinson puis par Roscoe Orman.

Production Au aux États-Unis, l'échec scolaire des jeunes enfants devient un gros problème. Il s'agit d'échecs à l'école élémentaire. Bien qu'obligatoire, de nombreux enfants refusent définitivement de retourner à l'écoleUnited States Commission on Civil Rights, Hearing held in Saint Antonio, Texas, 1968, p. 869, 1969 Exemple de statistique : Committee on Labor and Public Welfare, Education Legislation, p. 2495, 1963 .

N'étant pas satisfaits de l'explication stéréotype de la pauvreté, des chercheurs en sociologie de l'éducation n'hésitent pas à visiter les foyers. Ils découvrirent que ces foyers manquent d'idées abstraitesp. 177 - 178Ainsi on disait : « Qu'est-ce qu'on mange ? » ou « Quel film voyons-nous ? » et jamais, « Comment établir l'amitié ? » ; « Qu'est-ce qu'il nous faut faire, pour construire une meilleure société ? ».. Par conséquent, à mesure que le programme avance, ces enfants perdent très rapidement leur compréhension et leur moral. Les psychologues Robert D. Hess et Virginia C. Shipman de l'université de Chicago arrivent à une conclusion similaire. Surtout, ils trouvent que la capacité des mères de la classe moyenne est, avec leur excellente précision de vocabulaire, bien supérieure à celle des mères des pauvresRobert D. Hess et Virginia C. Shipman, Early Experience and the Socialization of Cognitive Modes in Children, dans la revue Child Developement, tome 36-4, p. 869 - 886, décembre 1965 La décalage entre les mères qui étaient capables de préciser la tâche et celles qui n'en étaient pas capables était considérable. Surtout, on constate que le deuxième groupe manquait de précision verbale. Les chercheurs demandaient aux mères de charger de trier des jouets, selon trois couleurs, après avoir choisi 160 mères noires ayant un enfant de 4 ans, mais parmi 4 groupes de différentes classes sociales (Robert D. Hess et Virginia C. Shipman, p. 881 - 882, 1965). :- Mère A avec une excellente précision« Eh bien, Susan, cette planche est la plate-forme sur laquelle nous plaçons ces petits jouets. D'abord, tu es demandée d'apprendre à ranger ces jouets, selon la couleur. Est-ce que tu peux le faire ? Ce qui est nécessaire est de ranger les jouets de même couleur sur une même place. Ensuite, tu range tous les jouets d'une autre couleur sur une autre place. Sur la troisième place, tu laisse le dernier groupe de couleur. Est-ce que tu peux ? Ou, veut-tu regarder comment je le fais d'abord ? » Sa fille répondit : « Je veux le faire moi-même. » Cette mère était capable tant de préciser la tâche requise que de proposer son soutien.- Mère B sans précision« Maintenant, je vais décharger les jouets entiers de cette planche. Alors, c'est toi qui les place, à nouveau, sur la planche. Que-ce que c'est ? » « Un camion. » « Bien, justement place-les ici ... Place d'autres ici ... Eh bien, place d'autre là-bas. » L'enfant ne savait pas ce qu'il a fait, en faisant simplement ceux que sa mère demandait. Il n'y avait aucun apprentissage.- Mère C sans capacité« J'ai eu quelques voitures. Avec elles, est-ce que tu veux jouer ? » « ... (sans réponse). » « D'accord. Qu'est-ce que c'est ? » « Un wagon ? » « Ah bon ! » « Un wagon ? » « Ce n'est pas un wagon. Qu'est-ce que c'est ? » ... Les échanges, qui occupent plusieurs pages, continuaient, en cette façon, sans arriver à l'objectif.. Ces scientifiques considèrent que l'entrée dans l'école primaire est trop tardive pour sauver ces enfants. Il est à remarquer qu'au , aux États-Unis, le programme de l'éducation publique avait fortement évolué et s'était adapté à la classe moyenne, avec l'enseignement de l'histoire, de la géographie, des mathématiques et des sciences.

thumb|upright=0.65|Joan Ganz Cooney (BA de l'université de l'Arizona), devenue directrice du CTW. thumb|upright=0.65|Lloyd Morrisett (PhD de l'université Yale), cofondateur. En cherchant une solution, les scientifiques trouvent un très bon moyen : la télévision, qui est alors en plein développement. Même des foyers américains dont le revenu est inférieur à , 90% possèdent déjà le téléviseur (et 95% pour la population totale). En , cette idée parvient à Lloyd Morriset, qui travaille alors auprès de la Carnegie Corporation à New York, fondation consacrée à l'éducation. Il est sollicité par Joan Ganz Cooney, qui souhaitait sauver les enfants pauvresSelon Joan Ganz Cooney, l'histoire remonte en février 1966. Avec son époux, elle invita ses collaborateurs dans son appartement situé à Manhattan, en leur offrant un dîner. Parmi les invités, on comptait Lloyd Morrisett, en qualité de président adjoint de la Carnegie Corporation. C'était la première fois que ces futurs fondateurs de Sesame Street se rencontrèrent. Le 24 janvier 2023, à la suite du décès de Morrisett, Cooney a déclaré : « Sans Lloyd Morrisett, il n'y aurait pas de Sesame Street. C'est lui qui a eu l'idée d'utiliser la télévision pour enseigner aux enfants des compétences de base, comme les lettres et les chiffres. » . En novembre, Morrisett commence à rassembler les soutiens financiers tandis que Cooney cherche, tout seule, le personnel pour former une équipe.

Il existe une autre raison pour laquelle ce programme était attendu. Dans les années 1950 et 1960 aux États-Unis, les émissions de télévision ont eu tendance à verser dans la violence et le commercialisme, ce qui était critiqué, notamment par de nombreux parents de la classe moyenne, des religieux, des politiciens et des psychologuesTime (magazine), le 23 novembre 1970 .

Le projet datant d'avant le premier choc pétrolier, Lloyd Morrisett réussit, avec les résultats de leurs études, à obtenir plusieurs soutiens historiques très importants à partir du secteur public. Pendant les deux ans de préparation, un montant de est débloqué. La moitié est financée par le département de l'Éducation des États-Unis. D'autres subventions sont issues de la fondation Carnegie, de la fondation Ford, de la fondation Merkle, de l'Operation Head Start et de la Corporation for Public Broadcasting.

Le Children's Television Workshop (CTW), association à but non lucratif, fait venir de talentueux directeurs et auteurs du secteur privé. C'est ainsi que Joan Ganz Cooney reçoit une lettre, expédiée par le président adjoint de la chaîne CBS, Michael Dann, lui recommandant David D. Connell pour le poste de producteur délégué. Connell était le producteur principal de l'émission Captain Kangaroo de la CBS. À la faveur de ce nouveau projet, Michael Dann n'hésite pas à débaucher ce producteur talentueux : Les gens habitant dans une rue d'une grande ville, idée très originale pour l'émission d'enfants, sont l'invention de l'auteur Jon Stone, qui était également un membre de l'équipe de Captain Kangaroo.

De surcroît, le CTW se compose également de psychologues et de pédagogues pour les enfants, ce qui est une nouveauté pour l'époque. Ainsi, douze professeurs de l'université Harvard participent à ce projet. Parmi eux, Gerald S. Lesser, psychologue, est le directeur des conseillers qui resta en cette fonction jusqu'en 1996. Un autre personnage important est le docteur Edward L. Palmer, pédagogue de l'expérience, qui est devenu l'un des fondateurs du CTW et qui fut ensuite le président adjoint des chercheurs durant 19 ans.

L'émission commença ainsi le .

Rôle important de Gerald S. Lesser Éminent professeur de l'université Harvard, Lesser a été dissuadé par ses collègues, de s'engager dans un sujet non académique tel que la télévision. Cependant, il considérait que ce moyen avait un grand potentiel pour que les enfants puissent développer leur intelligence.

Il est également l'un des personnages les plus importants de ce projet. D'abord, Lesser fait fixer la discipline la plus essentielle : l'émission doit être produite à la base des programmes pédagogiques, et non, d'amuser les enfants, caractéristique trouvée dans toutes les émissions de son époque. En effet, la plupart des américains considèrent que l'enseignement dédié à l'apprentissage pour les enfants d'âge préscolaire serait trop hâtive. Il s'agit donc d'une ligne de conduite inédite. Ensuite, pour le projet, il organise une série de sessions durant été 1968, y invitant psychologues, sociologues, enseignants, directeurs de télévision, auteurs des livres pour les enfants et responsables de divertissement. En qualité de directeur, il réussit à intégrer ces spécialistes qui n'avaient aucune connaissance commune sur ce sujet. Grâce à lui, une excellente communication s'établit parmi eux. Enfin, avant l'inauguration, ils obtiennent un programme éducatif très détaillé, qui précise les objectifs pédagogiques, sous la direction de Lesser.

Cette émission reste l'intervention éducative la plus recherchée dans l'histoire de la pédagogie. Plusieurs milliers d'études furent consultées par ses conseillers, sur base desquelles le programme est construit. Lesser n'hésite pas à adopter quelques études très avancées. Ainsi, la théorie de l'évaluation formative est une clé de Sesame Street. Tout épisode diffusé est évalué avant tout par la réponse des enfants. Les chercheurs constatent ce qu'ils apprécient et comprennent et ce qu'ils n'apprécient pas et ne comprennent pas. Ils analysent aussi ce qui charme ces enfants et ce qui leur fait plaisir. L'émission est toujours examinée et analysée, dans l'optique de l'améliorer.

Lesser profite également du diagramme de Venn, afin de trouver une cohérence entre le programme, l'évaluation, les études continues et la production. Tels sont les éléments requis, de sorte que l'excellence dans la production soit atteinte.