Origène (en / ), né à Alexandrie vers 185 et mort à Tyr vers 253, est le père de l'exégèse biblique. C'est un théologien de la période patristique.
Il est reconnu comme l'un des Pères de l'Église mais, contrairement à eux, il n'a pas été canonisé par l'Église catholique ni par l'Église orthodoxe, en raison de certaines de ses thèses qui furent rejetées par l'orthodoxie chrétienne.
Il y eut aussi au un autre Origène, philosophe néoplatonicien et païen, condisciple de Plotin et de Longin, avec lequel on l'a parfois confondu.
Biographie thumb|left|Origène, représentation dans un manuscrit daté de 1160, Bayerische Staatsbibliothek, Munich. Origène naît en Égypte dans une famille chrétienne. En 202, sous le règne de Septime Sévère, l'église d'Alexandrie est persécutée. Son père meurt martyrisé et Origène assiste à sa mort par décapitation. Il veut le suivre dans le martyre, mais sa mère réussit à l'en empêcher en cachant ses vêtements. La mort de Léonide laisse sans ressources une famille de neuf personnes, ses biens ayant été confisqués. Origène est cependant protégé par une femme riche et haut placée. Toutefois, comme elle abritait déjà chez elle un hérétique nommé Paul, il semble qu'Origène, qui professait la plus stricte orthodoxie, soit resté peu de temps chez elle.
Selon Eusèbe de Césarée, qui lui consacre le sixième livre de son Histoire ecclésiastique, Origène doit alors travailler pour faire vivre ses nombreux frères et sœurs. Instruit dans les belles-lettres et les saintes Écritures, il enseigne la grammaire pour subvenir aux besoins de sa famille. En 215, encore jeune, il succède à son maître Clément d'Alexandrie à la tête de la Didascalée à l'École théologique d'Alexandrie (école catéchétique). Il se signale alors par une rigidité de principes et de mœurs, qu'il aurait poussée au point de se castrer pour se soustraire à toute tentation.
Afin d'acquérir son indépendance financière, Origène vend sa bibliothèque pour une somme qui lui rapporte un revenu quotidien net de 4 oboles, qui lui suffisent en raison de son extrême frugalité. Il donne des leçons publiques à Césarée en Syrie dans la journée, et consacre à l'étude de la Bible la plus grande partie de ses nuits, menant une vie d'ascète rigide. Il se rend à Athènes pour soutenir les églises d'Achaïe.
Il continue à étudier, notamment auprès d'Ammonios Saccas. En 230, il est ordonné prêtre à Jérusalem, mais son évêque, Démétrius d'Alexandrie, lui reproche ses mutilations qui, selon les canons, le rendent inapte au sacerdoce. Malgré le soutien des évêques et une assemblée en concile, Démétrius regarde son ordination comme irrégulière. Il destitue Origène de ses fonctions, l'excommunie et lui interdit de séjourner dans son diocèse. Origène n'y retourne effectivement qu'après la mort du prélat. En 231, Origène quitte Alexandrie pour Césarée, en Palestine, où il continue d'expliquer l'Écriture. Une nouvelle école prend corps autour de lui, avec des élèves remarquables comme Grégoire le Thaumaturge.
En 250, sous le règne de l'empereur Dèce, il est persécuté. Bien qu'emprisonné et torturé, il ne cesse d'écrire à ses compagnons pour les encourager et compose son livre Contre Celse. Il est libéré mais meurt peu après, vers 253, probablement des suites de ses blessures.
Selon saint Jérôme, il serait mort à Tyr et aurait été enterré dans la cathédrale.
Trois siècles après sa mort, Origène est anathématisé, et donc déclaré hérétique, sous le anathématisme du deuxième concile de Constantinople.
Autocastration présumée
Eusèbe affirme que, alors qu'il était jeune homme, à la suite d'une mauvaise lecture littérale de l’évangile selon saint Matthieu, dans laquelle Jésus affirme qu'« il y a des eunuques qui se sont faits eunuques à cause du royaume des cieux »Évangile selon Matthieu, 19:12 : ; Matthieu 5:29-30 : ; et Matthieu 18, 8-9. et de l’évangile selon saint MarcÉvangile selon Marc, 9:43 : ., Origène aurait payé un médecin pour être castré.. La motivation de cet acte aurait été qu’enseignant à des femmes aussi bien qu'à des hommes, il craignait que cette situation ne fasse scandale chez les païens et aurait voulu assurer sa réputation de tuteur respectable. Eusèbe prétend en outre qu'Origène a parlé en privé de la castration à Démétrius, l'évêque d'Alexandrie, et que ce dernier l'a d'abord félicité pour sa dévotion à Dieu.
La véracité de ce témoignage d’Eusèbe est mise en doute. Origène ne mentionne la castration dans aucun de ses écrits. Dans son exégèse de Mathieu 19:12, son Commentaire de l'évangile de Matthieu, écrit vers la fin de sa vie, condamne fermement toute interprétation littérale de ce verset, affirmant que seul un idiot interpréterait le passage comme préconisant une castration littérale.
Pensée vignette|Origène (Adamantius). Adversus Celsum libri VIII. Manuscrit Grec 945 ()Grec 945 JOANNES Climacus (S.). Auteur du texte. {BnF Gallica..
Origène fut le premier à tenter de faire une synthèse de la science théologique, ce qu'on appellera plus tard une somme, avec le traité des Principes. Ce traité est discuté, notamment pour ses thèses relatives à la Création, au Salut et à la nature du Christ.
Thèses sur la Création Selon Origène, Dieu aurait créé d'abord le Logos (Verbe), puis, à partir de lui, une multitude d’esprits purs, les logikoi (du grec ), des créatures purement rationnelles et immatérielles. À l’exception de Jésus, elles s’éloignent de Lui et deviennent alors des âmes. Dieu leur donne des corps en rapport avec la gravité de leurs fautes : corps d’anges, d’hommes ou de démons. Origène croyait ainsi à la préexistence des âmes dans une région supérieure : Canon I du cinquième concile contre Origène., d'où elles étaient venues animer les corps terrestres. Ces âmes humaines auraient péché même avant d'être unies à des corps. Origène élabore cette doctrine de la création en rejetant une lecture littérale de la Genèse :
Thèses sur le Salut
D'après Origène, les âmes peuvent, pendant leur vie terrestre, se purifier et s'élever à la félicité suprême par la communication intime avec Dieu. Grâce à leur libre décision, ces âmes peuvent se rapprocher de Dieu ou s’en éloigner. Le salut équivaut au retour à la perfection originelle, et à ce moment-là les âmes auront des « corps de résurrection ». Le véritable idéal est cette connaissance complète, que les philosophes grecs n’ont qu’entrevue, mais que le chrétien peut acquérir complètement s’il se détache de la matière.
Le corps physique est donc une punition, mais en même temps le moyen par lequel Dieu se révèle et soutient l’âme dans son élévation. Dieu ne veut pas contraindre l’âme, et recourt donc à l’éducation par le Logos, dont les agents ont été les philosophes pour les Grecs, Moïse et les prophètes pour le peuple juif, et Jésus pour l'humanité tout entière en qui s’incarna le Fils de Dieu.
Origène soutient également que les peines de l'Enfer ne sont pas éternelles.. Il pense que le salut final (la parousie) n'adviendra que lorsque toute la création, et donc toute l'humanité, aura été réintégrée dans le Christ. Cette doctrine, connue sous le nom d'apocatastase, sera reprise par d'autres Pères de l'Église comme Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée et Grégoire de Nysse. Mais elle est finalement condamnée par le second concile de Constantinople en 553 (voir infra, controverses).
Extrait Homélie 12 sur le Livre de l'ExodeOrigène. Homélies sur l'Exode. Jean Doignon. Revue de l'histoire des religions, Année 1989/206-1, p. 88-89. Persée. :
Thèses sur la nature de Dieu et du Christ Selon Origène, Dieu est transcendant et infini. Il engendre éternellement le Fils, son image. Jésus-Christ ne serait ainsi fils de Dieu que par adoption.
La tradition évangélique D'après EusèbeHistoire ecclésiastique, VI, 25, 3-7, Origène, dans le premier des livres Sur l'Évangile selon Matthieu, rapporte ainsi la tradition : « Comme je l'ai appris par la tradition à propos des quatre Évangiles , d'abord a été écrit celui selon Matthieu, qui fut un moment publicain avant d'être apôtre de Jésus-Christ : il a été édité pour les croyants d'origine judaïque, et composé en langue hébraïque. Le second est celui selon Marc, qui l'a rédigé selon les indications de Pierre ; d'ailleurs, dans son épître catholique, Pierre appelle Marc son fils, quand il dit : 1 P5, 13. Le troisième est l' Évangile selon Luc, celui qui a été loué par Paul2 Co 8, 18-19 ; 2 Tm 2,8 ; Col 4, 14., et composé pour les croyants d'origine païenne. Après tous, l'Évangile selon Jean. »
Géographie Origène admet, comme Augustin d'Hippone, l'existence des antipodesI.2, de Princip. c. 3. Il fonde cet avis sur des écrits de Saint ClémentNicolas-Sylvestre Bergier, Dictionnaire de théologie, .
Mariologie Origène offre, le premier, l'interprétation du dans le cantique de Siméon comme faisant référence au fait que Marie sera scandalisée et prise par le doute lors de la crucifixion du Christ. Cette interprétation est reprise par de nombreux pères et jusqu'au par Théophylacte d'Ohrid. Ainsi, le théologien et patrologue Philip Schaff déclare :De même, Tertullien, Origène, Basile le Grand et même Chrysostome, avec toute l’estime qu’ils portent à la mère de notre Seigneur, lui attribuent en une ou deux occasions (Jean ii. 3 ; Matt. Xiii. 47) la vanité maternelle, ainsi que le doute et l’inquiétude, et en font le glaive (Luc ii. 35) qui, sous la croix, a traversé son âme.
Extrait Siméon dit ensuite : Un glaive te transpercera l’âme à toi aussi. Quel est ce glaive qui a transpercé le cœur des autres et également celui de Marie ? L’Écriture dit clairement qu’au temps de la Passion, tous les Apôtres ont été scandalisés au sujet du Christ. Le Seigneur même l’a dit : Tous vous serez scandalisés cette nuit. […] Pourquoi penser que, si les Apôtres ont été scandalisés, la mère du Seigneur, elle, a été préservée du scandale ? Si, pendant la Passion du Seigneur, elle n’a pas été sujette au scandale, Jésus n’est pas mort pour ses péchés, mais si tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, si tous sont justifiés et rachetés par sa grâce, Marie aussi fut à ce moment-là sujette au scandale.
- Origène, Homélies sur S. Luc, XVII, 6-7, trad. Henri Crouzel, François Fournier et Pierre Périchon, coll. Sources chrétiennes, éd. du Cerf, Paris, 1962, pp. 257-259.
Influences : philosophie grecque et gnose La doctrine d'Origène s'inspire de la philosophie grecque, notamment du platonisme et du stoïcisme. Origène emprunte aux platoniciens leur métaphysique dualiste, opposant au monde matériel un monde intelligible supérieur. Il s'inspire également d'un syncrétisme de la physique stoïcienne et de la physique aristotélicienne, pour concevoir la résurrection des corps comme une résurrection de la forme du corps, qu'il rend équivalent à sa « qualité corporelle », et non de son substrat matérielLe Boulluec, Alain. « De la croissance selon les Stoïciens à la résurrection selon Origène ». Revue des Études Grecques 88, (1975): 143‑55. https://doi.org/10.3406/reg.1975.4063.
Par ailleurs, sa doctrine a été rapprochée sur certains aspects de celle des gnostiques, ce qui lui vaudra des controverses posthumes (cf infra, « un théologien controversé »).
Postérité