La mer Morte (, , « mer de Sel » ; ou Bahr-Lût « mer de Loth ».) est un lac salé du Proche-Orient partagé entre Israël, la Jordanie et la Cisjordanie.

D’une surface approximative de , elle est alimentée par le Jourdain et l'Arnon issu du plateau jordanien. Alors que la salinité moyenne de l’eau de mer est de 2 à 4 %, celle de la mer Morte est d’approximativement 27,5 % (soit par litre). Cette salinité, ainsi que la présence d'électrolytes toxiques fait qu'aucun poisson ni aucune algue macroscopique ne peuvent subsister, ce qui lui vaut le nom de « mer morte ». Néanmoins des organismes microscopiques (plancton, bactéries halophiles et halobacteria) s'y développent normalement. De plus, en 2011, des sources d'eau douce ont été découvertes au fond de la mer Morte qui permettent le développement d'autres micro-organismes non halophiles..

Elle est identifiée au lac Asphaltite de l'Antiquité [consulté le 17 août 2016].Mer Morte [consulté le 17 août 2016]., Flavius Josèphe dans la Guerre des Juifs utilise cette dénominationFlavius Josèphe, Livre I de la Guerre des Juifs, XXXIII:5.Flavius Josèphe, Livre IV de la Guerre des Juifs, VIII:4..

La mer Morte a perdu le tiers de sa superficie depuis les années 1970 et se trouve désormais menacée de disparition.. Depuis les années 2000 son niveau d'eau descend en moyenne d'environ par an.

Étymologie et toponymie En hébreu, la mer Morte est appelée Yām ha-Melaḥ (ים המלח), qui signifie « mer de sel » (Genèse 14:3). La Bible utilise sept fois ce termeGn 14:3, Nb 34:3,12, Dt 3:17 et Jos 3:16, 12:3, 15:2, 18:19, Bible Segond, 1910. aux côtés de deux autres : la « mer de la Arabah » (Yām ha-'Ărāvâ ים הערבה), et la « mer de l'Est » (ha-Yām ha-kadmoni הים הקדמוני). La désignation « mer Morte » n'apparaît jamais dans la Bible. En prose, on utilise parfois le terme Yām ha-Māvet (, « mer de la Mort »), en raison de la rareté de la vie aquatique dans cette région : .

En arabe, la mer Morte est appelée quelquefois (, la « mer de Loth »). Un autre nom historique en arabe était la « mer de Tzoʼar », d'après la ville voisine de Tsoar à l'époque biblique.. Les Grecs l'appelaient le Lac d'Asphaltites (Attique (dialecte)) , , la « mer d'Asphaltite »).

Géographie

Hydrographie vignette |gauche |upright | Côte de la mer Morte (novembre 2019). La mer Morte est le point émergé le plus bas de la surface du globe avec une altitude de sous le niveau de la mer en . ( en ). D'autres points similaire existe de par le monde comme le lac de Tibériade (), et le lac Assal () plus bas point africain dans la vallée du Grand Rift.

D’une surface approximative de , elle est alimentée par le JourdainGafny, S. et al. (2010), Map of the Lower Jordan River, retrieved 14 April 2020 et l'Arnon issu du plateau jordanien. Ces apports sont devenus sporadiques depuis la construction de barrages destinés à l'irrigation tel que celui de Degania (Israël, 1964), et ceux sur le Yarmouk, affluent du Jourdain, en Syrie et en Jordanie.

Par rapport aux années 1970, la mer Morte a perdu 28 % de sa profondeur et le tiers de sa superficie.. Durant ces vingt-cinq dernières années, le niveau d'eau est descendu de un mètre par an en moyenne.

Évolution du niveau de la mer Morte de 1960 à 2026

Hydrologie vignette |gauche |upright |Conséquence de la forte salinité sur la flottabilité. L’eau de la mer Morte est une solution de sels dont la concentration diffère grandement de la salinité normale d’un océan. Le chlorure de magnésium et le chlorure de sodium sont les principaux composants de cette solution. Riches en minéraux, les eaux de la mer Morte sont réputées pour soigner le psoriasis () et les rhumatismes.

La masse volumique de l’eau de la mer Morte, de ., est telle qu’un être humain peut y flotter plus facilement qu'ailleurs.

Composition de l'eau L'eau de la mer Morte contient 27,5 % de sels, contre 2 à 4 % pour les eaux de mers. En 1944, l'océanographe français Jules Rouch mesurait la composition de l'eau en divers points et à plusieurs époques de l'année et notait une concentration plus forte de presque tous les éléments, corrélée avec la profondeur..

De plus, la chimie de l'eau varie selon les apports pluviaux. éléments (en g/l)19442018.en surfaceà à Sodium - - -34,9Potassium - - -7,56Calcium - - -14,4Magnésium - - -35,2Sulfates - - -0,54Bicarbonates - - -240Chlorure - - -208Chlorure de sodium82,484,287,487Brome - - -5,59Chlorure de potassium11,814,715,711,5Chlorure de magnésium142,1163,7169 -Chlorure de calcium3347,546,7 -Total des sels par litre271,8316,9326,7 -

Toxicité vignette |Baignade dans la Mer Morte. Se baigner dans la mer Morte ne présente pas de problème pour la santé grâce à la barrière protectrice offerte par la peau mais cette eau avalée en quantité significative (équivalent d'une quasi-noyade) est hautement toxique à cause de son taux extrêmement élevé d'électrolytes..

Si la peau est protectrice, il a été montré que le psoriasis permet le passage percutané de certains électrolytes de la mer Morte (brome, rubidium, calcium et zinc… mais pas magnésium) dans l'organisme. À cet effet, une expérience a été menée avec des volontaires (sains et psoriasiques) ayant effectué une balnéothérapie avec l'eau de la mer Morte ou dans des solutions simulées de sels de bain.

Des animaux (cobayes) ont été placés dans des solutions de sel de bain simulant la mer Morte mais marqués par des quatre radionucléides marqueurs (calcium, magnésium, potassium et brome radioactif). Après de bain, ces radioactifs ont été détectés (à l'état de traces) dans le sang et dans certains organes internes des cobayes. Ils s'étaient répartis dans le corps selon un schéma physiologique classique de distribution. Les solutions étaient toutes hypertoniques, mais on a observé une nette pénétration de ces quatre sels dissous, tant via l'épiderme sain (humain et cobaye) que lésé (psoriasique)..

Écologie de la mer Morte et de ses sédiments Durant les derniers , la salinité de cette mer a varié (atteignant parfois celle d'aujourd'hui qui a des causes anthropiques). Avec l’hyper-salinisation, la vie s'y est raréfiée mais pas éteinte. Malgré une salinité de par litre d'eau (contre autour de par litre dans l'océan mondial) quelques microbes extrêmophiles et très halophiles y survivent (bactéries et archées) ainsi que des microchampignons halophilesKis-Papo, T., Grishkan, I., Oren, A., Wasser, S. P., & Nevo, E. (2001). Spatiotemporal diversity of filamentous fungi in the hypersaline Dead Sea. Mycological Research, 105(6), 749-756.. Depuis près d'un demi-siècle, l'écologie microbienne de la mer Morte et sa biogéochimieNissenbaum, A. (1975). The microbiology and biogeochemistry of the Dead Sea. Microbial Ecology, 2(2), 139-161. font l'objet d'étudesOren A (1988) The microbial ecology of the Dead Sea. In Advances in microbial ecology (pp. 193-229). Springer, Boston, MA (résumé).. Dans la partie anoxique du sédiment, des archées méthanotrophes consomment le méthane du sédimentAvrahamov, N., Antler, G., Yechieli, Y., Gavrieli, I., Joye, S. B., Saxton, M., … & Sivan, O. (2014) [Avrahamov, N., Antler, G., Yechieli, Y., Gavrieli, I., Joye, S. B., Saxton, M, … & Sivan O (2014) Anaerobic oxidation of methane by sulfate in hypersaline groundwater of the Dead Sea aquifer]. Geobiology, 12(6), 511-528. Anaerobic oxidation of methane by sulfate in hypersaline groundwater of the Dead Sea aquifer. Geobiology, 12(6), 511-528..

Présence potentielle de phytoplancton Lors des treize premières années d'études microbiologiques quantitatives conduites en mer Morte (de 1980 à 1993) les chercheurs ont d'abord observé en 1980 une pullulation d'algue unicellulaire verte Dunaliella parva (atteignant ) ainsi que d'archéobactéries rouges ()Oren A (1993) The Dead Sea—alive again. Experientia, 49(6-7), 518-522 (résumé).. Cette explosion de vie a fait suite à un épisode de pluies diluviennes qui ont rendu l'eau moins salée en surface. Ce bloom planctonique a disparu fin 1982 quand l'eau douce était évaporée et/ou mélangée à la colonne d'eau. De 1983 à 1991, le lac a été holomictique ; aucune Dunaliella n’a alors été observée, et les bactéries viables étaient rares. Puis l'hiver 1991-1992 de fortes pluies ont créé une nouvelle couche moins salée en surface (5 premiers mètres dilués à 70 % de leur salinité antérieure) ; là Dunaliella s'est à nouveau développée (avec un maximum de observé début de mai, chutant ensuite rapidement, à moins de en fin juillet). Un bloom d'archéobactéries rouges a aussi été observé () a encore une fois donné une coloration rouge au lac.

Grâce à la plateforme de forage de l'équipe internationale de chercheurs en mer Morte, et à son programme de forage profond Mordechai Stein, (2011), Scientific Drilling, (11). , le sédiment de la mer morte commence à être mieux connuNeugebauer, I., Brauer, A., Schwab, M. J., Waldmann, N. D., Enzel, Y., Kitagawa, H., … & Ariztegui, D. (2014). Lithology of the long sediment record recovered by the ICDP Dead Sea Deep Drilling Project (DSDDP). Quaternary Science Reviews, 102, 149-165., et on a montré que des micro-organismes du lac vivent aussi dans toute la colonne sédimentaireThomas, C., Ionescu, D., Ariztegui, D., & DSDDP Scientific Team (2014) Archaeal populations in two distinct sedimentary facies of the subsurface of the Dead Sea. Marine genomics, 17, 53-62 (résumé)., bien que le milieu soit hyper-salé, dense, sans lumière et anaérobie.

Des archées du genre Halobacteria avaient déjà été repérées dans les sédiments et en 2019 — sous une épaisseur de de profondeur de sédiments marins — une équipe de l'Université de Genève a découvert des bactériesChauveau Loïc (2019 Il y a de la vie dans la mer Morte, Science et Avenir, brève publiée le 20.04.2019.. Un indice de présence de bactéries avait été la découverte dans les carottes de sédiments de cires d’esters isopréniques (molécules que les archées ne savent pas produire, mais que des bactéries peuvent synthétiser à partir de fragments d’archées selon Daniel Ariztegui). On pouvait donc supposer que des bactéries se nourrissent d'archées ou de leur cadavre, la nécrophagie étant plus probable que la prédation, car moins exigeant en matière de consommation énergétique. Comme d'autres extrêmophiles, ces bactéries semblent pouvoir fortement réduire leur métabolisme pour ne se diviser que tous les environ. Si la salinité continue à augmenter, au-delà d'un certain seuil l'adaptation devient a priori impossible, même en présence de carbone nutritif. .

À partir de la fin des années 1980Buchalo, A. S., Nevo, E., Wasser, S. P., Oren, A., & Molitoris, H. P. (1998). Fungal life in the extremely hypersaline water of the Dead Sea: first records. Proceedings of the Royal Society of London. Series B: Biological Sciences, 265(1404), 1461-1465., on découvre trois espèces de microchampignons filamenteux vivant dans la mer Morte, dont une espèce nouvelle d'Ascomycota (la description de champignons vivant dans un milieu aussi salé était une première mondiale).

Des spores et du mycélium d'Aspergillus versicolor et de Chaetomium globosum survivent jusqu'à à la salinité de la Mer Morte. Quatre isolats trouvés en mer Morte (isolats de Aspergillus versicolor, Eurotium herbariorum, Gymnascella marismortui et Chaetomium globosum) ont survécu dans de l'eau de la mer morte et tous leurs mycéliums survivaient dans de l'eau de la mer Morte diluée à 50 % et 10 %. Les souches prélevées en Mer Morte résistent mieux au sel que celles isolées dans des eaux moins salées. Les spores venant d'isolats provenant des rives émergées de la Mer Morte étaient généralement moins tolérants au sel que ceux des mêmes espèces trouvées dans la colonne d'eau. Il existe donc en Mer Morte des champignons halo-tolérants et/ou halophiles adaptés au sel.

Présence potentielle de virus