Charlemagne, du latin Carolus Magnus, ou (dit ), Karl () de son nom usuel dans sa langue maternelle le francique rhénan (langue germanique), né à une date inconnue (vraisemblablement durant l'année 742, voire 747 ou 748) et mort le à Aix-la-Chapelle, est un roi des Francs et empereur. Il appartient à la dynastie des Carolingiens. Fils de Pépin le Bref et de Bertrade de Laon, il est roi des Francs à partir de 768, devient par conquête roi des Lombards en 774 et est couronné empereur à Rome par le pape le 24 ou , relevant une dignité disparue en Occident depuis la déposition, trois siècles auparavant, de Romulus Augustule en 476.

Roi guerrier, il agrandit notablement son royaume par une série de campagnes militaires, en particulier contre les Saxons païens dont la soumission fut difficile et violente (772-804), mais aussi contre les Lombards en Italie et les musulmans d'al-Andalus. Souverain réformateur, soucieux d'unification religieuse et de culture, il protège les arts et lettres et est à l'origine de la « renaissance carolingienne ». Son œuvre politique immédiate, l'Empire carolingien, ne lui survit cependant pas longtemps. Se conformant à la coutume successorale franque, Charlemagne prévoit dès 806 le partage de l'Empire entre ses trois filsCapitulaire Karoli Divisio Regnorum, MGH, Capitularia Regum Francorum , , 126-130, et plus particulièrement col. 1 et 2, 126.. Après de nombreuses péripéties, l'Empire ne sera finalement partagé qu'en 843 entre trois de ses petits-fils, lors du traité de Verdun.

Le morcellement féodal des siècles suivants, puis la formation en Europe des États-nations rivaux condamnent à l'impuissance ceux qui tentent explicitement de restaurer l'Empire d'Occident, en particulier les souverains du Saint-Empire romain germanique, d' en 962 à Charles Quint au , voire , hanté par l'exemple du plus éminent des CarolingiensBernardine Melchior-Bonnet, Dictionnaire de la Révolution et de l'Empire, 1965, , 279..

La figure de Charlemagne a été l'objet d'enjeux politiques en Europe, notamment entre le entre la nation germanique qui considère son « Saint-Empire romain » comme le successeur légitime de l'empereur carolingien, et la nation française qui en fait un élément central de la continuité dynastique des Capétiens. Charlemagne est parfois considéré comme le « Père de l'Europe »Robert John Morrissey, L'empereur à la barbe fleurie : Charlemagne dans la mythologie et l'histoire de France, 1997, 24. D. A. Bullough, « Europæ Pater : Charlemagne and His Achievement in the Light of Recent Scholarship », The English Historical Review, , , janvier 1970, , .Thomas Ferenczi, Pourquoi l'Europe ?, 2008, 101.Élisabeth Guigou, Je vous parle d'Europe, 2004, 26. pour avoir assuré le regroupement d'une partie notable de l'Europe occidentale, et posé des principes de gouvernement dont ont hérité les grands États européensPhilippe Depreux, Charlemagne et la dynastie carolingienne], 2007, ..

Les deux principaux textes du qui dépeignent le Charlemagne réel, la d'Éginhard et la attribuée à Notker le Bègue, moine de Saint-Gall, l'auréolent également de légendes et de mythes repris au cours des siècles suivants : ..

Charlemagne est, par tolérance du pape , un bienheureux catholique fêté localement le Entrée .. En effet, en 1165, l'empereur obtient la canonisation de Charlemagne par l'antipape et (consulté le ).. De nombreux diocèses du nord de la France inscrivent alors Charlemagne à leur calendrier et, en 1661, l'université de Paris le choisit pour saint patron. Aujourd'hui encore, la cathédrale d'Aix-la-Chapelle fait vénérer ses reliques. Pourtant, l'Église catholique a retiré de son calendrier .

Sources L'historien Georges Minois, spécialiste du Moyen Âge, a donné un relevé des sources qui sont expliquées ici, chapitre 2 « Du mythe à la réalité »..

Documents officiels vignette|redresse|Instructions de Charlemagne à ses envoyés, en 785. BnF, département des manuscrits, ms. Latin 9008.

On dispose de du règne de Charlemagne, dont ; de , souvent connus par plusieurs copies encore existantes ; des comptes rendus de certaines assemblées ecclésiastiques (synodes ou conciles).

Correspondances On dispose de écrites par l'abbé Alcuin, dont un bon nombre adressées à Charlemagne. Elles sont en général très verbeuses.

On a aussi adressées par les papes aux Carolingiens ( Charles Martel, Pépin le Bref et Charlemagne), réunies à la demande de celui-ci en un volume, le Codex epistolaris Carolinus.

Annales La tenue d'annales est une pratique qui débute en Irlande au et se répand sur le continent au .

Les Annales regni Francorum : en 788, Charlemagne décide d'établir des annales royales, en les faisant commencer rétroactivement à 741, date de la mort de Charles Martel. Ces annales royales sont effectivement réalisées et poursuivies jusqu'en 829. Les historiens discernent le travail de plusieurs auteurs : le premier opère la compilation des années 741-788 et rédige les annales jusqu'en 797 ; d'autres interviennent dans les années suivantes. Ces Annales sont connues dans couvrant des périodes différentes, dont 4 sont proches dans la façon de rédiger (A, B, C, D), tandis qu'une cinquième (E) présente de notables différences. La version E valorise plus la personne de Charlemagne que les autres qui exaltent plutôt les Francs en général ; en même temps, elle est beaucoup plus réaliste, et évoque de nombreuses difficultés, défaites ou révoltes, qui sont passées sous silence dans les autres : par exemple, l'attaque de Roncevaux. Les versions A-D apparaissent comme une histoire officielle, parfois mensongère, la version E comme plus critique.

Le Liber pontificalis sont des annales constituées en fonction des règnes des différents papes (en ce qui concerne Charlemagne : , , ). Il s'agit d'une histoire officielle du point de vue de la papauté.

Les annales monastiques les plus importantes couvrant la période sont les Annales mettenses priores (Metz), les Annales mosellani, les Annales de Lorsch, et la Chronique de Moissac.

Chroniques vignette|redresse|Lettrine historiée : Charlemagne assis. Abbaye Saint-Martial de Limoges, vers 1050 (?). Éginhard, Vita Karoli Magni.

Après Grégoire de Tours au , la période mérovingienne a au un chroniqueur appelé Frédégaire, auteur du ou Chronique de Frédégaire qui est prolongée par des continuations, réalisées sous l'égide de la famille carolingienne. La troisième continuation concerne la période 753-768. Quelques données sur le règne de Charlemagne apparaissent dans des chroniques secondaires : la Vie de Sturm (abbé de Fulda) ; les Actes des saints Pères de l'abbaye de Saint-Wandrille ainsi que dans les ouvrages concernant Louis le Pieux : Vie de l'empereur Louis de Thegan (évêque de Trèves), Poème sur Louis le Pieux d'Ermold le Noir, Vie de Louis le Pieux de l'Astronome.

Le texte le plus important est la rédigée par Éginhard après la mort de l'empereur, mais présent à la cour et membre du cercle des proches à partir des années 790. La plupart des biographes médiévaux flattent leur commanditaire. Éginhard ne déroge pas à la règle en présentant Charlemagne comme un être de lumière, un monarque surhumain. Sa biographie est cependant considérée comme un compte-rendu assez fidèle de la vie de Charlemagne et de son époque..

Deux textes d'auteurs postérieurs à l'époque de Charlemagne, le Poète saxon et le Moine de Saint-Gall, présentent un certain intérêt. Le dernier, identifié en général avec Notker le Bègue, est à l'origine d'un certain nombre d'anecdotes devenues des images d'Épinal au (Charlemagne glorifiant les élèves pauvres, mais méritants et rejetant les riches paresseux). Le Poète saxon, malgré son origine, est écrit d'un point de vue parfaitement conforme à celui des Francs, et exalte l'œuvre de christianisation de Charlemagne. La chronique du Pseudo-Turpin rédigée dans la première moitié du est une histoire légendaire écrite en prose sur les expéditions de Charlemagne outre Pyrénées jusqu'à sa mort..

Parmi les auteurs non francs, les sources sont assez limitées. Une des plus intéressantes est la chronique de Crantz (Creontius), chancelier du roi de Bavière Tassilon. Cette chronique est connue seulement par l'intermédiaire tardif d'un humaniste allemand du , Jean Tumair, dit « Aventinus », qui a utilisé un manuscrit plus ancien. Il existe aussi des mentions concernant Charlemagne dans les écrits historiques du byzantin Théophane.

Sources non textuelles L'épigraphie fournit un nombre assez limité d'informations. La numismatique est plus intéressante en ce qui concerne la titulature de Charlemagne, mais aussi parce qu'on trouve parfois sur les pièces un portrait de Charlemagne.

Biographie Charlemagne est le plus illustre représentant des souverains de la dynastie carolingienne, qui lui doit d'ailleurs son nom. Petit-fils de Charles Martel, il est le fils de Pépin le Bref et de Bertrade de Laon dite « au Grand Pied ».

La date et le lieu de naissance de Charlemagne sont l'objet de controverses, en raison de l'absence de renseignements concordants dans les documents d'époqueÉcole nationale des chartes (France). Société de l'École des chartes, Revue d'édition de la Bibliothèque de l'École des chartes (1864), Librairie Droz, 1855, , ..

Date de naissance incertaine

On dispose d'une indication sur le jour de sa naissance : un calendrier du début du de l'abbaye de Lorsch indique que la naissance de Charlemagne a eu lieu nonas aprilis, nativitas domni et gloriosissimi Karoli imperatoris et semper Augusti, cf. Jean Mabillon, Annales Ordinis Sancti benedicti occidentalium Monachorum Patriarchæ, 116 et ., soit le . En ce qui concerne l'année, il existe trois possibilités : 742, 747 ou 748.

vignette|redresse|gauche|Enluminure représentant Éginhard (-).

La date de 742 se fonde sur un énoncé d'Éginhard, selon lequel Charlemagne est mort « dans sa soixante-douzième année ».. Mais il est apparu. qu'Éginhard paraphrasait la Vie des douze Césars de Suétone, de sorte que l'âge qu'il attribue à Charlemagne n'est pas totalement fiable. Eginhard se refuse explicitement à traiter le sujet de la naissance et que la date de 742 est obtenue de façon indirecte. On trouve cependant aussi l'indication de l'âge de dans les Annales Regni Francorum.

Les dates de 747-748 se fondent sur un énoncé des Annales Petaviani (Annales de Petau) qui donnent la date de 747. Cela pose cependant un problème, si on retient le jour anniversaire du , car ces annales indiquent que Charlemagne est né après le départ de son oncle Carloman pour Rome, évènement qui a eu lieu après le Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Mémoires couronnés et autres mémoires, F. Hayez, 1861, vol. 11, , .. De plus, en 747, Pâques est tombé le et les chroniqueurs n'auraient pas manqué de signaler cette coïncidence.

Cette absence de certitude concernant l'année de sa naissance est probablement liée au fait que Pépin et Berthe ne se sont mariés (religieusement) qu'en 743 ou 744. Par conséquent, la naissance de Charlemagne serait, du point de vue de l'Église, illégitime en 742, légitime en 747-748. Un autre aspect concerne son âge lors des événements de sa jeunesse : ou en 768 à son avènement.