La torture est l'utilisation volontaire de la violence pour infliger une forte souffrance à un individu. En droit international coutumier, des éléments clés de la définition de la torture ont fait l'objet de références officielles : en résumé, elle implique « une douleur ou souffrance aiguë, physique ou mentale, infligée intentionnellement ».. La Convention inter-américaine pour la prévention et la répression de la torture en étend la définition aux cas d'« applications de méthodes visant à annuler la personnalité de la victime ou à diminuer sa capacité physique ou mentale, même si ces méthodes et procédés ne causent aucune douleur physique ou angoisse psychique ».. La distinction entre « torture » et « peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant » est sujette à débats et à variations selon la jurisprudence et les tribunaux.
Elle peut être utilisée comme châtiment, comme moyen de coercition pour obtenir quelque chose, afin d'inspirer la terreur et la domination, ou encore par cruauté. Elle est notamment employée pour obtenir des aveux ou autres informations secrètes , ainsi que pour terroriser des populations ou des organisations, en ciblant certains individus afin que les autres restent passifs de peur d'être victimes à leur tour. Elle peut volontairement aboutir à la mort de l'individu, il s'agit alors du supplice, qui vise à amener la mort de façon très douloureuse, voire à la retarder le plus possible, pour prolonger l'agonie.
D'innombrables méthodes de tortures ont été ou sont employées, en fonction de la technologie disponible, de la culture des tortionnaires, des ressources locales, etc. Elles passent par toutes sortes d'agressions, physiques sur le corps de l'individu, ou psychologiques reposant sur la peur, la tristesse ou autres émotions. Les actes de torture produisent le plus souvent des séquelles, notamment des mutilations physiques et des traumatismes psychologiques. Pour le tortionnaire ou bourreau, torturer peut éventuellement répondre à des pulsions sadiques ou s'inscrire dans la soumission à l'autorité (expérience de Milgram), mais souvent lui aussi en ressort profondément marqué.
La torture a été pratiquée dans la plupart des civilisations à toutes les époques de l'histoire, notamment dans des contextes de guerre ou autres formes de conflit, ou au service du pouvoir judiciaire. La Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée le par l'ONU, est le premier texte international à déclarer illégale la torture, dans son article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. » Les quatre Conventions de Genève adoptées en 1949 et leurs Protocoles additionnels (1977) prohibent la torture (qui ne s'identifie pas, malgré les ressemblances et les zones d'indiscernabilité, à la notion de « peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant »). D'autres textes internationaux ou régionaux l'interdisent également dans les années suivantes. Le premier est la Convention européenne des droits de l'homme, adoptée en 1951 par le Conseil de l'Europe, qui est le premier traité interdisant la torture (article 3).
Méthodes et instruments
De tous temps, différents moyens de torture furent utilisés par les bourreaux. Ils incluaient notamment le chevalet, les brodequins, l'estrapade, le chat à neuf queues, la torture par l'eau, le supplice de la roue, la « chatte » (cata, catha, utilisée lors du procès de Pierre de Torrenté) ou le supplice du pal.
L'asphyxie par absorption d'eau a longtemps été niée en tant que torture mais des décisions juridiques sont intervenues pour tenter d'interdire cette pratique en la qualifiant ainsi. , son statut de torture est officiellement reconnu mais .
Produits chimiques Les victimes peuvent être forcées à ingérer des produits, chimiques ou non (par exemple du verre pilé), pour infliger une douleur et des dégâts internes. Des produits irritants peuvent être introduits dans le rectum ou le vagin, ou appliqués sur les parties génitales. Des brûlures chimiques sur la peau sont utilisées comme moyen de torture dans les prisons syriennes..
La torture chimique peut consister à administrer à une personne une drogue pendant une longue période, provoquant ainsi une forte dépendance, puis un sevrage pénible pouvant durer plusieurs années. L'administration forcée de médicaments est également utilisée, souvent à des doses toxiques, pour punir des dissidents politiques et/ou religieux.. Des agents chimiques psychotropes donnent la possibilité d'induire à volonté panique, dépression, psychose, délire et douleur extrême..
Électricité Gégène
Gégène est un terme de l'argot militaire français, diminutif de « génératrice », qui désigne une dynamo électrique manuelle en dotation dans l'armée de terre française de 1954 à 1962, utilisée pour fournir une alimentation électrique au poste de radio C5. Elle a été détournée par certains militaires français durant la guerre d'Algérie dans des interrogatoires pour torturer des personnes en leur appliquant les électrodes afin de faire circuler un courant électrique entre diverses parties du corps.
Électrisation L'électrisation est couramment utilisée comme moyen de torture par le régime syrien, parfois après une douche ou la dispersion d'un liquide sur le corps du détenu, en particulier sur des zones sensibles du corps (cou, ventre, organes génitaux).....
Utilisation du pistolet à impulsion électrique L'usage du pistolet à impulsion électrique distribué par l'entreprise Taser est mis en cause pour la douleur qu'il cause et le risque mortel qu'il fait courir à ceux qui en sont victimes par des ONG internationales et nationales comme Amnesty International, Human Rights Watch, la FIDH ou encore Raid-H.
Le « Comité de l'ONU contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » est arrivé à la conclusion, dans sa (), que l'utilisation de ce pistolet à impulsion électrique « provoque une douleur aiguë constituant une forme de torture »..
Une commission d'enquête parlementaire a été créée en France afin de juger des inconvénients de l'outil, parmi lesquels son utilisation comme instrument de torture..
Torture psychologique
Tortures imaginaires
Bien que la liste des techniques et moyens de torture soit pratiquement illimitée, certains ont réussi à l'allonger en créant de toutes pièces des instruments dont il n'existe aucune trace historique.
C'est le cas de la célèbre vierge de fer, ou vierge de Nuremberg, inventée en 1793 par le philosophe allemand Johann Philipp Siebenkees, à partir d'une prétendue mention figurant dans La Chronique de Nuremberg datée de 1493.
Muséologie
La quasi-totalité des instruments de tortures présentés dans les musées spécialisés sont des reproductions, comme l'a établi Wolfgang Schild, professeur d'histoire du droit pénal à l'université de Bielefeld..
Il existe un musée sur cette thématique à Amsterdam, à Saint-Marin, à Bruges, à Vienne, à Zagreb ainsi que dans bien d'autres villes.
Évolution de la notion depuis 1948 vignette|Chambre de torture dans la prison de Lüshun en Chine.|alt= Les organes et mécanismes internationaux relatifs aux droits humains, les commissions et tribunaux régionaux en la matière et les tribunaux pénaux internationaux mis en place pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda ont estimé que certains cas d'atteintes aux droits humains qu'ils examinaient constituaient des actes de torture ou des mauvais traitements venant s'ajouter à l'utilisation ordinaire de la torture en tant que méthode d'interrogatoire..
Ces cas concernaient les domaines suivants : les actes d'intimidation, la privation sensorielle, certaines conditions de détention telles que le surpeuplement excessif, les disparitions (torture pour les victimes et pour leurs familles), destruction délibérée de la maison, les expériences médicales ou scientifiques non consenties, les expériences biologiques non consenties, les châtiments corporels, l'usage excessif de la force dans les tâches de maintien de l'ordre, la discrimination raciale, les atteintes aux droits humains commises lors des conflits armés, les formes de torture liées au sexe : viols, pratiques culturelles telles que les mutilations génitales féminines, meurtres « d'honneur », avortements forcés, stérilisation forcée.
Les violences faites aux femmes, quelles que soient les circonstances, sont ainsi visées par les textes et les instances de défense des droits humains (TPIY et ). Les violences faites aux enfants restent presque toujours impunies.. L'application de la peine de mort fait question.
Torture et actes de barbarie Les malfaiteurs, y compris les organisations terroristes et le crime organisé, utilisent parfois la torture (voir l'article 222-1 du code pénal français, qui évoque la « torture et les actes de barbarie »). Les chauffeurs, brûlant les pieds de leurs victimes pour en obtenir le butin, étaient célèbres (voir par exemple les chauffeurs d'Orgères et les chauffeurs de la Drôme).
Ces actes, qui sont parfois aussi commis hors du crime organisé (affaire Ilan Halimi, par exemple, torturé puis brûlé vif), sont souvent classés parmi les faits divers.
Historique Peuples autochtones et rites d'initiation thumb|right|L'auto-torture dans une cérémonie religieuse sioux, peinture de George Catlin, 1835-1837. Bien que ne relevant pas de la torture au sens moderne (c'est-à-dire qu'elle ne vise ni à obtenir des aveux ou des renseignements, ni à terrifier une population), les peuples autochtones utilisent parfois des moyens s'apparentant, pour des observateurs extérieurs, à des actes de torture, dans le cadre de rites d'initiation .. Le peintre George Catlin a observé de telles cérémonies, chez les Mandans, aux États-Unis, au , de même que l'ethnologue Pierre Clastres, chez les Guayaki et les Mbaya-Guaycurú (Paraguay), au . Clastres note, par exemple, que la scarification s'effectue délibérément avec les instruments les plus douloureux possibles (par exemple une pierre mal aiguisée). La douleur doit être telle qu'elle conduit à l'évanouissement (comparé, par le shaman mandane, à la mort).
Europe jusqu'au thumb|right|Saint Dominique présidant un autodafé durant lequel l'Église fait usage de la torture. Tableau de Pedro Berruguete, vers 1495, musée du Prado (Madrid).
Antiquité gréco-romaine En Europe, l'histoire de la torture, aussi appelée « la question » (ou « soumettre à la question »), a été intimement liée avec la recherche de la vérité, des écrits d'Ulpian (). à Pillius () et bien d'autres.
En Grèce antique, Périllos d'Athènes conçut pour Phalaris, tyran d'Akragas, une colonie grecque de Sicile, le taureau d'airain au Il s'agit de l'un des plus anciens instruments de torture connu utilisé en Europe.
Dans la Rome antique, la torture a pour but principal d'aider le juge à établir la vérité () lors de la procédure d'interrogatio. Interdite à l'époque républicaine qui met en avant le principe d'intégrité du prévenu, elle est appliquée sous le principat.. Un bourreau (appelé ) et ses aides (), sous la présidence d'un , administrent la torture judiciaire ().. Elle s'applique à l'origine uniquement aux esclaves puis, à partir du , aux citoyens des classes inférieures (, hommes libres indigents) accusés de faux, de spéculation et d'adultère et prend une extension considérable sous le Bas-Empire, avec la multiplication des accusations pour crime de lèse-majesté ()..
Du Moyen Âge au Au Moyen Âge et jusqu'au en Europe, le duel, le serment et l'ordalie (« preuves irrationnelles ».) furent remplacés par une recherche plus « rationnelle » des preuves : le système inquisitoire admit à partir du deux « preuves légales » (l'aveu de l'accusé appuyé par des indices suffisants et la déposition de deux témoins de visu) pour établir la culpabilité au pénal (le procès civil admettait quant à lui des indices légers appelés « adminicules », graves ou indubitables, selon le concept canoniste de )..
Droit public